La Carte de Séjour : La deuxième phase de la partition de la honte



La Carte de Séjour : La deuxième phase de la partition de la honte
Il y a prés d’un an les autorités mauritaniennes ont introduit pour la première fois dans l’histoire de ce pays un nouveau concept appelé « Enrôlement des populations ».

Selon les mêmes autorités ; une telle opération se justifie par le besoin de doter la Mauritanie d’un état civil fiable. L’opération, des le départ, a été décrite comme étant une partition à deux phases. La première phase consiste à enrôler les mauritaniens et la deuxième, à enrôler tous les étrangers vivant sur le territoire mauritanien.

Dans le fond et à l’instar du concept de « l’ivoirité » introduit par le Président Henri-Konan Bédié en Côte d’Ivoire pour, entre autres, régler des comptes à certains de ses opposants, la première phase de l’opération d’enrôlement des populations n’est rien d’autre qu’une table-rase dont la finalité est d’établir la « mauritanité » de ceux et celles qui prétendent l’être.

De toute évidence, une telle opération n’a rien à voir avec un recensement classique. j’étais, et je reste vigoureusement opposé à ce concept que j’estime être discriminatoire pour des raisons évidentes, et je réclame sa suspension pure et simple.

Rappelons aussi que l’introduction de ce concept en 2011 a entrainé plusieurs manifestions populaires aussi bien à l’intérieur qu’a l’extérieure de la Mauritanie. Ces soulèvements s’étaient alors soldés entre autres, par une chasse à l’homme des jours durant dans les rues de Kaédi, et l’assassinat en septembre à Maghama du jeune Lamine Mangane par les forces de l’ordre.

Il est extrêmement triste, regrettable et honteux de noter que jusque-là ces mêmes autorités affichent une fin de non-recevoir à toute idée d’enquête indépendante pour faire la lumière sur l’assassinat du jeune Mangane.

Il y a quelques semaines, la deuxième phase de la partition de la honte a été annoncée par les autorités mauritaniennes ; c’est-à-dire l’enrôlement des étrangers vivant sur le territoire mauritanien. Au lieu d’utiliser la réciprocité ou le cas par cas en la matière, tous les étrangers vivant en Mauritanie ont été invités par le gouvernement mauritanien à s’enrôler au plus tard le 1er juillet 2012 pour obtenir la « Carte de séjour » au risque d’être expulsés de la Mauritanie.

Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il s’agit la d’une autre recette tirée du playbook ivoirien des années 1990 ou la Carte de séjour avait été introduite par Alassane Dramane Ouattara alors premier ministre du Président Houphouët-Boigny pour entre autres, renflouer les caisses de l’état face à la crise économique d’alors.

Notons au passage que le Président Laurent Gbagbo et son parti le FPI étaient à l’époque les seuls à s’opposer à toute idée d’instauration de Carte de séjour. Ils avaient raison. En effet, l’Histoire retiendra que l’introduction des concepts de « l’ivoirite » et la « Carte de séjour » ont été en partie à l’ origine de la guerre civile qui a secoué ce pays plusieurs décennies durant.

Dans le contexte mauritanien, on aura tous remarqué qu’en quelques mois seulement la justification pour l’enrôlement des populations a complètement changé. Ainsi, on est passé des justifications suivantes : « état civil fiable », à « raisons sécuritaires », pour mettre en place cette politique décriée par tant de mauritaniens.

Mais la encore, il convient de rappeler aux autorités mauritaniennes que la quasi-totalité des présumés terroristes qui ont été arrêtés ces derniers mois dans le cadre de la lutte contre le terrorisme sont des mauritaniens (de souche) et non des étrangers. De toute évidence ; la nouvelle justification ne colle vraiment pas à la réalité. Peut être qu’il aurait été plus approprié de balayer devant notre porte que de vouloir déranger de paisibles étrangers qui vivent chez nous très souvent depuis plusieurs décennies.

A l’instar de la Côte d’Ivoire, je pense que l’instauration de la Carte de séjour dans un pays comme la Mauritanie qui peine tant à trouver son centre de gravité en matière d’unité nationale, est une erreur très grave. Les risques sont nombreux : plus de xénophobie et de racisme; risque d’expulsion de mauritaniens de leur propre pays; mauvais traitement des étrangers surtout par les autorités chargées d’établir la Carte de séjour ; racket et corruption de tout genre; etc.

Pour toutes ces raisons, je suis vigoureusement opposé à ce projet de Carte de séjour et demande aux autorités mauritaniennes de le suspendre.

Pr Toka Diagana – Washington DC
via cridem

Mardi 5 Juin 2012
Boolumbal Boolumbal
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