Il y a, dans ces scènes désormais répétées, une évolution qui pourrait presque prêter à sourire… si elle n’était pas aussi révélatrice.
Hier encore, nos chefs d’État arrivaient en France avec discrétion, presque à pas feutrés, comme conscients d’un décalage, d’une distance, d’un malaise. Aujourd’hui, les voilà accueillis en grande pompe : tapis déroulés, foules mobilisées, images soignées, enthousiasme affiché. On ne se cache plus on expose, on met en scène, on construit.
Mais ce basculement n’est pas anodin. Il ne dit pas seulement quelque chose de leur stratégie. Il parle surtout de nous.
Car pendant que ces mises en scène gagnent en ampleur, le terrain, lui, a changé de nature. Autrefois, la contestation s’exprimait face à un pouvoir lointain, difficile à atteindre. Aujourd’hui, l’espace est occupé, structuré, encadré. Des relais bien installés organisent, orientent, amplifient. Et dans ce dispositif, les voix critiques peinent à se faire entendre. Ceux qui applaudissent occupent le devant de la scène ; ceux qui questionnent deviennent presque inaudibles.
C’est dans ce contexte qu’émerge une scène troublante, presque déroutante : ceux-là mêmes pour qui l’on se mobilise, dont on défend les droits et la dignité, finissent par poser, avec une sincérité désarmante, cette question simple :
« vous servez à quoi ? Opposants ,mais vous, qu’est-ce que vous y gagnez ? »
Cette interrogation, en apparence banale, révèle une rupture profonde. Elle traduit une fatigue collective, une perte de repères, peut-être même une transformation du sens de l’engagement. Comme si toute lutte devait désormais se justifier par un bénéfice personnel. Comme si l’engagement désintéressé devenait suspect, presque incompréhensible.
Et pendant ce temps, une autre scène se joue encore plus saisissante.Des drapeaux levés, des visages illuminés, un accueil digne d’un moment de victoire nationale. Mais derrière cette image, une réalité plus complexe apparaît : ceux qui applaudissent sont souvent des exilés, des déracinés, des citoyens partis sous la contrainte économique, sociale ou politique. Des femmes et des hommes qui ont quitté un système qu’ils dénonçaient, et qui se retrouvent aujourd’hui à acclamer celui qui l’incarne.
C’est là que l’ironie devient presque tragique.Car ce que l’on observe n’est pas simplement une adhésion. C’est une tension. Un tiraillement entre attachement et désillusion. Entre la mémoire des injustices et le besoin de rester lié au pays. Entre dignité et nécessité.
Derrière ces applaudissements, il y a souvent autre chose :la peur de rompre définitivement,
le besoin d’exister encore aux yeux du pays, l’espoir même fragile — d’être reconnu, ou tout simplement… l’épuisement. Alors on applaudit. Pas toujours par conviction. Parfois par résignation.
Ce que certains pourraient qualifier de “syndrome” n’est, au fond, que l’expression d’une réalité humaine complexe : la capacité à composer avec ce qui blesse, à cohabiter avec ses contradictions, à chercher une place même dans ce qui nous exclut.
Et c’est peut-être là que réside l’essentiel. Ces scènes ne disent pas tant la force du pouvoir qu’elles ne révèlent la fragilité du lien entre un pays et ses propres enfants. Elles exposent moins une victoire politique qu’un malaise profond, diffus, persistant.
Dès lors, continuer à agir comme avant avec les mêmes méthodes, les mêmes discours, les mêmes indignations revient sans doute à parler dans un espace déjà saturé, structuré par d’autres.
Changer de stratégie ne signifie pas renoncer. Cela signifie comprendre que le terrain de la lutte a évolué.
Il ne se limite plus à la dénonciation. Il se joue désormais dans l’influence, dans la présence, dans la capacité à recréer du sens — y compris auprès de ceux qui doutent, qui questionnent, qui se sont éloignés.Peut-être que la réponse à la question « qu’est-ce que tu y gagnes ? » ne peut plus être seulement morale.
Elle doit devenir politique.Et peut-être aussi que, pendant que certains orchestrent des démonstrations de force visibles et bruyantes, le véritable enjeu est ailleurs : reconstruire patiemment, discrètement, un espace plus crédible, plus cohérent, plus solide.
Moins spectaculaire. Mais infiniment plus durable…. Wetov
Source: Sy Mamadou via facebook
Hier encore, nos chefs d’État arrivaient en France avec discrétion, presque à pas feutrés, comme conscients d’un décalage, d’une distance, d’un malaise. Aujourd’hui, les voilà accueillis en grande pompe : tapis déroulés, foules mobilisées, images soignées, enthousiasme affiché. On ne se cache plus on expose, on met en scène, on construit.
Mais ce basculement n’est pas anodin. Il ne dit pas seulement quelque chose de leur stratégie. Il parle surtout de nous.
Car pendant que ces mises en scène gagnent en ampleur, le terrain, lui, a changé de nature. Autrefois, la contestation s’exprimait face à un pouvoir lointain, difficile à atteindre. Aujourd’hui, l’espace est occupé, structuré, encadré. Des relais bien installés organisent, orientent, amplifient. Et dans ce dispositif, les voix critiques peinent à se faire entendre. Ceux qui applaudissent occupent le devant de la scène ; ceux qui questionnent deviennent presque inaudibles.
C’est dans ce contexte qu’émerge une scène troublante, presque déroutante : ceux-là mêmes pour qui l’on se mobilise, dont on défend les droits et la dignité, finissent par poser, avec une sincérité désarmante, cette question simple :
« vous servez à quoi ? Opposants ,mais vous, qu’est-ce que vous y gagnez ? »
Cette interrogation, en apparence banale, révèle une rupture profonde. Elle traduit une fatigue collective, une perte de repères, peut-être même une transformation du sens de l’engagement. Comme si toute lutte devait désormais se justifier par un bénéfice personnel. Comme si l’engagement désintéressé devenait suspect, presque incompréhensible.
Et pendant ce temps, une autre scène se joue encore plus saisissante.Des drapeaux levés, des visages illuminés, un accueil digne d’un moment de victoire nationale. Mais derrière cette image, une réalité plus complexe apparaît : ceux qui applaudissent sont souvent des exilés, des déracinés, des citoyens partis sous la contrainte économique, sociale ou politique. Des femmes et des hommes qui ont quitté un système qu’ils dénonçaient, et qui se retrouvent aujourd’hui à acclamer celui qui l’incarne.
C’est là que l’ironie devient presque tragique.Car ce que l’on observe n’est pas simplement une adhésion. C’est une tension. Un tiraillement entre attachement et désillusion. Entre la mémoire des injustices et le besoin de rester lié au pays. Entre dignité et nécessité.
Derrière ces applaudissements, il y a souvent autre chose :la peur de rompre définitivement,
le besoin d’exister encore aux yeux du pays, l’espoir même fragile — d’être reconnu, ou tout simplement… l’épuisement. Alors on applaudit. Pas toujours par conviction. Parfois par résignation.
Ce que certains pourraient qualifier de “syndrome” n’est, au fond, que l’expression d’une réalité humaine complexe : la capacité à composer avec ce qui blesse, à cohabiter avec ses contradictions, à chercher une place même dans ce qui nous exclut.
Et c’est peut-être là que réside l’essentiel. Ces scènes ne disent pas tant la force du pouvoir qu’elles ne révèlent la fragilité du lien entre un pays et ses propres enfants. Elles exposent moins une victoire politique qu’un malaise profond, diffus, persistant.
Dès lors, continuer à agir comme avant avec les mêmes méthodes, les mêmes discours, les mêmes indignations revient sans doute à parler dans un espace déjà saturé, structuré par d’autres.
Changer de stratégie ne signifie pas renoncer. Cela signifie comprendre que le terrain de la lutte a évolué.
Il ne se limite plus à la dénonciation. Il se joue désormais dans l’influence, dans la présence, dans la capacité à recréer du sens — y compris auprès de ceux qui doutent, qui questionnent, qui se sont éloignés.Peut-être que la réponse à la question « qu’est-ce que tu y gagnes ? » ne peut plus être seulement morale.
Elle doit devenir politique.Et peut-être aussi que, pendant que certains orchestrent des démonstrations de force visibles et bruyantes, le véritable enjeu est ailleurs : reconstruire patiemment, discrètement, un espace plus crédible, plus cohérent, plus solide.
Moins spectaculaire. Mais infiniment plus durable…. Wetov
Source: Sy Mamadou via facebook


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