Le chef d’état-major de l’armée assure de facto l’intérim du président depuis « l’accident » de celui-ci à la mi-octobre. Portrait d’un général aussi secret qu’influent.
Tenir le premier rôle, il s’en serait bien passé. Pourtant, à la demande du président mauritanien, en convalescence à Paris à l’heure où ces lignes sont écrites, le général de division Mohamed Ould Ghazouani, le très consensuel chef d’état major de l’armée, a dû prendre les choses en main.
Juste après l’accident dont a été victime Mohamed Ould Abdelaziz, officiellement blessé par balle à l’abdomen à la suite d’une méprise d’un jeune lieutenant de l’armée de l’air, cet homme sorti de l’ombre a tout géré : l’allocution du ministre de la Communication, l’intervention d’ « Aziz » à la télévision, ainsi que son transfert en France.
Depuis aucun intérim n’a été décrété, le Conseil des ministres a été reporté trois fois, mais, officiellement, le président est aux commandes. Le très secret Ould Ghazouani – il fuit la presse comme la peste – lui rendrait compte quotidiennement des affaires du pays.
Il aurait également demandé à la garde nationale de patrouiller dans la capitale et de surveiller de près les hauts gradés et les personnalités en vue. Rien d’étonnant à cela : experts pour en avoir fomenté ou déjoué, mais au caractère diamétralement opposé – Aziz est réputé sanguin et Ould Ghazouani plus réfléchi -, le président et son chef d’état major se connaissent bien. Et se considèrent comme des frères.
Ascension
Originaire de la wilaya (région) de l’Assaba, dans le sud, Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed, dit Ould Ghazouani, est le fils s’un chef spirituel de la tribu maraboutique Ideiboussat, des berbères à qui l’on prête des pouvoirs mystiques. Entre soufisme et commerce d’importation (change de devises, vente de véhicules, thé, céréales…), ils ont acquis une grande - mais discrète - influence dans le pays. Ould Ghazouani par ailleurs bon connaisseur de la carte tribale mauritanienne, est à leur image : respecté (on ne lui connaît pas d’ennemi, chose rare à Nouakchott) et réservé.
En 1980, il s’inscrit à la prestigieuse académie de Meknès. Il y rencontre…un certain Mohamed Ould Abdelaziz, qui a alors 22 ans. Leur formation terminée, ils sont promus lieutenants. Ghazouani multiplie alors les postes à l’état major et les stages à l’étranger, en Syrie et en Jordanie surtout. Devenu commandant, il prend, en 2003, la tête de l’ultrasensible bataillon blindé (BB). Le 8 juin 2003, lors de la tentative sanglante de putsch, contre Maaouiya Ould Taya, perpétrée par ce qui allait devenir la rébellion des « Cavaliers du changement », Ould Ghazouani est en stage en Jordanie.
Deux ans plus tard, désormais colonel, il se voit confier le deuxième bureau (renseignements militaires) de l’état major de l’armée nationale. Le 3 août 2005, il est le véritable artisan du putsch contre Ould Taya, aux côtés d’Aziz, et remplace Ely Ould Mohamed Vall à la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN).
Son rôle est alors déterminant à la tête du Conseil militaire pour la justice et la démocratie (CMJD), ainsi que dans l’élection de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, en 2007. La même année, Ould Ghazouani est promu général, Aziz, alors commandant du Bataillon pour la sécurité présidentielle (Basep), ayant usé de son influence auprès de « Sidi ». En avril 2008, il est nommé à la tête de l’état major de l’armée.
A la mi-juillet 2008, Mohamed Ould Ghazouani est en tournée à l’intérieur du pays pour s’assurer de la loyauté des militaires. Le 6 août, aux alentours de 7 heures du matin il apprend par téléphone qu’il a été limogé par décret, puis, dans un deuxième temps, que son inséparable camarade Aziz a pris le pouvoir en déposant Sidi. Rentré deux jours plus tard à Nouakchott, il va s’atteler à une autre tâche : convaincre l’opinion internationale, qui rejette le putsch. Après une première visite à Alger -un échec-, il se rend au début de 2009 à Paris, où il est reçu au ministère de la Défense.
Il aurait été introduit auprès de Claude Guéant, alors secrétaire général de l’Elysée par le très influent homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou, aujourd’hui en exil au Maroc après sa brouille avec Aziz. Alors que Sidi prônait le dialogue avec les islamistes radicaux, Ould Ghazouani promet de fournir aux Occidentaux des informations précieuses sur Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI). Le 18 juillet 2009 Aziz est élu président avec 52,7% des voix et se refait ainsi une virginité. Il a désormais le soutien de la France.
Réseau
Depuis 2009, Ould Ghazouani dirige le Conseil supérieur de la défense nationale, avatar du Haut Conseil d’Etat, la junte créée par Aziz après son putsch puis dissoute au lendemain de son élection. Devenu le général le plus gradé de l’armée il est le missi dominici d’Aziz, notamment en France. Son réseau est extrêmement vaste que ce soit au sein de l’opposition (Mohamed Mahmoud Ould Ghazouani, membre influent d’obédience islamiste est son cousin germain), du parti présidentiel (Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Lémine, président de l’Union pour la République, est également son cousin), de l’administration ou de l’armée.
Sur sa vie privée, on ne sait rien, sinon qu’il est marié à Marieme Mint Mohamed Vadhel, conseillère à l’ambassade de Mauritanie à Washington. « Il a prouvé qu’il est loyal, il ne déposera pas Aziz, commente un observateur mauritanien. Il veut les avantages du pouvoir sans les inconvénients. Il a hâte de reprendre sa place. » Mais pour le moment, la date du retour d’Aziz à Nouakchott n’est pas fixée.
Justine Spiegel
Source : Jeune Afrique
Tenir le premier rôle, il s’en serait bien passé. Pourtant, à la demande du président mauritanien, en convalescence à Paris à l’heure où ces lignes sont écrites, le général de division Mohamed Ould Ghazouani, le très consensuel chef d’état major de l’armée, a dû prendre les choses en main.
Juste après l’accident dont a été victime Mohamed Ould Abdelaziz, officiellement blessé par balle à l’abdomen à la suite d’une méprise d’un jeune lieutenant de l’armée de l’air, cet homme sorti de l’ombre a tout géré : l’allocution du ministre de la Communication, l’intervention d’ « Aziz » à la télévision, ainsi que son transfert en France.
Depuis aucun intérim n’a été décrété, le Conseil des ministres a été reporté trois fois, mais, officiellement, le président est aux commandes. Le très secret Ould Ghazouani – il fuit la presse comme la peste – lui rendrait compte quotidiennement des affaires du pays.
Il aurait également demandé à la garde nationale de patrouiller dans la capitale et de surveiller de près les hauts gradés et les personnalités en vue. Rien d’étonnant à cela : experts pour en avoir fomenté ou déjoué, mais au caractère diamétralement opposé – Aziz est réputé sanguin et Ould Ghazouani plus réfléchi -, le président et son chef d’état major se connaissent bien. Et se considèrent comme des frères.
Ascension
Originaire de la wilaya (région) de l’Assaba, dans le sud, Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed, dit Ould Ghazouani, est le fils s’un chef spirituel de la tribu maraboutique Ideiboussat, des berbères à qui l’on prête des pouvoirs mystiques. Entre soufisme et commerce d’importation (change de devises, vente de véhicules, thé, céréales…), ils ont acquis une grande - mais discrète - influence dans le pays. Ould Ghazouani par ailleurs bon connaisseur de la carte tribale mauritanienne, est à leur image : respecté (on ne lui connaît pas d’ennemi, chose rare à Nouakchott) et réservé.
En 1980, il s’inscrit à la prestigieuse académie de Meknès. Il y rencontre…un certain Mohamed Ould Abdelaziz, qui a alors 22 ans. Leur formation terminée, ils sont promus lieutenants. Ghazouani multiplie alors les postes à l’état major et les stages à l’étranger, en Syrie et en Jordanie surtout. Devenu commandant, il prend, en 2003, la tête de l’ultrasensible bataillon blindé (BB). Le 8 juin 2003, lors de la tentative sanglante de putsch, contre Maaouiya Ould Taya, perpétrée par ce qui allait devenir la rébellion des « Cavaliers du changement », Ould Ghazouani est en stage en Jordanie.
Deux ans plus tard, désormais colonel, il se voit confier le deuxième bureau (renseignements militaires) de l’état major de l’armée nationale. Le 3 août 2005, il est le véritable artisan du putsch contre Ould Taya, aux côtés d’Aziz, et remplace Ely Ould Mohamed Vall à la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN).
Son rôle est alors déterminant à la tête du Conseil militaire pour la justice et la démocratie (CMJD), ainsi que dans l’élection de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, en 2007. La même année, Ould Ghazouani est promu général, Aziz, alors commandant du Bataillon pour la sécurité présidentielle (Basep), ayant usé de son influence auprès de « Sidi ». En avril 2008, il est nommé à la tête de l’état major de l’armée.
A la mi-juillet 2008, Mohamed Ould Ghazouani est en tournée à l’intérieur du pays pour s’assurer de la loyauté des militaires. Le 6 août, aux alentours de 7 heures du matin il apprend par téléphone qu’il a été limogé par décret, puis, dans un deuxième temps, que son inséparable camarade Aziz a pris le pouvoir en déposant Sidi. Rentré deux jours plus tard à Nouakchott, il va s’atteler à une autre tâche : convaincre l’opinion internationale, qui rejette le putsch. Après une première visite à Alger -un échec-, il se rend au début de 2009 à Paris, où il est reçu au ministère de la Défense.
Il aurait été introduit auprès de Claude Guéant, alors secrétaire général de l’Elysée par le très influent homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou, aujourd’hui en exil au Maroc après sa brouille avec Aziz. Alors que Sidi prônait le dialogue avec les islamistes radicaux, Ould Ghazouani promet de fournir aux Occidentaux des informations précieuses sur Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI). Le 18 juillet 2009 Aziz est élu président avec 52,7% des voix et se refait ainsi une virginité. Il a désormais le soutien de la France.
Réseau
Depuis 2009, Ould Ghazouani dirige le Conseil supérieur de la défense nationale, avatar du Haut Conseil d’Etat, la junte créée par Aziz après son putsch puis dissoute au lendemain de son élection. Devenu le général le plus gradé de l’armée il est le missi dominici d’Aziz, notamment en France. Son réseau est extrêmement vaste que ce soit au sein de l’opposition (Mohamed Mahmoud Ould Ghazouani, membre influent d’obédience islamiste est son cousin germain), du parti présidentiel (Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Lémine, président de l’Union pour la République, est également son cousin), de l’administration ou de l’armée.
Sur sa vie privée, on ne sait rien, sinon qu’il est marié à Marieme Mint Mohamed Vadhel, conseillère à l’ambassade de Mauritanie à Washington. « Il a prouvé qu’il est loyal, il ne déposera pas Aziz, commente un observateur mauritanien. Il veut les avantages du pouvoir sans les inconvénients. Il a hâte de reprendre sa place. » Mais pour le moment, la date du retour d’Aziz à Nouakchott n’est pas fixée.
Justine Spiegel
Source : Jeune Afrique
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