Quelques 297 personnes réparties entre 59 familles sont arrivées samedi dernier à Rosso. Elles constituent la dernière vague de réfugiés mauritaniens refoulés au Sénégal en 1989 durant les pogroms qui ont ensanglanté le pays à l’époque. Clôturant ce qui semble bien être la fin d’une opération tripartite menée par le Sénégal, la Mauritanie et le Haut commissariat aux réfugiés depuis le 12 novembre 2007, le président Mohamed Ould Abdel Aziz a promis dans l’allocution qu’il a prononcée à l’occasion hier à Rosso, que son gouvernement s’attèlera à fermer définitivement le volet relatif au "Passif humanitaire". Un " euphémisme " que les Négro-mauritaniens regroupés au sein de plusieurs organisations de défense des droits de l’homme, dont "Touche pas à ma nationalité", refusent aujourd’hui, lui préférant le mot "génocide". Selon eux, la journée du "25 mars " ou "Journée de la réconciliation nationale ", n’est qu’une "farce orchestrée par le régime pour camoufler les crimes commis contre les noirs en 1989/91".
Le cérémonial de Rosso
La cérémonie marquant la fin du rapatriement des Mauritaniens réfugiés au Sénégal, symboliquement humanitaire, a été l’occasion de fastes politiques. Une sorte d’opération de marketing menée tambour battant par le parti-état, l’UPR et les formations politiques de la majorité présidentielle, pour offrir une tribune au président Ould Abdel Aziz. S’intéressant à cet événement, le vice-président du parti Tawassoul parlera du "retour aux commerces humains", les thuriféraires de l’UPR au niveau local rivalisant à qui conduira le plus gros gibier d’êtres humains au meeting folklorique organisé pour le président en manque de popularité ces derniers temps ", selon sa déclaration.
Face à un parterre de notables, du Chef d’état major spécial de la présidence sénégalaise et du Haut commissaire aux réfugiés, le président Ould Abdel Aziz devait indiquer solennellement que ce jour du "25 mars" est dédié à la réconciliation nationale, dans la mesure où il marque la fin du "Passif humanitaire" et de l’ère des injustices. Ce jour consacre également selon lui le retour au bercail de plus de 5.000 familles mauritaniennes rapatriées du Sénégal et dispatchées entre 120 localités au Trarza, au Brakna, au Gorgol, au Guidimagha et en Assaba. Il a déclaré que tous les réfugiés disposent d’actes d’état-civil ou peuvent l’obtenir auprès des centres spécialement ouverts à leur intention.
Itinéraire
La cérémonie du jour est la quatrième du genre. Consacrée le 25 mars 2009 à Kaédi par une prière dite " prière de Kaédi " elle a été menée dans le cadre de la reprise lancée le 29 novembre 2011 conformément à la décision de la Commission Tripartite (Mauritanie-Sénégal-HCR).
Et c’est le 29 janvier 2008 que 28 familles avaient inauguré le processus qui s’est achevé hier et qui a permis à 23.995 réfugiés mauritaniens de revenir au terroir, soit 5.720 familles au total. Une Agence nationale d’accueil et d’insertion des rapatriés (Anair) a été mise aussitôt en place pour la gestion de cette population. Dans un mot inscrit dans le site de l’agence (non mis à jour et incomplet), le directeur général de cette institution, Bâ Madine a mis en exergue les efforts déployés par le gouvernement dans l’insertion économique et sociale des rapatriés ainsi que les perspectives pour le développement intégré de leurs zones d’accueil. Sur le terrain, des chambres et toilettes ont été construites dans certains sites, ainsi que quelques salles de classe. Les rapatriés ont également bénéficié de distributions de vivres, d’animaux domestiques, tels que vaches laitières et petits ruminants. Des efforts que les bénéficiaires jugent insuffisants, comparés à leur long séjour au pays.
Les réfugiés sont-ils satisfaits ? Sur le plan pratique, les réfugiés installés depuis plus de trois années ne voient aucune amélioration notable à leur situation, poussant plusieurs grognes dans les camps où les candidats au retour au Sénégal commencent à crier leur indignation. La restitution des terres confisquées et du bétail spolié n’a pas eu lieu, contrairement aux engagements des autorités qui traînent toujours les pieds pour ouvrir les opérations d’indemnisation conclues avec les partenaires internationaux. De même, les fonctionnaires et agents de l’Etat rapatriés courent toujours derrière une intégration ou un rappel de droit comme il a été promis. Les rapatriés attendent également la réhabilitation de leurs anciens villages détruits alors que les jeunes tardent à trouver une insertion dans la vie active. Beaucoup de réfugiés se plaignent également de n’avoir pas reçu jusque-là de pièces d’état-civil pour eux-mêmes et pour leurs enfants.
Encadré :
Processus de rapatriement des réfugiés mauritaniens au Sénégal La fin
Le président Mohamed Ould Abdel Aziz a prononcé hier à Rosso devant les populations de la ville, un discours où il au cours duquel il a annoncé la fin du processus de retour des réfugiés mauritaniens au Sénégal. Revenant longuement sur le processus de retour engagé il y a trois ans, le chef de l’Etat a exprimé l’engagement de son gouvernement à continuer à accompagner ces populations de retour jusqu’à leur entière intégration dans la vie active. En outre, Aziz a remercié les autorités sénégalaises pour leur coopération et leur disponibilité à faciliter le retour de ces populations.
Pour sa part, le haut commissaire des Nations Unies aux réfugiés, Antonio Manuel, a indiqué qu’à partir de ce jour, " le dossier des réfugiés mauritaniens au Sénégal est clos "… " depuis qu’ils ont pu revenir dans leurs pays dans les conditions définies par le plan de rapatriement " devait-il souligner.
Le Passif humanitaire ne peut être clos
Plusieurs organisations de défense des droits de l’homme et des victimes des évènements de 1989 estiment qu’il est prématuré de parler d’une quelconque clôture du "Passif humanitaire". Pendant deux jours, l’organisation "Touche pas à ma nationalité (TPMN)" multiplie les manifestations pour décrier la "prétendue journée du 25 mars " érigée en journée de la réconciliation nationale par le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz. Samedi, au cours d’un meeting organisé à El Mina, le coordinateur du mouvement, Wane Birane, avait déclaré que le "25 mars, est une face orchestrée par le régime pour camoufler les crimes commis contre les négro-mauritaniens en 1989/91 " précisant que "des noirs ont été brûlés vifs, enterrés vivants ou écartelés par des véhicules". Pour lui, "il n’y aura pas de réconciliation tant que nos morts ne reposeront pas en paix" promettant que les criminels devenus généraux seront poursuivis jusqu’à leur vieillissement. Selon lui, le mot "passif humanitaire " est un bien beau euphémisme, soulignant que ce qui s’est passé en 1989/91 "est un génocide contre les noirs " et qu’il demande de ce fait l’annulation de la loi d’amnistie de 1993 et l’adoption à sa place d’une loi reconnaissant le génocide. Wane Birane a appelé à la mise en place d’une commission internationale indépendante pour faire la lumière sur ce passé douloureux.
Hier encore, les militants de TPMN ont marché à Nouakchott pour dénoncer cette tentative d’enterrer "vivante" la cause des Noirs de Mauritanie
Cheikh Aïdara.
Le cérémonial de Rosso
La cérémonie marquant la fin du rapatriement des Mauritaniens réfugiés au Sénégal, symboliquement humanitaire, a été l’occasion de fastes politiques. Une sorte d’opération de marketing menée tambour battant par le parti-état, l’UPR et les formations politiques de la majorité présidentielle, pour offrir une tribune au président Ould Abdel Aziz. S’intéressant à cet événement, le vice-président du parti Tawassoul parlera du "retour aux commerces humains", les thuriféraires de l’UPR au niveau local rivalisant à qui conduira le plus gros gibier d’êtres humains au meeting folklorique organisé pour le président en manque de popularité ces derniers temps ", selon sa déclaration.
Face à un parterre de notables, du Chef d’état major spécial de la présidence sénégalaise et du Haut commissaire aux réfugiés, le président Ould Abdel Aziz devait indiquer solennellement que ce jour du "25 mars" est dédié à la réconciliation nationale, dans la mesure où il marque la fin du "Passif humanitaire" et de l’ère des injustices. Ce jour consacre également selon lui le retour au bercail de plus de 5.000 familles mauritaniennes rapatriées du Sénégal et dispatchées entre 120 localités au Trarza, au Brakna, au Gorgol, au Guidimagha et en Assaba. Il a déclaré que tous les réfugiés disposent d’actes d’état-civil ou peuvent l’obtenir auprès des centres spécialement ouverts à leur intention.
Itinéraire
La cérémonie du jour est la quatrième du genre. Consacrée le 25 mars 2009 à Kaédi par une prière dite " prière de Kaédi " elle a été menée dans le cadre de la reprise lancée le 29 novembre 2011 conformément à la décision de la Commission Tripartite (Mauritanie-Sénégal-HCR).
Et c’est le 29 janvier 2008 que 28 familles avaient inauguré le processus qui s’est achevé hier et qui a permis à 23.995 réfugiés mauritaniens de revenir au terroir, soit 5.720 familles au total. Une Agence nationale d’accueil et d’insertion des rapatriés (Anair) a été mise aussitôt en place pour la gestion de cette population. Dans un mot inscrit dans le site de l’agence (non mis à jour et incomplet), le directeur général de cette institution, Bâ Madine a mis en exergue les efforts déployés par le gouvernement dans l’insertion économique et sociale des rapatriés ainsi que les perspectives pour le développement intégré de leurs zones d’accueil. Sur le terrain, des chambres et toilettes ont été construites dans certains sites, ainsi que quelques salles de classe. Les rapatriés ont également bénéficié de distributions de vivres, d’animaux domestiques, tels que vaches laitières et petits ruminants. Des efforts que les bénéficiaires jugent insuffisants, comparés à leur long séjour au pays.
Les réfugiés sont-ils satisfaits ? Sur le plan pratique, les réfugiés installés depuis plus de trois années ne voient aucune amélioration notable à leur situation, poussant plusieurs grognes dans les camps où les candidats au retour au Sénégal commencent à crier leur indignation. La restitution des terres confisquées et du bétail spolié n’a pas eu lieu, contrairement aux engagements des autorités qui traînent toujours les pieds pour ouvrir les opérations d’indemnisation conclues avec les partenaires internationaux. De même, les fonctionnaires et agents de l’Etat rapatriés courent toujours derrière une intégration ou un rappel de droit comme il a été promis. Les rapatriés attendent également la réhabilitation de leurs anciens villages détruits alors que les jeunes tardent à trouver une insertion dans la vie active. Beaucoup de réfugiés se plaignent également de n’avoir pas reçu jusque-là de pièces d’état-civil pour eux-mêmes et pour leurs enfants.
Encadré :
Processus de rapatriement des réfugiés mauritaniens au Sénégal La fin
Le président Mohamed Ould Abdel Aziz a prononcé hier à Rosso devant les populations de la ville, un discours où il au cours duquel il a annoncé la fin du processus de retour des réfugiés mauritaniens au Sénégal. Revenant longuement sur le processus de retour engagé il y a trois ans, le chef de l’Etat a exprimé l’engagement de son gouvernement à continuer à accompagner ces populations de retour jusqu’à leur entière intégration dans la vie active. En outre, Aziz a remercié les autorités sénégalaises pour leur coopération et leur disponibilité à faciliter le retour de ces populations.
Pour sa part, le haut commissaire des Nations Unies aux réfugiés, Antonio Manuel, a indiqué qu’à partir de ce jour, " le dossier des réfugiés mauritaniens au Sénégal est clos "… " depuis qu’ils ont pu revenir dans leurs pays dans les conditions définies par le plan de rapatriement " devait-il souligner.
Le Passif humanitaire ne peut être clos
Plusieurs organisations de défense des droits de l’homme et des victimes des évènements de 1989 estiment qu’il est prématuré de parler d’une quelconque clôture du "Passif humanitaire". Pendant deux jours, l’organisation "Touche pas à ma nationalité (TPMN)" multiplie les manifestations pour décrier la "prétendue journée du 25 mars " érigée en journée de la réconciliation nationale par le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz. Samedi, au cours d’un meeting organisé à El Mina, le coordinateur du mouvement, Wane Birane, avait déclaré que le "25 mars, est une face orchestrée par le régime pour camoufler les crimes commis contre les négro-mauritaniens en 1989/91 " précisant que "des noirs ont été brûlés vifs, enterrés vivants ou écartelés par des véhicules". Pour lui, "il n’y aura pas de réconciliation tant que nos morts ne reposeront pas en paix" promettant que les criminels devenus généraux seront poursuivis jusqu’à leur vieillissement. Selon lui, le mot "passif humanitaire " est un bien beau euphémisme, soulignant que ce qui s’est passé en 1989/91 "est un génocide contre les noirs " et qu’il demande de ce fait l’annulation de la loi d’amnistie de 1993 et l’adoption à sa place d’une loi reconnaissant le génocide. Wane Birane a appelé à la mise en place d’une commission internationale indépendante pour faire la lumière sur ce passé douloureux.
Hier encore, les militants de TPMN ont marché à Nouakchott pour dénoncer cette tentative d’enterrer "vivante" la cause des Noirs de Mauritanie
Cheikh Aïdara.
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