ALAKHBAR (Inal)-Kane Mamadou, coordinateur du convoi des organismes de défense des droits humains qui ont effectué le pèlerinage à Inal 2012, et président du Collectif des victimes de la répression (Covire) aux temps de l’ancien président mauritanien, Maouya Sidi Ahmed Ould Taya, répond aux questions de Alakhbar. C’est à l’occasion de la deuxième commémoration des "28 soldats négro-mauritaniens pendus à Inal pour célébrer l'indépendance de la Mauritanie".
ALAKHBAR: Qu’est ce qui explique votre présence à Inal ?
Kane Mamadou: Nous avons l’honneur, cette année, de participer à cet événement qui s’inscrit dans le cadre du devoir de mémoire et de souvenir aux martyrs que nous avons connus durant les années 80 et 90. Et cette événement d’Inal constitue le paroxysme des crimes qui ont été commis dans ces années; parce que dans la nuit du 27 au 28 novembre 1990, 28 militaires négro-mauritaniens ont été pendus non loin d’ici à cet espace que nous avons à côté, et ils n’avaient pour délit que d’être noirs. Depuis, les rescapés vivants et ayants droits ont toujours célébré cette journée parallèlement à ce qui se passe au niveau officiel (la célébration de l’indépendance nationale). Chaque année, quand l’évènement se déroule au niveau officiel nous nous retrouvons pour marquer notre souvenir et solidarité par rapport à ces crimes qui se sont déroulés ici.
ALAKHBAR: Qu’est ce qui a changé à Inal depuis le premier pèlerinage ?
Kane Mamadou: L’information qu’on a eue par rapport à ça est que depuis la première commémoration en novembre 2011, c'est-à-dire l’année dernière, les autorités ont tenu à effacer toutes les traces qui marquaient, en tout cas, ce pogrome (extermination) qui s’est déroulé ici. Par exemple, derrière nous là c’était le camp militaire qui a été balayé. Il s’est retrouvé un peu plus loin à environ 800 mètres. Vous avez vu l’année dernière lorsque les gens sont venus ici, ils ont trouvé des enfants qui jouaient sur un terrain de football. Ça c’était une manière de vouloir effacer en tout cas tout indice qui montre qu’il y avait ici quelque chose. On peut effacer ce qui s’est passé sur le terrain, mais ce qui est dans les esprits ne pourra jamais être effacé. Et ce qui est important pour nous c’est le symbole. Nous pouvons déjà situer l’emplacement où les crimes se déroulaient. Même si les édifices qui étaient là sont détruits, l’emplacement et là, nous le connaissons et nous l’avons bien identifié.
ALAKHBAR: Peut-on alors parler d’avancée dans le règlement du passif humanitaire quand on ‘efface’ ses traces ?
Kane Mamadou: En faisant un peu de rappel nous savons que le passif humanitaire a connu un problème de déni des années 80 et 90 jusqu’en 2005. A partir de 2005 il y a eu un début de reconnaissance qui s’est matérialisée, en novembre 2007, au niveau des journées nationales de concertation. Grâce à ces journées tous les Mauritaniens se sont réunis pour discuter sur deux questions par rapport au retour organisé des déportés (au Sénégal) et le Passif humanitaire. Pour le retour des déportés il y avait un consensus par rapport en tout cas à l’organisation du retour, à l’installation et à l’insertion. Au niveau maintenant du passif humanitaire il y a eu un problème d’entente: les gens n’ont pas pu trouver un consensus par là-dessus.
ALAKHBAR: Qu’est ce que l’Etat a-t-il fait pour sa part?
Kane Mamadou: à partir de 2008, le président Mohamed Ould Abdel Aziz a engagé une action de reconnaissance et une action disons qui a posé deux devoirs; à savoir le devoir de mémoire et le devoir de réparation. Mais cela connait aujourd’hui des défaillances; parce qu’en ne prenant en compte que ces deux devoirs dans les revendications, il a laissé deux autres devoirs: le devoir de vérité et le droit de justice. Et même les deux devoirs pris en compte n’ont pas été bien réglés, parce que les victimes et ayants droit n’ont pas été impliqués dans les décisions prises.
ALAKHBAR: Ne faut-il pas toutefois considéré cette reconnaissance comme un début de solution ?
Kane Mamadou: Il y a une reconnaissance, mais ce courage n’a pas été suivi d’une volonté politique. C’est ce manque de volonté politique qui fait que ça traîne dans le cadre de recherche de solutions consensuelles. L’Etat a pris la décision cartographier toutes les sépultures de l’indépendance jusqu’à aujourd’hui mais ce n’était que des décisions verbales, rien à été application. Avant de venir ici nous avons adressé une lettre aux ministres des affaires Islamiques et celui de l’intérieur pour les toucher par rapport à ce problème. Nous leur avons dit que nous voulons aller à Inal et nous voudrions leur collaboration par rapport à cet appui qu’on voulait faire pour cartographier ces sépultures. Mais nous avons vu qu’il n’y ni réponse ni volonté.
ALAKHBAR: A notre arrivés à Inal, la Gendarmerie a interdit aux journalistes d’interroger les locaux. Comment l’interprétez-vous ?
Kane Mamadou: C’est tout à fait normal parce qu’ils ne veulent pas que les journalistes témoignent de certaines choses qui sont encore là sur le terrain.
ALAKHBAR: Que réclament les ONG présentes à Inal ?
Kane Mamadou: Que les orphelins soient pris comme les pupilles de la nation, qu’il ait un mémorial dédié aux martyrs d’Inal. Et au-delà de Inal à tous les martyrs Et que la loi d’amnistie de 1995 soit abolie et que les mécanismes de justice de soient appliqués de manière convenable et qu’il ait une commission d’enquête indépendante comme ce qui s’est passé dans d’autres pays comme l’Afrique du Sud et ailleurs.
Ssource: ALAKHBAR
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