Vers la révolution du Campus



Vers la révolution du Campus
Nous avions prédit des faits et présentement, les citoyens mauritaniens sont entrain de les vivre. L’université de Nouakchott devient de jour en jour un foyer des tensions provoquées tantôt par l’administration académique et tantôt par le ministère de l’enseignement supérieur. Les deux institutions refusent de négocier avec les syndicats porteurs des revendications légitimes des tous les étudiants mauritaniens. Un comportement aberrant et irresponsable de leur part. Dans cette situation, il faut se préparer à toutes les éventualités voire même à la révolution du campus dès lors que les autorités maintiennent toujours les décisions d’emprisonner, d’exclure et d’ajourner la scolarité de certains leaders.


Nos autorités ignorent que l’université demeure parmi les institutions les plus réputées au monde. Tous les grands hommes que l’humanité ait connus sont passés par elle en laissant de remarquables sillages. En effet, cette réalité est plus que jamais vérifiable en Mauritanie. Désormais, il faut repenser aux stratégies car la jeunesse sort de son indolence et devient de plus en plus informée des formes de luttes pour faire valoir leurs revendications. Les agissements jadis tolérés sont aujourd’hui inconcevables, dénoncés et combattus avec détermination et sacrifice. Il n’y a plus place à l’arbitraire et à l’oppression. L’option de militarisation du campus universitaire est toutefois synonyme des révoltes étudiantes. Réalité que l’actuel régime a intérêt à éviter car sa pérennité en dépend. Le campus est le foyer de la désobéissance.



Le campus : la voix des opprimés

Le campus universitaire est en quelque sorte la bouche béante des opprimés. Ce sont des individus issus de toutes les catégories sociales qui s’y côtoient avec des idéologies et positions différentes. Il y a un an, l’université fut la tribune depuis laquelle on lançait des messages forts aux dirigeants pour exiger le respect des langues nationales et leur officialisation. Tout comme elle fut l’objet des affrontements entre étudiants noirs et arabo-berbères. Et tout se passait sous le regard complice des incompétentes autorités académiques. Depuis quelques temps, des escadrons des forces de l’ordre ont été envoyés pour escalader les murs des facultés et procéder lâchement à des arrestations ciblées des étudiants pour les conduire ensuite en prison. Chose vraiment incroyable…mais les étudiants ne cèdent pas facilement aux intimidations policières.



Dans toute l’histoire de notre pays, le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz est le premier à subir les tracasseries estudiantines. L’homme devrait sans doute se remémorer celles qu’il avait vécu un certain après-midi du 03 février 2009. Sa visite populiste à l’université lui a valu toutes les peines. Il a fallu des longues négociations avec des leaders des plus grands syndicats lesquels sont instigateurs du nouvel mot d’ordre de grève ces derniers jours sur le campus universitaire et à l’ISERI. En effet, il comprendra que l’occupation des locaux de la présidence de l’université n’est pas une nouvelle stratégie pour les étudiants. Car lors de sa visite, quelques heures avant le sursaut des forces de l’ordre à l’université, le Président de l’Université Monsieur Ould Ezibih était en quelque sorte retenu en otage par les étudiants. Le Rais n’a accédé ce jour-là à l’amphithéâtre qu’à la suite d’un dur bras de fer entre les autorités académiques et les syndicalistes. Et cela seulement après que le ministre de l’enseignement supérieur ait accepté de signer l’accord pour l’augmentation des bourses et sa généralisation pour les étudiants de la région de Nouakchott. Son statut de putschiste du chef de la junte militaire fut également accueilli par des hostiles huées estudiantines.



Mais le cours des événements ont encore empiré les maladresses des autorités académiques et politiques du pays. Cette fois, le tissu social a échappé au pire… les feux du racisme s’étaient allumés au sein du campus avant d’être éteints par la maturité des vaillants étudiants par une initiative salvatrice venue de l’extérieur de l’université.



Une leçon magistrale

Au mois de Mars 2011, les sorties consécutives et démagogiques du Premier ministreMoulaye Ould Mohamed Laghadaff et la ministre de la culture Boidé Mint Cissé avaient provoqué des affrontements intersyndicaux dans les différentes facultés concernant des langues nationales. Au cours de leurs déclarations, les ministres avaient laissé entendre que l’Etat mauritanien procédera à l’arabisation de l’administration publique. Le premier répondit en arabe à une question posée en langue française par un journaliste francophone au cours d’une conférence de presse à la primature. Il signifiait à ce dernier devant un parterre de journaliste que « la Mauritanie est un pays arabe, on pose les questions aux officiels en langue arabe et on reçoit la réponse en langue arabe ». Quant à la ministre de la Culture, elle défendait avec force le projet de l’arabisation de l’administration nationale en marge de la célébration de la journée mondiale de la langue arabe au Palais de Congrès à Nouakchott. Des propos qui ont été unanimement considérés comme étant racistes, discriminatoire et ségrégationnistes par toutes les forces vives du pays en l’occurrence l’élite africaine et sa diaspora.



Ces deux personnalités nationales ignoraient l’effet que leurs élucubrations vis-à-vis de la fragilité de l’unité nationale du pays. Au delà de la fougue des politiques, ils ont suscité l’ire des étudiants noirs lesquels ont compris que leur avenir était menacé à travers ces saugrenues et irresponsables déclarations. De nos jours, tout projet d’arabiser définitivement l’administration de la Mauritanie signifierait tout simplement l’exclusion des ses fils noirs. Ceux-là qui ont depuis toujours opté la langue française à cause des multiples et inefficace reformes ségrégationnistes de l’éducation nationale tant au fondamental, secondaire que supérieur. De telles reformes ont pratiquement saboté les efforts consentis pour garantir aux fils de cette nation une éducation de qualité, à la hauteur des attentes du marché de travail.



En effet, la réponse des étudiants n’a pas tardé…Ils ont occupé une semaine durant le campus pour donner une leçon magistrale aux dirigeants du pays. Le message était limpide… les étudiants disaient « parler les langues du peuple ».



En violant les textes, le campus universitaire a été militarisé tout le mois d’avrilpar des escadrons des forces de l’ordre. Il y eut des blessés graves tels que l’étudiantet porte-parole du SNEM, Ndiaye Kane Sarr ainsi que des membres du l’UNEM. Environ25 étudiants ont été retenus dans les locaux du commissariat du Ksar.



Et depuis, les autorités policières surveillent les déplacements et toutes les démarches des leaders estudiantins. L’Etat a tout de même pris des mesures de « suspendre tout transfert des bourses des étudiants noirs en France ». Cette bévue nationale n’a pourtant fait l’objet d’aucune enquête journalistique ? Raison qui justifie selon des sources proches du SNEM le fait qu’aucun étudiant noir boursier du troisième cycle n’a vu sa bourse transférée en France. Selon le SNEM, « l’Etat se rend compte que les étudiants revendiquent de plus en plus leurs droits. Et pour casser leur détermination, les autorités optent pour une nouvelle stratégie à savoir envoyer ces derniers au Maroc, en Algérie ou en Tunisie afin qu’ils subissent davantage les obstacles de la langue ».Ce qui conditionne par la suite leur échec. Nombreux sont les étudiants qui abandonnent leurs études et qui reviennent sans aucun diplôme.



Ould Ezzibih : Un manipulateur
Le Président de l’Université était le seul responsable des affrontements d’avril2011. Il s’était précipité pour pointer du doigt une manipulation venue d’une main extérieure. A-t-il oublié ses liaisons et ses amitiés qu’il entretenait avec certains étudiants afin d’ébranler l’UNEM ? Sa politique visait à diviser les étudiants et à les désorienter de leurs propres doléances. En effet, le problème survenu l’année dernière à l’université ne se limitait pas uniquement à une affaire de trucage des élections des délégués des syndicats à la présidence de la dite institution. Ce dernier ne voulant pas voir l’UNEM remporté tous les sièges, il a tenté toutes les ruses pour manipuler certains dirigeants syndicalistes. Dès la rentrée universitaire, il a cherché à draguer la conscience de ces derniers. Ceux-là même qu’il n’hésitait pas à convoquer dans son bureau et en dehors de l’université notamment dans les locaux du siège de parti au pouvoir. C’est dans ce rapprochement qu’est née l’amitié entre lui et certains leaders du SNEM.



Mais l’opinion publique découvrira ces liaisons lorsque le jeune étudiant en sociologie Ba Bocar sera nommé conseiller au sein du cabinet du Président de la République sous la proposition personnelle de Ould Izzibih. Ses ultimes intentions consistaient à dissuader la force de l’UNEM, s’assurer de la percée de l’UGEM tout en caressant au sens du poil le syndicat noir SNEM. Très vite, les ténors du SNEM ont été alertés de cette manipulation pour réviser leur position par un communiqué dans lequel le syndicat redéfinissait ses objectifs purement liés aux causes estudiantines. Voila qu’après lui, l’université brûle à petits-feux.



Le ministère de l’enseignement supérieur devrait cesser d’agir d’une main de fer à l’encontre des étudiants qui manifestent contre la fermeture et le transfert de l’ISERI. Ainsi, il est urgent d’ordonner la libération inconditionnelle des étudiants détenus arbitrairement dans les prisons. Il serait plus judicieux d’entamer des négociations à la place de la violation des droits de s’associer ou de s’unir. Les revendications des syndicats sont légitimes. Faire recours à la violence, c’est faire preuve de lâcheté. Que l’Etat comprenne qu’il s’agit de prime à bord, d’une prise de conscience face à la nécessité de militer pour briser les chaînes qui constituent des barrières à la réalisation de nos objectifs.

Arrêtez la violence à l’encontre des étudiants avant que la révolution ne vienne du campus.



Bä Sileye


Jeudi 9 Février 2012
Boolumbal Boolumbal
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