Exclue de l’Agoa pour pratiques esclavagistes : La Mauritanie au banc des accusés



Lundi 5 Novembre, la Mauritanie a officiellement réagi à la décision américaine d’exclure la Mauritanie de l’Initiative African Growth And Opportunity Act (AGOA). Cette sanction, motivée par «l’insuffisance des mesures prises, en matière de lutte contre l’esclavage, est pour le moins surprenante », a estimé le Ministère des Affaires Étrangères et de la Coopération (MAEC), car « la Mauritanie a fourni, particulièrement ces dernières années, de gros efforts, en vue d’éradiquer les séquelles de l’esclavage et atteint, sur ce plan, des résultats indubitablement importants », souligne le communiqué.

« […] La décision américaine ne peut être motivée que par des informations erronées, recueillies auprès de sources partisanes et sans crédibilité », assène le MAEC dont la tonalité du communiqué diffère de la sortie incendiaire du ministre de la Culture et porte-parole du gouvernement, Sidi Mohamed ould Maham. « Certes la Mauritanie a, comme un grand nombre de pays, historiquement connu l’esclavage. Cependant, ce phénomène a disparu de la société mauritanienne et les séquelles qui ont subsisté de cette pratique sont en voie d’éradication, grâce à l’efficacité des politiques que le gouvernement a engagées à cet effet. En conséquence, nous sommes confiants que les États-Unis d’Amérique, avec lesquels la Mauritanie entretient d’excellentes relations historiques, empreintes de respect et de soutien mutuels, reconsidéreront leur décision ; à la lumière des informations disponibles », espère le MAEC.

Un peu plutôt dans la matinée, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Ismaël Ould Cheikh Ahmed, s'est entretenu avec l'ambassadeur des États-Unis en Mauritanie, Michaël Dodman. « Les entretiens ont porté sur les questions d'intérêt commun ».



Dodman tempère…

Pour rappel, le gouvernement des États-Unis a informé le gouvernement de la République islamique de Mauritanie que la Mauritanie a cessé de bénéficier des avantages commerciaux prévus par la loi sur la croissance et les opportunités en Afrique (AGOA) et ce à compter du 1er Janvier 2019. En vertu de la législation américaine, les pays bénéficiaires de l’AGOA font l’objet d’examens réguliers pour évaluer le niveau de respect des normes internationalement reconnues, notamment dans le domaine des droits des travailleurs. « Comme pour toutes les actions relatives à l’AGOA, le président a fondé sa décision sur une évaluation globale par le gouvernement des États-Unis, qui prend en compte les contributions du gouvernement mauritanien, des organisations internationales et celles émanant d’autres parties prenantes aux États-Unis et en Mauritanie », a expliqué le diplomate américain.

Michael Dodman a souligné que les exportations mauritaniennes vers les États-Unis continueront de bénéficier d’un traitement préférentiel, dans le cadre du Système de Préférences Généralisées (GSP) des États-Unis. En ce qui concerne la décision prise dans le cadre de l’AGOA, les États-Unis reconnaissent les nombreuses réalisations de la Mauritanie, face aux défis posés par des siècles d’esclavage héréditaire. C’est une lutte que les Américains comprennent très bien, et c’est l’une des raisons pour lesquelles la loi américaine oblige mon gouvernement à prendre des décisions difficiles, lorsque nous estimons qu’un pays ne fait pas de progrès continus en matière de protection des droits de l’homme. Cela dit, le président des États-Unis peut rétablir, à tout moment, l’éligibilité de la Mauritanie à l’AGOA, après avoir déterminé que le pays remplit les critères énoncés par le Congrès ».

L’ambassadeur américain rappelle avoir effectué, le mois dernier, lors du lancement du Forum des entreprises États-Unis-Mauritanie, « une évaluation optimiste de nos liens économiques croissants et j’ai clairement dit combien les trois piliers de notre partenariat – économie, sécurité et droits de l’homme – étaient étroitement liés. Les relations entre nos deux pays sont beaucoup plus grandes que l’AGOA. Les ambitions que j’ai énoncées le mois dernier restent inchangées. J’ai hâte de continuer à travailler avec le gouvernement et le peuple mauritaniens, afin de réaliser l‘énorme potentiel de l’important partenariat entre nos deux pays amis ».



…Et Ould Maham s’emporte

Mais avant le MAEC, la première réaction est arrivée par la voix du tout nouveau ministre de la culture et porte-parole pour qui « cette décision n’est pas importante et ne signifie absolument rien du tout ». Sidi Mohamed Ould Maham a rappelé que ‘’leur’’ gouvernement est le premier à avoir combattu véritablement l’esclavage à travers des mesures concrètes entreprises en vue de son éradication avec ses propres moyens sans aucun soutien américain. Le ministre s’est demandé depuis quand les Etats-Unis d’Amérique s’intéressent-ils à la lutte contre l’esclavage même à l’intérieur de l’Amérique ? Avant de se demander si Trump allait prendre cette décision s’il s’attendait de la part de la Mauritanie d’un contrat d’armement de 110 milliards de dollars ? Et le ministre de citer en vrac : la loi criminalisant l’esclavage, l’érection de cours spéciales dédiées à juger les crimes d’esclavage, une feuille de route et autres.

En réalité, la Mauritanie a quoiqu’on dise fait quelques avancées significatives dans la lutte contre l’esclavage. Mais de là à mettre tout cela dans le cadre des fameuses réalisations de la Rectification n’est pas très exact. D’abord, l’esclavage a été aboli en Mauritanie en 1981 par la promulgation par les militaires de l’ordonnance 034/81 qui interdit la pratique sur l’ensemble du territoire national. Puis il ya eu la loi 048/2007 sous le magistère du président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qui criminalise l’esclavage. C’est d’ailleurs sur la base de cette loi que le premier jugement d’une affaire d’esclavage (Said et Yarg) a été organisé en 2011. Au cours du dialogue politique d’octobre/novembre 2011 entre la majorité et une partie de l’opposition (APP, El Wiam, Hammam et Sawab) un amendement constitutionnel a élevé l’esclavage en crime contre l’humanité. Puis il ya eu ensuite en 2013 une agence nationale (Tadamoun) dont la mission était de lutter contre les séquelles de l’esclavage et la pauvreté et l’insertion des rapatriés. Enfin les concertations qui ont conduit à l’élaboration d’une feuille de route de vingt neuf points dont la mise en œuvre devait contribuer à l’éradication de l’esclavage et de ses séquelles. En 2015 la loi 031/2015 remplace la loi 048/2007. Dans les dispositions de la nouvelle loi, les peines sont aggravées et les réparations des victimes revues à la hausse. La nouvelle loi permet aussi aux organisations de la société civile qui remplissent certaines conditions de se constituer partie civile dans les affaires d’esclavage. Puis en 2015, le gouvernement mauritanien a crée trois cours spéciales (Nouakchott, Néma et Nouadhibou) dédiées au jugement des crimes d’esclavage.


Ben Abdalla

source: http://lecalame.info

Jeudi 8 Novembre 2018
Boolumbal Boolumbal
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