La communauté Haratine



La communauté Haratine
Désormais médiatisée ,aussi bien sur la scène politique nationale qu’internationale, la question de l’esclavage en Mauritanie est l’objet de nombreux débats et controverses aux enjeux considérablement importants pour la stabilité, la démocratie et le développement du pays , après être restée longtemps un tabou en raison de ses implications politiques, économiques et sociales et des risques potentiels qu’elle recelait pour l’unité du pays et sa cohésion sociale, du moins pour les gouvernants mauritaniens successifs depuis l’indépendance du pays en 1960.
Il est vrai qu’au début des années 1970, et la faveur du développement des idées progressistes dans les pays du tiers-monde, une vague de contestations du régime dirigé par un parti unique(le Parti du Peuple Mauritanien) va créer un climat favorable à une rapide émergence des questions sociales et nationales sur une scène politique investie par un parti politique clandestin d’obédience marxiste-léniniste, le Parti des Kaddihines deMauritanie, appuyé sur un mouvement socio-politique se proclamant anti-impérialiste et anti-féodal, le Mouvement National Démocratique, qui s’est auto- dissous en 1998.
Il faut cependant attendre les grandes perturbations écologiques de la fin des années soixante-dix et les grandes transformations socio-économiques de la première moitié des années quatre-vingt, pour voir surgir de manière autonome la question de l’esclavage sur la scène publique, menée par les Haratines et dirigée par le Mouvement EL HOR ; Organisation de Libération et d’Emancipation des Haratines.
C’est qu’en effet tous ces changement vont entraîner un vaste mouvement de remise en cause des équilibres sociaux traditionnels, accéléré par un exode rural massif vidant peu à peu les campagnes, où étaient enracinées ces équilibres, et déversant dans les grands centres urbains des dizaines de milliers de personnes de toutes conditions, mais surtout de conditions serviles.
C’est ainsi que dans les villes de Nouakchott, Nouadhibou, Rosso, Kaédi, etc…, d’immenses
bidonvilles vont surgir, peuplés en grand nombre de ces esclaves ou anciens esclaves venus chercher les moyens de leur autosuffisance.
Une véritable révolution tranquille aux conséquences incalculables sur l’avenir du pays s’opère.

CARACTERISTIQUES DE L ESCLAVAGE

Les hommes ont en général besoin de grands et constants efforts pour créer des maux durables ; mais il est un mal qui pénètre furtivement : d’abord on l’aperçoit à peine au milieu des abus ordinaires du pouvoir ; il commence avec un individu dont l’histoire ne conserve pas le nom ; on le dépose comme un germe maudit sur quelque point du sol ; il se nourrit ensuite de lui-même, s’étend sans effort, et croît naturellement avec la société qui l’a reçu : ce mal est l’ESCLAVAGE .
Du moment où les Arabes et les Européens ont pris esclaves dans le sein d’une race d’hommes différente de la leur, que beaucoup d’entre eux considéraient comme inférieur aux races humaines, et à laquelle tous envisagent avec horreur l’idée de s’assimiler jamais, ils ont supposé l’esclavage éternel ; car, entre l’extrême inégalité que crée la servitude et la complète égalité que produit naturellement parmi les hommes l’indépendance, il n’y a point d’état intermédiaire qui soit durable.
Il faut discerner deux choses avec soins : l’esclavage en lui même et ses suites.
Les maux immédiats produits par l’esclavage étaient à peu près les mêmes chez les anciens qu’ils le sont chez les modernes, mais les suites de ces maux étaient différentes. Chez les anciens, l’esclave appartenait à la même race que le maître, et souvent il était supérieur en éducation et en lumière. La liberté seule les séparait ; la liberté étant donnée ; il se confondaient aisément.
Les anciens avaient donc un moyen bien simple de se délivrer de l’esclavage et de ses suites ; ce moyen était l’affranchissement, et dès qu’ils l’ont employé d’une manière générale, ils ont réussi.
Ce n’est pas que, dans l’antiquité, les traces de la servitude ne subsistassent encore quelque temps après que la servitude était détruite.
Il y a un préjugé naturel qui porte l’homme à mépriser celui qui a été son inférieur, longtemps encore après qu’il est devenu son égal ; à l’inégalité réelle que produit la fortune ou la loi, succède toujours une inégalité imaginaire qui a ses racines dans les mœurs ; mais chez les anciens, cet effet secondaire de l’esclavage avait un terme. L’affranchi ressemblait si fort aux hommes d’origines libres, qu’il devenait bientôt impossible de le distinguer au milieu d’eux.
Ce qu’il avait de plus difficile chez les anciens était de modifier la loi ; chez les modernes, c’est de changer les mœurs, et, pour nous, la difficulté réelle commence où l’antiquité la voyait finir.
Cela vient de ce que chez les modernes le fait immatériel et fugitif de l’esclavage se combine de la manière la plus funeste avec le matériel et permanent de la différence de race. Le souvenir de l’esclavage déshonore la race, et la race perpétue le souvenir de l’esclavage.
Les modernes, après avoir aboli l’esclavage , ont donc encore à détruire des préjugés plus insaisissables et plus tenaces que lui : le préjugé du maître, et le préjugé de race.
Nous avons vu jadis parmi nous de grandes inégalités qui n’avaient leurs principes que dans la législation. Quoi de plus fictif qu’une infériorité purement légale ! Quoi de plus contraire à l’instinct de l’homme que des différences permanentes établies entre des gens évidemment semblables ! Ces différences ont cependant subsisté pendant des siècles ;elles subsistent encore en mille endroits ; partout elles ont laissé des traces imaginaires, mais que le temps peut à peine effacer. Si l’inégalité créée seulement par la loi est si difficile à déraciner, comment détruire celle qui semble, en outre, avoir ses fondements immuables dans la nature elle même ?
Dans presque tous les Etats où l’esclavage est aboli, on a donné a celui-ci des droits électoraux ; mais s’il se présente pour voter, il court le risque de la vie. Opprimé, il peut se plaindre, il ne trouve que des maîtres parmi ses juges. La loi cependant lui ouvre le banc des jurés, mais les préjugés l’en repousse. Son fils est exclu de l’école où vient s’instruire le descendant de son maître ; dans les le hôpitaux , il gît à part. On permet à l’esclave d’implorer le même Dieu que son maître, mais non de le prier au même autel. On ne lui ferme point les portes du paradis : à peine cependant si l’inégalité s’arrête au bord de l’autre monde. Quand l’esclave n’est plus, on jette ses os à l’écart, et la différence des conditions se retrouve jusque dans l’égalité de la mort.
L’influence de l’esclavage s’étend encore plus loin ; elle pénètre jusque dans l’âme même du maître, et imprime une direction particulière à ses idées et à ses goûts.
Comment concevoir l’existence de plusieurs citoyens éternellement pliés sous l’infamie et livrés à des misères héréditaires ?
Le mot « ESCLAVAGE » a aujourd’hui plusieurs sens. Il y n’a pas de définition exacte et consensuelle. Depuis l’abolition de l’esclavage au XIX siècle, il désigne des réalités aussi différentes que la prostitution, le travail dans les prisons ou même la vente d’organes humains. Plus de 300 traités internationaux relatifs à l’esclavage ont été signés depuis 1815, mais aucun n’en donne une définition semblable. Plusieurs définitions mettent en exergue l’exercice du droit de propriété d’une personne sur ne autre, la forme d’esclavage la plus répandue au XIX siècle . Or, il est important de se rappeler que l’esclavage remonte à des milliers d’années ; en réalité, il précédé l’apparition de la monnaie et de l’écrit.
L’esclavage est une relation sociale et économique entre deux personnes et le plus important n’est pas tant la question de la propriété que celle de savoir comment des personnes sont asservies. Tout au long de l’histoire, la violence a été au cœur de l’esclavage. Le maître assujetti l’esclave en usant de violence ou en menaçant de violence. Bon nombre d’individus sont amenés à être esclave par ruse ; d’autres y sont entraînés par une kyrielle de mensonges. C’est la violence qui les enferme dans l’esclavage.
La deuxième caractéristique de l’esclavage est que les esclaves n’ont plus de libre arbitre. Ils ne peuvent demander protection à personne, à aucune autorité ni à aucun gouvernement. Ils doivent obéir ou souffrir.
La troisième caractéristique de l’esclavage est qu’il vise normalement à exploiter un individu en le faisant travailler. Personne ne réduit quelqu’un à l’esclavage par simple cruauté ; les esclaves sont asservis par le profit. Le souvenir de l’esclavage déshonore la race et la race perpétue le souvenir de l’esclavage
Par certains côtés, ces caractéristiques définitions sont restrictives. Elles excluent bien des aspects de ce que l’on a appelé « l’esclavage », mais elle inclut toutes les relations que la plupart d’entre nous reconnaissent comme ressortant à l’esclavage et elles sont assez larges pour englober maintes formes d’esclavage pratiquées à travers le monde.
Il est très important de trouver une définition qui cadre avec les différentes formes d’esclavage étant donné que, à l’instar de toutes les relations humaines, l’esclavage change de visage au cours du temps. Sa principale caractéristique, l’asservissement par la violence, peut prendre différentes formes. Dans les rares pays où l’esclavage à l’ancienne est encore pratiqué, par exemple la Mauritanie, des relations de longues date, souvent à vie, se tissent entre le maître et l’esclave.

QUELQUES REPÈRES HISTORIQUES DE L’ESCLAVAGE EN MAURITANIE

Pour mémoire, il faut rappeler une vérité souvent occulté, à savoir que l’esclavage en Mauritanie ne se réduit pas aux seules pratiques et coutumes considérées comme relevant au sein de la communauté Maure( hassanophones ou arabo-berbères ou Biidhaan) majoritaire. Même si ces pratiques sont plus vivaces, plus visibles aussi en raison de la connotation raciale qu’à historiquement revêtu ce système dans toutes les tribus maures , elles n’en restent pas moins partagées, dans des formes plus ou moins atténuées, dégradées où camouflées, par les autres communautés ethniques Négro-africaines : haalpulareen, soninké et wolof.
Seule une simplification abusive, d’ailleurs non dénuée d’arrières pensées politiques, tend à présenter le phénomène comme étant d essence intercommunautaire alors qu’il est intra-communautaire.
L’ensemble Maure constitué humainement d’un brassage Arabes et Berbères, avec un apport Négro-africains non négligeable va donner naissance à un esclavagisme conquérant dont la constitution définitive durera du XVII au XIX siècle. Outre l’esclavage domestique qui prend appui sur les tâches d’élevage, d’agriculture dans les palmeraies et les tâches domestiques, le système arabo-berbère ou Biidhaan va se connecter à la traite négrière en contribuant, par des razzias, à alimenter les comptoirs européens de Saint-Louis du Sénégal et de l’île de Gorée(Dakar) en bois d’ébène et d’autres produits du cru (gommes arabiques).
Ponctuant sur les populations noires voisines, les tribus maures vont aussi constamment combler leur déficit humain « naturel », du fait même de leur genre de vie nomade, en assimilant les « victimes » et en élargissant ainsi les conditions de la production esclavagiste et tributaire… Aussi peut-on dire de l’esclavage originel maure qu’il a coincidé avec un processus d’éthnogénèse en ajoutant, à la composition arabo-berbère blanche d’origine, une nouvelle identité raciale noire. Cette dualité raciale se superposant à la dualité sociale, explique en grande partie les difficultés matérielles et psychologiques de dépassement de la relation traditionnelle, puisque la différence de la couleur de la peau apparaît en permanence comme un identifiant social dans la communauté Arabe. Ainsi naît également le mythe très répandu , non seulement à l’étranger mais en Mauritanie même, de « l’arabe esclavagiste » et du « noir esclave ». Mythe, car tous « les blancs », même dans le système traditionnel, ne sont pas, loin s’en faut, d’égale condition sociale, mais mythe aussi, car tous les Maures noirs ne sont pas de tous de condition servile.
Dans la communauté Négro-africaine, on ne trouve évidemment pas les même formes d’esclavage originel que chez les Maures, ni les mêmes logiques historiques spécifiques. Il s’agit ici, en effet, de sociétés agricoles sédentaires, voire urbanisées, avec des pouvoirs politiques à forte tendance impériale et centralisatrice que requièrent souvent de telles économies. Mais, loin d’y être absentes, les conquêtes territoriales et humaines ponctuent le quotidien suivant la même perspective d’élargissement permanent des fondements du système productif en place.
Ainsi, chez les Haal-pulareen, le dépassement de l’organisation sociale communautaire de type segmentaire et lignagère va se traduire par le passage au système esclavagiste rendu possible par l’impérialisme des conquérants Peuls(nomades) dans les anciennes entités du Tekrour et du Fouta (Dimat, Tooro, Haalaybé, Yirlaabé hibbiyabé, Damga et Ngenmar), particuliérement sous le règne des Saltiguéebé Déniyankobé (1515-1776) qui vont définitivement asseoir le système esclavagiste Peul Futanké du Fouta. Des lors va se généraliser cette pratique grâce au système des castes qui permet à toutes les catégories de la sociétés Haal-pulareen de se doter d’esclaves (oligarchies régnantes comme les peuls et les futurs Toroobé et les autres catégories noblières comme les guerriers-Sebbé et les pêcheurs Subalbé.
En définitive, la possession d’esclaves va être un élément du système socio-économique, expliquant la généralisation de soumission tout au long des XVI et XVII siècle. Et qui feront des familles régnantes Peuls et plus tard Toroobé de gros propriétaires d’esclaves. Là aussi, outre des raisons endogènes, l’explication du développement du phénomène dans cette communauté vient en grande partie de la très forte sollicitation de la traite européenne dont le comptoir de Saint-louis fut le principal centre dans la sous région Ouest-africaine.
Le système a été d’un « apport » non négligeable dans la constitution de l’identité Pulaar dans la mesure ou, sans compter l’enrichissement proprement ethnique, on doit aux esclaves d’avoir permis un développement considérable de l’agriculture, par le défrichement de plaines entières et de l’expansion de la métallurgie du fer.
Les Soninké forment en Afrique de l’Ouest une communauté connue par son dynamisme, l’attachement à la tradition et le sens de ses valeurs fondamentales dont la plus importante est sans doute la solidarité. Ils ont bâti, où contribué à fonder, les ensembles territoriaux les plus vastes et les plus prestigieux qu’ait connu la sous région sahélienne, élargissant par ce biais et sur une assez longue période, les espaces de leur établissement : le Ghana mythique, le Mali, les royaumes du Songhaï, du Diawara, du Gajaaga, les provinces du Guidimaka, etc…furent à un moment ou à un autre sous leur apanage ou leur domination, couvrant ainsi de vastes territoires de la Mauritanie, du Mali et du Sénégal actuels.
Tous ces ensembles souvent admirablement dirigés et administrés ne le furent cependant que dans le cadre d’un système esclavagiste totalitaire et rigoureux dans le respect des traditions et, sous l’égide, de siècles durant de leurs Tunka Lemmu( seigneurs), avant tout grands propriétaires d’esclaves, très au fait des règles de ce marché qui les raccorderont à Saint-louis et son commerce de traite négrière…
C’est grâce à cette maîtrise d’une grande quantité d’esclaves que les Tunka Lemmu ont pu défricher de grandes étendues de terres de cultures, s’octroyant ainsi un droit de la hache( pour qui défriche le premier une partie de forêt) leur donnant pour longtemps une primauté foncière incontestable reconduite de génération en génération.
Les Wolof furent loin d’être en reste dans « l’invention » et la perpétuation du systéme esclavagiste. Les empereurs du Jolof et les rois ( Braks) du Waloo ont bâti des pouvoirs particulièrement forts sur une économie esclavagiste ou de nombreuses guerres et changements étaient justifiés par une logique de capture et de vente d’esclaves, y compris de leurs sujets, notamment au comptoir de Saint-louis et de l’île de Gorée florissant. L’ampleur de ce phénomène fut telle qu’elle aurait aboutit, (d’après Boubacar Barry « le royaume du waloo ») à un véritable dépeuplement de la région et l’impossibilité de concrétiser les projets de colonisation agricole.
Dans toute la région couvrant l’espace actuel de la Mauritanie et impliquant toutes les communautés y vivant, a donc bel et bien existé et existe encore un système esclavagiste vivace et conquérant, et qui fut, il faut le rappeler, d’un apport non négligeable dans la constitution de ces ensembles, notamment dans le rôle décisif qu’ont joué les esclaves (« Abiid »chez les Maures, « Maccubé » chez les Hal pulareen, « Komo »chez les Soninké et « Jaam »chez les Wolof) dans la mise en valeur des terres, la défense des territoires et le soulagement des tâches domestiques.

L ‘ETAT MODERNE EN MAURITANIE ET LA COMMUNAUTÉ HARATINE

Il n’est un secret pour personne que la Mauritanie fut confrontée aux exigences d’un Etat moderne alors même qu’elle baigne profondément dans les ténèbres du moyen âge. Age auquel il serait que justice d’assimiler la brève période coloniale qui fut pour les Mauritaniens le premier contact avec l’extérieur.
La brutalité coloniale d’une part et son opportunisme de l’autre allaient modeler la triste réalité qui caractérise le pays de nos jours. C’est en effet par la force des choses que le colonisateur détermina les contours actuels du pays, introduisant ainsi, pour la première fois, la notion d’ensemble mauritanien à une mosaïque de race, d’émirat, de tribus, de canton et de régions que par opportunisme il n’a jamais voulu déranger et a même souvent volontairement entretenue.
Quoi donc de plus naturel qu’accédant à la souveraineté dans ces conditions, compliquées au passage par les contradictions inhérentes à la cohabitation entre communautés différentes que la Mauritanie se retrouve aujourd’hui encore en quête d’Identité.
Les différentes analyses de l’évolution politique de la Mauritanie font apparaître que
· Le champ juridico-politique national ou champ de l’Etat moderne inspiré du modèle occidental correspond à la création formelle de l’Etat et aux mécanismes qui s’y rattachent (constitution, élections, partis, fonction publique) .
· Le champ ethnique, illustré par le particularisme des Négro-africains qui, ayant compté parmi les principaux cadres formés pendant la colonisation, s’inquiètent de la prépondérance de la communauté Maure(sans les haratines) dans le nouvel Etat Mauritanien .
· Le champ tribal ; bien que ne concernant que l’ensemble Maure, il semble déterminant car c’est cette ethnie qui prend en main l’essentiel de l’appareil de l’Etat. Outre l’influence toujours réelle des Emirats et des grandes Chefferies à la veille de l’indépendance, il faut noter le dynamisme de l’élément Maraboutique dans l’Etat qui se met en place.
· Le champ religieux : en Mauritanie , on ne peut ignorer l’omniprésence de l’Islam et ses diverses manifestations : pratiques religieuses de tout un peuple ; moyen d’Identité contre l’extérieur.
Le peuple mauritanien se compose des ensembles Négro-africains et Maures. Les Négro-africains sont formés par les communautés Haalpularen, Soninké et Wolof .
Les Maures ou Arabo-berbères sont majoritairement des descendants de berbères arabisés par les Hassanes et d’un apport non négligeable de l’élément Négro-africain. Les maures sont composés de deux communautés dont la plus importante ; la communauté Haratine.
L’on considère que l’histoire de la communauté Haratine est intimement liée à celle du pays. Les Noirs qui peuplaient à l’origine les zones humides du Sahara, en refluant vers le Sud sous le pression des Berbères, puis des Arabes d’une part et de l’assèchement du dit Sahara, d’autre part, laissèrent derrière eux beaucoup des leurs (esclaves ou non esclaves) que les nouveaux venus, les rapports de forces aidant, se hâtèrent d’asservirent puis d’assimiler.

Plus tard, avec la stabilisation des peuplements, le développement des échanges entre l’Afrique blanche et l’Afrique noire et la sombre période de la traite nègrière, tous les moyens furent déployés pour avoir des esclaves, y compris les plus inhumains ; enlèvements, vols, captures, etc…
C’est donc dire que l’esclavage en Mauritanie est la résultante du rapport des forces, de la traite nègrière et des abus qui ont caractérisés les sociétés d’une certaines époque.
Aux esclavagistes qui veulent lui trouver une origine religieuse, il suffira de rappeler que du point de vue de la religion musulmane, autant rendre à l’esclave, un païen en vue de son islamisation est juste, autant il est injuste et hérétique qu’il conserve ce statut après qu’il soit islamisé.
Cette hérésie ou grossière supercherie, au nom d’une religion connue pour son attachement à la justice et au respect de l’individu, continue encore aujourd’hui dans notre pays.
L’esclave en milieu négro-africain joue pratiquement, sur le plan social le même rôle que l’esclave chez les maures, c’est à dire absence totale de personnalité, rôle ingrat, discourtoisie, insolence, provocation, etc .Puisque l’esclavage avant d’être une force de travail ou une monnaie d’échange est avant tout la dépersonnalisation, la déshumanisation, le conditionnement moral et psychologique et l’humiliation du sujet au point d’en faire un être « soumis consentant»,il ne saurait s’embarrasser de nuances qui n’existent pas dans l’absolu. Il n’y a pas d’esclavage meilleur qu’un autre ou qui ne mériterait pas qu’on n’en parle dés lors qu’il ne met pas en opposition des races différentes et de couleurs différentes.
On est en présence de victimes soumises et résignées qui participent de l’occultation de l’injustice subie par elles. A l’intérieur du clan, parmi les ethnies Pular, Soninké, Wolof, Bambara, comme au sein des fractions de tribus Maures arabo-berbères, chaque individu est connu pour être de naissance un noble(guerrier, marabout, descendant du prophète), un casté (griot, bijoutier, cordonnier, forgeron, bûcheron, pêcheur), un tributaire(ancien esclave, courtisan) et, à la base de la pyramide, un esclave. Ces entités dépendantes ou catégories hiérarchiques n’ont pas de traits distinctifs observables, à l’exception des tribus où les esclaves et anciens esclaves sont noirs ; d’ailleurs, parmi les esclaves, certains , une infime minorité ont la peau « blanche ». L’on rencontre aussi quelques tribus constituées de noirs Hassanophones mais ayant gardé les structures sociales propres aux ethnie négro-africaines.
« Il n’y a pas un bon et un mauvais esclavage, un mauvais maître et un maître bon teint ».
Les Haratines sont de race noire dans leur immense majorité (il y a une minorité de haratine de race blanche), être Haratani en milieu maure , désignera tout à la fois la Couleur noire ou (SOUDANI) que la Condition Sociale .
En milieu Maure, les esclaves n’ont pas le statut de « personnes ». leur environnement social met tout en œuvre pour les animaliser et justifier ainsi leur infériorité naturelle en même temps qu’il se donne bonne conscience de n’avoir pas affaire à des humains. Ils sont serviteurs de tente ou de palais, cultivateurs, bergers, chasseurs, chargés de cueillette, hommes de main et femmes à tout faire y compris la soumission au droit de cuissage des maîtres ; ils sont prêtés, loués, cédés, gagés, vendus, battus, torturés, mutilés, assassinés ; ils sont « détenus » en copropriété au huitième, au quart, au tiers, etc
Ils sont des incapables juridiques : ils ne peuvent ester, ne peuvent pas témoigner, ne peuvent pas devenir propriétaires, ne peuvent pas constater, ne peuvent pas hériter…A ceux qui, dans le but de créer la diversion et semer la confusion, ne verraient en tout ceci qu’affabulations parce que le statut de l’esclave de la Cité antique ne saurait avoir cours aujourd’hui, nous rétorquerons que s’il a perduré sans aucune nuance jusqu’au 19 siècle, rien n’empêche qu’il se perpétue encore aujourd’hui et ce d’autant plus que des lois écrites, des pratiques ininterrompues et des mentalités rétrogrades y encourages fortement .
Nous ajouterons ensuite qu’il n’est pas un seul de ces cas qui n’ait été, à un moment ou un autre rencontré en Mauritanie y compris aujourd’hui.Bien que regroupés dans une même entité villageoise( ADABAYE), les haratines ne constituent pas un corps social homogène parce qu’ils sont morcelés en autant de tribus ou fractions de tribus dont ils continuent de dépendre. Ces Adouabas (pluriel de Adabaye)ne bénéficient d’aucune infrastructure de base(eau potable, école, poste de santé, moyen de communication etc…)
Théoriquement, les haratines se subdivisent en trois catégories :
· Les Khadhaaras sont d’anciens esclaves affranchis depuis des générations. Leurs rapports avec leurs anciens maîtres se sont mués en vassalité d’autant plus lâche que l’affranchissement est anciens. Ils sont généralement assez bien « assimilés ». Relativement aisés, ils sont respectés, sinon pour eux mêmes, du moins pour leurs biens. On leur reconnaît beaucoup de qualités et tous les droits attachés à l’homme libre, sauf celui de se marier aux femmes de castes nobiliaires. Ils sont même parfois propriétaires d’esclaves envers lesquels ils ne sont pas plus humains que les maîtres maures .
Le mythe savamment cultivé autour d’eux par les maures et qui consiste à leur donner l’illusion qu’ils sont différents(en mieux) des autres haratines a pour seule conséquence qu’ils se laissent exploiter tout autant, sinon plus, que les esclaves et qu’en matière d’impôts bétail notamment, ils sont attachés, ce qui permettait à ceux-ci d’alléger les charges des bonnes tente.
Les affranchis ou Haratines sont des esclaves devenus libres plus récemment. La liberté s’acquiert pour services exceptionnels rendus, pour la grâce d’Allah, par devoir pieux, par rachat de cette liberté, etc . . . Beaucoup d’entre eux ont acquis ce statut de fait, mais pas de jure, parce que ne s’étant laissés impressionner par rien, ni les brutalités des maîtres, ni mêmes la complaisance des autorités administratives ou judiciaires.
Moins indépendants que les khadharas, moins nantis, moins assimilés et moins tolérés, ils restent souvent très assujettis à la puissance tutélaire des anciens maître
Les serviteurs ou Abiid ; sont les esclaves de la Cité antique. A peine plus humains que l’animal, leur maître a sur eux droit de vie et de mort. Il en dispose comme d’un bien meuble. Ils ne sont pas mariés, mais accouplés et leur croît sera vendu, cédé, éliminé ou gardé selon la volonté du propriétaire. Ils ne suscitent guère plus de sympathie et de considération chez le maître que celles qu’il peut avoir pour sa monture. Ils vivent distinctement devant la tente du maître, dans l’adabaye ou en ville.
Si en théorie cette classification des Haratines existe, en pratique elle n’existe pas. Les mentalités et les comportements vis à vis des Haratines, de tous les Haratines sont identiques et d’un autre âge : ils sont juridiquement incapables, mineurs, inférieurs. Le comportement de leurs maîtres Maures , y compris les plus évolués, procède toujours de la mentalité dite colonialiste : supériorité, paternalisme, condescendance, etc… Il y a aussi que la grande susceptibilité des Négro-africains ne cède en rien sur de nombreux points aux esclavagistes Maures.
Les Haratines sont installés sur tout le territoire Mauritanien où ils sont recensés avec leurs maîtres. Ils sont dans leur immense majorités localisés dans la zone s’étendant d’Est en Ouest, de Fassala Néré au Hodh el Gharbi à N’Diago ( Trarza) au bord de l’Océan Atlantique. Ailleurs, de Tiris Zemmour à l’ Adrar, au Tagant, du Brakna, au Guidimakha et à l’Assaba, ils constituent également la majorité des populations des oasis où ils s’occupent, outre des travaux manuels subalternes courants de la culture du dattier , des céréales et des autres spéculations. Bien qu’ils restent très nombreux dans la campagne après la sécheresse des années 70, les Haratines peuplent les bidonvilles des agglomérations ou ils sont pour tout dire aujourd’hui, le champ d’épanouissement et d’application de la misère urbaine.
Pour El Hor et toutes les organisations patriotiques nationales éprises de paix et de justice ; la Mauritanie a pour seule vocation d’ être ouverte sur le monde arabe, sur le monde africain car par l’effet du hasard elle se retrouve à la rencontre entre ces deux mondes dont elle pourrait constituer une admirable synthèse capable de favoriser entre les deux une totale symbiose. En effet, c’est sur ce vaste territoire que s’installaient, se nouaient et se dénouaient selon les circonstances du temps immémorial, des divergences et des alliances , parfois parentales et sanguines entre les communautés Maures ou Arabo-berbères et Négro africaines. Croire aujourd’hui que l’on peut les départager par des lois quelconques, serait une grande erreur , on passe de Maure à Negro africain et de Maîtres à Esclaves et vice-versa, par translation et transaction...les hommes se sont tellement croisés qu’il est difficile de rencontrer un individu qui soit tout à fait blanc ou tout à fait noir : arrivées à ce point, on peut réellement dire que les races se sont mêlées ; ou plutôt, à leur place, il en est survenu une troisième qui tient des deux sans être précisément ni l’une ni l’autre ; la Communauté Haratines ou Maures Noirs en est l’exemple (soit 50% de la population).
L’IDENTITE DES HARATINES DE MAURITANIE

Le dictionnaire (Larousse 1990) définit l’identité comme le fait d’être tel individu. En terme de psychologie(Epinas Edmond Marc, identité et communication, PUF,1998), « la vocation de soi passe par une quête d’identité, l’identité est ce qui représente le sens même de l’être. Elle est déterminée par la place qu’occupe chacun dans les systèmes symboliques qui fondent la culture, le langage, le système familial, le rapport de sexe, les stratifications sociales. La formation de l’identité met en jeu un processus de réflexion par lequel l’individu se juge lui même à la façon dont les autres le juge par comparaison avec eux mêmes et par l’intermédiaire d’une typologie à leurs yeux significative, il juge leur façon de le juger lui, à la lumière de sa façon personnelle de se percevoir lui même, par comparaison avec eux et les types qui, à ses yeux sont revêtus de prestige ». Claude Lévis Strauss( l’identité, Paris, Grasset, 1977), affirme que « plus que l’identité de l’individu, c’est la notion d’appartenance à une ethnie, à un groupe ethnique qui définit la personnalité de l’individu. Il s’agit d’analyser ce groupement d’individu à la même culture et se reconnaissant comme tel. Elle commence à se définir par rapport à un territoire, une culture et une période donnée de son histoire. J.Garcia-Ruiz(in ethnicidad, integracion national derechos culturales , Estudios internationales, n° 1 Guatemala, 1990) définit l’identité comme « un système dynamique de sentiments philosophiques et moraux et de représentation. Par son intermédiaire, les acteurs sociaux individuels et collectifs, orientent leurs conduites, organisent leurs projets, construisent leur histoire et recherchent des modalités particulières pour résoudre les conflits et affronter les contradictions engendrées par leurs réalisations au pouvoir en ce qu’elles ont de spécifiquement liés à leurs systèmes de référence .

Au lieu d’assainir le climat entre les différents groupes de citoyens, on a mis en place un système de surenchère, de récrimination et de revendication hargneuses qui ne pourra plus s’interrompre, avec des politiciens qui en ont fait leur raison d’être et leur fonds de commerce.
Toute pratique discriminatoire est dangereuse lorsqu’elle s’exerce en faveur d’une communauté qui a souffert. Non seulement parce qu’on remplace ainsi une injustice par une autre et qu’on renforce la haine et la suspicion, mais pour une raison de principe plus grave encore : tant que la place d’une personne dans la société continue à dépendre de son appartenance à telle ou telle communauté, on est en train de perpétuer un système pervers qui ne peut qu’approfondir les division ; si l’on cherche à réduire les inégalités, les injustices, les tensions raciales ou ethniques ou religieuses ou autres, le seul objectif honorable, c’est d’œuvrer pour que chaque citoyen soit traité à part entière, quelles que soient ses appartenances. Bien entendu un tel horizon ne peut être atteint du jour au lendemain, mais ce n’est pas une raison pour conduire l’attelage dans la direction opposé.

Le concept de diversité semble de plus en plus être dans la pensée dominante la réponse au risque de l’uniformisation culturelle de la mondialisation et de l’exacerbation identitaire, culturelle, religieuse, ethnique et communautaire. Or ce concept est idéologiquement et historiquement connoté. En effet, sur le plan conceptuel la diversité constitue un état de fait d’une réalité ou d’une situation sociale, culturelle, ethnique ou religieuse. Elle est donc surdéterminée, par son contexte et son terrain politique, philosophique et idéologique. La diversité des espèces et des races ont alors produit des théories de hiérarchisation des différentes espèces et races. Elles ont servi de socle idéologique et philosophique non seulement à l’élaboration de théories de discriminations raciales, ethniques, sociales et religieuses, mais également de cadre intellectuel de justification à des entreprises d’exploitation et de domination, comme la traite négrière et la colonisation. Dans ce contexte, la diversité a été conçue, pensée et pratiquée comme différence essentielle et comme grille de lecture de la légitimation de la hiérarchie des races, des cultures et des civilisations. C’est précisément cette instrumentalisation de la diversité qui est au cœur de l’ethnocentrisme. Il est impératif de faire prévaloir à l’intérieur de chaque société, la dialectique féconde de l’unité et de la diversité. Le dialogue des cultures et des civilisations serait ainsi l’expression d’une sorte de « Bio-diversité ». En d’autres termes, l’équation culturelle que toute société et la communauté internationale également, doivent résoudre, est de lier la protection et le respect des spécificités ( ethniques, spirituelles, communautaires, etc…) avec la reconnaissance de valeurs communes qui intègre et dépasse ces spécificités .
Les haratines quant à eux, naguère exclus parce qu’esclaves, ne sachant pas quel bout prendre la vie, découvrent pour la première fois une valorisation de leur ÊTRE à travers leurs organisations. Mais aussi, ils se dispersent à cause ou à travers leurs contradictions, leurs égoïsmes, leurs jalousies, leurs ambitions ou exactement leurs prétentions quand bien même ils n’auront joué comme rôle, pour la majorité d’ entre eux, que d’être des haratines. Leur lente et difficile prise de conscience, de même que leurs divisions ne sont pas pour déplaire aux autres communautés, qui ne sont pressées de leur accordées le statut tant convoité de Communauté homogène, respectable et respectée.

Son action rythme toute la vie de notre pays. Il n’est plus possible de l’ignorer ou de la diluer dans des entités avec lesquelles, elle partage quelques caractères(couleur noire, langue, etc …) comme l’avaient fait le colon et les régimes précédents

La colonisation, malgré son prétendu message civilisateur, n’avait pas fait grand chose pour améliorer le sort des esclaves. Ressentant très tôt l’effet négatif de ses premières tentatives de libération des esclaves sur leurs maîtres, le colonisateur français avait fini par céder au chantage de la dissidence des tribus maures et avait fermé l’œil. Il avait ainsi rangé dans ses tiroirs ses lois et même ses idées abolitionnistes, privilégiant la stabilité relative d’une colonie réputée difficile à contrôler, à l’ amélioration du statut et des conditions de vie de ces damnés de la terre. Bien au contraire, il mettra tout en œuvre pour que les Haratines cessent de regarder vers le Sud en aggravant leur dépendance de leurs maîtres, car il avait vite décelé que sans l’intégration de la vocation agricole des Haratines, à celle pastorale de leurs maîtres, la colonie Mauritanienne n’en serait que moins vitale.
C’est de cette orientation que découle l’institutionnalisation des chefferies traditionnelles (dont leur renforcement) et la fin de non recevoir qu’ il opposa jusqu’à son départ , à la revendication légitime des habitants des Adouabas d’ être plus autonomes par le recensement dans leurs entités villageoises et la liberté de désigner leurs propres chefs.
Cette politique, plus que tout le reste, allait contribuer de façon spectaculaire à rendre ou raffermir leurs chaînes à de nombreux Haratines, puisqu’elle permit aux esclavagistes de revenir à la charge en vue de récupérer leur bétail perdu. Il s’en etait suivi une vaste campagne revancharde, d’intimidation, d’humiliation et de répression, s’abattant sur les candidats à la liberté. Très souvent, la complicité plutôt active de l’administration coloniale avait permis de remettre leurs chaînes à de nombreux esclaves, qui s’étaient pris à se considérer définitivement libres. Cette pratique n’est pas tout à fait perdue de nos jours en Mauritanie.(Rapports de SOS ESCLAVES Mauritanie des années 2000 et 2001, d’EL HOR en 2001 présenté à Durban de CLTM adressé à l’OIT en 2001 et d’AMNESTY INTERNATIONAL en 2002)
A l’indépendance du pays, la situation d’ensemble des Haratines n’avait guère changé. Il ne se comptait parmi eux aucun cadre digne de ce nom, aucun élu, aucun membre du gouvernement, aucun universitaire, aucune autorité administrative ou judiciaire. Exploités, humiliés, suppliciés, assassinés et marginalisés, les Haratines victimes impuissantes du mépris et de l’indifférence de tous, paraissent condamnés à devoir s’accommoder encore longtemps de leur condition servile.
C’était perdre de vue que se libérer d’une véritable persistance et survivance du phénomène de l’esclavage est une aspiration constante et légitime ; elle est même une HANTISE.
C’est ainsi que, lorsque l’action politique prit la forme du Parti du Peuple Mauritanien (PPM) sous Mokhtar Ould Daddah, des voix Haratines purent se faire entendre pour la première fois au sujet de l’esclavage .Elles etaient certes timides, apeurées même, mais elles etaient assurément Haratines . Jamais, cependant, elles n’attirèrent outre mesure l’attention des gouvernants (constitués de l’oligarchie féodale Arabo-berbère et Négro africaine) qui toujours trouvaient un malin plaisir à se retrancher derrière la constitution du 20 Mai 1961, qui proclamait l’égalité de tous les citoyens devant la loi .
Quand survinrent les tragiques et douloureux événements de 1966, première grave cassure entre Maures et Negro africains, les Haratines, inconsciemment y prirent une part très active, se faisant remarquer par leur acharnement sur leurs frères de couleur noire. Manipulés et encadrés par leurs maîtres; ils tuèrent et pillèrent quand tout fut fini avec un amer goût d’amertume et une question lancinante: Pour qui ont-ils fait cela ?
Dans l’atmosphère de réconciliation qui suivit la tempête, l’essentiel des torts fut attribué aux Haratines. Ils etaient unanimement culpabilisés et dépeints comme des bêtes sanguinaires sans foi ni loi. Isolés et honteux, les Haratines intériorisèrent, plus qu’à aucun autre moment de leur histoire, la délicatesse de leur position: Arabo-berbères mais Noirs ! Noirs mais Arabo-berbères ! Ils arrivèrent donc à la conclusion grave de conséquences qu’ils n’étaient pas, après tout, comme les autres et qu’ils forment bel et bien un Corps Social Particulier et une Spécificité Culturelle dans l’ensemble Maure.
LA PRISE DE CONSCIENCE DES HARATINES
Plus tard, les Haratines se compteront en masse dans l’agitation politique des années 1970 . Leur rôle y fut à l’image de celui qui leur fut assignés dans le PPM: une base considérable par le nombre, taillable et corvéable à merci, parce que non éveillée politiquement. Là aussi des voix Haratines, à peine plus rassurées que celles entendues dans un autre cadre posèrent à leur tour la problématique de l’ esclavage. On etait déjà à l’époque des grandes mutations. La sécheresse dépeuplait la campagne de ses populations et l’attrait des grandes citées devenait irrésistible…
Lorsque éclate la guerre du Sahara et qu’il y eut mort d’hommes, les gouvernants crièrent à la patrie en danger et firent vibrer la corde patriotique. Comme à l’accoutumée, les Haratines accoururent en masse. Beaucoup n’y voyaient qu’un autre moyen de se libérer du joug de l’esclavage, beaucoup d’autres un job pour survivre en attendant de mourir. Ils furent accueillis et enrôlés à bras et à cœurs ouverts, comme des vrais hommes cette fois…
La peur ici avait fait baisser la garde des tenants du système. L’armée se révélant un moyen, comme l’école, d’accéder à la Prise de Conscience.
L’Organisation pour la Libération et l’Emancipation des Haratines: EL HOR vit le, jour 05 MARS 1978. Ses fondateurs, tous Haratines, malgré leur jeunes âges, leur expérience limitée, fixèrent pour l’histoire leurs objectifs et leurs positions dans un document auquel ils donnèrent le nom de charte d’EL HOR.
En abordant le problème culturel, il fut rappelé nettement cette spécificité culturelle des Haratines , qui se manifeste à travers leur langue Hassania (Arabo-berbère ou Maure) malgré leur couleur noire, leur folklore, leurs jeux et leurs distractions.
Tout comme le refus de se considérer comme un appendice de leurs « maîtres », découle de la marginalisation et de la ségrégation dont ils sont victimes à l’occasion de la distribution des charges de l’Etat, qui considère valablement représentés par leurs « maîtres », (alliance du cavalier et de sa monture) le rappel de ces particularismes culturels procède du souci de les voir acceptés et intégrés comme une Communauté par la Collectivité Nationale qui jusque là, les a dédaigneusement ignorés .
Ces deux prises de positions suscitèrent une levée de boucliers des esclavagistes et des nationalistes chauvins Arabo-berbères, qui prêtèrent, à tort, à l’organisation la volonté politique d’ancrer les Haratines dans une entité non seulement différente des Maures, mais en plus alliée des Negro africains, pour démanteler et remplacer le système mis en place par les Arabo-berbères .
Le cercle ainsi se refermait, mais l’ennemi n’etait pas seulement celui qui ne s’en cachait pas. Pour tous, les revendications légitimes d’EL HOR etaient présentées « comme une volonté politique délibérée, actionnée par la France, de disloquer la société Maure ou Arabo- berbère par la détribalisation des Haratines, leur insoumission à l’ordre établi, leur volonté de revanche sociale, le tout en connivence avec les Negro africains ».
Cette campagne, prise en main par les nationaliste chauvins (Baathistes, Nasseristes, etc …) passés maîtres dans l’intoxication , ne tarda pas à porter ces fruits ; l’Etat mis en accusation , de collusion avec les Negro africains par ces différents lobbies, qui constituent sa force et sa légitimité, fini par réagir. C’est ainsi que l’organisation EL HOR fut décapitée en 1980. Ses dirigeants et de nombreux cadres et militants subirent la répression aveugle et partisane du Pouvoir militaire (CMSN sous le Colonel Haïdalla). Leur arrestation, leurs interrogatoires sous la torture, leur emprisonnement, leur jugement et leur condamnation allaient porter un coup presque fatal à EL HOR. Peu après leur libération, deux ordonnances sans aucune application à ce jour, ont été prononcés : ordonnance de 1981 abolissant l’esclavage tout en retenant le principe d’indemnisation des anciens maîtres et celle de 1983 portant la réforme foncière dont l’esprit semblait favorable à la prise en compte des couches les plus démunies et celles d’origines serviles. De cette dernière ordonnance, en pratique, ce sont surtout les hommes d’affaires maures richissimes qui en tireront le plus de profits ainsi que les responsables administratifs du commandement territorial
Mais le complot n’etait pas seulement le fait des forces rétrogrades, des nationalistes chauvins et du pouvoir. Il etait aussi là où on l’attendait le moins, c’est à dire chez les Negro africains.
Les Negro africains d’une façon générale, mais surtout la féodalité négro africaine, ne nourrissaient d’abord à l’égard des Haratines que mépris et haine. Lorsque l’organisation EL HOR naquit et suscita la levée de bouclier unanime chez les Negro africains, ces derniers se souvenant alors des tragiques événements de 1966, virent l’occasion ou jamais de travailler à son rapprochement dans le but évident de la récupérer, à terme.
Bien que vite rendu à l’évidence que cette récupération était impossible , ils continuèrent pas moins d’espérer et cherchèrent, plus souvent qu’on pourrait le penser , à creuser le fossé entre Haratines et Maures blanc .Ceci est particulièrement vrai en ce qui concerne leur organisation nationaliste étroite, qui excelle à entretenir la confusion comme ses consœurs Arabo-berbères.
L’on aurait pu croire que face à cette situation, les Haratines, conscients, allaient resserrer leur rang pour déjouer les machinations de leurs adversaires. Bien au contraire, ce fut au sein de cette élite Haratine encore trop fragile, que les plus grandes failles furent enregistrées…C’est alors que dans leurs recherches de justifications des différends d’ordre personnel qui existait, que deux à trois camarades furent recrutés par le parti Baath. Devenus leurs alliés conjoncturels à l’occasion de clivages au niveau de la centrale syndicale (Union des Travailleurs de Mauritanie ), leur alliance allait s’avérer définitive, stratégique , puisque idéologique.
Très rapidement, de nouvelles contradictions naquirent entre ceux qui intimidés et corrompus, jugeaient qu’ il fallait baisser les bras ou tout au plus aligner l’Organisation sur le pouvoir et entre ceux qui considéraient, au contraire, que le Mouvement devait se ressaisir et afficher haut et fort son radicalisme.
Ce fut la deuxième trahison dont la conséquence fut le sabotage de la grève de 1991 et le ralliement, peu après, du régime dictatorial de Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya et de son parti(PRDS) par les capitulards.
Personne évidemment, ne comptait avec l’essentiel : le phénomène EL HOR, chez les Haratines, était déjà en mouvement, tel un courant impétueux et rien ni personne ne pouvait l’arrêter. Une Organisation des Haratines n’etait susceptible de régénérescence puisqu’elle est synonyme pour tous les Haratines de Liberté, d’Espoir, d’Etre…
EL HOR est devenu un slogan, un cri de guerre, une conscience que prenait chacun, esclave fut-il, maître(il y a des haratines maîtres), riche ou déshérité, analphabète ou intellectuels. L’entité Haratine Maure Noir, Noir Maure est devenu à cet instant et pour toujours une Identité culturelle indéfectible. Tous les chefs spirituels d’EL HOR pourrait s’aplatir et trahir, les intellectuels et cadres pourraient continuer à traîner du pied, mais le phénomène de la conscience des Haratines restera vivant et présent. Ainsi en a décidé la base la plus misérable du pays : le berger, le cultivateur, le domestique, le blanchisseur, le charbonnier, le boucher, la vendeuse de tabac, l’ouvrier, la brasseuse de couscous, le chômeur, le manœuvre, la femme déguenillée et les enfant affamé des rues…Grâce à tous ceux-là qui n’ont jamais cessé de croire, qui n’ont jamais douté de la capacité des Haratines de relever tous les défis.
Poussée donc résolument en avant, par cette base extraordinaire, par son courage et sa détermination, EL HOR entra au pied levé dans les élections municipales de 1986, suscitant et encadrant les listes conduites par des Haratines. Même si de telles listes ont été dans l’ensemble assez rares, elles n’en etaient pas moins caractéristiques de cette volonté des Haratines à réagir en Personne Libre ,Emancipée, s’impliquant chaque jour un peu plus dans le devenir du Pays.
Les tragiques événements de1989, qui furent déferler sur le pays une vague de violences sans précédent, allait de nouveau servir de test au degré de prise de conscience des Haratines. Malgré la mise en scène savamment orchestrée par le régime chauvin de Ould Taya avec la bénédiction et la participation des raciste et des réactionnaires Maures, les Haratines très souvent, eurent des comportements responsables, généralement encadrés qu’ ils etaient par EL HOR. Leur participation aux scènes de pillages et des meurtres, en dépit de ce que les autres ont pu en dire, est restée, très en deçà de ce qu’avaient pu escompter les meneurs de jeux. Bien évidemment, il ne s’agit pas de nier que des Haratines ont pris part inconsciemment aux tueries, mais il s'agit bel et bien de s’élever avec force contre les allégations tendant à exagérer leur rôles dans cette douloureuse affaire, voire à leur faire porter seule, la responsabilité (comme le fait curieusement actuellement le régime de Ould Taya).
D’ailleurs quoi de plus curieux encore, qu’une société qui refuse le plus simple des droit à l’homme(celui d’être libre)et trouve le moyen de le rendre responsable. Cette attitude foncièrement malhonnête et répétitive de 1966, justifie plus que toute autre l’inquiétude d’EL HOR , quant au rôle véritable assigné aux Haratines dans leur communauté Arabe : des exécuteurs des sales besogne et un bouc émissaire idéal .
C’est aussi peu après les évènements de 1989 avec les conséquences que l’on connaît, qu’EL HOR opta pour une candidature Haratine (Mr Messaoud Ould Boulkheir) en tête de liste à l’élection municipale de la capitale Nouakchott. Par sa voix, les Haratines ont affirmé haut et fort leur couleur Noire et leur Arabité, mais aussi défendu et soutenu les justes revendications des populations Negro africaines : leur droit à la vie, à la citoyenneté, au sol, à l’égalité, à la différence culturelle, au retour des déportés et des exilés…Personne à l’époque n’avait osé évoqué leur existence, sauf par tracts.
Lorsque la nouvelle des exécutions extra judiciaires, des centaines d’officiers, sous officiers et soldats Negro africains a été connue, EL HOR a publiquement et par tracts ,pris faits et causes pour les victimes et dénoncée énergiquement cet état des faits.
Enfin dans la vague de contestations qui a suivi, les Haratines ont toujours occupé une place centrale. C’est notamment à l’initiative d’ EL HOR qu’à été crée le Front Démocratique Uni pour le Changement (FDUC) Juillet1991et un peu plus tard, l’Union des Forces Démocratiques (UFD)et soutenu le candidat de la farce électorale présidentielle de 1992. L’O.N.G. SOS ESCLAVES Mauritanie, précitée, a vu le jour en 1995 que , grâce à l’engagement de son Président Mr Boubacar Ould Messaoud, une des figures charismatiques d’EL HOR et de ses membres composés de la configuration de l’ensemble de la société nationale, qui à l’occasion du passage en Mauritanie du Rallye Paris-Dakar, éditon 1997, ont dénoncé l’enlèvement d’une esclave par ses anciens maîtres .
La difficile cohabitation des membres d’EL HOR avec des opposants de dernières heures finit par les décider à quitter ce parti, ou ils ont été sauvagement combattus par ceux- là même qu’ils ont contribué à rapprocher .Ils créèrent en Août 1995 avec d’autres forces politiques le PARTI ACTION pour le CHANGEMENT (A C ) .L’O.N.G.SOS ESCLAVES et le Parti A.C ont été dissout (1998 et 2002) arbitrairement par le pouvoir esclavagiste, raciste, sanguinaire et dictatorial de Ould Taya, sous les accusations fallacieuses et pernicieuses de provocation à la guerre civile.
La prise de conscience des Haratines, leur histoire, leurs différences, leur rôle à jouer dans le devenir de la Mauritanie sont définis clairement par leurs engagements dans les structures politiques et associatives toutes obédiences confondues. Leurs Organisations politiques et anti–esclavagiste auxquelles personne ne croyait, devenaient et sont devenues un phénomène National qui ne laisse personne indifférent. Ceux qui les combattaient (féodo-bourgeois, nationalistes chauvins, religieux obscurantistes, intellectuels rampants, les progressistes à rebours, les opportunistes et les réactionnaires) mirent tout leur poids dans la balance et synchronisèrent leurs actions de sape. Tous contribuèrent sans le savoir et sans le vouloir à porter le message aux quatre coins du pays. Face à cet acharnement contre leurs « choses », les Haratines, sans avoir être contacté par un membre de ces structures, se réclamèrent et se réclament toujours ouvertement ou tacitement de ces organisations avant-gardistes qui gênent tant et fascinent autant.
Leur lente et difficile prise de conscience, de même que leur division ne sont pas pour déplaire aux autres Communautés, qui ne sont pas pressées de leur accorder le Statut de Communauté homogène, respectable et respectée.
C’est le Député et Secrétaire Général du Parti, A C, Mr. Messaoud Ould Boulkheir qui rappela en session parlementaire, du mois de Décembre 2001; les persistances et les survivances de l’esclavage et ses conséquences, les conditions de vie des laissés pour comptes, la question de l’unité nationale, le passif humanitaire…La suite fut immédiate: dissolution par le régime dictatorial de Ould Taya de l’un des plus importants partis d’opposition de Mauritanie.
C’est aussi Mr. Boubacar Ould Messaoud un des fondateurs d’ELHOR et Président de SOS ESCLAVES Mauritanie qui dénonça et dénonce les atteintes aux droits de l’hommes .Arrêté de nouveau le 03/05/02,il ne fut libéré que grâce à la mobilisation de l’opinion nationale et internationale.
Cependant, les questions, sont de savoir comment les organisations politiques et de la société civile Mauritaniennes, doivent-elles gérer leur formidable capital et éviter tous les dérapages actuels; comment réunir toutes les conditions indispensables à un retour de mobilisation de l’opinion nationale pour un Etat de droit et de démocratie. Le moment est grave pour le pays et inapproprié pour des allégations et réactions déviantes.
C’est en cela que, la profonde décantation qui s’annonce doit indiquer l’émergence de nouvelles valeurs morales et politiques, dans tous les cas un dépassement des coupures verticales de types Identitaires qui ont de longues années durant fait si mal au sentiment d’Unité Nationale et de Citoyenneté ( événements de 1966 et de 1989).
Entre l’écueil du populisme et celui du mépris du peuple, le chemin tracé par la soif de liberté, exprime l’exigence d’une solidarité plus active. La nation n’est plus définit par son passé, mais par son devenir, qu’il faut ensemble reconstruire.
C’est là le débat pour le changement des mentalités et des comportements. Tout le reste est le mépris affiché de ne pas reconnaître la Citoyenneté de tous les Mauritaniens sans tenir compte de leurs origines sociales, ethniques, sexistes, religieuses, politiques ou autres et leurs droits à choisir ce qu’ils sont, ce qu’ils veulent être etc . . . Ils sont plus de 50% de la population de notre pays et apportent des contributions sans faille à la consolidation de l’Unité nationale et des propositions conséquentes au Projet de Société dans notre pays. Les définitions :Haratine où Maure, Haalpular, Soninké et Wolof disparaîtront dans la promotion de l’Etat de droit que tous voulons mettre en place , comme cadre unificateur, que nous construiront et que nous placeront ensemble dans le concert des Nations à l’heure de la Mondialisation.
Paris le 15 / 03/ 03
BABA OULD JIDDOU

::::::::::::::::::::::::::::::::: BIBLIOGRAPHIE:::::::::::::::::::::::::::::::::::
Alexis de TOCQUEVILLE : De la démocratie en Amérique, édition 1981
Chapitre X : Quelques considérations sur l’état actuel et l’avenir probable des trois races qui habitent le territoire des Etats-Unis.
Kévin BALES et Jessica REITZ ::Free the slaves,Washinton D.C.,Etats-Unis, thème Le racisme, la discrimination raciale et l’intolérance qui est associée, par rapport à l’esclavage moderne ; document présenté lors de la réunion de travail organisée à Paris le 19-20 /02/03 par le bureau du Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme et l’UNESCO pour développer une publication pour combattre le racisme et prôner la tolérance. Référence HR/PARIS/SEM.2003/BP.5 (SHS-2003/WS/3).
Gourmo LO :; dans Droit constitutionnel, Patrice Gélard, collection MELANGES édition Montchrestien 1999 : Cahiers de sociologie économique et culturelle ;La question de l’esclavage en Mauritanie.

Mouvement EL HOR : : Les Haratines :contribution à une compréhension juste de leur problématique. Document public année1993.
Doudou DIENE :: Rapporteur Spécial de la Commission des Droits de l’Homme sur le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui est associée ; document d’information présenté à Paris, le 19-20 février 2003 sous le thème : le racisme dans un monde en changement : pour une stratégie intellectuelle. Référence HR/PARIS/SEM.3/2003/BP.1 (SHS-2003WS/7).
Amin MAALOUF :: Les identités meurtrières ;édition 2001,chapitre IV Apprivoiser la panthère , page 173 .

Mercredi 15 Mai 2013
Boolumbal Boolumbal
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