Par Gourmo Abdoul Lô
Le Passif humanitaire constitue l'une des plus graves tragédies qu'ait connues notre nation depuis l'époque coloniale. Il s'est agi d'une entreprise globale, concertée et coordonnée par des éléments extrémistes ayant investi les rouages de l'État pour persécuter physiquement, psychologiquement et politiquement des milliers de citoyens et de citoyennes, parmi lesquels des femmes, des enfants, des vieillards, des élèves, des hommes de religion, des fonctionnaires civils, des militaires et bien d'autres encore. Pendant de longs mois, de 1989 à 1991, sur l'ensemble du territoire national, et plus particulièrement dans la vallée du fleuve Sénégal, ces violations massives des droits humains ont profondément marqué la conscience nationale.
Cette entreprise de destruction communautaire a été menée par des agents de l'État et leurs auxiliaires qui ont trahi les principes fondamentaux sur lesquels devait se construire notre pays. Elle a eu pour effet de bouleverser les équilibres démographiques, sociaux et politiques façonnés par l'histoire et orientés vers la construction progressive d'une nation commune fondée sur la coexistence et le respect mutuel entre ses différentes composantes.
La singularité du Passif humanitaire ne signifie nullement que d'autres injustices graves n'aient pas été commises dans notre pays tout au long de son histoire indépendante. Tous les régimes politiques ont eu leur part de répression, parfois sévère, à l'encontre de groupes, de mouvements ou de militants engagés dans l'action politique et sociale. Des militants du MND et des Kadihines aux militants d'El Hor, des FLAM aux Baathistes et aux Nasseristes, sans oublier les auteurs ou présumés auteurs de tentatives de coup d'État, nombreux sont ceux qui ont subi l'emprisonnement, la torture, les traitements dégradants, l'exil ou diverses formes d'injustice. La reconnaissance de ces souffrances et la nécessité de les inscrire dans la mémoire nationale ne sauraient être contestées.
Toutefois, malgré leur gravité et malgré les violations des droits fondamentaux qui les ont souvent accompagnées, ces épisodes répressifs demeurent sans commune mesure avec le Passif humanitaire, ni par leur ampleur, ni par leur durée, ni surtout par leur nature spécifique. Contrairement à des répressions dirigées contre des opposants politiques réels ou supposés, le Passif humanitaire a frappé de manière massive des populations entières en raison de leur appartenance communautaire réelle ou présumée. C'est précisément cette dimension collective, identitaire et systématique qui lui confère une place particulière dans l'histoire des violations des droits humains en Mauritanie et qui justifie qu'il fasse l'objet d'un traitement politique, moral et national spécifique dans le cadre du processus de réconciliation et de consolidation de l'unité nationale.
Les responsables de ces politiques et de ces pratiques ont largement atteint leurs objectifs. Les séquelles de cette période ont contribué à banaliser, dans certains secteurs de la vie publique, des comportements et des mécanismes de discrimination fondés sur l'origine, l'appartenance ethnique ou tribale. Ces dérives ont progressivement affecté le fonctionnement de nombreuses institutions publiques, qu'il s'agisse de l'administration, des services de sécurité, de la justice, de l'éducation ou d'autres domaines essentiels de la vie nationale.
Il n'est donc pas surprenant que les partisans, assumés ou non, de cette vision exclusive et profondément contraire à l'idéal national continuent d'œuvrer, sous des formes diverses, à la préservation de rapports de domination et de division. Ils disposent pour cela de relais multiples et de soutiens parfois extérieurs dont les objectifs ne coïncident pas nécessairement avec les intérêts supérieurs de la Mauritanie.
Aujourd'hui, les défenseurs les plus irréductibles de cet ordre fondé sur l'exclusion tentent de remettre en cause le consensus national auquel notre pays, et particulièrement sa classe politique, était parvenu à partir des années 2005-2006 sur la nécessité de rechercher une solution de compromis national à cette tragédie exceptionnelle dans notre histoire contemporaine.
C'est dans cette perspective qu'ils s'efforcent de freiner, de paralyser ou de faire échouer toute initiative susceptible de favoriser un règlement durable de cette question, notamment à travers le dialogue national. Pourtant, la vérité demeure simple : aucune paix civile solide, aucune réconciliation sincère et aucune unité nationale durable ne pourront être construites sur l'oubli, le déni ou l'instrumentalisation de cette page douloureuse de notre histoire. La reconnaissance des injustices subies, la préservation de la mémoire et la recherche d'une solution juste et équilibrée demeurent des exigences fondamentales pour l'avenir de la nation.
Gourmo Abdoul Lô, 11 juin 2026
Le Passif humanitaire constitue l'une des plus graves tragédies qu'ait connues notre nation depuis l'époque coloniale. Il s'est agi d'une entreprise globale, concertée et coordonnée par des éléments extrémistes ayant investi les rouages de l'État pour persécuter physiquement, psychologiquement et politiquement des milliers de citoyens et de citoyennes, parmi lesquels des femmes, des enfants, des vieillards, des élèves, des hommes de religion, des fonctionnaires civils, des militaires et bien d'autres encore. Pendant de longs mois, de 1989 à 1991, sur l'ensemble du territoire national, et plus particulièrement dans la vallée du fleuve Sénégal, ces violations massives des droits humains ont profondément marqué la conscience nationale.
Cette entreprise de destruction communautaire a été menée par des agents de l'État et leurs auxiliaires qui ont trahi les principes fondamentaux sur lesquels devait se construire notre pays. Elle a eu pour effet de bouleverser les équilibres démographiques, sociaux et politiques façonnés par l'histoire et orientés vers la construction progressive d'une nation commune fondée sur la coexistence et le respect mutuel entre ses différentes composantes.
La singularité du Passif humanitaire ne signifie nullement que d'autres injustices graves n'aient pas été commises dans notre pays tout au long de son histoire indépendante. Tous les régimes politiques ont eu leur part de répression, parfois sévère, à l'encontre de groupes, de mouvements ou de militants engagés dans l'action politique et sociale. Des militants du MND et des Kadihines aux militants d'El Hor, des FLAM aux Baathistes et aux Nasseristes, sans oublier les auteurs ou présumés auteurs de tentatives de coup d'État, nombreux sont ceux qui ont subi l'emprisonnement, la torture, les traitements dégradants, l'exil ou diverses formes d'injustice. La reconnaissance de ces souffrances et la nécessité de les inscrire dans la mémoire nationale ne sauraient être contestées.
Toutefois, malgré leur gravité et malgré les violations des droits fondamentaux qui les ont souvent accompagnées, ces épisodes répressifs demeurent sans commune mesure avec le Passif humanitaire, ni par leur ampleur, ni par leur durée, ni surtout par leur nature spécifique. Contrairement à des répressions dirigées contre des opposants politiques réels ou supposés, le Passif humanitaire a frappé de manière massive des populations entières en raison de leur appartenance communautaire réelle ou présumée. C'est précisément cette dimension collective, identitaire et systématique qui lui confère une place particulière dans l'histoire des violations des droits humains en Mauritanie et qui justifie qu'il fasse l'objet d'un traitement politique, moral et national spécifique dans le cadre du processus de réconciliation et de consolidation de l'unité nationale.
Les responsables de ces politiques et de ces pratiques ont largement atteint leurs objectifs. Les séquelles de cette période ont contribué à banaliser, dans certains secteurs de la vie publique, des comportements et des mécanismes de discrimination fondés sur l'origine, l'appartenance ethnique ou tribale. Ces dérives ont progressivement affecté le fonctionnement de nombreuses institutions publiques, qu'il s'agisse de l'administration, des services de sécurité, de la justice, de l'éducation ou d'autres domaines essentiels de la vie nationale.
Il n'est donc pas surprenant que les partisans, assumés ou non, de cette vision exclusive et profondément contraire à l'idéal national continuent d'œuvrer, sous des formes diverses, à la préservation de rapports de domination et de division. Ils disposent pour cela de relais multiples et de soutiens parfois extérieurs dont les objectifs ne coïncident pas nécessairement avec les intérêts supérieurs de la Mauritanie.
Aujourd'hui, les défenseurs les plus irréductibles de cet ordre fondé sur l'exclusion tentent de remettre en cause le consensus national auquel notre pays, et particulièrement sa classe politique, était parvenu à partir des années 2005-2006 sur la nécessité de rechercher une solution de compromis national à cette tragédie exceptionnelle dans notre histoire contemporaine.
C'est dans cette perspective qu'ils s'efforcent de freiner, de paralyser ou de faire échouer toute initiative susceptible de favoriser un règlement durable de cette question, notamment à travers le dialogue national. Pourtant, la vérité demeure simple : aucune paix civile solide, aucune réconciliation sincère et aucune unité nationale durable ne pourront être construites sur l'oubli, le déni ou l'instrumentalisation de cette page douloureuse de notre histoire. La reconnaissance des injustices subies, la préservation de la mémoire et la recherche d'une solution juste et équilibrée demeurent des exigences fondamentales pour l'avenir de la nation.
Gourmo Abdoul Lô, 11 juin 2026

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