Opposition: Les partis politiques sortent de leur silence



On avait vite pensé que les partis politiques de l’opposition mauritanienne avaient perdu de leur voix.

Ils étaient assommés par les résultats de la présidentielle du 22 juin 2019. Non content de les avoir laminés, Ghazwani réussit à les réduire à un silence médusé, en leur tendant la main. Une volonté de décrispation ou de pacification des rapports entre l’opposition et le pouvoir qui donna vite l’impression qu’il voulait achever ceux qui tentaient encore de relever la tête.

D’où une longue période de grâce au profit de Ghazwani que personne ne voulait remettre en cause. Le COVID 19 viendra prolonger le consensus politique.

Ce consensus continuera avec la création d’une commission d’enquête parlementaire, au sein de laquelle vont siéger la majorité et l’opposition. Une décision saluée par tous les acteurs politiques mais aussi l’opinion nationale et internationale. Tous souhaitaient un éclairage sur ce qu’ils ont considéré comme un pillage à ciel ouvert des ressources du pays pendant les dix ans de règne d’Ould Abdel Aziz.

En dépit d’un communiqué conjoint des partis de la majorité et de l’opposition siégeant au parlement, en date du 4 mai, qui réclamait un mécanisme de contrôle du fonds spécial COVID et son implication dans le contrôle et le suivi, le consensus serait-il en train de voler en éclats ? La question mérite d’être posée. L’avenir de la commission d’enquête parlementaire serait au cœur des manœuvres occultes que certains cercles se livreraient depuis quelque temps.

En effet, dans un communiqué en date du 26 mai, sept partis politiques de l’opposition (APP, SAWAB, RFD, Tawassoul, UFP et UNAD) expriment leur plein soutien à la commission d’enquête parlementaire et exigent des solutions adéquates et rapides aux problèmes des populations rurales. Ils dénoncent enfin le maintien dans les rouages de l’Etat des symboles de la gabegie du régime d’Ould Abdel Aziz.

Cette sortie témoigne d’un certain malaise perceptible depuis la convocation par la commission d’enquête de l’ancien président de la République. Le concerné n’ayant pas répondu parce qu’il ne se trouvait pas dans la Wilaya de Nouakchott, affirment certaines sources proches de ladite commission. Il s’en est suivi une avalanche de révélations incriminant ou enfonçant de hauts cadres que le nouveau président continue à garder aux affaires alors qu’ils sont suspectés d’avoir trempé dans des dossiers à scandale. Mais dans un pays normal, si de telles présomptions pèsent sur des responsables, soit ils sont démis, soit ils démissionnent. On n’est pas encore là.

En plus de cela, il ya que les partis de l’opposition suspectent des mains invisibles qui tenteraient de torpiller le travail de la commission parce que risquant de mettre en cause de gros bonnets restés jusqu’ici intouchables. Ces mains invisibles s’attèleraient à faire croire que ceux qui réclament des sanctions contre les auteurs présumés de gabegie seraient des ennemis du nouveau pouvoir. Ils font feu de tous bois pour briser l’élan de la commission d’enquête. Alors, le régime de Ghazwani tomberait-ils dans leur piège ?

La montée en première ligne de l’armée dans le dispositif de riposte contre le COVID est d’ailleurs considérée par certains d’entre eux comme une première étape dans la reprise en main par certains cercles du pouvoir hostiles à la commission d’enquête et à toutes les velléités de changement pour ne pas dire de rupture attendu par le peuple mauritanien.


Source : Le Calame (Mauritanie)

Mercredi 27 Mai 2020
Boolumbal Boolumbal
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