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Mémoire et renaissance nationale



Notre pays vit à nouveau une de ces périodes où la mémoire remonte à la surface, où les blessures du passé reprennent vie dans les discours et dans les cœurs. L’annonce de l’indemnisation des victimes des événements de 1989 à hauteur de vingt-six milliards d’ouguiyas a ravivé des plaies que le temps n’avait pas fermées. Ce débat, né au sein de la communauté negros-mauritanienne, a montré à quel point la douleur reste vive et combien la question du passif humanitaire n’est pas encore réglée. Certains saluent l’acte du gouvernement comme un pas symbolique vers la réparation, d’autres y voient un geste administratif qui évite les vraies questions. Ce n’est pas l’argent qui choque, c’est la méthode. Parce qu’on ne guérit pas un traumatisme collectif avec un virement bancaire. On ne répare pas une injustice historique en confiant à une communauté le soin de panser seule ses blessures. L’expérience l’a prouvé, chaque fois que la République délègue la gestion de sa mémoire, elle prépare sa division. La tentative engagée sous le président Mohamed Ould Abdel Aziz allait déjà dans ce sens. Elle avait reconnu les victimes, organisé des cérémonies, fait des gestes de repentir. Mais le fond du problème n’a jamais été soldé car il a été traité comme un épisode moral et non comme une refondation institutionnelle. Ce n’est pas le geste qui a manqué, c’est la profondeur de l’approche. L’État s’est arrêté au symbole là où il fallait reconstruire une relation. En réalité, le règlement du passif humanitaire ne peut pas être l’affaire d’une communauté. Il doit rester une responsabilité régalienne. Si on laisse les communautés gérer seules leurs blessures, on transforme la mémoire en marché et la justice en fracture. Et c’est exactement ce que nous voyons resurgir aujourd’hui, des débats internes violents, des accusations croisées, des divisions idéologiques au sein même des intellectuels négro-mauritaniens, entre ceux qui défendent une ligne de dialogue et ceux qui revendiquent la radicalité. Ce conflit est d’abord un révélateur de notre incapacité collective à transformer la mémoire en projet national. Nous avons voulu oublier avant de comprendre. Nous avons cherché la paix avant la vérité. C’est là notre erreur fondatrice. La vérité, c’est que notre pays n’a jamais su construire une mémoire commune. Chacun parle depuis sa douleur, mais personne ne parle au nom du pays. Et quand la mémoire devient multiple sans être partagée, elle finit par se retourner contre nous. Ce problème de mémoire se superpose à un problème plus ancien et plus profond, celui de notre architecture sociale. Derrière les discours d’unité nationale, nous continuons de vivre selon des logiques de statut, de tribu, de confrérie et de région. L’État moderne a remplacé les chefs traditionnels mais il a conservé leurs réflexes. Le pouvoir s’exerce toujours à travers les réseaux d’appartenance. Les inégalités entre le Nord et le Sud, entre les castes et les groupes, ne sont pas des anomalies. Ce sont les restes visibles d’un système que nous avons simplement habillé d’un vocabulaire républicain. Nous avons bâti une République sans en incarner l’esprit. Nos institutions ont la forme de la modernité, mais la logique du privilège continue de gouverner les rapports sociaux. Le résultat est visible, un pays fragmenté où chaque groupe cherche dans son identité la protection que l’État ne garantit plus. Ce particularisme mauritanien n’est pas une faute, c’est notre condition d’origine. Mais il faut en faire une force. Il ne s’agit pas de nier nos appartenances, mais de les transformer en leviers de justice et de cohésion. Le vivre-ensemble ne naîtra pas de la négation des différences, mais de leur organisation républicaine. Tant que l’État ne reprendra pas en main la gestion des mémoires, des représentations et des équilibres, la société continuera d’inventer ses propres médiations, souvent au détriment de la nation.

C’est pourquoi la réconciliation nationale ne peut être qu’une affaire d’État. Elle doit dépasser les frontières communautaires pour redevenir un projet de société. Ce que nous devons à ceux de 1989, ce n’est pas seulement la réparation financière, c’est la construction d’une République qui ne permettra plus jamais qu’une telle tragédie soit possible. Cette République-là ne se contentera pas d’excuses symboliques. Elle mettra en place une gouvernance enracinée, capable de parler la langue de son peuple sans trahir ses principes. Un Haut Conseil de la Cohésion Nationale pourrait devenir la conscience permanente de la République, chargé d’évaluer les politiques publiques sous l’angle de l’équité, d’alerter sur les dérives, d’imposer la vérité statistique à la place des rumeurs. Un registre public des nominations et des contrats rendrait visible la répartition du pouvoir. Un collège consultatif communautaire pourrait servir de pont entre la tradition et la loi. Ce n’est qu’en encadrant nos appartenances qu’on les empêchera de nous dévorer. Nous avons déjà perdu trop de temps dans le déni. Le tribalisme, les réflexes communautaires, les frustrations régionales ne s’effaceront pas par des incantations. Ils s’apaiseront le jour où la justice sera visible, où la reconnaissance sera institutionnelle, où la mémoire sera nationale. La paix ne viendra pas de la fatigue des victimes, mais de la clarté de l’État. Réconcilier notre pays, ce n’est pas effacer 1989, c’est faire en sorte que plus jamais un citoyen ne soit défini par son origine. C’est faire en sorte que la mémoire cesse d’être un champ de bataille et devienne un socle de vérité. La République n’aura de sens que lorsqu’elle protégera tout le monde avec la même rigueur, qu’elle soit capable de reconnaître sans se justifier, de réparer sans diviser. La paix n’est pas un oubli, c’est un ordre moral fondé sur la vérité. Et c’est cette vérité, enfin assumée, qui seule permettra la refondation.

Mansour LY – 7 novembre 2025

Lundi 10 Novembre 2025
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