Télévision/Maurivision : Sitôt créée, sitôt menacée de fermeture pour «excès de diversité»

Depuis trois mois, les salariés de la nouvelle télévision privée Sahel Tv, de la société d’images Maurivision, ne perçoivent plus leurs salaires. La faute aux financiers de la chaîne qui critiquent la Mauritanie dans sa diversité telle que (justement) présentée par la télévision de Bah Ould Saleck.



Télévision/Maurivision : Sitôt créée, sitôt menacée de fermeture pour «excès de diversité»
Il y a bientôt un an, la haute autorité de presse et de l’audiovisuel attribuait des licences de diffusion à trois radios et deux télévisions mauritaniennes. Une première certes, mais qui n’était pas une révolution en profondeur, car déjà les médias critiquaient le parfum clientéliste de ces attributions. La totalité de ces licences atterrissant dans les mains de proches du pouvoir.

C’était déjà le gros risque de ne pas voir de changements dans la manière de traiter l’information, mais surtout et c’est le plus important, dans la représentation que ces nouveaux médias privés auraient de la Mauritanie. Jusqu’à ce moment, la Mauritanie, à travers les ondes hertziennes de la TVM, ce «truc monoculturel», n’était un espace de vie culturelle, que pour les Beydanes.

Mais une chaîne a agréablement surpris quant à cette nouvelle façon de percevoir la Mauritanie dans sa diversité : Sahel Tv, porté par Maurivision.

«Voilà une chaîne où toutes les composantes de la Mauritanie se retrouvent pour des programmes s’adressant à tous les mauritaniens. Même si des imperfections notables sont à souligner, c’est indubitablement le modèle de grilles de programmes vers lequel il faut tendre» estime Mechry Ould Rabbany, journaliste pour le site en arabe de noorinfo.com.

Mais les financiers du média, les Ehel Ghadda, proches du pouvoir, en ont jugé autrement : «trop de noirs, et trop de programmes pour noirs» ont-ils prévenu Bah Ould Saleck. La sentence laconique, se répercute de façon menaçante sur les salaires des employés qui ne sont plus payés depuis trois mois maintenant. Et le versement des arriérés et des salaires à venir est conditionné par l’approche d’une nouvelle ligne éditoriale plus «mauresque».

Un message que les salariés n’entendent pas de cette oreille. «Nous avons tous un contrat de neuf mois, ils sont obligés de nous payer quitte à ne pas nous prolonger à la fin de ceux-ci. Nous sommes liés contractuellement» explique le réalisateur Djibril Diaw, un contractuel de la chaîne.

«À défaut si tout ne s'arrange pas, nous vendrons le matériel et nous nous payerons» menace un autre salarié technique. Ces griefs sont exposés dans une lettre commune signée par la majorité des salariés, et adressée aux investisseurs de la chaîne.


«Du racisme pur et dur»



Bah Ould Saleck, en étant à la tête de ce média, a fait le pari de la jeunesse et de la diversité. Contrairement à la TVM ou aux autres chaines privées qui continuent à braquer leurs projecteurs exclusivement en direction de la communauté maure.

Une façon de faire les choses, et de brider le droit des différentes communautés d’être représentées médiatiquement, qui était déjà critiquée ici par l’ancien président de la HAPA Heibetna Ould Sidi Haïba. «Il est vrai qu'il y a un gros problème sur l'application des textes et des cahiers de charges des médias publics, particulièrement la TVM, quant à la représentation des communautés. La Constitution consacre cette diversité, et les responsables devraient suivre cette direction. C'est un long combat à mener, mais qui sera forcément gagné par ceux qui promeuvent la diversité de la Mauritanie» arguait l’ancien Président de la HAPA.

«Je ne dévierai pas de cette ligne éditoriale quitte à ce que je m'en aille» a affirmé à ses employés Bah Ould Saleck, qu’on voudrait «forcer à démissionner» selon plusieurs d’entre eux.

Empêcher l’avènement d’un média négro-mauritanien…

… Ou tout au moins, d’un média prêchant dans sa ligne éditoriale la diversité culturelle de la Mauritanie.

Le message était clairement sous-entendu dans le rejet de plusieurs dossiers solides et crédibles, notamment radio, en particulier celui de Kane Hamidou Baba, pourtant leader d’un des partis de la mouvance présidentielle, le MPR, et qui est un des premiers vrais professionnels du métier en Mauritanie.

Saheltv passe sur le satellite Arabsat, et est donc potentiellement visible à l’extérieur, à une échelle mondiale, qui certainement découvrirait une Mauritanie plurielle, contrairement à ce qu’une certaine idéologie raciste au courant fort parmi l’Etat cherche à diffuser. «A l’ère du tout-numérique c’est une vaine tâche, et il faut être complètement incompétent ou demeuré pour penser le contraire» souligne un conseiller à la HAPA, qui estime que l’institution ne peut pas agir dans ce genre de cas, les personnes concernées étant proches du pouvoir.

Pourtant la chaîne débute à peine et a déjà suscité un enthousiasme certain auprès des mauritaniens progressistes toutes communautés confondues. «Il n'y a toujours pas d'émissions régulières, nous sommes encore en période de test ou ne tournent que des reportages quasiment» explique Ndeye Sow une des journalistes et présentatrices vedettes de la chaîne.

Finalement, on constate les craintes que beaucoup laissaient entrevoir dans leurs analyses, lors de l’attribution des licences : la recherche persistante du modèle éculé de la TVM… même dans le privé, avec une sélection idéologique et tribaliste.

Mamoudou Lamine Kane

Noor Info




Mardi 4 Septembre 2012
Boolumbal Boolumbal
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