ALLOCUTION DE BIRAM OULD DAH OULD ABEID



World Forum - Berlin, 16 février 2026 - Réinventer la démocratie

Une démocratie ne disparaît pas lorsqu’une Constitution est suspendue.
Elle disparaît lorsque les décisions de ceux qui gouvernent quittent la lumière du droit pour s’imposer dans l’ombre.

Elle disparaît lorsque les procédures ne contiennent plus l’arbitraire du pouvoir.
Lorsque les institutions ne peuvent plus faire émerger des vérités vérifiables.
En somme, lorsque le pouvoir cesse d’être exposé à la lumière, et ne répond plus qu’à lui-même.

L’histoire européenne l’a démontré avec une clarté implacable.

Des nations n’ont pas été détruites par l’absence de lois, mais par leur neutralisation.
Elles ont été détruites lorsque la procédure a cessé d’être une protection, pour devenir une formalité sans effet.
Lorsque la volonté du pouvoir s’est substituée à la règle du droit.

Mais ces mêmes nations se sont relevées.
Non par l’oubli.
Non par la force.
Elles se sont relevées lorsqu’elles ont rétabli la primauté du droit sur la volonté,
lorsqu’elles ont rebâti des institutions capables d’exposer le pouvoir à la lumière,
après avoir connu la peur, la division, et les murs.

Elles ont ainsi établi une vérité essentielle :

Ce n’est jamais la vertu supposée des dirigeants qui protège un peuple.
Ce sont les mécanismes concrets qui limitent leur pouvoir.
Ce sont les procédures qui empêchent l’arbitraire.
Ce sont les institutions qui rendent les décisions visibles, vérifiables, et contestables.

C’est depuis cette réalité que je vous parle aujourd’hui.

Je viens de Mauritanie.
Un pays où l’ombre de l’esclavage et des privilèges de naissance continue de projeter ses effets sur des millions de vies.

Depuis des années, avec l’Initiative de Résurgence Abolitionniste, nous luttons par des moyens strictement non violents.
Non pour conquérir un pouvoir.
Mais pour soumettre le pouvoir au droit.

Nous avons connu la prison.
La torture.
La diffamation.

Mais cette épreuve nous a enseigné ce que valent réellement les institutions lorsqu’elles cessent de protéger.

Elle nous a appris trois réalités simples, qui valent pour tous les États :

Sans procédure, aucun droit n’est garanti.
Sans trace écrite, aucune responsabilité ne peut être établie.
Sans contrôle indépendant, aucun pouvoir ne rencontre de limite réelle.

Ce ne sont pas des principes abstraits.
Ce sont les fondations invisibles qui séparent un État de droit d’un pouvoir sans contrôle.

Car la corruption ne commence pas avec une intention.
Elle commence lorsqu’une décision publique peut exister sans laisser de trace.
Lorsqu’un acte d’autorité ne peut être examiné.
Lorsqu’un pouvoir peut agir sans être exposé à la vérification.

À partir de ce moment, la démocratie ne disparaît pas immédiatement.
Elle se transforme.
Elle conserve ses institutions, ses tribunaux, ses élections.
Mais leur fonction change.

Elles cessent de limiter le pouvoir.
Elles commencent à le masquer.

C’est pour cette raison que notre combat dépasse les frontières d’un pays.

Ce n’est pas un combat contre un gouvernement.
Ce n’est pas un combat contre un système.

C’est un combat pour une règle universelle :

Que le pouvoir ne puisse jamais agir dans l’ombre.
Que la loi ne soit pas une promesse, mais une protection effective.
Que l’autorité repose sur des faits établis, et non sur des affirmations incontestables.

À l’ère de l’intelligence artificielle, cette exigence devient encore plus décisive.

La technologie n’invente ni la justice ni l’injustice.
Elle amplifie les structures qui existent déjà.

Elle peut renforcer la transparence.
Ou elle peut étendre l’opacité.

La différence ne dépend pas de la technologie elle-même.
Elle dépend de la capacité des institutions à imposer la traçabilité, la preuve, et la limite.

Car la démocratie ne commence ni avec une élection, ni avec un discours.

Elle commence toujours au même endroit :

Là où le pouvoir accepte d’être exposé.
Là où l’autorité accepte d’être vérifiée.
Là où la force accepte d’être contenue par la procédure.

C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que la démocratie cesse d’être une promesse.
Et devient une réalité.

Une réalité capable de protéger les peuples,
de garantir la justice,
et de gouverner dans la durée.

Je vous remercie.

Mardi 17 Février 2026
Boolumbal Boolumbal
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