Mise au point: Kadiata Malick Diallo Députée à l'assemblée nationale .



D’anciens militaires putschistes ou supposés l’être des années 1981, 1986, 1988, 2000, 2003 et 2004 (parmi lesquels figurent des baathistes et d’anciens « cavaliers du changement ») ont manifesté hier à Nouakchott pour dénoncer ce qu’ils qualifient de règlement du passif humanitaire sur une base ethnique.

On aurait pu comprendre qu’ils défendent l’idée que tout militaire révoqué à la suite d’un putsch mérite aussi réparation, dès lors que les personnalités les plus importantes qui dirigent aujourd’hui le pays (le Président de la République, le Président de l’Assemblée nationale, le ministre de la Défense et d’autres chefs militaires) ont eux-mêmes un passé de putschistes «affranchis».

Mais paradoxalement, ces mêmes manifestants, qui réclament aujourd’hui leur part du gâteau (comme ils l’avaient déjà obtenue en 2009 sur la base de la « solution » proposée par Mohamed Ould Abdel Aziz), n’hésitent pas à accuser les victimes négro-africaines de faire de leur drame un fonds de commerce. Curieux!

Bien évidemment, à force de chercher à résoudre le problème par des voies inappropriées, on a fini par vider le concept de « passif humanitaire » de son sens originel. Cette notion désignait en fait, de manière très précise, les victimes négro-africaines des événements de 1989, 1990 et 1991, qui ne sauraient en aucun cas être assimilées à des putschistes.

C’est précisément parce que le régime de Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya n’a jamais pu justifier les déportations massives de 1989, les fosses communes de Wothie, Sorimalé, Woydouyol, les arrestations et les purges de milliers de civils et de militaires entre 1990 et 1991, ni les 500 exécutions extrajudiciaires et plus (dont les 28 soldats pendus pour « célébrer » la fête de l’indépendance du 28 novembre), qu’il avait fait voter, en 1993, la fameuse loi d’amnistie.

La confusion et l’amalgame sont aujourd’hui volontairement entretenus par le pouvoir, dans une tentative de diluer la gravité de ces crimes en les assimilant à d'autres purges au sein de l’armée , lesquels, dans la plupart des cas, avaient donné lieu à des procès, quelle que soit l’appréciation qu’on peut leur porter.

La « solution » d’Aziz, que Ghazouani semble vouloir reproduire, ne saurait solder ce passif historique. Des indemnisations exclusivement financières ne peuvent ni rendre justice, ni guérir les blessures.
Elles contribueraient au contraire à attiser les appétits et à perpétuer l’injustice et l’impunité qui menacent l’unité nationale.

Kadiata Malick Diallo
Députée à l'assemblée nationale .

Jeudi 6 Novembre 2025
Boolumbal Boolumbal
Lu 313 fois



Recherche


Inscription à la newsletter