HYMNE DES SEPT SERMENTS:Texte sacré Peul du Ferlo

Traduction et Commentaires:
Amadou Sadio DIA
Introduction:



HYMNE DES SEPT SERMENTS:Texte sacré Peul du Ferlo
Par ce texte qui laisse deviner une poignante résonance religieuse et éthique avouée, nous nous proposons
de livrer au public francophone de la diaspora une tentative possible de traduction et de commentaires qui se
veulent, avant tout, didactiques.
En effet, nous pensons notamment à la jeune génération montante francophone et surtout d'origine Peul à qui
nous livrons les deux versions en Pulaar et en Français, assorties de commentaires interprétatifs et
explicatifs.
Il s'agit d'un exemple d'hymne religieux très ancien dont des fragments ont été recueillis par le regretté grand
intellectuel Yero Doro Diallo auprès des groupes de lignages Peul du Ferlo oriental qui ont su préserver
certaines des plus belles pages de la littérature sacrée Peul.
La possibilité de recueillir et de transcrire en graphie arabe ou latine et de traduire ces chef-d'oeuvres permet
un heureux passage de l'oralité à la littérature, rendant ainsi ces deux canaux complémentaires.
Fixer un texte oral par l'écrit, c'est aussi une autre façon de créer ou de recréer.
Toujours est-il que la gageure est de taille: il est difficile de rendre, par la traduction, toute la belle facture
poétique, les procédés mnémotechniques dont on sait peu de chose aujourd'hui ainsi que les gestuels codifiés
qui y sont adjugés puisqu'il s'agit d'une prière, au sens fort et noble du terme.
Ceci est donc un modeste coup d'essai et d'autres, mieux outillés, plus inspirés et plus adroits, sauront mieux
en faire un coup de maître, avec plus de vigueur et de rigueur.
Mais il faut bien enclencher l'initiative.
Ce texte est loin d'être complet car seuls les initiés en possèdent le corps entier avec toutes les qualités
morales, les capacités intellectuelles et les dons artistiques requis que cela nécessite. Ceci est d'autant plus
vrai quand on se promène dans une des cultures les plus anciennes et les plus profondes du continent
africain. Alors, ces débris ne constituent que quelques pages de l'immense édifice qu'est l'incommensurable
bibliothèque Peul.
Aussi, c'est une revendication de programme de continuer sur cette lancée: de recherche et de diffusion de
la mémoire collective Peul dans ce qu'elle a de mieux à offrir à l'humanité; la voie comme la voix de la vie
pastorale qui, par elle-même, est une oeuvre d'art et de religion.
Alors le Peul du Ferlo ne se sera pas lui-même oublié comme le monde n'aura pas laissé le Peul sombrer
dans l'oubli.
Par un exemple précis que voilà, ce texte dit Konngol (Konngi, au pluriel),véritable hymne à l'économie de la
nature, au divin et à l'humain, révèle, avec bonheur surprenant ce que cachent le signe, le symbole et le sens
profonds des expressions du banal quotidien tel: 'Harameeji-am jeeɗiɗi'.
Toutes ces catégories d' interjections de joie ou de peine, de boutade, de confessions négatives ou positives
et des professions de foi dites 'paroles mineures 'Haala tookosa' ont, toutes, une historicité. Il y en a autant
que les jours et nuits, disent les Peul mais seules les grandes personnes, au sens spirituel du terme, peuvent
en retracer l'histoire et dénouer l'ésotérique qui relève de la 'grande parole' 'Haala mawka'. Le texte 'Konngol'
est la trame historique et topologique à fonction artistique, rituelle et éthique et contient le clair et l'obscur du
'Haala tokosa' au quotidien.
Nous traduirons donc le titre de ce texte par : 'Konngol Harameeji Jeeɗiɗi' = 'Hymne des Sept Serments'.
D'aucuns seront tentés, à tort ou à raison, de relier ce texte, par exemple, aux dits 'Dix Commandements' des
religions révélées, ou bien au 'Livre des Confessions Négatives dit Livre des Morts' de l'Égypte ancienne ou
bien encore aux Ramaya ou Purana de l'Inde ancienne. Bien que toute analogie ait de l'intérêt, des raccourcis
déductifs trop simplistes commandent à la prudence car il faut d'irréfutables preuves historiques et
anthropologiques. Il n'y a pas deux expériences de civilisation absolument identiques ou bien totalement
différentes si l'on considère les logiques de chronologie et de cartographie réelle des cadres géographiques
concrets de la genèse puis de l'évolution de la culture Peul.
Si les sept serments de l'hymne peuvent être considérés comme universels, c'est leur combinaison spécifique
qui en fait un ensemble originel et original dans la singularité du contenu comme de l'expression propre à la
vision éthique et esthétique Peul. Il n'y va pas autrement car c 'est la la combinaison des notes de musique qui
en fait la singularité du rythme,de l'harmonie ou de mélodie reconnaissable. Donc les sept serments sont un
tout comme mouvement d'ensemble pour former un Konngol.
D'autres Konngi relatifs aux normes éthiques auxquelles les Peul attachent un inestimable prix, telles: la
pudeur physique,morale et intellectuelle;l e sens inné de l'honneur; l'esprit de contenance et de resserve;la
patience face aux doutes et erreurs de la vie sociale; existent vraisemblablement. Il y a une logique de
revendication dans d'exhumation de ce patrimoine et de sa réédition, face aux exigences du présent et de
l'avenir.
Ce Konngol est récité devant une statuette en or en forme de bovidé, pour saluer lever du soleil, face à l'Est,
avec les rites gestuels précis, dans la stricte discipline des sens ainsi que la pureté corporelle et mentale
requise. Saluer, c'est plus qu'un simple geste ou parole de politesse: c'est une adoration du divin omniprésent
et éternel par l'entremise de tous les éléments de l'univers y compris l'humain. Dans la vision Peul,la salutation
est un acte d' adoration de son créateur en passant par son semblable humain ou bien par un astre. Saluer,
c'est le condensé de l'attitude de savoir-vivre et de savoir-être Peul face aux lois de la nature et de la société.
Qualifier ce texte-Konngol de 'pré-islamique' relève d'une convention et de convenance dont l'intérêt relève de
codification chronologique et de prédisposition idéologique. Ce qui serait vrai mais combien réducteur.
Ce sont plutôt le contenu théologique, le sens éthique et l'utilité pratique du texte qui comptent. Le débat ne se
poserait pas car l'expérience culturelle Peul a eu et aura à partager un tronc commun de la première religion
monothéiste primordiale depuis la période Rama-Kush ...avec ses dérivées dans les variantes ultérieures
des religions révélées. Une fois convenu qu'il n'y a qu'une seule religion monothéiste universelle primordiale
avec ses diverses manifestations et expressions selon des expériences spécifiques sans lesquelles on ne
pourrait de parler langue ou de culture, encore moins de ses produits telle la littérature ou l'oralité.
Le Konngol, le Taalol (Taali,au pluriel) qui se définit comme bréviaire d'initiation à l'art de vie pastorale, au
savoir et au pouvoir politique ainsi que le Fantaŋ qui se comprend comme poème mythique sous forme
d'ode bucolique dont la préoccupation populaire n'aura privilégié que le support musical instrumental par le
classique air du même nom,ainsi que le Cefol (Cefi,au pluriel) incantation magique comme connaissance de
volonté mobilisant les lois physiques,biologiques selon les règles de correspondance cosmique,relèvent de la
littérature et de l'oralité sacrées Peul. La musique du Fantaŋ inspire celui qui en joue et les paroles
déclamées engagent ceux qui l'écoutent et comprennent la portée et l'enjeu du message.
Ces genres sont habillés par la parole sacrée qui, disent les Peul, est divinement exacte; il convient donc
d'être exact avec elle.
Le Tinndol (Tinndi, au pluriel)se peut traduire par conte, le Daarol (Daari, au pluriel) roman historique sous
forme épique et tragédique ainsi que le Leele (Leeleji,au pluriel) qui se compose en poème romantique de
libre inspiration pour le loisir et le plaisir, peuvent se simplifier au niveau de littérature ou oralité profane tout en
conservant un tréfonds sacré. Il en est de même pour les Konnguɗi qui peuvent se comprendre par paroles
libres sous forme de dicton, proverbe, déclaration d'attitude ou d'intention. Les Konngi relèvent du sacré alors
que les Konnguɗi sont profanes sans pour autant être démunis du sérieux.
Tous ces genres se regroupent sous le générique Coñce (littérature et oralité) qui est une intersection entre le
nyenyal (l'art) et le nyeenyal (la sagesse) et qui se résume par le culte de la beauté au sens propre comme au
sens symbolique. Tous ces genres reflètent les profondeurs de la vision du monde, le cadres normatifs et les
échelles de valeur de la tradition Peul.
Souhaitons et osons espérer que cette contribution, ô combien modeste, saura interpeller nos enfants à
davantage d'ambition d'explorer, avec courage et méthode, d'autres pans inestimables de cet héritage culturel
que nous ont légué nos ancêtres et que nous transmettrons à nos descendants.
Konngol Harameeji*¹ Jeeɗiɗi*²
1. Buuɗal yurmeende*3
2. ƴellitiingal e innde Geno*4
3. Yo jam nyallu haa to ciinyciiɗe-ma kaaɗi.
4. Ɓesngu ina e wuro, jawdi ina sarii e ladde harimaaji*5
5. Yo yiitere-ma reen*6
6. Kala ko njeyɗa*7 min coottirii*8 ɗum
7. Biigi*9 baggi, gay dimaaɗi*10 e ƴiiƴam sagataaɓe *11.
8. Minen ɓiɓɓe Fulɓe*12 min ngoondanii-ma *13
9. Harameeji jeeɗiɗi ɗi min pirtataa :
10. Goo: min ngujjataa *14!
11. Ɗiɗi: min penataa *15!
12. Tati: min kulataa *16!
13. Nay: min njanfotaako *17!
14. Joy: min taƴataa ennɗam*18!
15. Jeegom : min pirtataa aadi *19!
16. Jeeɗiɗi: kala ko danyaa ina rennda, min ɗawataa *20 !
17. Min piɓii ɗiiɗoo harameeji jeeɗiɗi ɗi mi pirtataa.*21
18. E laawol pulaaku*22 ngol mi ndoni
19. E Baaba Kikala kam woni maama kala
20. E Neene Naagara*23 kam woni sabu kala.
21. Min piɓii ɗiiɗo harameeji jeeɗiɗi ɗi min pirtataa
22. E barke kosam e nebam.*24
23. Min piɓii ɗiiɗo harameeji jeeɗiɗi ɗi min pirtataa
24. Foroforondu *25 ina seedi
25. Kam woni mawɗo sippooɓe
26. Kam woni mooftuɗo sirru burgal kelli *26, ɓirdugal eeri *27 e lahal baddi *28
27. Kam humpitii ko boloŋ e sumalle kasam kaalata *29.
28. Min piɓii ɗiiɗo harameeji jeeɗiɗi ɗi min pirtataa
29. E yeeso Kuumen *30 kam woni mawɗo aynaaɓe
30. Mo Geno-Dundaari resndi duruunde harimaaji,
31. Caali e beeli e daabaaji wuro e ladde.
32. Kam wakki sirru sawru nelɓi*31 e boogol daɗol,
33. Kam foɓɓii ndurbeele*32, cabbi nay ndewi heen,
34. Kam soggiti koobi*33, forli lelli, billi e tewdi*34 to ladde Tulaa-Heela*35.
35. Min piɓii ɗiiɗo harameeji jeeɗiɗi ɗi min pirtataa
36. E toraade ndokuwal Caamaaba*36 ba bacce kaŋŋe capannɗe jeenay e jeegom*37
37. Yoo min male jawdi e cellal.
38. Min piɓii ɗiiɗo harameeji jeeɗiɗi ɗi min pirtataa
39. Yo Geno-Dundaari wuurnu-min, suura-min, dannda-min
40. No O danndirnoo ndaw*38 e nder jereende
41. E ngendiije nano e nyaamo*39,
42. Gila njaajeeri cooya*40 haa sahal*41 haa ɓaleeri*42 haa maaje geej*44.
Version en langue française.
HYMNE DES SEPT SERMENTS
1. Ô Grand Disque Solaire de la Miséricorde
2. Qui se lève comme messager de Geno-l'Eternel !
3. Que règne la paix partout où éclaireront tes radieux sourires.
4. Que ton OEil Bienveillant protège notre progéniture restée aux campements
5. Ainsi que nos troupeaux épars dans les pâturages sacrés.
6. Nous mériterons certes Tes Bienfaits
7. Au prix de nos génisses,de nos étalons et du sang de nos jeunes guerriers.
8. Nous, enfants de Peul,convenons
9. Les sept serments que nous ne renierons au grand jamais:
10. Un: nous ne volerons pas;
11. Deux: nous ne mentirons pas;
12. Trois: nous n'aurons jamais peur;
13. Quatre: nous ne trahirons pas;
14. Cinq: nous n'aliènerons pas les liens de parenté;
15. Six: nous ne romprons pas le pacte de promesse;
16. Sept: tout bien sera partagé car nous ne lèserons personne.
17. Par ces sept serments que nous ne renierons au grand jamais,
18. Nous marcherons sur la Voie de savoir-être Peul que nous héritons
19. De Père Kikala l'ascendant de tous
20. Et de Mère Naagara la raison d'être de tout.
21. Par ces sept serments que nous ne renierons au grand jamais,
22. Par la vertu du lait et du beurre.
23. Par ces sept serments que nous ne renierons au grand jamais
24. Nous prenons à témoin
25. Foroforondu la Doyenne des femmes laitières.
26. C'est bien Elle qui détient le secret de la mouvette en Kelli, le seau en Eri et la grande écuelle en Baddi.
27.C'est bien Elle qui sait dénouer tout ce qui se dit dans la gourde et outre à lait.
28. Par ces sept serments que nous ne renierons au grand jamais,
29. Devant Kuumen le Doyen des bergers
30. Celui à qui Geno-Dundaari l'Éternel-Tout-Puissant confie les pâturages sacrés,
31. Les rivières et les mares ainsi que les animaux domestiques et sauvages.
32. C'est bien Lui qui détient le secret du bâton de pâtre en Nelbi et de la corde à traire.
33. C'est bien Lui qui sait flatter l'esprit de Ndurbele et commander la précession des troupeaux de bovidés.
34. C'est Lui qui sait guider les Koobi, conduire biches, gazelles et antilopes dans la haute brousse de Tuula-
Heela.
35. Par ces sept serments que nous ne renierons au grand jamais
36. Nous implorons le don grâcieux de Caamaaba aux quatre vingt seize écailles de couleur or
37. De nous rendre fortunés en troupeaux et en santé.
38. Par ces sept serments que nous ne renierons au grand jamais,
39. Que Geno-l'Eternel et Tout-Puissant nous accorde la vie, l'honneur et le salut
40. Comme Il le fait pour l'Autruche dans les vastes espaces continentaux,
41. Dans les pays de gauche et de droite,
42. Dans les vastes étendues de couleur fauve, du sahel, des terres noires humides jusqu'aux océans.
Commentaires descriptifs et explicatifs.
*1. Les termes 'haram', 'ra','mana', 'lah', 'dunia', 'ham', 'him', 'sam', 'kush',' duwa', 'sah', 'wati ,'maa', 'waa', etc.,
sont des radicaux des substantifs qui relèvent du glossaire sacré issu de la langue première qui couvrait l'aire
géographique du continent africain, la péninsule arabique jusqu'aux confins du sous-continent indien. Ils
traduisent soit les noms des divinités, soit leurs attributs ou fonctions. Selon les données issues de
recherches de l'archéologie linguistique, l'on comprend que les langues sémites notamment l'araméen,
l'hébreu, l'arabe et le gueze, supports officiels des institutions des religions révélées (du fait de leur réussite
historique et sociale de portée quasi universelle), n'ont fait que reprendre puis exporter dans le reste du
monde ce fort ancien lexique théologique.
Les Peul islamisés n'auront que fait que se réapproprier ce qui leur appartenait pour le réinterpréter. Il ne
s'agit pas donc de la soit-disante influence 'arabe' puisque la culture Peul, à l'instar autres cultures dites nilosahariennes,
est bien antérieure à la vague arabe-islamique et appartient à cette vieille strate dite des
peuples premiers (7500 années avant JC).
Plus précisément, le terme 'haram' se comprend comme jurer devant la divinité solaire 'Ra'; quand les
cultures nilo - sahariennes avaent certainement atteint le culte solaire, avant successivement les cultes
totémique, stellaire puis lunaire. Ce culte solaire nous rappelle bien le culte solaire 'Ama- Ra' (Dieu-Soleil) qui
se pratiquait aussi dans l'Egypte ancienne.
*2. Chiffre sacré dans la sphère anthropomorphique. Il peut symboliser la rencontre de la femelle (quatre =
espace) et du mâle (trois = temps) pour parfaire l'unité de l'harmonie humaine (sept = espace-temps) ou bien
le signe et le sens des sept ouvertures de la tête. Dans sphère cosmique, il symbolise les sept étoiles
boréales. Des exemples à l'infini existent pour qui sait lire le grand livre de la nature.
*3. Yurmeende : émotion sublime exprimant un immense besoin de charité de la part du divin envers l'humain
qui se doit de le redistribuer à son semblable. Ce sentiment de vie, de haute portée éthique et métaphysique,
se retrouve aussi chez les croyants musulmans comme l'un des principaux qualificatifs d'Allah (Ra-Man) de
culte solaire dont les langue sémites en ont traduit en 'Rah-Man' = 'Miséricordieux').
A noter que les Konngi sont bien antérieurs aux textes des religions révélées....notamment dans leurs
versions indo-européennes de la religion universelle primordiale africaine-asiatique à laquelle la tradition Peul
est un aspect, à l'instar des autres cultures africaines.
C'est ainsi, par le Yurmeende, le Peul exprime l'honneur et le bonheur d'être humain et humaniste en se
laissant émouvoir et se guider par le divin. En outre, il est convenu que c'est par la faculté d'être saisi par la
profonde émotion que l'être humain se civilise car sans elle, point d'art ni de religion. Yurmeende- charité n'est
pas don gratuit ou réception gratuite: c'est une attitude face à la vie qui se traduit par des paroles et des
gestes de compensation qui y sont adjugés. Dans ce sens, l'émotion dépasse bien la simple catégorie
psychologique de l'école eurocentriste, pour constituer le point culminant de la courbe métaphysique de
l'humain.
*4. Geno, c'est le Dieu Suprême des Peul, le démiurge unique de l'univers. Le terme 'Geno' est le substantif
du verbe ''yenndude' = durer éternellement.
Par extension le terme 'Ngenu' se construit du radical 'Gen', signifie l'univers éternel et tout ce que recouvre
le concept 'Dunia' plus restrictif c'est-à-dire le monde géographique habité. Le terme 'Ngenndi', se
construisant par le même procédé, se traduit par 'patrie' en complément du terme plus générique 'Leydi': terre,
terroir, territoire, espace régional.
Le terme 'Gentu' se construit de la même manière. Il signifie la demeure des esprits des ancêtres 'awliaaɓe'
et se matérialise par les sites archéologiques et historiques dont l'inventaire topographique, l'évaluation
patrimoniale et la typologie par identification de la toponymie et l'ethnonymie Peul restent encore à faire.
C'est là que réside l'intérêt dans l'usage pratique des textes sacrés comme outils de support méthodologique
et de techniques d'enquête scientifique.
Le qualificatif premier de Geno se comprend donc comme l'Éternel. Le second qualificatif de Geno est
Dundaari . Dundaari et signifie le 'Tout-Puissant'. Il est à noter que ce terme se retrouve aussi dans les
langues du Mande. Ce qui se comprend par phénomène de transculturation mutuelle ou bien d'un fond
commun vue que le Peul et le Mande font partie du même vieux fond de civilisation négro-africaine, sans
compter qu'ils ont eu à partager souvent les mêmes expériences historiques.
En outre, le panthéon des Peul comprend: Geno ou bien Geno-Dundaari-l'Éternel-Tout-Puissant ,créateur de
l'Univers ainsi que les émanations de Geno que sont les divinités et qui ne sont ni des dieux ni des déesses
mais des attributs ou bien des fonctions de celui-ci.
Plus simplement:ce sont, en fait, des lois de la nature et de la société qui y sont sublimées au niveau du
sacré et fixées par des repères intelligibles selon un besoin de compréhension (science) ou de volonté de
contrôle (magie) par les deux bouts de la voie de l'esprit humain qui opère par le langage des signes ou bien
de sons articulés. Ce n'est par hasard que les Peul affirment que: 'Haala ko diidol' = 'la parole est gravée'.
Cela implique que l'écrit et l'oral relève de la loi de l'unité des différences. Les illustrations matérielles de cela
sont à chercher dans les glyphes allégoriques ou magiques des peintures rupestres de l'espace Nil -Sahara,
sur les décorations des calebasses et écuelles, sur les objets d'art pastoral, sur des matériaux d'habitations et
surtout dans la signification des marquages sur les les corps des bovidés.
La religion traditionnelle Peul n'est ni polythéiste, ni idolâtre encore moins fétichiste, contrairement à ce que l'a
voulu faire admettre une certaine anthropologie eurocentriste. L'intelligence de la pratique humaine veut que
l'on utilise les supports matériels et énergétiques pour interpréter et agir sur les émanations du Divin en se
conformant à ses manifestions en forme de lois. Pour cela, il leur faut donner des noms: ainsi les divinités
telles que Tago (nature), Weeyo (espace cosmique), Dumunna (temps)et Kuum ou Kuus ou bien Kush
(Humain Primordial, de petite taille et de grand esprit) en constituent des exemples courants. La plus
fantasmagorique est sans doute Caamaaba: serpent mythique aux quatre vingt seize écailles qui
correspondent aux quatre vingt seize types de robes de bovidés connues des Peul du Ferlo.....; il est gardien
des eaux terrestres et célestes, ses demeures étant l'arc-en-en ciel et les abysses;. Il peut symboliser la
fécondité, la prospérité et l'idée d'immortalité de l'âme et de la mortalité du corps par l'image de la mue du
reptile comme renouvellement permanent,. Il fait également partie des monuments symboliques du panthéon
des Peul. Il y en bien d'autres divinités telles que Ham, Sam, Dem, Yer, Paat , Del, Kum, Pen que les Peul
finiront en faire des prénoms (Hammadi , Sammba, Demmba, Yero, Paate, Kummba, Pennda etc)....quand la
cosmographie et la cosmogonie précèdent et inspirent l'anthroponymie car les cultes totémique, stellaire,
lunaire et solaire se simplifient progressivement dans la liturgie au quotidien . Enfin, les 'Lareeji'' qui se
comprennent comme manifestations des divinités-lois de la nature et de la société et qui, en interpellant
l'intelligence, l'intuition, l'émotion ou bien la sensibilité de l'humain, forment la strate la plus familière du
panthéon Peul. La religion Peul est donc un monothéisme aux multiples divinités avec leurs phénomènes
manifestes qui constituent les agents objectifs du destin de la paire humain-bovidé. Il y a toute une tradition de
science et de magie de cela : deux aspects d'une véritable école de mystères qui servent de soubassement à
la religion. Tout ce panthéon s'exprime par la grande écriture à travers les signes et symboles et par la grande
parole. Il serait donc excessif d'affirmer d'emblée, sans aucune enquête maîtrisée, que la culture Peul est
uniquement orale. L'énigme réside dans le traçage de cette écriture dans sa forme alphabétique: d'aucuns
pensent qu'elle est perdue au hasard des avatars historiques (guerres, razzia, épizooties, invasions, pillage
,émigrations, etc..), d'autres chercheraient dans les mystères que les initiés cacheraient encore jalousement.
La question reste ouverte.
*5. Harimaaji : les pâturages sacrés sont des zones écologiques spéciales: prairies aquatiques, ceintures
arbustives ou arborées et herbacées autour des points-d'eau permanents. Elles concentrent sur des aires
restreintes, tout ce dont la paire humain-bovidé a besoin: fourrage à très valeur nutritive, affleurement de
strates de sols salés, variabilité botanique des espèces appétées, abondance de plantes alimentaires et
pharmaceutiques. Ces aires sont mises en défense par les 'Huurum' : zone naturelle qui 'n'est jamais occupée
ni par l'habitat ni par toute autre activité d'exploitation. Cet type de pâturage sacré est géré selon un calendrier
pastorale d'origine stellaire: il comprend 28 séquences de 13 jours ; chacune des séquences ayant pour nom
une étoile remarquable spécifique. La dernière séquence comprend 14 jours dont le dernier jour est celui de la
veille du nouvel an des Peul pasteurs. Le mode de gestion des Harimaaji obéit des règles strictement
codifiées, en observant les lois de correspondances cosmo- biologiques, les directions cardinales et
collatérales, l'état maturité des parcours. Les Harimaaji, disent les bergers, c'est la rencontre de l'eau, de
l'herbe, du soleil et du sel pour donner le fidèle miroir du pâturage: le lait de qualité. La répartition des bovidés
à l'intérieur des Harimaaji s'effectue selon la projection de scenario céleste: les bergers et les bovidés jouent
le rôle des astres dans une procession de haute gravité. C'est plus que de 'élevage, au sens habituel mais un
culte fort ancien. L'occupation et utilisation de Harimaaji sont régies par des attitudes totem et de tabou pour
celui qui y pénètre et qui en ressort., comme dans un vrai temple avant la lettre. Ici, c'est le religieux qui donne
la force d'efficacité au droit. Pour les exigences du monde Peul moderne, une telle cartographie des
Harimaaji nécessite une expertise dans l'interprétation des Konngi - hymnes. Le type de pâturage dit profane,
tout ordinaire, se désigne par 'Duruunde' et relève de libre parcours tant qu'il n'y a pas de droit séculier
d'exclusion explicite.
*6. Njeyɗa: dérive du substantif 'Jey' = possession : loi d'appartenance absolue à Geno-L'Eternel. L'être
humain dit complet, en terme de maturité intellectuelle et spirituelle, oriente ses pensées et actes selon les
principes de conformité et de respect de cette loi d'appartenance par des rites appropriés. Ce qui introduit ,
entre autres, le sens de la notion de sacrifice: restituer à Geno ce qui lui est dû aussi bien sur le plan
physique-symbolique que sur e plan éthique et esthétique. Toutes les formes de sacrifices obéissent à cette loi
d'appartenance consistant à restaurer et maintenir l'équilibre du 'Tago'-la-Nature.
*7. Yiitere : l'oeil, au sens propre comme au sens figuré, du disque solaire avec la double allégorie par la
couleur rouge du lever du soleil (Yiite= feu sacré) ) et OEil symbole de Celui-Qui-Voit-Tout, émanation de
l'Être-Suprême, source de la vie.
*8. Coottirii : dérive du verbe 'soottirde' = racheter, au sens propre. Au sens figuré, peut se traduire par la
notion de mérite. Ceci introduit la logique de conscience de mérite très accentuée dans l'éthique du Peul.
Cela rappelle, de manière plus explicite, la loi d'équilibre au monde et de l'être qui l'habite : la loi de l'équilibre
de l'être-au-monde, selon la pertinente formule 'Neɗɗo kiɓɓo e Weeyo teeyngo = Personne équilibrée dans
un espace d'équilibre'.Toujours recevoir sans rien jamais donner en compensation, au sens large et au sens
profond du terme, traduit l'ingratitude sociale qui qui fait horreur aux Peul car c'est la transgression de la loi
d'équilibre du monde avant de constituer un aspect de code social.
*9. Biigi: (Wiige, au singulier), génisse mûre à son premier vêlage. C'est l'un des meilleurs présents de valeur
et d'honneur, comme l'or (symbole de fortune et de savoir ) pour le Peul qui en donne ou qui en reçoit. Ceci,
selon le principe d'accroissement de fortune physique et de devenir positif du destin.
Les Peuls du Ferlo classifient la femelle du bovidé par l'âge, en la dénommant: nyalel (velle), nyale (velle
sevrée), wiige (génisse) haange ( jeune vache en deux ou trois vêlages) nagge (vache mûre), rajjawe (vieille
vache).
Du point de vue économique et anthropologique, la culture Peul n'a pas l'exclusivité de l'élevage, ni du
pastoralisme mais elle figure parmi celles qui en conservent la permanence historique et une signification
sociale spécifiques à l'égard du bovidé. L'évolution de la disponibilité des données historiques montre que le
zébu (Bos indicus) ne provient pas de 'Inde mais une dérivée d'adaptation du taurin sans bosse (Bos taurus)
aux conditions de d'aridification climatique ...tel que figuré dans les peintures rupestres du Nil-Sahara. C'est
ce zébu qui aura accompagné les peuples africains qui migreront vers l'espace asiatique (Péninsule arabique,
Elam, Hindu-Kush, Ceylan) et non l'inverse. Le paradigme aryen créa la confusion en caricaturant le culte de
la 'vache sacrée' qui est bien antérieure à l'arrivée des codificateurs de l'Hindouisme). La tradition Peul a, elle
aussi, une expérience d'un culte fort ancien dans la phase totémique: l'animal ou bien la plante comme
support matériel et symbolique du culte totémique. Le bovidé comme le serpent- 'Njaawa' en sont des
exemples dont l'histoire reste encore à écrire.
En outre, la zoolâtrie n'est pas le culte de l''animal en soi, c'est le culte totémique par l'entremise de l'animal
dans la première expérience du monothéisme qui exclut toute autre association égalitaire avec Geno- le
Démiurge Suprême. C'est l'école anthropologique du missionnaire avec ses bigoteries et l'arianisation de
l'islam avec ses imams caucasiens (à partir de la période Abbasside) qui ont infantilisé les cultes africains et
asiatiques, avec les syndrome 'idolâtrie' et polythéisme'. Ce qui est non-sens théologique devant la
permanence du monothéisme premier et universel. L'instrumentalisation des religions dites révélées relève
davantage d'idéologie de projet politique avec son cortège de génocide culturel....mais certaines élites auront
résisté, d'autres pas.
Les principes qui régissent l'art pastoral Peul se retrouvent aussi chez les autres peuples africains et
asiatiques qui se spécialisent dans d'autres secteurs : agriculture, pêche, chasse, artisanat etc. L'un des
principes les plus significatifs est celui du rapport de consubstantialité c'est-à-dire communauté de destin
entre l'être humain et l'objet de son industrie: le paysan à la terre-divinité, le pasteur au bovidé, l'artisan à la
matière qu'il transforme, le pêcheur ou le chasseur à la faune aquatique et terrestre.
Les Konngi existent aussi dans ces aires culturelles ou d'activités.
*10. Dimaaɗi : Etalons (Ndimaangu, au singulier). L'espèce chevaline ne fait pas de support de culte chez les
Peul contrairement à d'autres cultures d'origine nilo-saharienne du bassin du Niger et du Tchad (Hausa,
Djerma, Kanuri, Fur , etc..).
Le cheval dit 'arabe' et ses dérivés dégénérées que l'on trouve dans la Savane et dans le Sahel de l'Afrique
de l''Ouest et Central était connu avec les Garamantes (Garama =proto-Mande et Bafur) depuis l'antiquité
mais aucune preuve n'en fait un patrimoine exclusif des Peul.
C'est la logique d'emprunt à d'autres aires culturelles par le phénomène du diffusion interculturelle (les grands
axes de commerce transsaharien et transafricain pré-islamique, plus vraisemblablement). Les Peul ont du
l'intégrer dans leur valeur d'usage et d'échange et en faire un animal particulièrement noble (Dimaaɗi =
espèces nobles). Cet animal, selon la légende, a du impressionner les Peul pour le surnommer 'l'animal qui
sait danser aussi bien élégamment que les humains'.
Dans la littérature épique des empires Peul du XV au XIX siècle après JC, l'école des Wambaaɓe (artistes
instrumentalises jouant spécialement du Hoddu-guitare tétracorde ou pentacorde) en a fait un genre profane
épique très prisé des Peul du Ferlo, d u Fuuta-Tooro et du Maasina d'où sont originaires les maîtrestraditionalistes
ainsi que la thématique évènementielle.
*11. Sagataaɓe (Sagata, au singulier): jeune adulte de 21 à 28 ans. Les Peul du Ferlo subdivisent la vie
active d'une personne mâle en neuf séquences de sept années chacune. Le Sagata correspond à la
quatrième séquence. C'est, dit-on, l'âge de plénitude physique et la confirmation définitive du caractère (cela
peut se tempérer ou s'accentuer ou se stabiliser avec le concours des circonstances de la vie mais ne
changera plus jamais fondamentalement). En termes de responsabilité sociale, le Sagata passe du stade de
'Aga'-apprenti de l'art pastoral à celui de Gaynako- berger plein et de guerrier de choc. C'est à ce stade que
les patriarches repèrent les potentialités ou bien les limites de ce postulant à de haute responsabilité dans son
lignage ou bien de sa communauté élargie. S'il se développe moralement et spirituellement, il peut tenter de
postuler le niveau d' initié à la sixième séquence qui se situe entre 35 et 42 ans. Le Sagata constitue donc le
plus important capital humain dans la société Peul. Par extension, c'est le meilleur compliment que le Peul
aime s'entendre traiter de 'Sagata': dans le sens d'être de haute responsabilité, souvent au prix de sa vie qui,
en fin de compte, ne lui appartient pas tout seul.
*12. Fulɓe : (Pullo, au singulier). C'est le nom que les Peuls se donnent eux-mêmes. Le radical du terme 'Ful'
est le nom du peuple et le suffixe 'ɓe' se traduit par 'ceux du' pour donner le composé 'Ful-ɓe' c'est-à-dire
'ceux du Ful'. Le peuple Ful dépasse le cadre d'une ethnie telle que le présumait la sociologie coloniale que ne
voit en Afrique que des 'ethnies' et 'dialectes'. Le peuple Ful constitue une nation à unité culturelle dans une
grande diversité géographique : au bas mot, une cinquantaine de millions de locuteurs dans une aire de 4, 5
millions de kilomètres carrés, sur dix huit pays africains (sans compter la diaspora en Europe, en Amérique et
au Moyen-Orient). Le glossaire qui les désigne sous de différentes appellations contient toujours le radical
'Ful' ou Pul (principe d'interchangeabilité entre les consonnes initiales ou terminales).
Ainsi , on aura 'Fulani' dans pays anglophones (à partir de la langue Hausa), Fullata Fulaan, Fellata (dans les
langues sémites), Fula pour les lusophones (emprunté aux langues Mande)et Peul en terminologie
francophone qui s'est faite en partir du terme Wolof qui les désigne par Pël. Autant éviter une aberrante
confusion en fractionnant artificiellement toute une grande nation sous la fallacieuse différentiation à partir de
simples variantes de la même appellation.. avec des enjeux géopolitiques très sensibles et exploitables dans
le bon ou mauvais sens.
L'espace de vie ou bien espace vécu des Fulɓe s'appelle Fuuta (ou bien 'Phut' tel que transcrit dans les
textes anciens). Il s'agit du Fuuta originel berceau de la nation Ful. Fuuta veut dire ' pays des Fulɓe'. Il s'agit
d u Fuuta originel. Les Fulɓe, suite aux vicissitudes de l'histoire (notamment les invasions des indoeuropéennes
dans la vallée du Nil et du Sahara oriental) ont naturellement redonné la même toponymie et
ethnonymie aux nouveaux espaces qu'ils auront à occuper. De la vallée du Nil aux rives de l'Atlantique on
retrouvera les noms 'Fuuta' ('pays des Fulɓe') dans leurs progression et stabilisation pour reconstituer le
Fuuta originel. On aura ainsi, par exemple: le Fuuta-Kukia, le Fuuta-Kingi, le Fuuta-Tooro, le Fuuta-Fuladu, le
Fuuta-Jaloŋ, etc.
Ainsi, la migration s'est faite d'abord dans le sens Nord-Est vers le Sud-Ouest (Nil -Atlantique) ensuite dans
le sens Ouest-Est (Atlantique-Mer Rouge). Dans la mythologie de l'épopée des Fulɓe, le point cardinal de
repère est le Sud car c'est l'espace dit de 'main droite et comme 'tête de pont de l'eau et de l'herbe'. La
péjoration climatique aura , en fait , modelé et structuré l'esprit Ful car c'est devant les défis écologiques et
humains que se constitue la survie d'une nation et qu'exprime sa conscience historique.
La langue des Fulɓe s'appelle le Fulfulde ou bien le Pulaar ou Pulal , selon les régions, et se subdivise en
dialectes et parlers. Les Fulbe nomades bergers qui voyagent et les initiés qui connaissent bien le 'Fulfulde
Mawnde' (la langue standard) se retrouvent facilement alors que celui qui s'isole dans son terroir ou bien le
Peul urbanisé doit hésiter. Ce phénomène est, du reste, universel dans toutes les langues.
Les clés pour lire la langue Fulfulde, en graphie latine sont:
-i) Lettres minuscules: a; b; ɓ ( comme dans ɓiɗɗo = enfant);d; ɗ (comme ɗiɗi = deux); c (comme cakka =
collier); e (comme eey = oui); f, g (comme gite= yeux); ɠ (comme dans ɠabri = tombe, souvent pour les mots
d'origine arabe); h, i, j (comme dans jalde = rire); k, l, m, n, ŋ (comme dans ŋoŋde =somnoler); ñ (comme
dans ñaamde = manger, peut se simplifier en 'ny'); o, p, r, s, t, u (comme dans ummaade= se lever); w
(comme dans waare=barbe) , y (comme dans yaarde = boire); ƴ (comme dans ƴeewde = regarder).
-ii) lettres majuscules: sont les mêmes, sauf : Ɓ =ɓ, Ɗ =ɗ ; Ɠ = ɠ ; Ŋ = ŋ; Ñ =ñ ou bien Ny=ny; Ƴ =ƴ.
Les voyelles longues se doublent, les consonnes dites dures se doublent aussi. La graphie en arabe reste
encore à homologuer.
La langue Fulfulde, troisième langue africaine par son aire d'extension, se situant entre les vingt et trente
premières dans la liste des langues mondiales, est une langue de plus d'une vingtaine de classes et d'une
richesse lexicale inouïe pour supporter tous les concepts de la science moderne et de la technologie moderne.
*13. Ngoondanii-ma : Dérive du verbe 'woonde' = jurer dont le substantif est 'Woondoore'. Le 'Woondoore' est
le plus lourd serment que puisse faire le Pullo; tout comme sa rupture est le plus grave des péchés qu'il
puisse commettre. Du point de vue métaphysique, c'est le 'Woondoore' qui affirme la loi d'équilibre de l'êtreau-
monde. Ainsi, parjurer n'est pas une simple faute morale mais facteur de déséquilibre de l'ordre social
dans l'espace géographique. Les Peul le formulent de manière plus pittoresque et non moins sérieuse: les
problèmes de l'humanité s'expliquent par le fait de parjurer qui se commet ça et là et à tout instant ! Pour dire
qu'une personne est toujours en train de parjurer quelque part.
'Wondoore' et parjurer constituent deux symétries qui cohabitent et se contestent dans la même réalité,
exprimant le sens du tragique qui gît au coeur de la culture Ful. Ainsi, un discours d'une culture, explicitement
critique d'elle-même, consciente de ses forces et faiblesses, de ses potentialités et limites, des solutions de
ses contradictions, constitue un débat de nature philosophique. Disons, la tradition spécifique issue de
l'expérience singulière des Peul laisse apparaître la philosophie qui, somme toute, à l'instar de la science, est
d'essence universelle. La culture Pullo n'est pas moins rationaliste ni plus mystique que les autres cultures.
Le 'Woondoore' exprime donc la valeur , le prix que la civilisation Ful attache à la vérité.
A cet égard, l'aspect pratique du 'Konngol', c'est de mettre dans un même texte un condensé exotérique et
ésotérique qui renferme, tout à la fois, la théologie, l'art poétique et la philosophie, pour en faire un instrument
à la portée de tous. Tout un chacun saura s'en servir, selon son âge, son niveau spirituel et son son centre
d'intérêt, en vertu de sa compréhension et de sa conformité avec la chorégraphie des divinités-lois de la
nature et de la société. Le 'Konngol' c'est l'instrument spirituel de ce pasteur nomade qui se déplace sans
cesse avec toute sa bibliothèque.
*14. 'Ngujjataa': forme négative du verbe 'wujjude' = voler. Voler, c'est la double honte, disent les Peul et
surtout que l'on pousse la malchance ou bien la maladresse de se laisser prendre.
Toutefois, le 'Ruggo' ou bien la 'guerre du bétail', autrefois 'le jeu des hommes' favori des Peul du Ferlo, ne
relève pas du vol. En effet, il y toute un code éthique à respecter: entre autres principes directeurs,ne pas
enlever du bétail à l'insu du propriétaire ou du dépositaire, ne pas s'en prendre aux personnes vulnérables
telles que enfants, femmes vieillards ou infirmes ou bien toute personne désarmée. S'écarter de ce code, c'est
sombrer dans la déchéance morale et sociale pour se situer au niveau du vulgaire voleur de bétail. Il y a un
ensemble de code juridique de partage des produits du 'Ruggo' qui n'ont rien à voir avec les razzia-rapine et
pillage caractéristiques des voisins Arabes-Berbères leucodermes,et plus tard, des exécutants locaux des
négriers européens. Ce sont ces règles qui garantissent la circulation interne du patrimoine pastoral au sein
des différents groupes de lignages. Le lecteur sera mieux édifié par l'oeuvre du célèbre artiste Sidi Mboocel
et ses descendants natifs du Ferlo, dans ses fameux 'Daari'-romans historiques déclamés au son enivrant
du violon.
*15. 'Penataa': forme négative du verbe 'fende' = mentir effrontément et sans scrupules. Son synonyme est
'Semtude' et ce sont les Peul orientaux qui en ont conservé le sens original pour signifier 'avoir honte'. Dans
l'éthique Pullo original, mentir et avoir honte c'est-à-dire se déshabiller, au sens propre physique comme au
sens figuré moral, recouvre le même concept. On aura compris la portée synonymique pour celui sait évaluer
le sens de la de la honte-mensonge dans la psychologie profonde du Peul en particulier et de l'africain des
Savanes en général. La règle de bonne éducation Peul voudrait que l'on sache dire subtilement et sobrement
le langage de vérité en tout lieu et temps sans embarrasser ni indisposer ni heurter l'humain car la forme doit
être aussi correcte que le fond.
*16. 'Kulataa': forme négative du verbe 'hulde' = avoir peur au sens physique, moral et intellectuel. Le peureux
n'a pas de visage humain, disent les Peul. Au contraire, le brave meurt une seule fois afin d'être considéré
comme 'immortel' de ses paroles et actes par la postérité alors que le poltron 'meurt tous les jours' pour
demeurer mortel socialement parlant, aux yeux de ses pairs.
*17. 'Njanfotaako': forme négative du verbe 'janfaade' = trahir qui dérive du substantif 'Janfa' = trahison et qui
est le même mot en langues du Mande avec ce refrain illustratif et démonstratif dans leur répertoire musical
'Janfa Manyi De ' = la trahison,ce c'est pas bon du tout ! Cela traduit un esprit de loyauté même dans
l'adversité.
*18.Ennɗam :Lien de parenté. Les Peul retiennent plusieurs variantes de parenté:
i)'Ennɗam kosam' = parenté de lait telle que l'exprime le radical 'Enndu' = sein maternel'. C'est la forme de
parenté la plus ancienne et relève du culte totémique qui est la genèse de la fraternité de lait 'ɓinngu yumma',
un des des pilier du matriarcat Peul. La fraternité de lait s'exprime dans le matriotisme qui signifie union
sacrée autour d'un projet communal et de raison de vivre ensemble autour du patrimoine pastoral collectif, au
sein du groupe de lignage.
ii)'Ennɗam ƴiiƴam' = parenté de sang qui exalte le patriotisme comme union sacrée contre les forces
externes ennemies réelles ou imaginaires, tout en régularisant la situation antagoniste association-rivalité
'ɓinngu baaba' autour de la question d'honneur et d'émulation. Il est l'idéologie du patriarcat adopté,dans le
culte stellaire tardif quand les terroirs agro- pastoraux s'organisent autour des points permanents, sites de
premiers centres urbains du Nil-Sahara. Avec la notion de propriété individuelle du patrimoine pastoral et la
personnalisation dans l'identification individu-bovidé. La mémoire contemporaine n'en retient que la caricature
dans une situation de polygamie alors qu'il s'agissait d'une institution plus complexe et que cela traduit une
conception idéologique et fonctionnelle des cités antiques du Ful.
iii)'Ennɗam jiidal' =parenté d'alliance par passage d'endogamie à l'exogamie et vice-versa, au hasard des
opportunités sociales et historiques précises. Les groupes se recomposent sur les règles du culte totémique
ou stellaire. L'endogamie, c'est la logique de conservation du patrimoine pastoral et agro-pastoral par la
garantie du pouvoir et du savoir au sein du groupe de lignage alors que l'exogamie évolue en logique
d'accumulation du patrimoine des ressources naturelles par le pouvoir de puissance politique quand les
groupes doivent fédérer. L'anthroponymie reste toujours liée à la toponymie et est régie par le pacte entre les
ancêtres-fondateurs de groupes ainsi liés pour toujours, par un le principe de Tanna (Tabou spécial qui lie
deux groupes lignages, les conquérants et les conquis ont des pouvoirs distincts et complémentaires).
L'aspect le plus pittoresque et non moins sérieux est la notion de 'Dennɗiraagal' que l'on traduit habituellement
par cousinage à plaisanterie... étant entendu que, dans la tradition Peul et africaine en général, l'humour est
justement la position la plus sérieuse de la vie avec l'agrément qu'il faut. Cette invention institutionnelle qui
existe dans toutes les civilisations du Sahel-Savane, s'étend à l'échelle familiale (du substantif 'Dennɗi =
cousin utérin), ethnique et inter-ethnique voir transnationale comme un vrai contrat social et autorégulateur
de bien des contradictions sociales et politiques.
iv)'Ennɗam jeydal' = parenté d'intégration et ou de voisinage. Quand des membres d'un groupe de lignage
quittent leur lieu d'origine, par accident historique, pour s'intégrer dans un autre groupe d'accueil, souvent en
abandonnant leur patronyme pour adopter celui du groupe d'accueil. Ceci, soit pour renouveler leur patrimoine
soit pour avoir le droit d'accès aux ressources naturelles. Ce type de parenté est très fréquent pour
reconstituer un grand terroir pastoral ou bien un complexe de terroir agro-sylvo-pastoral ou bien un terroir
halieutique - pastoral.
Ainsi, la technique généalogique parcourt indifféremment le registre de parenté matrilinéaire ou bien
patrilinéaire pour rappeler l'identité du groupe de lignage avec ses devises et actions d'éclat ayant marqué
l'histoire Ful. Tout cela relève du culte totémique dans sa variante culte des ancêtres dits 'Awliaɓe', d'où le
verbe 'awlude' c'est-à-dire évoquer les ancêtres réels ou mythiques par la généalogie avec le comput du
temps historique d'une précision remarquable. Ce qui donnera le substantif 'Awluɓe' (Gawlo, au singulier),nom
d'une caste spécialisée équivalent au 'Jeeli'' dits 'Griots' du monde Mande.
Ainsi, il sera convenu que la civilisation Ful, aura expérimenté une synthèse originale d'institutions sociales et
politiques qui ne peuvent pas toutes relever d'un simple genre de vie nomade pastoral. Cela signifie que les
Peul sont passés par plusieurs cycles culturels différents et complémentaires pour constituer des strates
d'une civilisation qui, sous une apparente simplicité matérielle, est l'une des plus complètes du continent. Cela
se confirme par une mémoire collective très dense, un horizon géographique vaste une histoire profonde et
une métaphysique sophistiquée. Bien que le pastoralisme soit l'essence constante du Ful, d'autres
composantes s'en sont entrelacées pour en faire de civilisation très structurée dans l'espace et dans le temps.
Ce que l'on voit aujourd'hui dans le Ferlo, c'est une phase simplifiée mais pas dégénéré d'une ancienne
réalité historique et sociale infiniment plus riche et plus complexe.
C'est le sens plus élargi de cette attitude sociale et éthique: ne jamais rompre le pacte de parenté, comme
solution de continuité pour ne pas rompre cette extraordinaire aventure humaine de la civilisation Ful par la
conjugaison des différentes formes liens de parenté, condition garantie de survie d'un peuple.
*19. 'Aadi ': Tenir promesse ou respecter la parole donnée. Les concepts 'Aadi' et 'Aada' se complètent pour
former la notion élargie de contrat social, au sens large et au sens fort du terme.
'Aada', c'est la constitution orale et écrite du fait de civilisation Ful, dans le sens de l'ensemble des principes
directeurs qui justifient et balisent tout un corps de code civil, civique et religieux.
'Aada' ferait penser, par exemple, à la dite 'Table des Lois', de la tradition judaïque mais il n'est guère permis
d'en faire un produit direct sans une enquête d'histoire des religions certainement mieux maîtrisée. ''Aada'
rappelle aussi le contenu et l'esprit des textes anciens de l'Égypte pharaonique tels 'les Déclarations
d'Innocence',le ' 'Livre de Khunumpu', le 'Livre du Paysan Eloquant', bien qu'aucune preuve tangible n'en
fasse la filiation directe de l'un ou de l'autre. L'hypothèse la plus probante serait de les rattacher au très vieux
fond éthiopien qui est leur antérieur et dont ils en seraient des héritiers parmi d'autres cultures africaines et
asiatiques.
En outre, le culte solaire que met en exergue ce Konngol, fait référence, eu égard à ce que l'on connaît de la
culture Ful actuelle, à certaines propriétés constantes de l'Aada, telles que:
-L'ordre divin de Geno que reproduit l'ordre astronomique 'Mbeyu' qui modélise l'ordre social traditionnel :la
paix sociale est bien le reflet de l'équilibre cosmique;
-L'idéal de savoir se connaître pour connaître véritablement l'être humain. Il existe toute une science appelée
'Coorinkaagal' et sa symétrie magique 'Mbileewu' c'est-à-dire l'art de comprendre et de manipuler le 'Mbeelu'
(que l'on peut traduire par 'silhouette vitale' ou bien la substance vitale de l'être humain ou du bovidé). Le
praticien du 'Coorikaagal ' est un 'Coorinke' appelé parfois 'Siltigi' et le spécialiste en 'Mbilewu' est un 'Bileejo'
que l'on traduit par le cliché pittoresque de 'féticheur'..... mais c'est une autre histoire tant qu'il y en a des faux
ou bien des vrais ….mais mauvais ou bons, selon ce que veut et vaut l' interlocuteur;
-Le rite des vertus de base de la vérité, l'esprit de justice économique et sociale, l'attitude d'harmonie et de
contenance, l'acte de solidarité, éprouver de scrupules devant de grands dossiers de la vie,se concrétisent par
la parole donnée ou promesse tenue.
'L'Aada', comme toute institution humaine qui se réfère à un ordre divin, aura du traverser bien des exigences
politiques et des demandes de configuration dans des cadres étatiques que les Peul ont construits ou bien
ont été associés. Ainsi, s'opère une typologie en éventail des institutions politiques que le Ful aura eu à
élaborer:
-i)Arɗoyaagal: c'est la diarchie c'est-à-dire quand le pouvoir spirituel et temporel étaient exercés par de le
prêtre-initié appelé 'Arɗo':ce qui se traduit par 'Guide' dans le sens de 'ardaade' = guider personnes et cheptel
quand le genre de vie nomade ou transhumant prédominait. L'Arɗo', dans le sens de 'Maître de la Route',
comme on en trouve les équivalents 'Maître des Eaux', 'Maître du Feu', 'Maître de Hache','Chef de Terre', est
le porte-parole et signataire du pacte 'Aadi' avec les génies des lieux que les personnes et bovidés
traversaient. Quand la sédentarisation prévaut, ils sert de porte-parole,de négociateur avec les autres groupes
Peul ou non Peul. Il arrive que, par le fait d'usure de routine, la fonction d'Arɗo' se réduise à une fonction de
chefferie élective ou héréditaire avec tous les avatars possibles quand il y a plus de successeurs prétendants
que de fonction;
-ii) 'Laamu Cori': démocratie élective par délégation des anciens comme électeurs et éligibles pour représenter
leurs groupes de lignages au 'Batu Mawɓe' = Conseil des Anciens' qui délibère, juge et exécute selon l'esprit
de l'Aada. C'est,surtout,le principe légitimité par expérience et de sagesse qui ne repose pas seulement sur
l'âge puisque il exclut aussi bien des anciens qui ne cadrent pas avec les exigences de la méritocratie
('Mawdo wonaa duuɓi tann' = on n'est pas ancien seulement par l'âge) qui prévaut;
-iii) 'Laamu Kanankagal': monarchie élective dont le 'Laamɗo Kaananke' est choisi parmi les lignages qui
détiennent davantage de pouvoir et de savoir et confirmé par des procédures de divinisation: en lisant ce que
montrent les robes des bovidés, en interprétant les beuglements et en déchiffrant les marques de sabots des
bovidés comme sur un thème espace-temps. C'est encore la lecture des signes et symboles qu'exprime la
grande écriture de la nature qui suggère aux humains la voie de l'Aada à suivre.
-iv)'Laamu Roni-Rona' = monarchie dynastique héréditaire qui suit la voie 'patrilinéaire 'Suudu-Baaba' du
fondateur de la dynastie. Il résulte souvent d'une conquête d'un puissant groupe lignager en s'imposant sur
ses paires pour subjuguer et absorber d'autres groupes Peul ou non Peul. Il arrive souvent que des frères ou
demi-frères paternels succèdent à leurs prédécesseurs et le 'Jappeere Laamu = Tapis Royal (pas de
couronne) revient aux enfant de ceux-ci avec toutes les intrigues de contestation pour en finir en une fin de
dynastie que des forces externes finissent par achever.
Progressivement, se constitue un ordre aristocrate dit 'Lawankooɓe' qui s'impose au reste des autres groupes
Peul ou non Peul assimilés ou associés, tout en perpétuant avec bonheur l'idéologie Aadi.
-iv)'Almamiyagal': théocratie Peul-musulmane élective qui s'est imposée sur les institutions précédentes dans
les assises géographiques des royaumes traditionnels entre les XVII et XIX siècle après JC. Les contrecoups
des traites négrières transatlantique et transsaharien en ont fait des miraculés de l'Histoire pour avoir permis,
en un temps record, la plus belle facture théologique et sociologique de l'Islam en Afrique de l' Ouest et
Centrale: par une intense production écrite et orale et en préfigurant un système d'éducation moderne de
masse;
-vi) 'Kalifaagal': confréries monastiques à l'origine, sections locales des grandes écoles philosophiques de
l'Islam, avec un dynamisme économique et social extraordinaire pour se réapproprier,en partie, du système
colonial ou néo-colonial et en s'affirmant soit comme un partenaire de taille soit comme un sérieux concurrent.
Certaines confréries ont pu atteindre le niveau des empires dynastiques tels que, par exemple, l'éblouissant
et bref empire Tukulor-Tooroodo (1848-1864) ou bien le Kalifakaagal de Sokoto -Adamawa (à partir de 1804
pour durer environ un siècle et demi).
Toutes ces formes d'institutions politiques sont régies par un instrument de contrôle du pouvoir appelé 'Batu
Fuuta' c'est-à-dire le Grand Conseil du peuple Ful, au sein duquel , toutes les composantes sociales sont
représentées, en vue des grandes décisions de législation et de gestion du patrimoine foncier et des
ressources naturelles. Ce qui exclut toute possibilité de dérive dictatoriale ou de monarchie absolue, selon
l'adage 'Pullo yiɗa laamaade, yiɗa lameede' = le Peul n'aime pas dominer comme il il n'aime pas être dominé'.
L'Aada ne se réduit pas à un catalogue des us et coutumes, comme le dépeint l'ethnologie eurocentriste.
L'Aadi' se réfère aux fonctions de la divinité droit-devoir, une loi de la société Ful. C'est l'âge d'or de la
poésie sacrée avec le style de narration pathétique de haute gravité comme hymne à la loi et comme
instrument de justice.
'L'Aadi' peut donc être compris, au sens large,comme une voie juridique-religieuse, à l'échelle personnelleindividuelle
en accord avec l'échelle collective-communautaire, pour la cohésion du groupe, par l'adoration du
divin par l'entremise des divinités. C'est l'esprit qui se projette sur sur la société pour donner corps à ses
institutions. Le serment numéro six de ce Konngol suggère qu'il existe d'autres Konngi ou d'autres fragments
de Konngol relatifs à l'Aadi qu'il serait nécessaire de chercher et reconstituer le tableau d'ensemble de la
constitution Ful, dans ses constances et variables.
L'Aadi, c'est la monumentalité mythique et pratique de l'Aada par l'obligation de traduire dans les faits (par
intention et action) la volonté de la communauté dite 'Renndo', à travers la charge émotionnelle qu'inspire
l'hymne aux divinités: le serment six est si contractant et si engageant.
Ainsi la rupture du contrat 'Firtude Aadi'',contrairement à l'attente du 'jugement dernier post-mortem', entraîne
une implacable logique de compensation permanente et inexorable qui engage le fautif ainsi que sa
descendance comme il aura eu a payer pour ses ascendants. L'humain peut être mortel dans un sens
biologique,mais son 'Aadi' ne l'est pas; pas plus que son Mbeelu-double vital auquel se colle son 'Aadi'. Dans
le même esprit, 'Malu'-la-Grâce divine, par la voie du jugement ante-mortem et du jugement dernier postmortem,
traduit une perception plus complète. L'eschatologie de l'islam qui aura influencé le monde Ful,
insiste surtout sur le côté 'jugement dernier post-mortem (en fait une simplification de culte Osiris dans
l'Egypte ancienne par la tradition juive ) alors que le culte originel considère tout le cycle de l'être humain-aumonde.
Le culte totémique de base fait de l'Aadi une signature permanente qui prévaut dans un cycle
permanent et continue: ce que le Pullo hérite de ses Awliyaaɓe, de sa propre vie et de ce qu'il transmet à ses
descendants, constituent son Aadi-capital moral et le contour de sa personnalité.
Ainsi, rompre l'Aadi par le manquement à sa parole donnée ou bien ne pas tenir sa promesse, c'est se mettre
hors-la loi Aada.
La conception des Peul de l'Aadi ne semble pas relever du manichéisme de type zoroastrien par l'éternel
dualisme vérité-mensonge ou bien-mal. Selon la vision du Peul, Goonga-la-Vérité et Moƴƴere-la-Bonté
finissent par triompher, en fin de compte, en tant qu'aspects du Aadi. Comme toute divinité-loi de la nature et
de la société, elle est, certes démobilisable mais elle demeure indestructible.
L'Aadi ne semble pas adopter d'emblée,la notion de 'péché originel' ou bien de 'paradis perdu qu'il faut
retrouver puisqu' il y a une conscience de liberté par le serment et non une tentation selon la caricature des
exégètes des religions révélées.
L'Aadi ne privilégie pas une une eschatologie de rédemption par la prophétie car les culte totémique, lunaire
et solaire se fondent sur le principe de conservation permanente spatio-temporelle qui commande l'attitude
humaine raisonnée comme contrat de responsabilité.
*20. Ce septième serment,sans être le moindre,dénonce l'égoïsme, l'avarice, l'ingratitude, la suffisance qui
sont des vices très mal vus dans l'éthique Pullo. Les vertus qui en sont l'antithèse telles que l'altruisme, la
générosité, la reconnaissance, la solidarité sont concrètement traduites dans les faits par l'économie sociale
qui opère par les procédures de gestion du patrimoine pastoral et foncier de capitalisation de forces de travail
suivantes:
-i)'Dokkal:' cadeau librement consenti selon les moyens, la conscience du donneur, la situation de mérite du
receveur et les circonstances sociales de l'acte. La bienséance veut que le principe de réciprocité soit différé
dans le lieu, dans le temps et dans la meilleure discrétion. Il y a des dons en bétail ou en or qui s'effectuent à
chaque étape phare de l'existence du Pullo: au jour du baptême,à la circoncision, aux fiançailles, au mariage
qui relèvent de l'Aada. Les autres types dons qui illustrent la générosité légendaire du Pullo se font au
quotidien....une forme de circulation du capital-bovin au sein du groupe.
-ii)'Ndonu ': provient du principe de partage de l'héritage des bovidés qui suivent les règles de l'Aada auxquels
s'ajoutent et balisent les règles du droit islamique. En principe, personne ne serait lésé, une fois convenu
l'accord sur les règles de partage. La parenté de lait recommande l'attitude de 'Yaafaade' = retransmission
volontaire aux frères et soeurs économiquement moins avantagés par la vie.
-iii)'Desndagol' : quand un Peul confie à un ami ou parent ou bien a un voisin moins fortuné, une partie de son
troupeau, notamment des vaches laitières, pour en jouir des usufruits afin de garantir la base matérielle et
d'honneur de son existence. Il est lourd et très délicat d'être bénéficiaire du 'Desndagol' tant qu'il en en
répond de son savoir-faire pastoral et en joue son honneur de pouvoir restituer, autant que possible, le
capital ainsi mis à disposition. La notion d'intérêt sur le capital-cheptel est impensable dans l'éthique Pullo
que renforce, de surcroît, le droit islamique.
-iv)'Diilagol' : quand un Peul délègue à un ami, parent ou voisin une partie de son troupeau, pour reconstituer
ou bien renforcer son capital-cheptel en cas de d'accident tel que la sècheresse, les épizooties, les les razzia etc.
Le principe du Diilagol s'applique aux animaux qui naissent de ceux qui ont été mis à disposition mais le
capital-cheptel initial revient à son troupeau d'origine. Le Diilagol obéit uniquement au principe de Aadi.
-v)'Kuutorgol' : c'est une vieille institution du matriarcat, c'est-à-dire, le patrimoine pastoral qui appartient
uniquement et exclusivement à la femme Peul qu'elle introduit dans son foyer conjugal pour renforcer le
pouvoir économique et le prestige du foyer. Ni le mari,ni les beaux-parents n'ont aucun droit de regard sur
cette partie du capital-bovin. Le Kuutorgol provient en général du Ndonu ou bien du Dokkal que la femme
reçoit à les toutes étapes des circonstance marquantes de sa vie.
-vi)'NJobdi Mbereedji ':équivalent du salaire uniquement en bétail que reçoit un Peul d'autres propriétaires qui
lui ont confié leur cheptel du fait de la réputation de son savoir-faire pastoral et de sa probité morale...mais qui
a perdu son cheptel. Il s'agit d'un pourcentage négocié qui varie selon les zones et le principe de Aadi
s'applique également.
-vi)'Battugol':quand un groupe de lignage très fourni en cheptel rétrocède gracieusement une partie de son
troupeau à un autre lignage de parent, ami ou voisin moins fortuné pour permettre à celui-ci de renforcer son
capital-cheptel. La seconde forme de 'Battugol' est la fusion de tous les troupeaux de riches et de pauvres,
chacun sachant exactement ce qu'il possède et seulement les usufruits sont partagés et consommés en
commun, en attendant que le capital du groupe moins favorisé se multiplie suffisamment pour lui permettre
une autonomie.
-vii)'Jantugol' : quand un troupeau se perd et se retrouve dans le terroir lointain d'un autre groupe de pasteurs.
Ce dernier se doit obligatoirement faire une enquête pour retrouver le propriétaire et lui restituer son
troupeau. Entretemps, il va entretenir le bétail comme si c'était exactement le sien et il peut jouir des usufruits.
Cela relève du Aadi.
-viii)'Askugol' : prélèvement de la dîme sur le capital-cheptel pour financer le bien de la communauté. Cette
pratique relève du droit musulman qui, en fait, reprend une très vieille pratique pré-islamique, selon le culte
totémique que les Peul appelaient 'Nanga-Nay' = 'cheptel-part des ancêtres' ou bien 'Hoore-Kosam' = part de
lait pour l'esprit des ancêtres' pour entretenir les nécessiteux, voyageurs, étrangers de passage etc. C'est
l'esprit et l'institution de la municipalité, avant la lettre.
-x)'Ballal' :au sens large, solidarité d'entre-aide obligatoire dans la distribution sociale de la force de travail.
Cette chaîne de solidarité qui régit la vie sociale Pullo au quotidien,concerne les activités suivantes au sein
de la 'Renndo - Communauté de Peul' et se traduit par des gestes d'entre-aide suivants:
-mise en toiture de tout habitat familial;
-assistance aux évènements familiaux (baptême, circoncision,mariage);
-l'aménagement des points d'eau ;
-usage de feu domestique,de défrichement et de brousse;
-l'utilisation des animaux domestiques de bât ou de trait;
-x)'Ɗoftal' : quand un chef de foyer se trouve dans l'incapacité physique ou économique (maladie, veuvage
sans enfants en âge de travailler) d'exécuter les travaux domestiques, pastoraux ou champêtres, alors les
classes d'âge de jeunes gens entre 14 ans et 28 ans se mobilisent pour le faire pour lui ou pour elle, sans
contrepartie aucune. Il est bien connu l'atmosphère de joie et de fraternité qui anime ces journées aux
allures de festivals. La civilisation du Ful aura cultivé cette trame normative sociale sur des millénaires pour
en faire hymne religieux qui trouve toute son expression dans un culte solaire et qui n'a rien à envier les
exportations des tenants de l'eurocentrisme ou bien de l'islam entiché d'idéologie d'arianisme dans le
contexte de la période abbasside.
*21. 'Piɓiii': provient du substantif 'Piɓol' ('Piɓi', au pluriel). Le 'Piɓol' c'est, au sens propre comme au sens
figuré, un noeud de cordelette ou bien de fil de coton renfermant le souffle de la parole magique ou bien
connaissance expérimentale, formulé à partir du registre des signes et symboles de la grande écriture ou bien
la grande parole. C'est le point oméga de la rencontre, à l'échelle microcosme, de la mobilisation des divinitéslois
de la nature ainsi sollicitées. C'est la traduction dans les faits du 'Woondoore' par l'action du noeud sacré
et fonctionnel.
Aussi, dénouer le 'Piɓol',c'est blasphémer et commettre le pire des péchés, sources de désordre dans la
nature et la société (sécheresse, épidémies, épizooties,famines, inondations, sauterelles etc.). La culture
Pullo ne semble pas privilégier la notion du 'pèche originel' qui ne s'est superposée que plus tard par
l'islamisation. Elle ne semble pas avoir expérimenté, à l'origine, le messianisme tant que le 'Piɓol'' est une
donnée permanente et omnisciente pour cadrer au quotidien, le savoir-être ainsi que le savoir-agir du Pullo.
Le 'jugement dernier' n'est pas un bilan outre-tombe: il est présent en permanence,aussi immortel que la mort
elle-même.
Le dénouement du 'Piɓol'' engage la personne, en tout lieu et tout le temps à travers les maillons de la chaîne
de son ascendance-descendance. Aucun sceau ou signature d'inspiration de l'administration occidentale ne
peut égaler le 'Piɓol'. Le 'Piɓol'' ne contredit pas le destin, ce qui serait un contresens:sa fonction explicite
consiste à traduire dans la réalité, la conciliation ou bien l'aliénation de l'être humain face à son destin. Ceci,
soit en l'acceptant consciemment ou bien en le refusant sur la base du serment'-Piɓol'.
Ne pas savoir nouer le ''Piɓol'- preuve irréfutable d'adoration de son seigneur Geno par l'entremise du culte
solaire, c'est rater son l'identité de l'humain tout ayant une figure humaine 'Neɗɗo kiɓɓo ko jom Piɓol '= 'la
personne complète est celle qui sait nouer le 'Piɓol' c'est-à-dire ne jamais renier les serments pour de
simples raisons de vanité humaine et individuelle.
Enfin, pour un croyant musulman, la ligne numéro 16 de cet hymne, qui revient comme un refrain dans tout
le texte, rappelle bien la récurrente profession de foi. Ces deux types d'expression traditionnelle et islamique
illustrent bien le point culminant d'une courbe théologique. L'antériorité ou bien la postériorité de l'un par
rapport à l'autre est certes une convenance de chronologie historique mais en termes d'essence et de sens,
c'est la même attitude religieuse,du reste universelle,dans toute sa gravité.
*22. 'Laawol Pulaagu' :la voie de savoir-être duPullo. Ensemble de principes de base de conduite sociale
qui balisent l'éducation du Pullo comme reproduction d'un schéma culturel original. C'est un code qui
repose sur une échelle de valeurs fondamentales telles: 'Kersa' = sentiment incommensurable de la
honte;'Teddungal' = sens très élevé de l'honneur ;'Hakillanke' = esprit de finesse dans ce que l'on dit et ce que
l'on fait; 'Neɗɗanke' = humaniste conséquent; 'Munyal = patience à toute épreuve;'Tinnaade' = persévérance
dans le savoir-faire, dans savoir-avoir et dans le savoir-faire; 'Suurde e Suurade' = discrétion individuelle et
sociale en vue de préserver la dignité physique et morale de soi et de son prochain; 'Hoolare' = inspirer
confiance ou espoir de ses amis, parents ou pairs. Enfin, sans être le moindre, 'Yiɗ Nagge' = aimer le
bovidé comme animal-compagnon d'identité culturelle et cultuelle de l'essence Pullo, et non le considérer
comme un simple animal domestique pourvoyeur de lait et de viande. C'est le droit de l'animal depuis des
millénaires,avant le discours moderne.
*23. 'Baaba Kikala e Neene Nagara': couple premier et primordial, présumé géniteur du peuple du Ful.
Ce sont les ancêtres originaux mythiques dans le panthéon Ful. Si toute mythologie se construit à partir d'un
fond historique et social réel mais sublimé, le peuple Peul n'est pas en reste, à l'instar des autres cultures
africaines et orientales qui possèdent exactement la même analogie. Furent-ils des prêtres, dirigeants,
savants-initiés exceptionnels durant le culte totémique pour être sélectionnés par la mémoire collective ?
S'agirait-il de la personnification,durant les cultes stellaire, lunaire et solaire, des éléments-couples du
cosmos ?
Ceci, selon l'habituel principe de complémentarité des genres masculin et féminin, tel que compris par les
humains en lisant sur la nature? Dans cette perspective, c'est la projection d'une loi astronomique qui se
décèle dans les cultes stellaire, lunaire et solaire et qui se lit comme unité des contraires: par exemple, le ciel
divinité -mâle avec la terre -divinité femelle. La cosmogonie Ful admet que la Leydi-la-Terre divinité femelle
possède deux mamelles: l'agriculteur et l'élevage 'Gawri e Kosam'='mil et lait', est fécondée par Kammu-le-
Ciel divinité mâle par l'entremise de Toɓɓo-la-Pluie divinité émissaire (équivalente au 'Dassiri' du monde
Mande).
Kikala et Naagara seraient ainsi une réplique astronomique sur un vécu d'expérience réel en opérant le
passage de la théonymie à l'anthroponymie. Ce parcours culturel se vérifie presque partout en Afrique et en
au Moyen Orient. Les exemples les plus classiques analogues se retrouvent aussi dans la tradition judéochrétienne
('Adam / Ève') et musulmane ('Adama / Hawa') qui sont ,en fait, des copies refabriquées par la
théologie rabbinique .Ce sont plutôt des simplifications de la cosmogonie de l'Égypte pharaonique relative
au couple Osiris-Isis.
Ainsi, les Peul modernes qui connaissent bien le concept 'Adam / Hawa', suite à l'islamisation, devaient bien
être fiers de savoir qu'ils furent parmi ceux qui avaient l'original bien avant les caucasiens arabisés ou bien
les indo-européens judaïsés. Ceci, si l'on convient, dans une vision afro-centriste, que les ancêtres des
sémites étaient des négro-africains et afro-asiatiques. En effet, le 'blanchissement' ou bien le métissage du
Moyen-Orient,de l'Afrique du Nord , des vallées de l'Indus et une bonne partie du Sahara par des caucasiens
leucodermes venus d'Asie Centrale et d'Europe fut certes l'une des plus grandes tragédies historiques sous
forme de génocide physique et culturel . La désertification de ces zones ne fut pas que physique mais aussi
et surtout culturelle. Là se situe une grande escroquerie scientifique et intellectuelle dont certains voulaient
passer sous silence pour occulter le vrai débat.
Existerait -il une représentation anthropomorphique de Père Kikala et de Mère Nagara ? Les pistes possibles
les plus intéressantes seraient dans les investigations minutieuses de l'iconographie des peintures et
gravures rupestres du Sahara-Nil .
*24. 'Kosam e Nebam': Lait et beurre. Une ancienne mythologie des Peul voudrait que la nature (c'est-à-dire,
la matière subtile animée et fécondée par la grande parole et la grande écriture) soit créée à partir d'une
goutte de lait . Ce qui pourrait prêter à l'étonnement devant les théories évolutionniste ou créationniste: si
l'on convient que les mammifères se situent dans les chaînes les plus récentes dans l'histoire naturelle des
être organisés. Alors, quel est le sens de cet énigme ésotérique?
Pour une autre histoire, l'expérience des pasteurs du Ful a fait du 'Kosam-lait' un produit hybride entre la
classe des solides ('Kos' = dur, solide) et celle des liquides ('Am' = liquide) pour donner 'Kosam' qui
contiendrait la base de toute nourriture, de tout traitement médical et toute pathologie de l'humain et du
bovidé. La substance concentrée de tout cela à la fois. Le lait, c'est l'image fidèle de la qualité du pâturage,
de l'eau , de la sente menant au pâturage et du confort du parc au niveau du campement. Rien qu'à l'odeur et
à la saveur du lait frais, le pasteur est édifié sur le parcours quotidien de son troupeau. Le lait, c'est le livre
de la nature ouvert devant le pasteur, c'est 'indicateur de la bonne gestion de son cheptel et du sérieux de son
art pastoral. Tout l'univers des Peul du Ferlo et du Fuuta Tooro qui élèvent l''espèce zébu Bos indicus gobra,
se condense autour de la notion 'Kosam' dans ses différentiations pratiques et au sens mystique.
Le lait frais possède de différents noms selon les qualités et usages précis:
-'Kandi': lait de couleur jaunâtre de trois ou six premiers jours après vêlages, trè s nourrissant pour les
enfants et personnes âgées ou bien de faible constitution;
-'Kosam keccam':lait de trois ou quatre premiers mois après vêlage. Plus quantitatif que qualitatif, en général
une bonne partie est laissée à la tétée du veau ou de la vêle pour sa croissance accélérée;
-'Kosam yaaknunge' :lait de deux ou trois ans après le vêlage. De très faible quantité mais très concentré en
teneur alimentaire et en de saveur agréable. C'est le meilleur des laits de consommation domestique, celui qui
est offert aux visiteurs de marque. L'équilibre est atteint car le veau ou la vêle alterne brouter et téter;
-'Kosam sogum':lait destiné uniquement aux veaux et vêles pour leur croissance exclusive, notamment aux
futurs taurillons pour devenir de bons reproducteurs sélectionnés surtout à partir des qualités laitières de leur
génitrice.
Le lait caillé donne la typologie suivante:
-'Kosam mbaggam': lait des premières heures après traitement. Le lait s'est concentré en se caillant mais
n'ayant pas encore la saveur âpre;
-'Waalnde':lait du second jour après traitement suffisamment écrémé et pas très amer. En se concentrant en
un seul bloc blanchâtre certains l'appellent 'Wulsere' quand il est mûr pour être battu à la mouvette pour
donner le lait caillé écrémé dans sa pure forme;
-'Ittaaka waɗtaaka': c'est le lait caillé dans sa forme originelle, auquel on n'a ajoute ni eau ni aucun autre
corps chimique et très visqueux. C'est ce lait qui est souvent destiné à usage externe dans le cadre
d'économie domestique d'échange (par exemple contre le mil et autres denrées alimentaires). Cela relève
d'un tabou d'y ajouter de l'eau pour en augmenter le volume de manière artificielle. Cette pratique est aussi
peu recommandée par la morale musulmane.
-'Dubbe daro':lait caillé super concentré de plusieurs jours. Ce type de lait est très prisé pour la fabrication des
dérivés de lait pour la nourriture de bébés et des cosmétiques pour les élégantes femmes Peul.
Cet artisanat laitier et pastoral s'étiole sous la concurrence des produits laitiers importés. Consommer et ne
pas savoir produire ce que l'on consomme au quotidien est un signe de dépendance économique et sociale.
Alors que la classe sociale éclairée des pays exportateurs occidentaux remprunte le chemin inverse: vers la
culture biologiques comme savent le faire les laitières Peul.
Le lait et l'or sont considérés comme les réceptacles du savoir et de la bonne fortune,au sens réel comme
au sens symbolique, selon l'adage 'Kosam rufeetake, Kaŋŋe wedetaake' = 'l'on ne verse jamais
volontairement le lait comme on ne jette jamais l'or'. Certains maîtres-bijoutiers, clients de certaine grandes
familles Peul, se servent du beurre des vaches du patrimoine familial hérité ('nay suudu baaba') lors de leurs
rites de confection des bijoux en or. L'or et le lait constituent les supports matériels de sacrifices qui plaisent le
plus aux divinités, dit-on. Tels sont les usages et les puissantes émotions qu'éclairent les vertus du lait et du
beurre, par lesquelles jurent le Pullo dans des circonstances aussi tragédiques sans pour autant être
tragiques que de devoir prêter un serment devant la mise en scène d'un rite religieux. D'autres peuples
voisins auront recours, sur le même principe, par exemple, au sel, à la cola, aux cauris, au tabac, au mil ainsi
qu'à l'or dans le multiple support des vertus de valeur d'usage, d'échange, de savoir et de religiosité.
*25. Foroforoondu: femme Pullo, fille de Mawnde = 'le Patriarche', est la sainte-patronne des laitières Peul.
Dans le panthéon Ful, Foroforoondu est considérée comme la dépositaire de tous les secrets de l'art pastoral
domestique. Elle est la gardienne sur terre de l'espace de vie domestique qui est une réplique en miniature
du cosmos et de la cosmogonie des Peul. Ainsi, dans l'architecture physique et symbolique, dans le
campement que gère Foroforoondu,chaque élément, chaque objet, chaque ustensile se trouve placé là où il
faut et orienté exactement dans la direction qu'il faut. Rien n'est fixé et laissé au hasard, ceci pour former un
tout cohérent aussi bien sur le plan structurel que fonctionnel.
Ce campement idéalisé, c'est l'assemblage logique, selon les règles d'ordre; de simplicité sans être simpliste
(pour une société en déplacement);de justification pragmatique comme dans la symbolique d'orientation;de
proportions des dimensions (case, corral des veaux, parc des vaches laitiers, espace séjour des humains,
corral des génisses et taurillons, arbustes rituels, parc des grands animaux, );de symétrie avec les autres
éléments du village physique qui obéit à des règles de correspondance cosmologique. Tout cela, pour le
besoin de sociabilité de la paire humain-bovidé. Sa personnalité résume les qualités idéales fondamentales
de la femme Pullo: beauté, bonté, fécondité, porte-bonheur qui se trouvent symbolisées par les quatre points
cardinaux de l'espace lesquels illustrent les quatre 'femmes' que tout homme doit consulter dans des grandes
décisions de la vie:sa mère, sa compagne, sa soeur et sa fille majeure. Fororoondu marque une idéologie de
reconnaissance de la femme dans tous ses droits et devoirs dans les institutions sociales, politiques et
religieuses.
Ainsi, force est de souligner le rôle primordial de la femme, à l'image et par l'exemple de Foroforoondu dans
l'échelle de valeur sociétale de la culture Pullo. Ceci, sans avoir à plonger dans l'abîme ténébreux du
machisme patriarcal ou bien dans l'amazonisme revanchard indo-européen qui constitue son pendant.
Il existe certainement d'autres Konngi spécifiques consacrés à Foroforoondu à l'instar de celui-ci comme
exemple de survivance des éléments du culte totémique dans le culte solaire. A cet égard, l'illustre sage et
vénérable écrivain Amadou Hampaté BA, qui a reçu son initiation dans les années quarante auprès des Peul
Jengel dans le Ferlo Occidental, avait déjà ouvert un remarquable travail de pionnier allant ce sens.
Foroforoondu,comme personnification de divinité de l'art pastoral par le lait comme support
physique,mystique et symbolique, provient du culte totémique qui s'illustre par le matriarcat depuis l'aube de la
domestication du bovidé. Toute une généalogie de prêtresses ou bien princesses initiées (Jie Pullo)se rattache
à ce personnage mythique sur fond historique. Aussi, toute femme candidate au degré suprême de l'initiation à
l'art pastoral et à la religion adjugée, doit rencontrer et obtenir l'aval de Foroforoondu dans son incarnation
vitale et sa réincarnation spirituelle / temporelle. Il en est de même pour le candidat masculin à l'initiation.
*26. 'Burgal Kelli':' Burgal' = mouvette , instrument apparemment très simple qui sert à battre le lait caillé pour
en faire du liquide visqueux très écrémé. La mouvette est l'instrument pastoral que l'on pense l'un des plus
sacrés: c'est le double de la personnalité physique et fonctionnel de la femme Peul, par l'élégance, la beauté
et l'utilité , dit-on.
Elle est taillée à partir d'une branche de l'arbre Kellli (Grewia bicolor) après des rites et incantations
appropriés. Normalement c'est un membre ou ami de la famille qui confectionne la 'Burgal',en insérant deux
baguettes en croix et les reliant à la manche par des fibres du même arbre ou bien avec du fil de coton. Il y
a des tabous liés à l'usage de la 'Burgal'. Elle n'est jamais trempée dans aucune autre matière que le lait.
Après usage, elle est soigneusement nettoyée, quatre fois rincée et mise dans un endroit sec sans aucun
risque de souillure possible. Elle n'est jamais mise à coté du récipient de lait, après usage. Elle est toujours
tournée vers le haut, vers le ciel et jamais vers le bas quand on la transporte. Elle se manie avec précaution et
respect comme tout instrument qui relève de l'utile et du sacré.
Le Kelli (nom botanique: Grewia bicolor) est une espèce arborée de la famille des tiliacées avec une très
amplitude écologique dans les zones de steppes,de savanes et de forêts claires. A l'image du bovidé, on
utilise toutes les parties du corps 'alaa ko woppete e nagge , alaa ko woppetee e kelli' '= du corps du bovidé
tout est utile comme il en est de l'arbre Kelli'. C'est le cèdre du méditerranéen, le bambou de l'asiatique.
Presque tout l'artisanat domestique du Peul repose sur l'usage du Kelli.
L'autre variante de la 'Burgal' est la 'Sirgal' de taille plus grande et qui n'a qu'un seul bâtonnet pour faire deux
manchettes seulement. La 'Sirgal' était plutôt utilisée par les femmes Peul initiées à l'art pastoral sacré mais il
commence à se raréfier,sauf chez certains rameaux des Peul Bororo du plateau nigérien central ceux du
plateau de Jos-Bauchi, là où l'islamisation et le modernisme ont moins d'impact.
*27. Ɓirdugal Eerii :seau à traire du lait pouvant contenir 3 ou 4 litres,t aillé sur le tronc l'arbre Eeri (nom
botanique:Sclerocarrya birrea), arbre des sommets des plateaux dunaires. En plus de sa haute valeur
nutritive pour les bovidés, il constitue une très ample gamme dans la pharmacopée humaine et vétérinaire des
Peul. Entre autres, contre la morsure des serpents tout comme substance de support magique pour le
traitement contre les morsures de serpents. Sa sève constituait la boisson enivrante favorite des
sénégambiens avant les liqueurs modernes. En fait, l'Eeri est le bois d'oeuvre de base pour l'artisanat
domestiques pastoral (mortier, pilon, meubles,etc.) car très résistant aux termites. Excellent restaurateur des
sols dégradés. A noter que beaucoup de scientifiques modernes s'intéressent davantage à cette espèce
arborée, découverte depuis la nuit des temps par les africains.
*28 Lahal Baddi: grande écuelle de capacité de 15 a 20 lires, pour recevoir l'ensemble du lait trait dans la
matinée ou la soirée; une fois remplie, on amène une autre, ainsi de suite. L'écuelle se tient toujours à une
place définie dans l'habitation Peul, de préférence en première position dans la console des ustensiles laitiers.
Elle est taillée sur l'arbre Baddi (nom botanique: Commiphora africana), bois très dur et résistant ,également
prisé par l'architecture locale traditionnelle. Cette espèce est très succulente et rend le lait caillé dense et
donne au lait frais un parfum naturel très agréable.
Noter que les écuelles et seaux sont uniquement confectionnés par le Labbo (Lawɓe, au pluriel) issu d'une
caste d'artisans- boisseliers à la fois respectés et redoutés par leur profonde connaissance de la brousse et de
la forêt. Ils partagent ce capital de savoir avec les pasteurs Peul et les sociétés secrètes des chasseurs. Ils
sont de culture Ful, pour la plupart. Cette caste a trop longtemps cohabité avec le Peul pour en faire une
parenté de clientèle. Quand le Labbo délivre son produit artisanal à son parent-client pasteur, il doit toujours
faire une libation et incantation magique pour que cet instrument fasse de son détenteur Peul un fortuné en
lait. Ce principe de Aadi se vérifie toujours, comme attitude constante.
En outre, la trilogie sociale que traduit la devise très connue au Ferlo et au Fuuta Tooro :'Labbo Dikko, Pullo
Samba, Bambaaɗo Demba = Boisselier-le-frère ainé, Pasteur-le-second fils et Artiste/instrumentalise-le-frèrecadet',
se répète dans d'autres aires géographiques de la civilisation Ful. Ainsi, dans le bassin central du
Niger :c'est la trilogie 'Jaawanɗo – Pullo - Maabo' = Diplomate /Commerçant-Pasteur-Artiste/Tisserand'. Dans
les espaces à dominance Mande: c'est la trilogie: 'Horon-Mande-Fula-Nyamakala = Chef de terre noble-
-Pasteur - Artisan /artiste'. Ce dernier est connu comme transformateur de la matière et de l'énergie par la
parole magique, ('Nyamma' = souffle vital').
Cela pose, au passage, certains aspects de paradigme quant à l'étude de la civilisation Ful. La société Peul
ne s'explique tout uniquement par elle-même comme s'il s'agissait d'une curiosité exotique de bande
d'éternels et fiers nomades dont on chercherait vainement l'origine purement extra-africaine... tant s'en faut.
Ce fut une civilisation complète avec d'autres ethnies qui y sont consubstantielles tant du point de vue
historique que d'anthropologie sociale.
Civilisation complète veut dire: un complexe de chasse, de foresterie, de techniques et de science halieutique
continentale,de maîtrise agronomique, d'artisanat extractif et de transformation,de commerce de longue
distance et d'érection des villes dans des cirques montagnards, le long des cours d'eau fluviaux et lacustres.
Ces témoins, sous forme de sites de peuplement archéologiques,de gravures et de peintures rupestres, ne
demandent qu'a être réinterprétés dans dans la logique de ceux qui sont les héritiers spirituels et
généalogiques de ces grands acteurs de l'histoire de l'Afrique. La vigilance et la prudence épistémologique
sont de mise. Ces matériaux historiques se lisent mieux avec l'esprit de ceux qui les ont produit et non avec
celui des académiciens occidentaux qui en font des codes échafaudés sur des enjeux idéologiques et
politiques.
Civilisation complète veut dire un esprit de pastoralisme qui réinterprète les autres aspects de genre de
vie,dans le même sentiment de vie négro-africain. En quoi ce qui est visible aujourd'hui dans les paysages
ruraux des aires du Sahel-Savane, c'est-à-dire la symbiose pastoraliste et les autres activités, serait-elle si
différente de celle qu'on connue leurs ancêtres du Sahara-Nil? C'est la même continuité historique (avec des
flux et reflux évidents) et sociale allant de l'Atlantique à la Mer Rouge, avec des strates qui ont toujours
coexisté. C'est dans ce sens que s'expliquent les 'énigmes' de la question de l'origine des Peul. Si toutefois la
question est, certes, pertinente en soi, mais c'est plutôt le problème qui est mal posé?
Le pastoralisme qui définit le Pullo, c'est la sublimation spécifique de l'ensemble de l'expérience africaine de
civilisation par l'entremise du bovidé qui en constitue le vecteur de diffusion culturelle transcontinentale. Des
dynamique d'évolution ne justifient pas le réductionnisme voire le négationnisme.
La civilisation Ful, multi-ethnique de vocation, a toujours pu jouer sur deux registres antagonistes et
complémentaires: le nomadisme (Ferlu) et la sédentarisation (Sincu). La civilisation complète par le
nomadisme aura besoin du bovidé Bos africanus qui évoluera en Bos indicus, grand marcheur, rustique et de
grande plasticité zootechnique pour coloniser de vastes espaces fourragers et élargir l'horizon de l'espace
vital du Pullo.
La civilisation complète par la sédentarisation, pour se stabiliser le long des grands fleuves historiques du Nil,
du Niger, du Sénégal, aura construit des cités au carrefour des points de rupture de charge du commerce
transcontinental. Pour cela, il a fallu de la graine, de la métallurgie et des des modes de gestions foncières
des ressources naturelles, donc un communalisme multi-éthnique, en un mot, une fédération de cites-états
(Saareeji).
Le Pullo aura donc su bouger quand il le faut ou bien s'arrêter pour se fixer au moment où il faut à l'endroit
propice pour créer un espace d'équilibre qui ne fut pas ethnocide.
Il importe de remarquer un fait historique: pourquoi les Peul se sont perdus au nord du Sahara (dans l'actuel
Maghreb, la Cyrénaique,la Tripolitaine et le Fezzan) alors qu'ils ont pu survivre sur une profondeur historique
considérable en Afrique au Sud du Sahara? Cela fait penser à la même mésaventure qui frappa l'Égypte
pharaonique, la Nubie et le Massif Éthiopien : les coups de boutoir des peuples caucasiens venus de l'est et
du nord tels les Hyksos, Perses, Grecs, Romains,Vandales et Turcs-Mamelouks. En termes clairs: comment le
Maghreb s'est progessivement 'dénégrifié' pour se blanchir ou se métisser !
*29. Pratique de divinisation par interprétation des signes acoustiques que fait le lait dans les différentes
phases de sa transformation, surtout quand il est en contenu dans la gourde ou bien dans l'outre. Les
femmes initiées sont celles à qui 'l'on a ouvert les oreilles':'Noppi mawɗi = grandes oreilles' dans le sens
de clairaudiantes et clairvoyantes, savent écouter le signal sonore puis en comprendre le sens.
La capacité de déchiffrement du langage de signes et des symboles peut s'acquérir par le don mais elle se
structure mieux quand elle est adjugée d'initiation qui comporte le volet éthique pour mieux cadrer et donner
un sens humaniste et éviter les pièges d'une aptitude mal orientée et mal intentionnée,.
La divinisation par le lait se complète par d'autres formes et moyens :les cris des animaux dans certaines
circonstances graves (maladies, guerre,sècheresse, etc.), l'ombres des nuages et par des lecture
géomantique('Leydi fenataa '= la terre ne ment jamais'). En un mot, tout s'exprime dans l'univers du Pullo qui
se veut le vrai intellectuel d'abord dans sa culture. Le baobab s'élève plus haut quand ses racines s'enfoncent
plus profondément, dit-on dans les cultures sénégambiennes.
*30. Kuumen : dans le panthéon du Ful, Kuumen est l'époux de Foroforoondu. C'est le saint-patron des
bergers Peul. Il joue sur le registre des composantes de l'art pastoral et de la religion pastorale dans la haute
brousse et la forêt. IL gère le domaine physique et symboliques qui circonscrit celui que gère Foroforrondu:
les points d'eau, les pâturages, les sentes, les parcs arbustifs et arborés, la faune sauvage notamment toutes
les espèces issues de familles des bovidés et ovidé s considérées comme les doubles de leurs cousines
domestiques.
Le terme Kuumen pourrait-il provenir de la contraction habituelle de la langue Fulfulde à partir de deux mots
pour en faire un mot composé: 'Kuus-Men'= 'Notre cher petit bonhomme' ?: comme allusion évidente au
mythique initiateur primordial de l'aube des temps historiques c'est-à-dire la période Kush-Rama (religion
primordiale universelle ayant pris naissance aux sources du Nil, autour des Grands Lacs)?
Il y a des voies possibles à l'initiation aux connaissances et à l'art pastoral. Soit en franchissant les douze
degrés auprès du maître-initiateur ou bien en intégrant une confrérie secrète soit en ayant la grâce de
rencontrer l'esprit de Kuumen qui aurait suggéré l'évènement, étant certain des prédispositions du candidat.
Toujours est-il que Kuumen est un être mythique sur fond historique qui fut l'un des ces grands prêtres de la
période Kush-Rama dont l'esprit se réincarne de génération en génération. A noter que la notion 'Kuus'
désigne un personnage très familier dans les contes des peuples d'Afrique. Quand des peuples savent
inventer des contes (le point culminant de tout esprit de civilisation quand celle-ci exprime son expérience
spirituelle), cela signifie que le cycle culturel est arrivé à maturité. Ainsi le personnage 'Kuus', qui se traduit par
petit bonhomme,f ils cadet, espiègle,paillard, malicieux et très sage, est très populaire dans les contes
africains. Le conte, c'est le condensé de la cosmogonie du peuple et se comprend de manière différentielle à
tous les niveaux. Pourquoi les personnes modernes ne savent plus inventer des contes pour avoir du mal à
saisir la notion de Kuus ou Kuumen?En se situant en deçà l'apogée de l'art et de la religion?
En reproduisant le type idéal de pasteur Peul dans le sillage de Kuumen, la vie se module en étapes
successives suivantes:
- 'Aga' = novice, entre 14 ans et 21 ans. C'est la période d'apprentissage de vie de pâtre en suivant d'abord
les veaux et, plus tard, une trentaine de bétail adulte. Cela s'effectue, en général, avec les compagnons de
même classe d'âge qui évolue dans la proche brousse mais on joue son honneur en sachant retrouver et
forcer une bête égarée à rejoindre le reste du troupeau.
- 'Gaynaako' = berger ordinaire, entre 21 ans et 28 ans. Il évolue tout seul dans la haute brousse avec une
centaine de têtes. Il peut exécuter tous les travaux ordinaires de l'art pastoral.
- 'Gaalal' = maître-berger, entre 28 et 35 ans,responsable de tous les troupeaux du lignage et groupes
voisins. C'est lui qui 'ouvre la route' et donne le signal des activités pastorales en période de transhumance ou
bien de nomadisme, et procède au choix de sites en cas de sédentarisation en liant le pacte avec les génies
du lieu. Il gère les pâturages et les points d'eau et procède aux rites de libations et de protection du patrimoine
pastoral. Il maîtrise la magie pastorale et guerrière pour diriger les campagnes de 'Ruggo'.
- 'Siltigi' = prêtre-initié et initiateur à l'art pastoral et à religion pastorale. D'esprit universel, il détient un profond
savoir ésotérique et exotérique en agrostologie, en médecine vétérinaire, en pédologie et hydrologie, en
minéralogie, et en zoologie. Il connait à fond toutes les espèces botaniques et animales de la zone Sahel-
Savane et forêt claire, en termes d'utilisation pratiques en rapport avec le bovidé et l'humain. L'âge idéal pour
devenir Siltigi se situe entre 35 ans et 42 ans. Au -delà, il devient par la suite lui-même initiateur consacré. Il
convient de noter que le mot 'Siltigi' est d'origine Mande: par la contraction de 'Sila-Tigi' = 'Maître de la Route'.
La dynastie des Deniankooɓe qui régna sur Fuuta Tooro et une bonne partie du Ferlo Oriental, de 1525 à
1776, pour être renversée par la théocratie musulmane, utilisait le même terme contracté en 'Satigi'. Du
reste, cela se comprend, vue leur longue pérégrination dans l'espace Mande dont ils ont retenue et appliqué
certaines institutions politiques et protocolaires. Le 'Siltigi' est une commutation récente du vieux terme 'Arɗo'
qui traduit la même notion. Ceci, quand le pouvoir spirituel se confondait avec le pouvoir temporel entre les
mains du prêtre-initié et guide du peuple. En outre, le 'Gawlo'-griot généalogiste serait bien futile devant le
'Siltigi' qui, lui, est le vrai détenteur de la vraie tradition et pourrait, s'il le veut, défier bien des grands
marabouts. La civilisation Ful mémorise des grands noms de 'Siltigi' ou bien si l'on préfère, 'Arɗooji' tels
que, par exemple:, Manna, Ilo, Maka Makam, Butoori, Jeeli Isrin, Helleri, Boɗeewal, Jankaaru, Jaalika,
Fari, Yaladi, Baagumawel, Rannwa Teppere, Anndi Yari, Maakama, Hamboɗeejo, Hamɓaleejo,Tuugay,
Kundo, Soli, Sile Saajo, Manga etc. . A noter que les titres 'Fari' 'Manna,' existent également chez les
peuples Nilotiques et d'Egypte pharaonique. Ces personnages ont eu à traiter avec des prophètes, sans en
être, ainsi qu'avec des pharaons, empereurs ou rois. L'histoire des Peul s'explique aussi dans les traditions
des autres peuples africains qui peuvent souvent lui servir de réflecteurs. Seule une chronologie comparative
permettra de replacer ces personnages historiques pour devenir mythiques dans une trame chronologique
définie et dans une aire géographique précise. C'est déjà une voie intéressante de recherche par delà de la
noble ambition qui se focalise souvent uniquement 'sur l'origine des Peul' ...thématique en soi importante et
passionnante certes mais pourquoi l'hypostasier?
*31. Sawru Nelɓi = bâton de berger taillé, après incantation rituelle, sur les branches l'arbre Nelɓi (nom
botanique: Diospyros mespiliformis, souvent appelé ébène d'Afrique ). C'est un grand arbre qui pousse dans
les bas fonds des forêts claires ou bien le long des vallées alluviales. Le bois est très dur et résiste aux
termites alors que l'arbre pousse souvent bien tout près des termitières. Cette espèce arborée est l'hôte prisé
des abeilles pour constituer une réserve importante de ruches. Il est aussi connu dans la pharmacopée
vétérinaire et humaine comme un puissant antibiotique (les décoction d'écorces et de racines) et microbicide
efficace pour la prophylaxie du bétail. Il est très utilisé dans traitement traditionnel des maladies infectieuses.
Le bâton du berger peut aussi se tailler dans les branches du Kelli (Gewia bicolor) mais le Nelɓi passe pour
être plus solide, et peut servir de redoutable arme de défense du Peul contre personnes et animaux
carnassiers. Le bâton de berger est plus qu'un accoutrement utilitaire: tous les secrets de l'art pastoral
dévolu aux hommes y sont associés. C'est un instrument sacré avec tous les rites de totem et tabou qui sont
afférents: ne jamais sans séparer volontairement sans accomplir le rite de purifications ;le laisser toujours
dans un endroit propre. Le plus grave des actes de serments c'est quand le berger jure sur son bâton de
pâtre, comme l'aurait fait le soldat sur le drapeau national ou l'emblème du régiment. Le bâton de pâtre est ce
que représente la Burgal ou la Sirgal pour la femme Peul. A l'initiation, l'heureux élu reçoit le bâton pâtre
après que le code secret du vrai nom du bovidé lui fut révélé. Alors il ne manquera jamais de bétail dans sa
vie puisqu'il peut interpréter les signes des divinités pour interpeller le bovidé par son nom magique. C'est ,
certainement, une des clés possibles d'explication de la survie d'un telle culture qui ne meurt jamais dans
l'adversité, en dépit d'un outillage matériel fort léger mais d'un niveau de sophistication inégalable. Ce bâton
de pâtre, support de savoir, de savoir-faire et de savoir-exister, créa de vastes paysages de géographie
humaine comme berceaux de systèmes de production et circulation des complexes d'agro-sylvopastoralisme
qui dépassèrent les frontières dites modernes,en fonction et en signe de solution de cohabitation
avec les autres peuples.
*32. Ndurbeele: animal mythique représenté par un bovidé hermaphrodite vache- taureau, géniteur et
reproductrice des tous premiers 22 bovidés (11 femelles et 11 mâles) pour indiquer le chemin de la sagesse
et de la fortune ou bien la connaissance et la richesse Une conception purement biologique donnerait une
réponse trop superficielle et étroite . La mythologie offre une approche idéaliste et idéale du phénomène
zoologique dans la mesure où, dans la vision des vieilles cultures, le sens du réel contient et dépasse le sens
du fait. Il ne s'agit pas d'une étrange anomalie génétique. Les attributs de Ndurbeele traduisent, à un autre
niveau de lecture, les onze symboles mâles et onze symboles femelles que cette culture de pasteurs se fait
de la notion 'Jawdi'. Le concept 'Jawdi' désigne en même temps le cheptel et la fortune. Le sens de ces
symboles se révèle ou bien se vit au cours de long voyage initiatique dont peu s'en tirent, dans ce redoutable
royaume de l'ésotérisme.
Ndurbeele , c'est aussi un exemple de principe de l'unicité de la divinité temps: diurne-nocturne, positifnégatif,
vrai-faux , clair-obscur, chaud-froid etc. Ce qui se traduit par la loi universelle de l'unité des contraires
dans tout, et en tout et qui s'illustre par une norme matérielle et spirituelle de peuple de pasteurs.
En outre, ce vers laisse deviner un autre Konngol ou bien d'autres Konngi spécialement dédié au culte solaire
à l'instar du culte du taureau d'Apis mais rien ne dit lequel est postérieur ou antérieur sinon une identification
certaine de l'image de Ndurbeele dans les peintures ou gravures rupestres du Sahara- Nil. Dans ce cas, ce
seraient les Peul et les autres peuples nilotiques, proto-couchites et proto-sémites (des négro-africains
d'origine pour se métisser progressivement) dérivant d'un tronc commun plus ancien à partir du Rift Valley et
du Bassin du Nil pour se déverser sur le reste du continent africain, qui fourniraient ce type de canevas
théologique au reste du monde.
La tentation de rattacher ce culte de tradition Ful à celui du Veau d'Or de la tradition judaïque, ne tiendrait
pas la route, du point de vue de logique chronologique, puisque l'on sait que l'aventure judaïque n'a fait que
recopier, de manière caricaturale, la tradition du culte solaire par le rite du Temple d'Apis (Taureau d'Apis).
Ainsi, il s'agit d'une suggestion que les Peul se servent de l'image du bovidé dans ses différentes figurations
réalistes et symboliques, comme écriture pratique pour exprimer leur compréhension de l'univers par l'art
poétique qui tourne autour de ce qu'ils connaissent et s'identifient le mieux au monde: la paire humain-bovidé
comme cosmos en miniature.
*33. 'Koobi ': (Kooba, au singulier). Le Kooba (nom zoologique: Waterbuck) est de la famille de bovidés
sauvages dont les territoires écologiques consistent en savanes boisées et forêts-galeries claires ceinturant
des prairies à points d'eau permanents. Le Kooba est très symbolique dans le folklore et contes de la culture
Ful. Bien des Fantang - poèmes mythiques sacrés suggèrent que ce bovidé sauvage, bien que ne fut jamais
domestiqué par les Peul, fut l'objet de tentative d'apprivoisement par des initiés qui s'en servaient comme
animal de divinisation en rapport aux grands évènements astronomiques et zootechniques. La vue d'un
Kooba en pleine saison sèche est un signe indicateur d'un point d'eau tout proche. La présence d'un Kooba, la
nuit ou bien très tôt le matin, rodant autour d'un campement pastoral, indique la naissance prochaine d'un
enfant prodigue au grand destin . L'image du Kooba , ainsi que d'autres grandes espèces de bovidés
sauvages telles l'oryx, le bubale et le buffle nain, est très fréquente dans les sites des gravures et peintures
rupestres. Cela traduit également une fonction de conservation de la faune domestique par l'entremise de la
faune sauvage .
*34. Biche, gazelle, oryx et autres espèces d'antilopes furent l'objet de chasse sélective bien avant la
domestication du Bos africanus et du Bos indicus.
La civilisation Ful du Sahara-Nil fut d'abord celle de la chasse pour coexister ensuite avec celle du
pastoralisme qui lui donnera son identité définitive. Les mêmes écosystèmes de zones de savanes arbustives
tropicales, de savanes boisées et de steppes des flancs des massifs montagneux furent sensiblement les
mêmes que ceux que l'on retrouve présentement au Sud du Sahara.
Le pastoralisme et la céréaliculture le long des vallées alluviales n'ont pas supplanté la chasse aux bovidés
sauvages mais mais l'ont réorienté comme complément nutritif et comme base du totémisme (les clans
patronymiques et territoriaux se partagent la division du travail par préservation spécifique des ressources
cynégétiques et les formations végétales qui les supportent).
Les mêmes écosystèmes se répètent plus au sud du Sahara , notamment dans la zone Sahel- Savane allant
de l'Atlantique à la Mer Rouge portent, depuis des millénaires, les mêmes types de terroirs de chasse. Il
s'agit, pour l'essentiel, d'un aspect de l'application de la culture de chasse et de pêche magique de la faune
des bovidés sauvages et de la faune aquatique (notamment le lamantin et l'hippopotame). Les cornes des
bovidés sauvages sont les meilleurs supports de pratiques magiques depuis des millénaires .Les preuves
édifiantes se retrouvent dans les peintures et gravures rupestres du Sahara-Nil et suggèrent un style de
haute magie quand on domine la nature par l'esprit (puissance de la volonté) avec un très haut niveau
d'abstraction:la toute-puissance des signes comme glyphes magiques qui sont à ajouter au grand répertoire
du système d'écriture de la culture Ful.
Il convient de s'interroger sur la durabilité de cet art religieux par ces mises en scène d'un modèle
d'organisation d'espace pastoral équilibré à double composante sylvo-pastorale. En effet, les massifs
gréseux du Fuuta-Jaloŋ, de Banjaaŋara, du Bauchi-J o s et les contreforts de l'Adamawa, présentement
peuplés par des groupes Peul et qui présentement les conditions géologiques et paléobiogéographiques du
Sahara-Nil quand cette zone était semi-humide, n'offrent plus ces gravures et peintures rupestres comme de
véritables temples d'art pastoral et religieux. Que s'est-il passé au juste? L'islamisation, somme toute trop
récente,dans un excès de zèle prosélyte, serait-elle prise en défaut?Cependant, la tradition de l'islam africain
avait bien, somme toute, repris à son propre compte, cette ancienne connaissance qui s'est bien perpétuée
dans le culte stellaire sabéen, berceau immédiat de la tradition islamique. S'agit-il plutôt d'une révolution
zootechnique quand le Bos indicus remplace progressivement le Bos bubalus ou Bos primigenius et quand la
civilisation du Ful évolue plutôt dans les basses plaines des bassins sédimentaires des fleuves Sénégal-
Gambie, du Niger-Benue, du Lac Tchad et du Moyen Nil? Les signes et les symboles de la grande écriture et
de la grande parole se fixent alors sur des supports plus légers: marquage sur les corps des bovidés,
décoration les objets utilitaires, motifs et griffes sur tissus, les thèmes géomantiques ainsi les cornes gravées
de bovidés sauvages, persistent toujours.
*35. Tuula Heela: l'expression 'Ladde Tuula Heela' désigne,dans le langage familier, la haute brousse ou bien
la grande forêt touffue. Au sens mythologique, les termes tels 'Dunia' (grand espace de géographie culturelle)
et Beeli Daari (grandes cuvettes inondables ou bien grands lacs ) constituent les noms de lieux historiques,
point de départ de ce que l'on pourrait appeler ' la route du bovidé' comme qui dirait la route de l'or ou bien la
route du sel ou bien encore la route du coton qui jouèrent un rôle déterminant dans les civilisations
africaines et asiatiques.
L'une des plus grandes tragédies de la civilisation Ful fut que sa mémoire toponymique fut amoindrie du fait
de l'invasion des 'peuples de la mer': soit à partir de la Mer Rouge soit à partir de la Méditerranée, qui
effacèrent bien des noms de lieux topographiques et sites historiques des Peul pour les remplacer par une
autre toponymie . Ceci, soit en les déformant soit en les substituant par leurs propres noms.
Aussi, seuls les Konngi , en plus du concours des sciences connexes telles que l'archéologie linguistique, la
paléogéographie, l'anthropologie, l'astronomie historique des anciens sites mégalithes et l'étude comparée
des religions, peuvent fournir une interprétation et une reconstitution de la mémoire de cette culture
pasteurs du Sahara-Nil et , aujourd'hui de Sahel- Savane-Soudan.
Ceci, pour corroborer l'assertion des Peul de l'Ouest du continent qui disent venir de l'Est du continent africain
ainsi que celle des Peul de l'Est qui affirment que leurs ancêtres proviennent de l'Ouest du contient: c'est cela
la route du bovidé. Alors, quels sont les tracés, les carrefours, les directions, les séquences historiques et
leurs significations dans le devenir de la civilisation Ful?
Autant fournir quelques pistes de recherche ultérieures se fondant sur les acquis de fond issus des matériaux
de sites des peintures rupestres et monuments astronomiques et astrologiques qui parsèment le continent
africain c'est-à-dire les sites archéologiques en allant de la Mer Rouge à l'Atlantique. Une classification par
la méthode spatio-temporelle dite de morphologie culturelle des sites historiques du Ful , allant du Nord-Est
vers le Sud-Ouest, puis du Sud Ouest vers l'Est , donnerait grosso moto:
-i)Les sites de Nabta Playa, Dakla, Gelf Kebir , Dakla, Uwainat (Egypte moderne occidentale, jusqu'aux
confins de la Libye moderne orientale) : les termes sont complètement 'arabisés'. Il s'agit des anciens lacs et
ceintures boisées et herbeuses adaptées au mode de vie pastorale. Des preuves de mégalithes à usage
astronomique et religieux des cultes totémique, stellaire, lunaire et solaire tels que suggère le terme ancien
Wati Dunia (espace habité par des humains) ou bien 'Beeli Dari' (ceintures des lacs et zones de complexes
pastorales) correspondent à la notion mythique et, plus tard, eschatologique de 'paradis terrestre'. Cela se
comprend en sublimant une réalité socioéconomique et écologique d'oasis paradisiaque mais sur terre et non
dans l'au-delà. Ce vieux terme sera hellénisé puis latinisé en mot moderne 'oasis': à l'origine ce terme n'est ni
indo-européen ni sémite.
La même série de types de sites descend plus au Sud le long du bassin du Nil pour donner une strate plus
ancienne qui n'est pas uniquement Peul mais d'un tronc commun avec les autres cultures. Plus tard, ce seront
des fédérations de groupes de lignages qui évolueront en formations sociales et politiques contemporaines
aux nomes de l'Egypte pharaonique pour s' identifier comme Fuut (hellénisé en 'Phut' dans les textes
anciens, alors que la consonante originale demeure). A 'Phut 'se rattache une entité générique 'Kamit'
désignant l'ensemble du bassin du Nil. Il est plus certain que les gens du Fuut ne descendent pas directement
des anciens égyptiens mais qu'avec ces derniers, ils proviennent tous ,à l'instar des autres nilotiques, plutôt
d'un tronc commun plus ancien. Suite à la péjoration climatique (actuellement ce sites se trouvent dans les
zones les plus arides du globe), des rameaux de peuple Ful vont glisser vers la vallée du Nil, plus viable
tandis d'autres vont essaimer dans les contreforts orientaux du Tibesti, de l'Ennedi de l'Air et de l'Ahagar plus
propices à l'élevage d'altitude.
-ii)Les sites du complexe des Tassili, de l'Ahagar et Fezzan des peintures de pasteurs-chasseurs: In-
Guezzan, Tamrit, Tin-Abu-Tekka, Tin-An-Tazarif (actuellement en langue Berbère) et ceux de Jabaren,
Garama, Sefar, Tadmekka (Tenkamenin en langue proto-Mande) prouvant que les gens du Ful ont bien
cohabité avec d'autres peuples africains. Il s'agit d'un type de sites de villes épousant la topographie naturelle
des couloirs de vallées montagnardes et des grottes immenses . Des premières villes 'naturelles' dont les
grottes taillées servent es temples recèlent d'immenses tableaux d'art religieux représentant soit les élément
du panthéon ou bien des scènes de liturgie ou bien des cérémonies d'initiation. Les personnages offrent des
différents types de teintes : du 'bodeejo' (teint clair), du 'ɓaleejo' (noiraud) et du 'naawo' demi-teint que bien
des savants occidentaux aimeraient classer en de différentes races humaines qui seraient des 'Blancs à la
peau noire' ou bien des 'Noirs à la peau blanche'.....sans commentaire! Les produits qui servent à la peinture
de cet art sont les mêmes que ceux qui sont utilisés dans la palette des produits sacrés chez les Peul: gomme
d'acacia, lait caillé et ocre gréseux. Tous les types de genre de vie pastorale, cynégétique,halieutique et
d'artisanat y sont représentés dans un contexte d'urbanisation première polarisant des terroirs pastoraux
d'altitude.
C'est le point culminant de la période dite 'bovidienne' qui se situe entre 7500 et 1600 avant J.C.
A cet égard, Il serait absurde de faire dériver les Peul des dits 'Arabes' leucodermes ou bien des 'Berbères'
leucodermes alors que les ancêtres de ces derniers n'étaient pas dans cette zone avant cette période. Les
formations sociologiques et politiques sur un fond religieux de culte totémique et stellaire sont l'oeuvre des
Peul et des Bafur ancêtres des peuples dits du Niger-Kordofan notamment les Wangara qui se spécialisèrent
dans le commerce transsaharien :Niger-Carthage via Numidie et Niger-Nowa (hellénisé en Thèbes) - Napata /
Meroe - Axum ).
Ceci aura permis une fédération des États du Garama- Bafur au centre du Sahara et de Kush à l'Est du
Sahara. Les cités rupestres étaient toujours fondées par l'expertise classe de prêtres-initiés( les 'Horon' en
Mande, ou 'Jom' en Pulaar) en qui, une fois le site sélectionné, (rites d'érection de phallus de taureau et du
premier tesson de foyer ardent allumé) devraient continuer leur travail de missionnaires auprès d'autres
groupes de lignages.
Ce commerce transsaharien (céréales, bovidés domestiques et sauvages, huile, sel, tissus, plantes
aromatiques, or, fer, sel et cauris) faisait de cette partie du monde une puissance continentale. Ces sites
fonctionnels et sacrés sont les témoins de sièges des premières relations panafricaines établies entre africains
et furent en même temps le second berceaux de civilisation Ful. C'est l'échange de ces produits et des idées
qui les accompagnent nécessairement, qui allume le feu sacré de cette humanité. L'instrument de ce
commerce transsaharien est le chariot tiré par les boeufs, bien avant l'introduction du chameau qui reliaient
les gites dits 'Tables du Soleil'', c'est-à-dire, étapes balisées en quarante jours de voyage.
Cet Etat du Garama - Bafur aura certes une expérience avec la religion judaïque entre le VIII siècle avant JC
et le V siècle. après JC.
Toutefois, autant démystifier une imposture plus idéologique et scientifique: la soi-disante 'Étoile de David',
emblème de l'État théocratique juif, figure dans le lot du langage des signes anciens de la Civilisation Ful
bien avant l'existence de l' Etat juif de Jerusalem. La langue Fulfulde appelle cela ''Faddunde Ndaw' ou bien
hexagramme magique, un des symboles-clés du culte totémique du Sahara-Nil.
L'intrusion de ces peuples sémites négro-africains du Canaan-Phénicie-Carthage dans le Sahara-Nil est une
réalité historique (les inscriptions en Hébreu ancien sur les sites de Tuat et de Wargla qui étaient des sites
de 'Tables du Soleil ') mais de là à qualifier l'Etat de Garama- Bafur de théocratie judaïque paraît excessif
tant que des stèles de temples juifs dans les sites sacrés ne seraient pas mises en évidence comme c'est le
cas à Aksum,à Habasha (latinisée en Abyssinie) et plus loin à Saba et au Yémen.
La vague de ces éléments de la diaspora juive d'origine négro-africaine s'est effectivement infiltrée au Sahara
pour aller plus à l'intérieur de l'Afrique de l'Ouest au second siècle avant JC mais tout cela sera noyauté par
la conquête de l'islam à partir du XI siècle après JC. C'est la même souche que les Juifs d'Éthiopie dits
'Falashas'. L'enjeu était plus politique-religieux qu'ethnique car à cette époque, l'unité du genre humain n'était
pas encore rompue. L'expérience africaine avec le judaïsme n'a rien à voir avec la version du judaïsme
institutionnel indo-européen, du reste, préfabriqué par les rabbins de l'Europe de l'Est, avec la sublimation de
l'idéologie du patriarcat.
Il serait aussi intéressant de poser aussi le problème : l'influence des peuples du Garama-Bafur sur la
Méditerranée:la Mauritanie (Maroc actuel et non la Mauritanie moderne), la Numide, la Tripolitaine, la
Cyrenaïque qui doivent l’essentiel de leur culture par l'apport des proto -Mande (notamment les Wangara), de
l'ancien Songhrai, du Ful ainsi que des Juifs Berbères de souche négro-africaine. Cette page de l'histoire du
Ful reste a écrire ou bien a réécrire.
-iii) Les sites dits des 'Atlantes' du Sahara occidental atlantique sont plus récents que ceux du Sahara Central
(entre 5000 avant JC et 1500 avant JC). Ils se situent essentiellement sur les 'Adrar' termes arabe - berbère
désignant les contreforts de massifs montagneux. Les plus fameux sont sont Dar-Tsichitt, Tafarut, le Hamada
de Tindouf mais l'inventaire est loin de clore la liste des fameuses villes-fortifiées. Les gravures rupestres sont
plus importantes que les peintures rupestres. La thématique est la même que celle du Garama-Bafur prouvant
ainsi l'unité de la même civilisation qui évolue vers l'Ouest jusqu'au littoral de l'Atlantique.
Les auteurs anciens Grecs ont surnommé ces peuples 'Atlantes' (hellénisation du terme original 'Ataranta' qui
n'est ni hébreu, ni grec ni arabe mais dérivant d'une ethnonymie locale). Cet État Ataranta qui un complexe de
Ful, de proto-Mande, de Berbère négro-africains aura bien inspiré les auteurs anciens tels que Platon, tant du
point de vue philosophique par le concept ' de l'État Idéal' que géographe Hérodote qui a compris que la
notion 'Atlantide' n'est pas une fable mais une réalité historique et géographique localisée dans le temps et
dans l'espace. Curieusement, ce seront les savants européens qui vont fabriquer les mythe de l'Atlantide, à
partir du XVII siècle après JC.
La destruction de la capitale de l'Ataranta peut s'expliquer par un accident naturel d'une très grande amplitude
comme il en arrive souvent pour marquer la mémoire de l'humanité dont la mondialisation remonte dans la nuit
des temps. Dans la logique de la culture Ful, cet accident peut s'expliquer par la rupture du Aada par une
partie de la population. Ce n'est pas tellement loin de l'explication des savants: tout acte qui s'écarte des
divinités ou bien plus explicitement : des lois de la nature et de la société, entraîne inexorablement la
destruction. Le récit mythologique de 'Njeddo Dewal' ('la Grande Calamiteuse') avec sa variante ultérieure de
''Dewel Jawando' ('la Méchante Malicieuse') a un fond cosmologique, théologique et qui peut s'expliquer
rationnellement: une personnification didactique,dans un style artistique, de non respect des lois de la nature.
Du point de vue évolutif, ce complexe Ful-ancien Mande -Berbère aura connu d'importante mutations: le
remplacement du taurin par le zébu se généralise devant les ondes de désertification qui poussent les
peuples à se réfugier soit le long des cours endoreiques, soit autour des oasis et plus tard le long des
affluents des fleuves Sénégal et du Niger qui aspirent les peuples plus vers le Sud-Ouest.
Cette interface géographique comprise entre l'Atlantique et le Niger sera le troisième berceau du Ful. Le
changement climatique aura produit ce Peul mais c'est le leucoderme dit 'Libyen' qui va le déranger.
L'antagonisme entre le Peul et le leucoderme 'berberisé' puis arabisé ne date pas d'aujourd'hui.
Les auteurs Grecs tels que Homère,dans Odyssée, ont sans doute eu raison de qualifier les peuples Ataranta
de géants, à l'instar des autres peuples de l'Éthiopie (ancien nom originel de l'Afrique au Sud du Sahara) au
sens physique comme au sens de performance culturelle : 'les plus beaux et les plus justes des humains et
dont les sacrifices étaient les plus appréciés des Dieux'. L'introduction du chameau qui remplace le chariot à
beauf fait perdre aux Ataranta la maîtrise du commerce transsaharien. Le Peul n'a jamais eu à domestiquer
ni le chameau, ni à apprivoiser le buffle nain ou l'éléphant d'Afrique :ces animaux n'entrent pas sa sélection
culturelle et économique. Il ne reste plus qu'a pousser la route du bovidé vers une nouvelle frontière:en
direction du Sud-Ouest.
-iv)Les sites des steppes et savanes méridionales, entre l'Atlantique et la boucle du fleuve Niger (dans la
Mauritanie centrale actuelle, le Delta Intérieur du fleuve du Niger, la rive gauche de la Boucle du Niger)
serviront de lieux de lieux historiques et géographique de renaissance de la civilisation Ful et qui lui servira de
quatrième berceau entre 1500 avant JC et 700 après JC . C'est le stratum du Sahel , constitué de Dalli
(Dallol au singulier :vallées très fertiles, saines, riches en pâturages) et de 'Beeli-Lamlam (sources d'eau
natronées indispensable à la santé du zébu) qui servira de nouvel 'Wati' comme concept de paradis
terrestre. Le vieux terme Fuuta, tenace dans la mémoire collective, réapparait pour designer des entités
politiques et sociales plus au moins autonomes dans la même grande unité culturelle. C'est ainsi que les
Fuuta - Kingi, Fuuta Maasina ( avant de se simplifier en 'Macina' dans le glossaire colonial), et Fuuta-Kukia
(complètement érode par le même glossaire colonial) seront les trois soeurs pour générer, plus tard et plus
au Sud, d'autres Fuuta-Tooro, Fuuta-Jaloŋ, Fuuta-Firdu, Fuladu etc.
L'économie pastorale, la métallurgie du fer de l'or et du cuivre,la polyculture des vallées alluviales et le
transport fluvial en feront un don de ce grand Fuuta un don des fleuves historiques Sénégal et du Niger,...
comme l'Égypte fut un don du Nil. Ici, la toponymie et l'ethnonymie se conservent dans le paysage moderne
en dépit de l'effort délibéré de l'arabisation ou de francisation pour gommer les signes et les symboles du Ful.
Ce nouveau Ful de l'Ouest du continent aura produit, à la lisière du Sahara-Niger, des expériences politiques
dont les plus remarquables sont:
-La confédération des principautés du Taaga (arabisé puis francisé en 'Tagant' dans la cartographie coloniale
moderne) dominée par les groupes lignages ainés de Uur (les clans des terroirs Uururɓe, plus nombreux et
plus riches en cheptel s'imposeront);
-La confédération des principautés du Termes (le terme persiste) dont les leaders du terroir du Ngiril
(Yirlaaaɓe de patronyme Jallo ) émergeront pour former le royaume du Baghena - Maasina et en s'alliant au
peuple Songhrai pour former le royaume de Kukia. Plus tard, ce groupe se fera supplanter par une dynastie
Songhrai plus puissante militairement et finira par s'accommoder d'une situation de voisinage d'associésrivaux.
Quelques rameaux de ces groupes lignages des principautés de Termes fonderont des dynastie de
courte durée dans le Fuuta Tooro (dites Laam-Taaga et Laam-Termes en souvenir de leur ancêtres nordiques);
-La confédération des principautés de Njaaw et de Njaal qui s'assoient sur le Fuuta Kingi. Des principautés
plus ou moins rivales :Njaaw (des groupes des lignages Jaawɓe, au patronyme Jah ) et Njaal (des groupes
de lignages de Yaalaɓe au patronyme Bah) dont certains clans formeront, plus tard au XV siècle après
JC,le fameux royaume Denianke sur le Fuuta-Tooro.
-La fédération Biru-Awdagost entre des groupes de lignages Peul et des groupes de lignages Berbères et
surtout de métis de Peul-Berbère-Soninke (notamment les sous groupes Joadalla et Laamtuuna dont
l'historiographie coloniale, sans raison, en fait gratuitement des Berbères leucodermes) qui se posera en
rivale de l'empire Soninke de Wagadu (un rameau du Mande, puissant héritier du Garama - Bafur que l'on
appellera communément 'l'Empire du Ghana'. En fait Ganna était le titre d'une dynastie dont le fantastique
Sammba Ganna; la légende dit qu'avec son oeil unique, juché sur le haut rocher du Wagadu, il savait tout
ce qui se passait sur l'empire...., pour la petite histoire!. Cette loi d'harmonie entre les peuples pour se gérer
un espace multi ethnique devrait inspirer la Mauritanie moderne puisque c'est le miroir d'une réalité qui était
en avance sur les errements de la géopolitique moderne.
La toponymie et l’ethnonymie méritent aussi une clarification: les soi-disants Berbères Jodalla sont en fait des
hôtes d'un groupe de lignages Peul : le clan des Jom-Dalli ,terme que les aventuriers arabes du Moyen Age
ont transcrits en Jodallla c'est-à-dire 'les maîtres des Dalli' désignant l'espace des rivières et mares'. Ils sont
de patronyme Jah dont nombreux sont issus les groupes lignages des Jaawɓe Dalli (surnommés 'les Peul
des Eaux', du fait de leur profonde connaissance du culte de l'eau). IL est de même soi-disant Berbères
'Lemtuna, en fait il s'agit de Laam-Tuuna tels que les Laam-Termes et Laam-Taaga,et plus tard, Laam-Tooro
qui sont des dynasties Peul. La terminologie des auteurs arabes en fera 'Lemtuna' et sera reprise par la
géographie coloniale sans aucun esprit critique.
Il en est de même que les soi-disant Berbères du royaume dit 'Awdaghost': en fait c'était une association de
clans totémiques de Peul et de Soninke (la transcription correcte dans le vieux Mande est Wadagasiri
(association des radicaux des noms totémiques des clans fondateurs du terroir et des clans conquérants,
selon le principe de pacte d'entente entre vainqueurs et vaincus). Ainsi 'Wa' est le totem ayant comme
symbole l'oiseau et 'Gasiri' c'est la divinité-Pluie. Cela peut même évoluer pour exprimer l'identité qui se qui
se forge avec la dynastie fondatrice qui y est associée. On aura dans cet espace de nombreux exemples
édifiant: Wangara, Wagadu et Wakore (des composantes fédérées pour former de l'empire du Ghana). Dans
le même ordre d'idée: le radical Ma désigne le culte totémique de la faune aquatique (lamantin, hippopotame)
en se superposant a celui du culte totémique ayant comme symbole le serpent 'Saa' ou bien Nde donnera
'Man-Nde' (peuple Mande) et ' Man-Saa' (dynastie du même peuple) ou bien 'Mali '= hippopotame-totem ).
Dans une perspective plus évolutive et plus large, se verra le culte totémique (Saa= serpent )auquel se
superpose le culte solaire (Ra) pour identifier l'entité Saa-Ra (qui sera arabisé puis latinisé en 'Sahara').
- Alliance Kumbaaru-Nyamandiru-Lof le long du bassin du fleuve Sénégal : des peuples issus de l'ancien
Garama - Bafur et de l'Ataranta , dont une bonne partie de Peul, pour constituer un état multi ethnique
sous le nom de Takuriru (arabisé puis latinisé enTekrour). Cette entité doit sa prospérité à la trilogie or-grainelait
et se situait en position privilégiée de source du commerce transsaharien, sans pourtant en avoir le
contrôle. Bien des peuples de la Sénégambie actuelle en dérivent pour se singulariser en 'ethnies': Sereer,
Wolof (en fait Waa-Lof, c'est-à -dire 'ceux du Lof' ),Joola etc.
-v)Le cinquième berceau du Ful, se situe entre les fleuves Niger et Nil, est le plus récent. C'est le reflux , à
partir du VIII siècle après JC,dans le sens Ouest-Est mais sur des latitudes plus méridionales que le Sahara-
Nil. Cela est essentiellement dû à la savanisation édaphique par le changement climatique, suite à
l'alternance des saisons sèche et pluvieuse qui clarifient les forêts primaires et à la savanisation anthropique
provenant de la multiplication des jachères agricoles. Ces savanisations auront fourni d'immenses réserves
de pâturages et de points d'eau dans toute la bande médiane Sahel-Savane et Savane-forêts claires. Le
pasteur Peul et son tandem le zébu peuvent circuler sur des centaines et milliers de kilomètres pour essaimer
dans un bonne partie du Bassin oriental du Niger et affluents, du Basin Lac Tchad, du Chari-Logone et du Nil
Occidental.... jusqu'à la Mecque, s'il le fallait, dirait l'adage populaire en pays Adamawa.
L'acclimatation du zébu dans les hauts plateaux de Jos-Bauchi et de l'Adamawa est, sans doute,l'une ds plus
belles réussites zootechniques pour se traduire en une tradition de créativité culturelle qui caractérise le Ful
depuis son premier berceau.
Ce berceau aura également produit de puissantes formations sociales et politiques parfois
indépendantes,parfois intégrées dans de vastes empires de peuples :Liɓataako, Toorodi, Dallol-Booso, Dendi,
Sokoto-Rima, Haɗeja-Jamari, Jos- Bauchi, Adamawa, Bagirmi, Daarfur, Aljasiree.
Elles furent souvent de composantes des prestigieux empires du Dagomba-Moose, du Damargaram, du
Bornu-Kanem, du Wadai-Daarfur et surtout du Kalifa de Sokoto-Adamawa.
Ainsi,les termes radicaux de base qui sont issus du tronc commun des langues Ful et Mande tels que :'waa',
'ra', 'saa', 'maa', 'ndaa',nja 'ra','nga', 'ga', 'jaa', 'ba', 'laam' sont des concepts liés au culte d'abord totémique
auquel se greffent des cultes stellaire, lunaire et solaire. Ils peuvent servir de point de départ pour explorer les
fondements et les sens de la toponymie et de ethnonymie et même des origines dynastiques.
*36. Caamaaba: Les Peul du Ferlo distinguent deux variétés de python. Le Ngaadaata - python commun des
eaux qui se cache surtout dans l'arbre Koyli- Mytragina inermis et le Ngowla dit python royal qui loge
souvent dans les creux des troncs des baobab ou bien dans les vieilles termitières qui lui servent d'habitat
propice. Le python royal qui peut atteindre quatorze coudées, est le symbole zoophyte de la longévité, de la
prospérité et de la fertilité dans bien des vieilles cultures africaines. Il constitue l'un des signes les plus
significatifs du culte totémique pour servir d'emblème de royauté dans les institutions matriarcales africaines.
Le Caamaba - python royal mythique, est une abstraction sublime pour offrir des variantes évolutives des
cultes stellaires, lunaire et solaire. Ainsi, il peut signifier le tracé d'un grand fleuve historique comme itinéraire
épique de migration d'un groupe de Peul. il peut designer le serpent lumineux céleste,c'est-a-dire 'Timtimol '-
l'arc-en-ciel, dans sa poésie sacrée.
Un tel reptile n'existe pas dans la réalité zoologique, à l'instar du dragon chinois:c'est plutôt une logique de
zoomorphisme des phénomènes qui dérivent des lois de la nature et de société. Il peut s'exprimer comme un
vecteur de communauté de destin entre la personne et le bovidé. Caamaaba rappelle bien 'Sia-Ba' du
panthéon Soninke de l'Empire de Ghana: serpent mythique aux anneaux incommensurables, gardien des
eaux terrestres et célestes, ses demeures étant l'arc-en-ciel et les abysses. Il symbolise l'essence qui prime
existence. Ce qui prouve la coexistence de civilisations Mande et Ful avec des représentations analogues à
celles des murs des temples de Kerma en Nubie ainsi que sur des peintures rupestres des sites du
Garama-Bafur et Ataranta.
Caamaaba, c'est aussi la divinité de l'éternel renouvellement périodique ou épisodique du principe
d'immortalité relative quand ce dernier se trouve rompu ou bien ébranlé par le non respect serment d'Aadi-
Aada.
*37. Le 'Caamaaba' aux quatre vingt seize écailles de couleur or. Les Peul du Ferlo auront eu à faire une
typologie de quatre vingt seize de robes possibles de bovidé qui leur sont connues, avec tous les attributs
qualificatifs qui y sont afférents. Mais, seuls les initiés en connaissent le répertoire complet ainsi que le sens
des signes de ces robes. L'identification du bovidé singulier se fait en général par son âge, son genre, la forme
des cornes en plus de sa robe et de la dénomination de sa génitrice si elle est connue. Les robes à pelage
de couleur unique: blanche, noire, jaune, rouge-fauve se symbolisent par les quatre points cardinaux: noir au
Sud, blanche au Nord, jaune à l'Est et rouge-fauve à l'Ouest. Il est à remarquer que les Peuls du Ferlo
préfèrent sélectionner le zébu dans le blanc, alors que les Peul Bororo sélectionnent dans le rouge-fauve,
d'autres choisissent des robes multicolores pour des raisons esthétiques,éthiques et ésotériques.
Ce passage fait appel et constitue un rappel des deux divinités jumelles de la fortune et du savoir: or et
bovidé, selon la devise 'Nagge woni kaŋŋe yiitere' =Le bovidé est bien l'or visible du vécu de fortune'.
Ce python mythique est l'image de synthèse exprimée, de manière sublime, en une conception esthétique et
fonctionnelle de savoir-avoir par un symbolisme au style sobre et profond.
*38. Ndaw : L'autruche. Cette espèce aviaire, très adaptée aux écosystèmes arides et semi-arides, est un
produit du changement climatique, au même titre que le zébu et d'autres sous- espèces de bovidés. Un
mythe tenace affirme que les Peul de l'Ataranta auraient découvert 'Maayo Gueej' - l'Océan Atlantique… en
suivant les traces des autruches dans le sens Est vers l'Ouest.
La tradition historique en fait animal qui, bien que ne fût jamais domestiqué, aura souvent été apprivoisé.
Effectivement, c'était un oiseau favori qui se trouvait dans bien des cours royales ou bien dans les demeures
des grands patriarches. Des contes d'enfants relatent des guerriers-chasseurs chevauchant des
autruches....mais c'est une autre histoire, à 'instar du merveilleux des Contes de Mille et une Nuits. Dans la
cosmogonie du Ful, cet animal est censé être le double de l'humain initié pour avoir des pouvoirs magiques
et des facultés fonctionnelles extrêmement évoluées qui font penser au dauphin.
L'un des symboles-phares de la tradition du Ful est le 'Faddunde Ndaw' qui se comprend comme
hexagramme magique de protection: les signes que trace cet oiseau autour de sa niche afin de protéger ses
oeufs contre des prédateurs en son absence.
Il faut être initié pour lire et interpréter ces signes, dans leurs contours géométriques précises parmi les
multiples marques que laisse l'oiseau quand il exécute sa danse hiératique autour du trou de ponte avant
de recouvrir tout de terre. La gracieuse danse hiératique de l'autruche aura inspiré toute une chorégraphie
liturgique dans le culte solaire des ballets du folklore au quotidien.
*39. Ngendiije nano e nyaamo : 'pays de gauche et de droite'. Le monde Ful, se situant dans la bande du
Sahel-Savane, qualifie les 'pays de gauche' tout l'espace habité qui se situe au Nord et de 'pays de droite'
tout l'espace géographique qui se situe au Sud.
Cela se comprend dans le contexte du culte solaire : le point cardinal d'orientation est l'Est, du côté du lever
du soleil. Le Nord se trouve logiquement à gauche et le Sud à droite. Par contre, dans le contexte du culte
stellaire, plus ancien, l'orientation se fonde dans le sens Nord-Sud, en privilégiant le Sud comme point
d'orientation, domaine d'origine des divinités et aussi tête de pont de l'eau et de l'herbe indispensable au
genre de vie pastorale.
L'histoire événementielle exige une chronologie linéaire balisée par des repères de calendrier civil alors que
l'histoire de civilisation procède par des superpositions de strates de styles et d'esprit de civilisation sur
une très longue durée jalonnée par des bouleversements brutaux de changement de style pour revenir sur
les styles plus anciens et les rééditer selon les besoins et défis qui s'imposent.
Dans d'autres civilisations des grandes religions révélées, les calendriers ne sont pas d'origine religieuse
mais civile, et sont conçus se basant sur des points de repères arbitrairement choisis par des décisions
pratiques et politiques. La civilisation du Ful , comme bien d'autres cultures africaines, aura opté pour la
flexibilité: chaque date qui marque la mémoire collective peut être adoptée comme point de repère pour
effectuer le comput du temps civil. Ce qui laisse à tout groupe de lignages ou de fédération de lignages d'avoir
son propre calendrier spécifique puisqu'il s'agit d'un monothéisme aux multiples divinités. C'est plutôt le
problème du savant moderne qui n'a souvent plus qu'un seul calendrier de référence et qui lui en fait une
force d'habitude de penser et ne pas envisager la logique de diversité culturelle.
Le Peul du Ferlo, comme ses autres compatriotes africains, joue sur plusieurs registres de calendrier, sans
confusion aucune:
-i)Le calendrier stellaire : en subdivisant l'année astronomique en 28 séquences de 13 jours, et chaque
séquence correspond au nom d'une étoile. Il possède la fonction de fractionner l'année en 28 périodes
écologiques qui modulent les activités pastorales précises dans les détails. C'est le calendrier du berger
nomade ou bien transhumant, du chasseur de la grande faune terrestre et aquatique. C'est le calendrier des
grands grands gestes rituels magique-religieux basés sur des règles de correspondance cosmiquesbiologiques.
C'est sur ce type de calendrier que le Ful aura eu à ériger ses mini-monuments astronomiques
dans son premier foyer de peuplement;
-ii)Le calendrier lunaire: commence en début d'hivernage, par la première grande pluie dite 'Ngatamaare' qui
imbibe la terre jusqu'à 50 cm en profondeur pour permettre les semailles. Il subdivise l'année en 30 Jours. Les
5 derniers jours son dit 'Jokkkirɗe' permettent de boucler l'année à 365 jours. Les mois du calendrier lunaire
se succèdent, à partir de Juillet: Morso, Juko, Silto, Yarkomaa, Jolal, Bowte, Siilo, Colte, Mbooy,Seeɗto,
Duujal, Korse. C'est, essentiellement, la calendrier à vocation agraire ou bien agro -pastorale pour les
sédentaires ou semi-sédentaires. Il se subdivisent en semaines de 7 jours. La semaine se compte de samedi
au vendredi:Hoor biir, Dewo, Aaɓande, Mawbaare, Njeylaare, Naasaande, Mawnde;
-iii)Le calendrier solaire: se subdivise en 4 saisons de 3 mois chacune. Il commence à partir de la saison
sèche::Ceeɗu (saison sèche correspondant au solstice d'été dans cette latitude Sahel-Savane ),Demminaare
(pré-hivernage équivalent à l'équinoxe), Ndunggu (saison des pluies, équivalent à l'équinoxe); Dabbunde
(saison froide, équivalent au solstice d'hiver dans l'hémisphère Nord). Le Kawle est en fait, une transition de
post-hivernage de trop coure durée pour constituer une saison complète dans le calendrier solaire. C'est ce
calendrier qui rythme toutes les activités économiques,commerciales et civiles et qui régit une civilisation
rurale qui gravite autour d'une réalité urbaine, point d'échange des produits et des idées. C'est le culte solaire
qui organise mieux l'espace géographique habité par de différentes entités de peuples sur une vaste étendue
régionale, zonale voire transcontinentale avec ses voies structurantes pour canaliser pèlerinages et festivals
traditionnels (sites commerciaux et religieux).
*40. Njaajdri cooya:C'est le nom de lieu par lequel les Peul du Ferlo et du Futua-Toroo désignent le Désert du
Sahara, sites de leurs anciens berceaux avant de descendre plus au Sud-Ouest. L'expression elle-même, se
traduit par 'grande étendue de nappes de sable jaune-rouge'.
*41. Sahal :Déformation du mot 'Sahel' qui signifie rivage,ici rivage ou bien lisière du Sahara. La zone de
transition entre le Sahara et la Savane. Par extension, dans certains dialectes il peut aussi designer le Nord
comme point cardinal.
*42.Ɓaleeri :Zone de 'terres noires', des zones semi-humides ou humides de savanes et de forêts. Par
extension,l'expression peut designer toute zone méridionale par rapport à la zone sahélienne.
*43. Maaje Geej: Les deux océans Atlantique et Indien,de part et d'autre du Sahara-Nil que le Ful aura eu eu à
connaître dans ses différents berceaux.
BIOGRAPHIE DE L'AUTEUR:
Dr. Amadou Sadio DIA, Aménageur-Urbaniste de formation, est natif du Fuuta-Tooro, Nord Sénégal / Sud
Mauritanie.
Ses fonctions d'enseignant-chercheur et d'expert-consultant international dans le domaine de développement
rural, urbain et régional l'ont amené à effectuer des travaux de terrain dans bien des pays africains habités par
d'importants groupes Peul.
Ses principaux centres d'intérêt sont: la recherche scientifique, l'éducation et l'animation des organisations
communautaires de base, dans une vision de rayonnement de la civilisation Peul en particulier et africaine en
général.
Email contact: ahmadia@gmx.de

Vendredi 16 Août 2013
Boolumbal Boolumbal
Lu 40029 fois





Les plus récentes
Boolumbal Boolumbal | 05/01/2026 | 1474 vues
00000  (0 vote) | 0 Commentaire
Boolumbal Boolumbal | 07/11/2025 | 5354 vues
00000  (0 vote) | 0 Commentaire


Attention ! Pas d'amalgames...
Publié par Boolumbal Boolumbal le 07/11/2025 à 11:19 | 0 Commentaire

Recherche


Inscription à la newsletter