Qui dit banane dit fruit. Allongé, jaune et bon pour la santé. Mais avec, parfois, un arrière-goût raciste.
C’est un phénomène persistant : les bananes lancées à la tête de sportifs noirs. Parfois accompagnées de "cris de jungle". Le nombre d’incidents à la banane qui ont eu lieu récemment (voir encadré) en dit long. Le problème est surtout tenace en Russie.
Pourquoi la banane fait-elle grand bruit au sein de la société, alors que les agrumes ou les carottes (qui atterrissent parfois aussi sur les terrains de football) suscitent beaucoup moins d’émoi ? Parce qu’historiquement la banane est associée au racisme. Et non pas parce que les singes raffolent de banane.
Le professeur néerlandais Jan Nederveen Pieterse, anthropologue culturel à l’Université de Californie, aux Etats-Unis, a fait il y a vingt ans déjà des recherches sur l’image de l’Afrique et des Noirs dans la culture populaire occidentale. Il a également étudié le rôle du fruit. Et voici ce qu’il a découvert :
"Les Européens supposaient depuis toujours que les tropiques étaient des régions si fertiles que l’agriculture y était superflue. Les Africains, pensaient-ils, n’avaient pas grand-chose d’autre à faire que de manger ce qui poussait naturellement dans leur entourage."
Esclavage
L’historien écossais Thomas Carlyle notait en 1849 à propos des Indes occidentales : "En travaillant une demi-heure par jour, le Nègre peut avec l’aide du soleil et du sol subvenir à tous ses besoins." C’est cette présumée vie insouciante de la population locale qui a servi d’argument principal pour justifier l’esclavage.
Le fruit est devenu le symbole le plus souvent utilisé pour désigner cette abondance tropicale et la "paresse naturelle" des Noirs, écrivait Jan Nederveen Pieterse. En particulier les citrouilles, pastèques, noix de coco et évidemment les bananes.
Racisme à la banane
C’est ce qui semble expliquer pourquoi les supporters de football racistes emportent parfois avec eux des bananes. Elles sont plus faciles à manier que les pastèques et les noix de coco.
Le racisme à la banane est surtout un phénomène persistant en Russie, qui organise les championnats du monde de football en 2018. En général, les auteurs s’en tirent impunément car il est difficile de prouver à 100% que le jet d’une banane est un acte raciste. Un supporter fan qui avait lancé une banane en direction du footballeur brésilien Roberto Carlos déclarait à la police que c’était "tout à fait par hasard" qu’il avait eu une banane sous la main et qu’il l’avait seulement lancée par frustration. Il a été relâché.
République bananière
Aux Pays-Bas, le gardien d’Ajax Stanley Menzo, né au Suriname, était dans les années 80 parfois la cible de lanceurs de bananes. "Ça ne se produit plus aujourd’hui, dit Nabil Ouaissa, porte-parole de la Fédération royale néerlandaise de football KNVB. Tout incident raciste en est un de trop, et quand ça arrive la KNVB intervient aussitôt."
Le dernier incident connu aux Pays-Bas date de 2005. Les supporters du club Quick Boys étaient si mécontents de l’arbitre (de couleur) que durant la mi-temps ils ont acheté des bananes qu’ils ont jetées en masse sur le terrain de football. L’arbitre a aussitôt arrêté le match, Quick Boys s’est vu retirer un point et imposer une amende de 1.500 euros.
Depuis, il est encore arrivé parfois que des carottes soient jetées sur le terrain de football (en direction d’un gardien de but de Feyenoord aux incisives avancées) ou bien des oranges (au cours de matchs de l’équipe nationale Orange). Ces incidents aux fruits ou aux légumes n’ont cependant pas fait grand-bruit.
La banane raciste est surtout un phénomène occidental. Mais la Chine connaît sa propre variante : un Chinois occidentalisé est parfois appelé "banane" : jaune de l’extérieur, blanc de l’intérieur.
Afrik
C’est un phénomène persistant : les bananes lancées à la tête de sportifs noirs. Parfois accompagnées de "cris de jungle". Le nombre d’incidents à la banane qui ont eu lieu récemment (voir encadré) en dit long. Le problème est surtout tenace en Russie.
Pourquoi la banane fait-elle grand bruit au sein de la société, alors que les agrumes ou les carottes (qui atterrissent parfois aussi sur les terrains de football) suscitent beaucoup moins d’émoi ? Parce qu’historiquement la banane est associée au racisme. Et non pas parce que les singes raffolent de banane.
Le professeur néerlandais Jan Nederveen Pieterse, anthropologue culturel à l’Université de Californie, aux Etats-Unis, a fait il y a vingt ans déjà des recherches sur l’image de l’Afrique et des Noirs dans la culture populaire occidentale. Il a également étudié le rôle du fruit. Et voici ce qu’il a découvert :
"Les Européens supposaient depuis toujours que les tropiques étaient des régions si fertiles que l’agriculture y était superflue. Les Africains, pensaient-ils, n’avaient pas grand-chose d’autre à faire que de manger ce qui poussait naturellement dans leur entourage."
Esclavage
L’historien écossais Thomas Carlyle notait en 1849 à propos des Indes occidentales : "En travaillant une demi-heure par jour, le Nègre peut avec l’aide du soleil et du sol subvenir à tous ses besoins." C’est cette présumée vie insouciante de la population locale qui a servi d’argument principal pour justifier l’esclavage.
Le fruit est devenu le symbole le plus souvent utilisé pour désigner cette abondance tropicale et la "paresse naturelle" des Noirs, écrivait Jan Nederveen Pieterse. En particulier les citrouilles, pastèques, noix de coco et évidemment les bananes.
Racisme à la banane
C’est ce qui semble expliquer pourquoi les supporters de football racistes emportent parfois avec eux des bananes. Elles sont plus faciles à manier que les pastèques et les noix de coco.
Le racisme à la banane est surtout un phénomène persistant en Russie, qui organise les championnats du monde de football en 2018. En général, les auteurs s’en tirent impunément car il est difficile de prouver à 100% que le jet d’une banane est un acte raciste. Un supporter fan qui avait lancé une banane en direction du footballeur brésilien Roberto Carlos déclarait à la police que c’était "tout à fait par hasard" qu’il avait eu une banane sous la main et qu’il l’avait seulement lancée par frustration. Il a été relâché.
République bananière
Aux Pays-Bas, le gardien d’Ajax Stanley Menzo, né au Suriname, était dans les années 80 parfois la cible de lanceurs de bananes. "Ça ne se produit plus aujourd’hui, dit Nabil Ouaissa, porte-parole de la Fédération royale néerlandaise de football KNVB. Tout incident raciste en est un de trop, et quand ça arrive la KNVB intervient aussitôt."
Le dernier incident connu aux Pays-Bas date de 2005. Les supporters du club Quick Boys étaient si mécontents de l’arbitre (de couleur) que durant la mi-temps ils ont acheté des bananes qu’ils ont jetées en masse sur le terrain de football. L’arbitre a aussitôt arrêté le match, Quick Boys s’est vu retirer un point et imposer une amende de 1.500 euros.
Depuis, il est encore arrivé parfois que des carottes soient jetées sur le terrain de football (en direction d’un gardien de but de Feyenoord aux incisives avancées) ou bien des oranges (au cours de matchs de l’équipe nationale Orange). Ces incidents aux fruits ou aux légumes n’ont cependant pas fait grand-bruit.
La banane raciste est surtout un phénomène occidental. Mais la Chine connaît sa propre variante : un Chinois occidentalisé est parfois appelé "banane" : jaune de l’extérieur, blanc de l’intérieur.
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