Mauritanie : le premier acte discriminatoire du ministre de la Culture



Le ministre de la Culture de Mauritanie, Mohamed Ould Boubane, un Arabe, commence fort, premier acte, premier traitement inégal entre les langues du pays.
Il exige que tous les documents adressés à son cabinet soient rédigés en arabe. Il ne veut voir aucun document écrit en Pulaar, en Soninké ni en Wolof. Il n’aime pas ces langues ou ne les parle peut-être pas, et pourtant il impose sa langue à ces mêmes communautés.
Le gouvernement se cache derrière la Constitution pour imposer cette circulaire. Alors lisons la Constitution en entier.
L’article 6 dit que la langue officielle est l’arabe, tout en sachant que ceux qui contestent la circulaire demandent la révision de la Constitution pour que toutes les langues de Mauritanie soient des langues officielles du pays.
Mais la Constitution dit aussi que les langues nationales sont l’arabe, le pulaar, le soninké et le wolof. Oui, l’arabe a deux statuts, discrimination faite aux autres langues.
Le préambule ajoute que l’État doit préserver et promouvoir ces langues, patrimoine commun de tous les Mauritaniens. Et l’article 1 garantit l’égalité de tous les citoyens, sans distinction d’origine.
Donc la Constitution dit aussi que toutes les langues doivent être promues. En écartant les autres, le ministre ne les promeut pas, il les écrase au profit de l’arabe.
Si nous sommes tous égaux, nos langues et nos cultures le sont aussi. Le ministre désobéit donc à la Constitution plus qu’il ne s’appuie sur elle. Ceux qui contestent cette circulaire tiennent plus à la Constitution que notre ministre.
La Mauritanie a aussi signé des engagements internationaux, la Convention contre la discrimination raciale en 1988, la Charte africaine en 1986, le Pacte des droits civils et politiques en 2004.
Le Pacte et la Charte interdisent les distinctions fondées sur la langue, la Convention celles fondées sur l’origine ethnique. D’après l’article 80, ces traités ont une autorité supérieure aux lois.
Une règle peut sembler neutre et pourtant creuser l’inégalité. Pour un locuteur du hassaniya, l’arabe standard est proche. Pour un locuteur du pulaar, du soninké ou du wolof, il faut partir de zéro. Le droit appelle ça de la discrimination indirecte. Et ce n’est pas un cas isolé en Mauritanie.
L’État sait pourtant que la langue maternelle compte. La loi sur l’éducation de 2022 introduit l’enseignement scientifique en primaire dans les langues maternelles, présenté par le ministre de l’Éducation comme une avancée. L’école reconnaît le principe, l’administration l’ignore.
Le ministre de la Culture devait incarner l’égalité de toutes les composantes du pays. Il pouvait accepter les documents en arabe, en pulaar, en soninké et en wolof, et montrer qu’un pays multilingue fonctionne.
Il a retenu de la Constitution ce qui lui convenait. Quelle que soit son intention, le résultat avantage une communauté, sa communauté plus que les autres, et pas la Mauritanie.

Mercredi 28 Octobre 2026
Boolumbal Boolumbal
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