Monsieur le Ministre de la Santé: c’est en vous que réside les espoirs du changement d’une situation fort alarmante



Dr Sidi El Moctar Taleb Hamme - Sachez tout d’abord que votre secteur ne fait pas l’exception à la règle. Il y existe bel et bien des lobbies constituées, comme dans tout autre secteur de notre administration publique, sur la base de la solidarité du corps, du grade, de la spécialité, du pays d’étude, de l’ancienneté dans le secteur ou sur la base des intérêts que représentent ces lobbies ou des relations tissées avec des fournisseurs, généralement liés à des piliers du pouvoir en place.

Que vous arriviez, Monsieur le Ministre, à sortir de la mêlée et à devenir indépendant dans la prise de décision, cela vous concerne et concerne vos supérieurs hiérarchiques (parait-il que la Présidence de la République et la Primature envisagent se doter d’organes de suivi-évaluation de l’action du gouvernement, en général et des réformes découlant du programme électoral du Président de la République, en particulier).

Moi, citoyen lambda, ce qui m’intéresse c’est d’avoir devant moi, chaque fois que le besoin y est, un professionnel de la santé dont l’expression du visage, les paroles et les premiers gestes et actes me rassurent et me prédisposent à lui avouer tout ce qui me fait mal.

Dans la pratique, mon rêve –et celui de tous mes autres concitoyens certainement, est l’existence d’un ‘’Service d’Accueil et de Traitement des Urgences’’, et non celui réduit souvent à ‘’Service des Urgences’’.

Ce nom générique, me semble choisi exprès pour diluer la mission dudit service et cacher la responsabilité de son personnel, notamment dans un établissement sanitaire de la catégorie des hôpitaux.

Bref, tout citoyen reçu aux urgences, doit être immédiatement soigné puisque la priorité est toujours à la sauvegarde d’une vie humaine. Toutefois, un acte authentique sera exigible par l’institution sanitaire d’accueil (auprès du client ou de son accompagnant) afin qu’elle puisse, le cas échéant, récupérer les frais devant légalement être supportés par le client.

D’où le besoin d’un texte qui réglemente tout ce qui concerne les prestations d’un service des urgences et définit ce qui est à la charge de l’Etat et doit être régulièrement disponible (personnel par catégorie et autres).

Monsieur le Ministre, le citoyen mauritanien veut aussi, comme moi, un diagnostic correct. Explicitement, le médecin doit prendre suffisamment de temps lors de la première consultation pour entendre l’historique et la description faite par son client du mal dont il souffre.

Il doit aussi s’appuier sur des analyses médicales et de tout ce qui relève de l’imagerie médicale (en fonction des résultats de chaque étape, on pourra continuer à affiner et/ou élargir les analyses et les examens de l’imagerie, mais dans les limites de ce qui est nécessaire et utile).

Votre pauvre citoyen, Monsieur le Ministre, souhaite également que les médicaments prescrits et les protocoles qui les accompagnent parfois, soient corrects; la qualité des médicaments est un autre problème dont la responsabilité incombe à d’autres services de l’Administration publique.

Dans notre contexte particulier d’absence de culture sanitaire, les patients souffrent souvent de la prescription d’un médicament déjà retiré du marché pour différentes raisons ou qui est vendu sous différents noms commerciaux selon le laboratoire de fabrication/le pays.

Ceci crée souvent des désagréments pour les usagers qui ne connaissent pas les médicaments de substitution auxquels pourraient-ils recourir sans retourner à un médecin difficile d’accès dans les établissements sanitaires publics.

En dehors des mauvais diagnostics, de la prescription erronée et inutile d’examens et de médicaments, il y a d’autres erreurs énormes et dont les conséquences peuvent exposer à des risques de cancer ou conduire à la paralysie (partielle ou totale) ou carrément à la mort.

Ces erreurs, commises lors des consultations et/ou diagnostic, sur le lit des opérations, durant l’hospitalisation et avec la sortie précoce de l’hôpital, impliquent la responsabilité de toutes les catégories du personnel médical intervenant.

Monsieur le Ministre, vos citoyens vous demandent de réorganiser le secteur de la santé de manière à mettre fin à l’impunité, à humaniser le comportement des professionnels de la santé et à progresser davantage vers l’instauration de la confiance entre ces professionnels et leurs usagers. Vous n’êtes pas sans savoir que cette confiance est actuellement nulle et que les Mauritaniens, qui en ont les mayens, font recours à l’étranger pour le moindre rhume ou point de côté.

Monsieur le Ministre, les informations ci-dessus et ce lien (http://cridem.org/C_Info.php?article=626079), vous sont livrés pour uniquement vous donner une idée de ce que ressentent certains concitoyens ordinaires et quelles sont leurs priorités par rapport à ce que vous êtes en train de faire.

Autrement dit, personne ne doute ni de votre connaissance des problèmes de ce secteur de la santé, ni de votre capacité de leur apporter les solutions idoines si une volonté politique continue de vous accompagner. En somme, c’est en vous que réside les espoirs du changement de la situation actuelle alarmante d’un secteur par définition, social..

Quant aux solutions, il vous est suggéré de reprendre tout l’arsenal juridique en place, notamment la loi n°2016-027 relative au don, au prélèvement et à la transplantation d'organes et de tissus humains, en date du 29 juillet 2016 et puis l’arrêté conjoint du Ministère de la Santé et du Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique n°324 portant création d’un comité d'éthique dans le domaine de la recherche en santé, en date du 14 avril 2016.

Dans le cadre de cette opération, il serait important de revoir surtout les textes relatifs à l’ordre des médecins, du code déontologique et charte éthique ainsi que la question des Comités d’éthique et d’en accélérer la mise en place eu égard leur rôle dans cette mouvance où le vocable ‘’réforme’’ est devenu un mot usuel (voir la note intitulée « l’éthique en Mauritanie : réalité et perspectives d’avenir»).

Dr Sidi El Moctar Taleb Hamme




Source : Dr Sidi El Moctar Taleb Hamme

Jeudi 5 Septembre 2019
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