Politique : Mohamed Ould Abdel Aziz face à son destin !



La Dépêche - Enfoncé par ses ennemis, abandonné par ses amis, l’ancien président, Mohamed Ould Abdel Aziz, semble voir son sort scellé.

Empêché mercredi soir de prendre l’avion en direction de Paris, et son passeport confisqué, l’ancien président sait désormais que son procès s’ouvrira inéluctablement le 25 janvier 2023. Un procès qui, s’il était tenu, fera date dans l’histoire du pays. Un procès où l’ex-président ne semble pas bénéficier d’une présomption d’innocence.

Mohamed Ould Abdel Aziz fait désormais face à son propre destin. Un destin dont il semble le premier douter tant les charges retenues contre lui sont graves alors qu’il n’a jamais su ménager sa monture, ni ses relations personnelles notamment avec l’actuel président « son ami et son frère d’armes» de 40 ans ; un ami censé, avec la transition observée, lui assurer ses arrières.

“Mon Dieu, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m’en charge !” (Voltaire)

L’ancien président, Mohamed Ould Abdel Aziz, a finalement bien réussi son tour de passe du 3ème mandat en focalisant sur lui pratiquement tout le premier magistère de son ex-ami, Mohamed Ould Ghazouani. Une affaire qui, de rebondissement en rebondissement, tient en haleine l’opinion publique et met à nue la nature des relations humaines et leur relativité.

Mohamed Ould Abdel Aziz savait, sans doute, qu’une partie de la nomenklatura politico-financière ne lui ferait pas de cadeau mais ne pouvait imaginer que les premiers coups de poignards viendraient de ses propres «amis ». C’est là la plus grande erreur de l’ancien président. Celle de croire que l’amitié était durable en politique. La mise en place de la CEP (commission d’enquête parlementaire), en 2020, quels que soient ses mobiles fut sans doute la plus grande manifestation de désaveu de l’ancien président et de la rupture irrémédiable avec celui qu’il pensait lui servir de «mentor».

L’ex-président avait-il laissé d’autre choix à son successeur que le clouer au pilori ? Il faut bien reconnaitre que Mohamed Ould Abdel Aziz a vite fait, contre toute attente, d’inaugurer une inimitié envers l’actuel président Ghazouani, refusant, à tout bout de champ, sa main tendue. Ould Abdel Aziz mettait en avant « le retour en arrière ».

Faut-il croire aussi que l’ancien président soupçonnait son « complice » de 40 ans de lui tendre un traquenard pour l’isoler politiquement ? Visiblement, en tout cas, l’ancien président avait mal négocié ce virage. Et moins d’une année seulement après l’élection de Gazouani, et la polémique sur la possibilité de confondre l’ancien président judiciairement, la CEP avait le feu vert pour enquêter sur la gouvernance d’une décennie de gestion de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz.

Les conclusions des investigations de la CEP, une véritable épée de Damoclès suspendue sur la tête de l’ex-président, Aziz, rendues en juillet 2020, sont accablantes pour lui et plus 300 personnes citées dans cette investigation préliminaire.

L’ancien président Aziz incriminé

Les choses se sont vite précipitées pour l’ancien président. Elles se sont d’ailleurs profondément dégradées. Rejetant sans cesse les conclusions de la CEP, invoquant l’immunité que lui confère son statut d’ancien président, Mohamed Ould Abdel Aziz est néanmoins souvent trainé par la police pour les besoins de l’enquête judiciaire.

Il se mure dans un silence total laissant à chacun le soin de l’interpréter. Le dossier N° 01/2020 ouvre une nouvelle ère soupçonnée de moralisation de la vie publique. Mohamed Ould Abdel Aziz et une poignée de ses proches sont mis en examen, le 11 mars 2021 pour corruption dans une enquête qui a touché tous les domaines de la vie publique allant de la pêche, à la gestion des revenus pétroliers ou l’attribution des marchés publics. Trois cents personnes y étaient citées dans le rapport de la CEP.

Les observateurs ont vite déchanté avec le rétrécissement de la liste à une dizaine de personnes pour l’essentiel de l’entourage familial de l’ancien président. Les supposés complices et responsables de la Haute administration qui ont contribué, profité et souvent défendu avec hargne, au vu et au su de tous, les actions et programmes de l’ancien président ont été blanchis comme si de rien n’était perpétuant le sentiment d’impunité et une personnalisation de l’affaire avec l’ancien président.

Une impunité garantie par l’Etat qui enlève beaucoup de crédit à cette affaire où certains témoignages comme celui récent de Biram Dah Abeid, au sujet d’indiscrétions que lui aurait faites le président Ghazouani, attestent d’un enrichissement de l’ancien président de ressources étrangères aux deniers publics nationaux. Lesquels ?

C’est ce que l’enquête devrait établir. Les enquêteurs de la police judiciaire eux, en tout cas, évoquent la saisie d’un patrimoine en numéraire et dépendances domaniales de plus de 40 milliards d’ouguiyas.

Une affaire qui déchaine les passions

L’ancien président est déjà placé sur la potence ! Emprisonné puis mis en résidence surveillée entre 2021 et 2022 «pour non-respect des mesures de son contrôle judiciaire et trouble à l’ordre public », il n’avait été libéré qu’avec la fin, en septembre 2022, du délai légal de résidence surveillée qui lui était opposée.

Une libération qu’il mettra à profit pour se rendre en France battre campagne contre l’actuel régime et se défendre des griefs de détournements de deniers publics au prétexte qu’il serait objet « d’un règlement de compte politique », d’une tentative de le « museler ». Une initiative qualifiée de « vaine tentative de politiser son cas ».

Le feuilleton politico-judiciaire de l’ancien président augure d’un proche avenir difficile, incertain voire sombre pour lui. Sa témérité et son incapacité à comprimer son sentiment d’avoir été « trahi » par ses plus proches amis sont, parmi d’autres facteurs, des vecteurs de cristallisation d’une animosité désormais partagée.

L’empêchement de le laisser voyager mercredi s’inscrirait dans cette logique de « harcèlement » réaffirme encore l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz ; le régime arguant, lui, d’une tentative de fuite de l’intéressé.

Entre les avis qui qualifient la mise en examen de l’ancien président de «stigmatisation » et ceux qui rappellent que personne n’est au-dessus des lois, tanguent des passions déchainées et nourries au sein de l’opinion par le soutien aux thèses en présence en attendant l’ouverture du procès…à huis clos !

JD



Source : La Dépêche - Mauritanie

Dimanche 8 Janvier 2023
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