La rencontre annuelle, entre le peuple mauritanien et son président, à travers la radio et la télévision, a eu lieu, comme prévu, à Néma. Une émission très attendue du pouvoir qui a visiblement mis les bouchées doubles, pour sa réussite. Au plan médiatique, on peut dire que l’évènement a été très bien vendu mais, sur celui de « l’incidence politique », force est de constater que les Mauritaniens, qui espéraient entendre de la bouche de leur président des annonces importantes, pour leur quotidien délabré, sont restés sur leur faim. Une faim que les chiffres annoncés par leur président peinent à calmer. Le taux de croissance de 6%, réitéré, depuis plusieurs années, tant par le FMI que par le gouvernement de la République, n’ont toujours aucun impact – c’est le moins qu’on puisse dire – sur le panier de la ménagère, encore moins sur le taux de chômage. Même si le président ne semble pas se préoccuper de son second mandat – officiellement, il n’en dit rien – mais le bilan qu’il a déroulé, les réalisations qu’il a agitées, laissent penser qu’il esquissait, là, l’ébauche d’un programme de campagne pour 2014. Un euphémisme, de l’avis de diverses sources, tant l’homme fort de Nouakchott n’aurait en tête que sa réélection, considérant les législatives et municipales comme des miettes à distribuer à ses commensaux, avec ou sans la participation de l’opposition, une broutille pour lui, semble-t-il.
Rien de nouveau, donc, du côté du Palais gris, discours inchangé. Réalisations grandioses, lutte contre la gabegie… En août 2013, rien n’a évolué, sinon que le président parle, désormais, de « coup d’Etat », en lieu et place de « rectification », pour désigner son forfait perpétré en août 2008, et de la plaque tournante du trafic de la drogue que fut notre pays. L’aveu répondait à une question de notre confère Diagana, de Kassataya, évoquant les accusations du député français, Noël Mamère. Cela dit, les Mauritaniens ont dû surtout écouter un président très satisfait de son action à la tête de l’Etat mauritanien, de sa démocratie qu’il a sauvée de la dérive, en 2008. A aucun moment, il n’a évoqué les limites de l’action gouvernementale et de l’administration, se bornant à les encenser toutes deux. A chaque fois qu’on lui a opposé le contraire, les plaintes des Mauritaniens concernant les lenteurs de l’administration, le manque d’infrastructures en eau, santé, éducation etc., la détérioration du pouvoir d’achat du plus grand nombre, il a botté en touche : non, non, la Mauritanie est sur la bonne voie, contrairement au discours alarmiste de l’opposition ; elle sera bientôt un pays émergent ; peut-être, même, membre des BRICS. La COD peut toujours critiquer, noircir, gesticuler, rien ne fera dévier le Président, déterminé qu’il est à boucler son programme électoral. Aziz maintient le cap. Un discours que les Mauritaniens auront gobé entièrement, en extase et en masse ? On peut en douter, tant les attentes étaient nombreuses, augmentation des salaires, amélioration du quotidien des bourses amaigries, mesures draconiennes contre l’insécurité, etc. A l’arrivée, rien de tout cela, sinon un lapidaire « Circulez, il n’y a rien à voir ! »…
‘’Réalisations grandioses’’
Dans le strict sillage de celle d’Atar, la rencontre de Néma a, de nouveau, démontré que la Mauritanie n’est pas sortie, comme on dit, de l’auberge. On s’est vite rappelé du temps du PRDS dont l’UPR ne saurait être qu’un clone. Chemin des vaches. Les laudateurs d’hier, prétendue intelligentsia en tête, ont donc accouru pour se faire voir. Le parti-Etat a battu le rappel de ses troupes qui ont applaudi le discours du président, comme elles avaient applaudi celui d’Ould Taya, avant-avant-hier, d’Ely Ould Mohamed Vall, avant-hier, et de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, hier. On se rappellera, ici, la réponse de Sennen Adriamirado, ancien journaliste à Jeune Afrique, répondant à une question de son ami Sankara qui lui demandait de quoi devait-il se méfier : « de la mégalomanie », lança-t-il, sobrement. Une tare qui a, en effet, perdu nombre de dirigeants africains qui se sont crus indispensables et irremplaçables. Kadhafi l’a appris à ses dépens. Le président Aziz doit, lui aussi, se méfier du « peuple » UPR et éviter que celui-ci fasse écran au peuple mauritanien. Ould Taya reconnut, mais un peu tard, qu’on ne lui disait pas tout, que l’information ne remontait « pas vraiment » jusqu’à lui. Le président Aziz ferait bien de méditer plus souvent la tardive lucidité de son ancien mentor…
Lighaa Chaab serait une bonne initiative si cela consistait à établir réellement, loin du vacarme officiel et protocolaire, un contact direct entre le peuple et son dirigeant. Une occasion, pour le premier de dire, de vive voix, au second ses préoccupations, donner son avis sur la manière dont les affaires sont conduites. Mais déplacer toute la République dans une région dont la population locale, censée être l’interlocuteur privilégié du président, est, tout au contraire, tenue le plus loin possible de celui-ci, quelle mascarade ! A ce compte et celui des énormes dépenses qu’elle suscite, Lighaa avec Chaab (rencontre avec le peuple) ferait bien mieux de céder la place aux discours, à l’occasion des fêtes ou des visites officielles, où l’on entend, tout aussi bien et à beaucoup moindre frais, le Président. Sinon, les organisateurs gagneraient beaucoup à sélectionner un vrai panel d’intervenants variés (élus locaux, personnes-ressources de la société civile, apolitiques et politiques, de la majorité et de l’opposition, à part égale), vraiment représentatif de la région et de ses réalités, pour informer et interroger le Président avec un animateur. Un travail mené tout au long de l’année, avec des micros-trottoirs sur les projets et autres réalisations du gouvernement, tant au niveau local que national. De claires règles du jeu, l’objectif n’étant pas de mettre le président dans une position inconfortable mais de lui permettre d’entendre les citoyens sur leurs préoccupations quotidiennes, d’une part, et, d’autre part, d’expliquer, aux bénéficiaires, comment les investissements qui leur étaient destinés ont été réalisés. Le Président a-t-il seulement idée de la perplexité des citoyens, devant les caisses réputées pleines de l’Etat mais qui ne leur profitent pas ? Face à la disparition de leurs élus, sitôt tombé le verdict des élections ? Le président des pauvres a-t-il échangé, à Néma, avec ceux qu’il prétend sortir de la précarité, défendre contre une certaine oligarchie qu’il accuse de prévarication ? Son discours, à Néma, aurait pu attendre la prochaine campagne électorale qui devrait, si l’agenda de la CENI est respecté, démarrer fin-septembre…
Plus près de toi, mon peuple…
Et ne parlons pas du décor de la scène. Le président est présenté seul, loin du peuple avec lequel il devrait se confondre. Il égrène, comme un professeur d’université, des chiffres que les gens ont bien du mal à saisir. A qui s’adresse-t-il ? Ceux qui ont squatté le stade municipal de Néma n’ont certes pas manqué d’applaudir mais combien ont-ils compris la litanie numérique du chef de l’Etat ? Et dire qu’il s’agissait, en bonne part, de l’élite nationale ! Non, franchement, le président devrait adapter son discours à son auditoire. Tout comme la présidence et le gouvernement doivent intimer l’ordre, aux fonctionnaires, ressortissants et autres soi-disant acteurs politiques, de rester à leur poste respectif, sous peine de sanctions. Pourquoi, à la moindre sortie du président, toute la République s’arrête-t-elle de fonctionner ? A peine la date de l’évènement a-t-elle été divulguée que celle-là s’est ruée sur Néma, sans que personne ne s’en émeuve. Nouakchott s’est vidée de ses populations. Un soulagement, certes, pour la circulation urbaine mais pas pour les nécessiteux des services de l’Etat. Tout cela parce que le président de la République devait se produire en région. On est où, là ?
Côté presse, le choix des journalistes « interrogateurs » pose problème. Aucune rédaction ne sait comment s’est effectuée cette « sélection ». Les listes avancées par divers sites électroniques, quelques jours avant l’évènement, ont révélé une certaine cacophonie. Quels critères ? Proximité avec le pouvoir ? La présence de Kassataya n’est guère compatible avec cette hypothèse. Indépendance ? Sans nommer personne, ce n’est pas, non plus, évident… Bref, personne n’est dans le secret du cabinet de la Présidence. Mais il est sûr que nous ne comprenons toujours pas, au Calame, pourquoi notre journal ne cesse de subir, depuis le coup d’Etat de 2008, dont nous n’avons jamais cessé, certes, de condamner les conséquences, cette espèce de mépris de la part du pouvoir. Est-ce à cause notre ligne éditoriale ? En ce cas, le Calame demeura longtemps en dehors de ce genre d’évènements, ersatz de démocratie et de liberté d’opinion. Mais ce n’est pas à les croire irréformables : nous sommes, malgré tout, enclins à espérer que la prochaine édition se passera dans de meilleures conditions et que les syndicats de la presse seront associés au choix des journalistes. On y verra, peut-être alors, de plus pétillants feux d’artifice…
Source: http://lecalame.info
Rien de nouveau, donc, du côté du Palais gris, discours inchangé. Réalisations grandioses, lutte contre la gabegie… En août 2013, rien n’a évolué, sinon que le président parle, désormais, de « coup d’Etat », en lieu et place de « rectification », pour désigner son forfait perpétré en août 2008, et de la plaque tournante du trafic de la drogue que fut notre pays. L’aveu répondait à une question de notre confère Diagana, de Kassataya, évoquant les accusations du député français, Noël Mamère. Cela dit, les Mauritaniens ont dû surtout écouter un président très satisfait de son action à la tête de l’Etat mauritanien, de sa démocratie qu’il a sauvée de la dérive, en 2008. A aucun moment, il n’a évoqué les limites de l’action gouvernementale et de l’administration, se bornant à les encenser toutes deux. A chaque fois qu’on lui a opposé le contraire, les plaintes des Mauritaniens concernant les lenteurs de l’administration, le manque d’infrastructures en eau, santé, éducation etc., la détérioration du pouvoir d’achat du plus grand nombre, il a botté en touche : non, non, la Mauritanie est sur la bonne voie, contrairement au discours alarmiste de l’opposition ; elle sera bientôt un pays émergent ; peut-être, même, membre des BRICS. La COD peut toujours critiquer, noircir, gesticuler, rien ne fera dévier le Président, déterminé qu’il est à boucler son programme électoral. Aziz maintient le cap. Un discours que les Mauritaniens auront gobé entièrement, en extase et en masse ? On peut en douter, tant les attentes étaient nombreuses, augmentation des salaires, amélioration du quotidien des bourses amaigries, mesures draconiennes contre l’insécurité, etc. A l’arrivée, rien de tout cela, sinon un lapidaire « Circulez, il n’y a rien à voir ! »…
‘’Réalisations grandioses’’
Dans le strict sillage de celle d’Atar, la rencontre de Néma a, de nouveau, démontré que la Mauritanie n’est pas sortie, comme on dit, de l’auberge. On s’est vite rappelé du temps du PRDS dont l’UPR ne saurait être qu’un clone. Chemin des vaches. Les laudateurs d’hier, prétendue intelligentsia en tête, ont donc accouru pour se faire voir. Le parti-Etat a battu le rappel de ses troupes qui ont applaudi le discours du président, comme elles avaient applaudi celui d’Ould Taya, avant-avant-hier, d’Ely Ould Mohamed Vall, avant-hier, et de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, hier. On se rappellera, ici, la réponse de Sennen Adriamirado, ancien journaliste à Jeune Afrique, répondant à une question de son ami Sankara qui lui demandait de quoi devait-il se méfier : « de la mégalomanie », lança-t-il, sobrement. Une tare qui a, en effet, perdu nombre de dirigeants africains qui se sont crus indispensables et irremplaçables. Kadhafi l’a appris à ses dépens. Le président Aziz doit, lui aussi, se méfier du « peuple » UPR et éviter que celui-ci fasse écran au peuple mauritanien. Ould Taya reconnut, mais un peu tard, qu’on ne lui disait pas tout, que l’information ne remontait « pas vraiment » jusqu’à lui. Le président Aziz ferait bien de méditer plus souvent la tardive lucidité de son ancien mentor…
Lighaa Chaab serait une bonne initiative si cela consistait à établir réellement, loin du vacarme officiel et protocolaire, un contact direct entre le peuple et son dirigeant. Une occasion, pour le premier de dire, de vive voix, au second ses préoccupations, donner son avis sur la manière dont les affaires sont conduites. Mais déplacer toute la République dans une région dont la population locale, censée être l’interlocuteur privilégié du président, est, tout au contraire, tenue le plus loin possible de celui-ci, quelle mascarade ! A ce compte et celui des énormes dépenses qu’elle suscite, Lighaa avec Chaab (rencontre avec le peuple) ferait bien mieux de céder la place aux discours, à l’occasion des fêtes ou des visites officielles, où l’on entend, tout aussi bien et à beaucoup moindre frais, le Président. Sinon, les organisateurs gagneraient beaucoup à sélectionner un vrai panel d’intervenants variés (élus locaux, personnes-ressources de la société civile, apolitiques et politiques, de la majorité et de l’opposition, à part égale), vraiment représentatif de la région et de ses réalités, pour informer et interroger le Président avec un animateur. Un travail mené tout au long de l’année, avec des micros-trottoirs sur les projets et autres réalisations du gouvernement, tant au niveau local que national. De claires règles du jeu, l’objectif n’étant pas de mettre le président dans une position inconfortable mais de lui permettre d’entendre les citoyens sur leurs préoccupations quotidiennes, d’une part, et, d’autre part, d’expliquer, aux bénéficiaires, comment les investissements qui leur étaient destinés ont été réalisés. Le Président a-t-il seulement idée de la perplexité des citoyens, devant les caisses réputées pleines de l’Etat mais qui ne leur profitent pas ? Face à la disparition de leurs élus, sitôt tombé le verdict des élections ? Le président des pauvres a-t-il échangé, à Néma, avec ceux qu’il prétend sortir de la précarité, défendre contre une certaine oligarchie qu’il accuse de prévarication ? Son discours, à Néma, aurait pu attendre la prochaine campagne électorale qui devrait, si l’agenda de la CENI est respecté, démarrer fin-septembre…
Plus près de toi, mon peuple…
Et ne parlons pas du décor de la scène. Le président est présenté seul, loin du peuple avec lequel il devrait se confondre. Il égrène, comme un professeur d’université, des chiffres que les gens ont bien du mal à saisir. A qui s’adresse-t-il ? Ceux qui ont squatté le stade municipal de Néma n’ont certes pas manqué d’applaudir mais combien ont-ils compris la litanie numérique du chef de l’Etat ? Et dire qu’il s’agissait, en bonne part, de l’élite nationale ! Non, franchement, le président devrait adapter son discours à son auditoire. Tout comme la présidence et le gouvernement doivent intimer l’ordre, aux fonctionnaires, ressortissants et autres soi-disant acteurs politiques, de rester à leur poste respectif, sous peine de sanctions. Pourquoi, à la moindre sortie du président, toute la République s’arrête-t-elle de fonctionner ? A peine la date de l’évènement a-t-elle été divulguée que celle-là s’est ruée sur Néma, sans que personne ne s’en émeuve. Nouakchott s’est vidée de ses populations. Un soulagement, certes, pour la circulation urbaine mais pas pour les nécessiteux des services de l’Etat. Tout cela parce que le président de la République devait se produire en région. On est où, là ?
Côté presse, le choix des journalistes « interrogateurs » pose problème. Aucune rédaction ne sait comment s’est effectuée cette « sélection ». Les listes avancées par divers sites électroniques, quelques jours avant l’évènement, ont révélé une certaine cacophonie. Quels critères ? Proximité avec le pouvoir ? La présence de Kassataya n’est guère compatible avec cette hypothèse. Indépendance ? Sans nommer personne, ce n’est pas, non plus, évident… Bref, personne n’est dans le secret du cabinet de la Présidence. Mais il est sûr que nous ne comprenons toujours pas, au Calame, pourquoi notre journal ne cesse de subir, depuis le coup d’Etat de 2008, dont nous n’avons jamais cessé, certes, de condamner les conséquences, cette espèce de mépris de la part du pouvoir. Est-ce à cause notre ligne éditoriale ? En ce cas, le Calame demeura longtemps en dehors de ce genre d’évènements, ersatz de démocratie et de liberté d’opinion. Mais ce n’est pas à les croire irréformables : nous sommes, malgré tout, enclins à espérer que la prochaine édition se passera dans de meilleures conditions et que les syndicats de la presse seront associés au choix des journalistes. On y verra, peut-être alors, de plus pétillants feux d’artifice…
Source: http://lecalame.info
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