RÉÉLECTION DE MOHAMED OULD ABDEL AZIZ : ET MAINTENANT ?



Le règne d’un général-putschiste, devenu président démocratiquement élu, par entêtement plus que par cheminement politique est un concentré de toutes les contradictions de la Mauritanie : ses excès, ses espoirs, ses limites et d’une la conception bien particulière du pouvoir.
Ould Abdel Aziz a remporté haut la main, l’élection présidentielle, face à des adversaires sans épaisseurs qui sont allé au casse-pipe. Mais sa victoire n’est pas belle, du fait de l’abstention, l’absence d’enjeu et d’une campagne insipide qui a laissé le citoyen perplexe.

De la à dire que l’opposition dure qui a appelé au boycott a réussi son coup…. Non, ce serait aller vite en besogne, car dans cette affaire, tous les acteurs politiques ne sortent pas grandis. Les citoyens ont mis en avant le réalisme et laissé les politiciens à leurs petits calculs.

Encore cinq ans. A l’heure ou nous mettons sous presse, toutes les tendances donnent Ould Abdel Aziz gagnant…. Comme s’il fallait s’attendre à autre chose. C’est un truisme que de dire qu’il n y a aucune surprise dans cette victoire attendue, pour un candidat disposant d’une formidable machine. Mais le dire c’est renvoyer tous les protagonistes à leur responsabilités, devant la nation et leurs militants et administrés.

Aziz a gagné a donc gagne. Et après ? Son année de transition et son mandat de cinq ans, sont passés très vite et n’ont été qu’un trait dans le parcours d’un pays. Très courts pour influer sur le destin. Il n’empêche, il s’est mis au dessus de tous, pensant faire mieux. Résultat des courses, tous les problèmes de la Mauritanie se sont invités pendant son règne. Des « petits riens » aux dossiers complexes, il a bataillé, cherché des solutions, louvoyé.

Candidat des pauvres, il a voulu se muer en président des pauvres. Mais la mayonnaise n’a pas pris et les vieilles rengaines ont repris le dessus sur les doses homéopathiques du genre « Boutiques Aziz », « poissons nobles aux Mauritaniens », lutte contre la gabegie », un milliard de dollars d’économies. Passons sur les goudrons et autres reboisements… Dans les fait, la Mauritanie peine à sortir du club peu enviable du club des pays les moins avancés.

C’est dire que le pays n’a pas avancé, ou très peu. Dans tous les domaines, on est encore à la traîne. Un sort que ne mérite pas un vaste pays, très peu peuplé, « riche en minerai de fer, aux eaux poissonneuses et qui a du pétrole », un peu d’or et que par ailleurs, l’exploitation d’autres ressources est en souffrance.

Le scandale géologique dont on parle, à propos de certains pays, ne nous est pas totalement étranger. Mais on a choisi la vanité comme mode de gestion, et des slogans comme stratégie politique.

Certes, le terrorisme connaît un recul, les barbus y regardent deux fois, quand il s’agit de la Mauritanie, mais la pauvreté, l’expropriation et la privation de sa nationalité sont autant des terreaux qui peuvent mener à des situations dangereuses. Et ce n’est pas en les ignorant, ou en justifiant l’injustifiable qu’on en viendra à bout.

Les pauvres ayant eu leur compte, la porte est ouverte à la jeunesse, une classe livrée à elle-même, bloquée sous un plafond de verre, solidement fixé par des vieux qui ont plus leur place dans les cabinets de gériatres que dans les postes juteux. Aziz a fini son premier mandat avec un éloge de la relève.

Et il en a fait une promesse de campagne. Espérons qu’elle ne sera pas comme la « lutte contre la corruption et la gabegie », abandonnée à mi-chemin d’un mandat ou souvent l’improvisation ou les décisions « inopinées » et hâtives ont été érigées en mode de gouvernance.

Déjà, Aziz avait, à l’occasion de sa rencontre avec les jeunes annoncé la baisse du chômage de 30 à 10%. Un chiffre insensé qui fait a fait sourire. Le président des pauvres ayant échoué, on ose espérer que celui des jeunes ne connaîtra pas la même mésaventure. Tout comme les autres idées généreuses, mais qui dans la précipitation, ont sombré dans la banalisation. Une petite pluie paralyse l’économie de la capitale, et on nous sert un discours sur les goudrons….

Aujourd’hui, tous les clignotants sont au rouge. Les cinq ans n’ont pas suffi à redresser la barre, faire revenir l’espoir, le sens de la solidarité, l’entente entre les communautés dans les cœurs. Les problèmes qui existaient avant Ould Abdel Aziz et ceux suscité par sa gouvernance continuent de toiser le citoyen.

Le président, au lieu d’avouer son échec et opter pour une paix des braves pour le bien de tous, s’est mis au dessus du lot, tel un rédempteur. Il a été réélu par défaut. Faute de challenger crédible, dans un pays qui regorge pourtant de talent. Du côté de l’opposition, certains sont allés volontairement au casse-pipe.

Par simple calcul politique ou personnel. Leur engagement n’a rien changé à la détermination d’un homme qui a tout fait pour se maintenir et usé, pour ce faire, de tous les moyens humains et matériels. L’autre opposition qui regroupe les caciques des protestations anti Aziz, ont vu le coup venir et boudé le scrutin. Leur adversaire intime s’est alors lancé dans une campagne solitaire.

Mais à la différence de Don Quichotte, il n’avait pas derrière lui, un Sancho Pança, à la naïve honnêteté, mais des applaudisseurs qui magnifient ses faits et gestes.

Amadou Gaye

Source : Temps Forts (Mauritanie)

Mardi 24 Juin 2014
Boolumbal Boolumbal
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