Scène politique nationale : Les signes d’un éclatement accéléré



Scène politique nationale : Les signes d’un éclatement accéléré
Le parti ADIL, présidé par Yahya Ould Ahmed Waghf, ancien premier ministre du régime déchu de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, s’apprêterait selon la déclaration de son principal responsable, à former avec ses deux alliés de circonstance, le Mouvement Pour la Rénovation (RPM) de Kane Hamidou Baba et le Renouveau Démocratique (RD) de Moustapha Ould Abeiderrahmane, un troisième pôle sur la scène nationale, entre une majorité qui soutient le pouvoir et une Coordination de l’opposition démocratique (COD) qui lui est hostile. Si cette tendance se confirme, la scène pourrait vivre les signes d’une désagrégation qui pourrait aboutir à une nouvelle géographie politique en Mauritanie.


L’histoire politique en Mauritanie est semée d’historiettes tissées autour d’unions et d’éclatements, de recompositions et d’alliances souvent éphémères et assassins. Aux lendemains des élections présidentielles de 2009, deux grands blocs avaient créé une nouvelle typographie sur la scène politique nationale. Il y avait d’une part, un bloc dit de la majorité, dont les membres ont pourtant tous été élus sous la bannière d’anciens partis nés avant la création circonstancielle de l’Union Pour la République (UPR) dont ils se réclament aujourd’hui ; et d’autre part, une COD soudée autour d’un idéal d’opposition au régime, lui-même bâti sur d’anciennes inimitiés. Cette coalition d’opposants perdra cependant peu à peu sa cohésion, avec le départ en 2011 de trois grands ténors, Messaoud Ould Boulkheïr de l’Alliance populaire progressiste (APP), Boïdiel Ould Houmeïd de El Wiam et Abdessalam Ould Horma du parti Sawab. Ces derniers formeront plus tard la Coalition Pour une Alternance Pacifique (CAP), une opposition dialoguiste qui tissera avec la majorité un accord qui a abouti à des modifications constitutionnelles. La CAP mènera d’ailleurs par la suite une campagne de dénigrement virulente contre leurs anciens compagnons de l’opposition, à qui ils disputeront d’ailleurs la médaille de la contestation, sans pour autant convaincre une grande partie de l’opinion qui ne voit dans leur alliance avec le pouvoir qu’un jeu sordide destiné à offrir au régime de Mohamed Ould Abdel Aziz un confortable piédestal de légitimité.

Aujourd’hui, l’opposition semble piétiner, prise dans son propre piège du "Rahil" qu’elle n’arrive pas à concrétiser faute de l’adhésion populaire requise. En fait, l’espace Ibn Abass s’entête à être tout simplement la Place Tahrir du Caire et les Mauritaniens à être des Egyptiens. Partisans du cent mètres, les contestataires mauritaniens ont effet le souffle court et ne peuvent se mobiliser au-delà de quelques heures. D’où des marches massives et des sit-in populaires qui se dissolvent en un clin d’œil, facilitant la tâche aux forces de l’ordre qui ne trouvent aucune peine à disperser les rares têtes-brûlés qui résistent, à coups de gaz lacrymogènes et de matraques. La dernière sortie de la COD a ainsi été écourtée, les leaders habitués au luxe ayant protesté pour quelques mètres à taper à pied ou de menus fretins cloche-à-pied inventés exprès par le pouvoir. Un alibi qui ne sied pas à des hommes qui veulent mener une révolution. Ce serait sans doute pour cette raison, qu’écœurée par une machine COD qui grippe, le Rassemblement des forces démocratiques (RFD), l’une des plus puissantes formations de l’opposition, a décidé d’aller demain en solitaire marcher contre le régime. Une manifestation en solo qui sonne le glas d’une désatomisation au sein de la Coordination de l’opposition dont les dissensions se font de plus en plus sentir, malgré le démenti répété de ses membres.

Du côté de la majorité, la belle entente d’après 2009 est également fortement remise en question. L’autoritarisme et l’omnipotence de l’Union Pour la République étant elle aussi de jour en jour contesté. Ce qui rend fragile la cohésion au sein de la majorité, menacé d’effritement. D’abord, ce sont huit partis politiques de cette majorité qui ont décidé il y a deux jours de se constituer en une alliance destinée à faire prévaloir leur poids et défendre leurs droits. Une grogne qui soumet ainsi la majorité favorable à Mohamed Ould Abdel Aziz à dure épreuve. A cela s’ajoute la déclaration d’Ahmed Waghf, président du parti ADIL, concernant la création d’un troisième pôle équidistant des deux forces en place, la majorité et la COD. Il faut dire que le parti ADIL et deux autres formations de la majorité, le RPM de Kane Hamidou Baba et le Renouveau de Moustapha Ould Abeiderrahmane, avaient depuis longtemps pris leur distance par rapport à la locomotive UPR, en adoptant souvent des positions plus indépendantes par rapport à l’alignement fidèle et aveugle au pouvoir. Cette singularité dont ont fait preuve ces trois partis a abouti en toute vraisemblance à ce glissement insidieux qui les désorbite par rapport à la sphère de la majorité pour les alunir dans un espace où ils prétendent vouloir jouer la voix de la conscience et de la sagesse.

Ainsi vogue la scène nationale qui ressemble à s’y méprendre à un univers désagrégé où les particules se détachent de plus en plus des nébuleuses concentriques où les circonstances politiques les avaient jusque-là arrimés. La COD tend à se distendre et la Majorité à créer ses propres fossoyeurs. Dans ce jeu politique, où l’élite se livre à des batailles de placement féroces pour un strapontin vers le pouvoir, le citoyen lambda reste perplexe. Au quotidien qui lui laisse peu d’espoir, se profile une peur de l’avenir, car l’incendie malienne n’est pas prête de s’éteindre. Or, au village, il y a un dicton qui reste d’actualité. Quand la case du voisin brûle, il faut s’attendre à ce que les étincelles n’atteignent ton propre gîte.

Cheikh Aïdara.

Jeudi 13 Décembre 2012
Boolumbal Boolumbal
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