Le colonel Oumar ould Beibacar n'est ni un saint, ni un sauveur / par Ousmane Abdoul SARR



Le colonel Oumar ould Beibacar n'est ni un saint, ni un sauveur / par Ousmane Abdoul SARR
Condamné à 20 ans de travaux forcés pour tentative de coup d'état, j'ai connu comme mes camarades d'infortune J'reida, Oualata et Aouin el Atrouss. Depuis ma sortie le 7 mars 1991 de la prison d’Aouin, je me bats de toutes mes forces avec mes camarades pour traduire en justice l'ex-président Taya, ses complices, les criminels, les tortionnaires que sont les Oumar ould Boubacar, Ghaly, Boylil, Ould Boubaly, Ely ould Dah, la liste est longue.

Hisséne Habré ancien dictateur sanguinaire tchadien est actuellement rattrapé par la justice internationale, pourquoi pas Maouya ould Sidi Ahmed Taya, ancien dictateur sanguinaire mauritanien ?

Je n'ai pas connu mes anciens geôliers de Oualata en dehors de ce maudit fort. Depuis ma sortie, sans rancune aucune, je conserve intact ma part de vérité de mon vécu de là-bas, même si j'ai livré ma version à la justice belge. Je sais ce qui motive certaines tentations de réécrire l'histoire des années de braise du règne de la dictature Taya. Je me garderai d'en étaler les raisons pour éviter de tomber dans des débats stériles. J'aurais souhaité ne pas revenir aujourd'hui sur le bagne de Oualata mais l'actualité de ces derniers jours, notamment sur cridem, me dicte de ne pas me taire sur le cas du lieutenant Oumar Ould Boubacar. Il était le chef du sous groupement de la garde nationale à Néma en 1988 et chef hiérarchique de l'adjudant ould Boubaly, régisseur de la prison mouroir de Oualata, ce qui n’était pas rien. Je ne partage pas la présentation que Alassane Boye fait de Oumar ould Boubacar. Nous pouvons être en désaccord sur des points précis et continuer à porter globalement les mêmes convictions. Je suis sûr aussi que beaucoup d'anciens détenus du fort de Oualata partagent mon avis, même si chaque ex-détenu a sa vérité propre, sa lecture des conditions de détention, son appréciation des hommes du système qui géraient notre vie au quotidien.

Oumar ould Boubacar était un geôlier comme les autres en mission commandée. Aucun d'eux ne mérite des louanges, ils ne faisaient qu'appliquer les consignes de leur hiérarchie, consignes bonnes ou mauvaises. Oumar est venu à Oualata après la mort de feu BA Alassane Oumar, paix à son âme, il y a eu par la suite les décès de feu Tène Youssouf Guéye, de mon ami et chef BA Abdoul Ghoudous et du regretté Djigo Tafsirou. Oumar est comptable de la mort de nos vaillants martyrs au même titre que Ghaly, Ould Boubaly et tous ceux qui, dans la chaîne de commandement, ont eu une responsabilité dans la gestion du bagne.

Il ne me revient pas à moi, victime, de disculper qui que ce soit, mon devoir c'est de porter un doigt accusateur et il revient à la justice et à elle seule de situer la responsabilité des uns et des autres. Je suis convaincu que cela se fera tôt ou tard, si nous refusons de nous laisser distraire dans cette quête de vérité. En tant que victimes nous ne devons pas accepter de nous laisser entraîner dans les méandres et calculs de la politique politicienne, il s'agit ici d'un dossier de Droit de l'Homme. Il faut, en tant que victime du système raciste et criminel de Taya, que nous restions sur l'essentiel à savoir, porter notre lutte sur l'exigence de justice.

Il faut que Taya, Oumar ould Boubacar, le régisseur de Oualata ould Boubaly, Ely Ould Mohamed Vall, Ely ould Dah, les assassins d'Inal, de J'reida, de Sorimalé et tous ceux qui figurent dans la longue liste des criminels de l'AVOMM rendent des comptes à la justice nationale ou internationale.

Le statut de combattant de la liberté se mérite.

Pour m'amener à changer mon sentiment sur le lieutenant Oumar ould Boubacar que d'aucuns s'empressent à élever au grade de compagnons du prophète (PSL), il faudra sérieusement me convaincre que je n'étais pas à Oualata.

Nous avions eu des visites ou missions d'inspection de la garde nationale notamment en la personne du chef du renseignement de ce corps à deux reprises, la visite du ministre de l'intérieur Gabriel Cimper, même s'il n'est pas entré dans la prison, qu'on ne nous dise pas que Taya ne savait pas ce qui se passait à Oualata. Je suspecte Oumar ould Boubacar de préparer le retour de Taya dont il est resté un fidèle serviteur. Il s'est tu pendant 25 ans et voilà qu'il s'invite à nos débats par la petite porte mais dans un plan mûri et bien élaboré, pour s'en convaincre il suffit de le lire et de s'attarder aux thèmes qu'il développe. Que nous prépare Oumar Ould Boubacar ? Que cherche-t-il ? Il devra répondre à ces questions et c'est lui qui est interpellé.

Mais enfin soyons sérieux et conséquents un instant. Si le lieutenant Oumar Ould Boubacar, bras droit de Cimper alias Djibril Abdallahi, pouvait changer la situation des détenus de Oualata, cela se saurait. Sans l'aval de Taya, président du CMSN, ou de Cimper tout puissant ministre de l'intérieur, rien ne pouvait se faire à Oualata. Taya savait tout de Oualata : sa responsabilité sur les mauvais traitements, les tortures, les maladies pour causes de malnutrition, les travaux forcés jusqu'à épuisement et les morts que nous avons enregistrés sous le commandement de Oumar ould Boubacar aussi, était entière.

Non, Oumar n'est ni un saint ni un sauveur. Oumar était et reste encore aujourd'hui un agent de renseignement de tout premier plan au service d'un système raciste, fort habile et manipulateur, dont il est un fervent et fidèle serviteur. Pourquoi a-t-il attendu sa retraite pour s’exprimer ?

Pour honorer la mémoire de nos martyrs, nous ne devons pas rechercher la compassion de nos bourreaux, nous devons exiger qu'ils répondent de leurs actes devant la justice.

Permettez-moi de remercier sincèrement nos sauveurs.

D'abord honneur à celles que Ibrahima Moctar Sarr appelle les femmes noires « reebe kurum en ». Elles, les femmes des détenus flamistes, qui ont été au front dans la sensibilisation et la médiatisation du sort non enviable des bagnards de Oualata.

Nos sauveurs étaient aussi et surtout les jeunes qui avaient fui leur pays. Leur travail pour nous sortir des griffes du dictateur, avec l'appui des organisations des droits de l'homme, des personnalités engagées pour notre cause en France, au Québec, au Canada, aux États-Unis d'Amérique et surtout au Sénégal fut énorme et décisif. Eux, ils méritent sans aucun doute une grande reconnaissance, merci.


Ousmane Abdoul SARR
Rescapé de Oualata


avomm.com

Mercredi 11 Octobre 2017
Boolumbal Boolumbal
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