Les FLAM reviennent en Mauritanie, pendant qu’une lutte à Kaëdi réveille de vieux souvenirs (heureusement que les jeunes ont été libérés) et qu’à Nouakchott l’équipe nationale crée une heureuse « surprise » en éliminant le Sénégal et du coup qualifiant, pour la première fois de la vie, le pays à une compétition de haut niveau africain. La Mauritanie va tester son talent au pays de Madiba, encore sur ligne de départ comme toujours. Admettons que c’est le concentré de la nation qui va aller nous représenter chez la « Nation arc-en-ciel ». Finalement la Mauritanie a connu trois « événements historiques » ces dernières semaines.
Donc, le retour des FLAM est salvateur ! En tout cas, il donne un coup d’accélérateur à l’histoire en démontrant, une fois de plus, que la joie côtoie le chagrin. Mais qu’il est aussi possible, en s’écoutant les uns les autres, de discuter de ces heurts qui déstructurent la société dans laquelle nous vivons. C’est ça la superstition pragmatique que je vis depuis deux jours. Les coïncidences sont ce qu’elles sont ! Mais moi je suis obligé, aujourd’hui, de croire au possible que figurent les trois événements. Leur coïncidence doit revêtir d’autres significations. C’est pourquoi les sons de cloches d’à côtés ne doivent pas me détourner de l’essentiel jusqu’à oublier ma mission.
Et bien, je crois que la victoire de l’équipe est imputable à ce retour. Je suis presque sûr que c’est ça, car la confiance a régné et l’envoyé spécial des FLAM a dû dire au président : « Tu vas au stade lors du match retour contre le Sénégal. Tu seras surpris par plusieurs choses en même temps. L’état de ta santé va s’améliorer davantage, mais autre chose de plus important te surprendra. Enfin, tu verras de tes propres yeux comment il est indispensable de nous écouter et de comprendre que notre discours est applicable sur le terrain, notre stade national avec notre public discipliné et rangé des deux côtés de l’Avenue Mokhtar Ould Daddah. »
Je vous jure que c’est ce qu’il a dit au président sinon, ce dernier ne serait pas allé constater de ses propres yeux, convalescent, au point d’exposer devant les caméras du monde ses réflexes strictement humains. Il ne peut plus nier qu’il est quand même humain devant un peuple multiple et joyeux en même temps. Donc, il doit avoir le temps et la disponibilité d’écouter tous les messages qui lui viennent du peuple ou d’une partie de celui-ci.
En tout cas moi si j’étais chef, j’allais revoir ma feuille de route gouvernementale et proposer d’appliquer à la lettre ma mission dont la légitimité émane de toutes nos composantes. Je crois aussi que l’envoyé spécial et les autres ont cette idée en tête : il est possible, impératif voire obligatoire de recréer une équipe capable de jouer sur ce terrain avec un public rasséréné et confiant. Il faut redéployer les joueurs, les insérer ou refonder carrément l’équipe avec un sang neuf puisé chez les locaux. C’est une question de tactique après tout. Enfin comme notre tactique footballistique, celle qui prend en compte les talents des fils du pays, les met en synergie et les lâchent sur un terrain 90mn seulement pour unir les émotions. Non j’ai rêvé que l’envoyé spécial en a parlé. Je suis superstitieux et la coïncidence des événements traduit quelque chose à-venir.
L’incident de Kaëdi constitue un événement qui a pour fonction de rappeler aux citoyens qu’ils ne doivent pas pour une « simple place de marché » réveiller leur xénophobie devenue presque consubstantielle de leur existence quotidienne. C’est regrettable qu’il se produise lors du séjour, mais c’est important, car l’histoire ne ment pas. D’ailleurs cet événement renforce le discours du mouvement et des autres acteurs aussi.
L’événement semble dire : « Vous voyez encore aujourd’hui, et depuis toujours nous parlons de ces histoires au marché, au bureau, dans les services, dans l’armée, dans la rue, dans un restaurant, dans un bus, à l’extérieur… qui perturbent notre nation. » Vous voyez encore pourquoi je suis superstitieux aujourd’hui, car les coïncidences des leçons m’intriguent. C’est incroyable, les FLAM rentrent et puis nous voyons quelques changements intervenir.
Du côté de Madiba, les joueurs et leur staff, le président lui même qui a pris en main l’aventure, comprendront peut être ce que signifie l’arc-en-ciel, cette bande qu’ils voient rarement, barrant l’horizon de notre regard, sous nos cieux. Ils verront les couleurs, mais une bande les unissant, rendant leur beauté sublime, quand elle flotte dans un air dégagé. Respiration profonde pour mieux saisir l’idée du flottement, l’apesanteur, la liberté, l’esprit de création ! Un Mandela est passé par là avec le courage d’un De Klerk assigné à résidence par la loi de la majorité. C’est aussi simple que cela.
La libération de ceux qui ont été arrêtés à Kaëdi augure un apaisement de la situation, mais renseigne toujours encore sur ce qui est à faire aujourd’hui et surtout demain après le retour ! Le combat continue, te diras celui que j’indexe là à l’instant. Il se reconnaîtra.
Donc sur le marché économique c’est dur. Je le soupçonne d’être le lieu, par excellence, du racisme dans tous les pays du monde. Donc, il va falloir réfléchir sur la structure du marché, son organisation… Pour dire vrai, je veux signifier que l’argent du pays doit être mieux redistribué et que l’accès aux marchés publics soit ouvert à l’ensemble des acteurs du pays sans discrimination afin que l’économie générée puisse être infusée dans les maillons les plus faibles de la société. Avec toutes ces opérations, nous aurons moins de pauvres et nous lutterons contre la promiscuité des marchés qui réveille la xénophobie et l’intervention ciblée de la police chargée, pourtant, de gérer notre sécurité à tous.
Vous voyez qu’au stade le président était à l’aise, se permettant même de jouer au foot de manière virtuelle, sautillant, souriant, applaudissant comme un simple spectateur. Je dis bien comme un simple spectateur, car malgré sa loge nous avons vu le même match, nous avons eu la même émotion et finalement nous nous sommes souris sans nous soucier de l’écran qui nous sépare. Donc le stade peut bien jouer un rôle dans la convergence des différences, même s’il peut aussi être le siège de la destruction des acquis. Mais je crois que cela dépend aussi de l’enjeu. Car ici le gain est collectif et non comptable et individuel, car il relève de l’émotion alors qu’au marché de Kaëdi il faut bien être solide de nerfs wogave ou pas sous 45°, ruser pour s’en sortir car nos régions n’offrent aucun service sauf celui d’une administration lourde et souvent malveillante avec une catégorie des citoyens.
Ces deux événements que je viens de commenter marquent le retour des FLAM, je crois.
Donc, je suis obligé d’être superstitieux moi qui criais tout haut : « Hey rentrez ! ». Je suis obligé, car j’y vois un signe : le combat doit continuer avec un nouveau look pour mettre à genou ceux qui ont toujours parlé de « peste ». Il faut qu’on les immunise de leur peste pour mieux les capturer. Le médecin qui soigne son malade y trouve un allié sûr, wallaahi. En tout cas les membres de l’équipe nationale reçus par le président ne sont pas sortis de cette audience déçus. Même l’envoyé spécial des FLAM aussi est sorti rassuré que son mouvement ait fait l’excellent choix de rentrer au bercail. La presse en a rendu largement compte et des polémiques sont nées. C’est aussi un excellent signe de l’existence d’une chose sur laquelle il faut devoir compter dans un contexte qui ne cesse de changer. Et puis, je ne sais pas s’il était encore là, il a pu tester, ne serait-ce qu’une infime partie de l’atmosphère de la nation le jour de la victoire. Ce sont ces événements en coïncidence/résonnance qui me rendent superstitieux aujourd’hui. La superstition rend service, car elle peut tranquilliser. Et puis, nous les hommes nous aimons les coïncidences heureuses ou malheureuses pour discourir infiniment sur leurs significations et leurs influences possibles sur notre vie. C’est pourquoi ces deux événements me font dire ce que je dis à l’instant. Une équipe qui gagne alors que les FLAM sont là ! C’est un excellent signe non ! Un président convalescent qui tape sur un ballon imaginaire et qui se réjouit pendant que les FLAM sont là ! Un événement malheureux qui nous avertit et nous rappelle une histoire en même temps pendant que les FLAM sont là ! Ça, ce sont d’excellents signes venant de toutes nos divinités et des plus insolites d’entre elles. Il ne faut jamais y voir un hasard ou une superposition de coïncidences froides et insignifiantes. Ce sont des prières pour la réussite de la mission de retour. En tout cas c’est ce que je crois comme vérité aujourd’hui. Demain nak, je ne sais pas. On verra !
Je suis donc superstitieux et ce n’est pas interdit en plein ramadan. C’est à croire ou ne pas croire. D’ailleurs le ramadan aussi nous rappelle de tristes événements, mais admettons les comme des éléments de notre histoire que nous devons assumer tous, bourreaux et victimes confondus. Mais c’est aussi un mois de rahma je crois. Je ne sais plus comment cela s’appelle en arabe. Sinon, les FLAM ne seraient pas sur le point de revenir à faire gagner notre équipe nationale, même si des gens s’élèvent contre leur nom : Mourabitoune. En retraite parce qu’en avance sur la nation en construction ?
En avril dernier j’étais sur la tombe d’Abdallah Ibn Yacine, sur les collines du moyen Atlas dans la région du Zaïr, au Maroc. Je me suis demandé comment ces messieurs originaires de la vallée du fleuve Sénégal ont fait pour traverser ce désert et planter leur drapeau dans ce paysage paradisiaque qui environne la ville actuelle de Rabat. Abdallah Ibn Yacine surveille du haut de sa colline toute la région et ses tribus. Au bas de la colline, d’une hauteur moyenne de 500 m, coule un mince oued alimentant des milliers d’oliviers sauvages. Extraordinaire exploit historique avec les War Diabi Ndiaye du Tekrur dont les armées se montrèrent téméraires lors de la conquête de l’Espagne. Ah oui, ceux qui pensent que les Mourabitounes sont les seuls ancêtres des berbères ( !) se trompent lourdement. Ceux du ribat –la retraite, je crois-, inspirateurs des révolutions théocratiques de Nacer Eddine, du Bundu, des Almamys du Fuuta Jaloo, du Macina jusqu’à Ousmane Dan Fodio. L’histoire c’est une chose complexe, compliquée et il n’est évident d’en démêler l’échafaud avec le dépit du sentiment d’exclusion qui peut toujours nous distraire. Là, la discussion risque d’être longue et les FLAM ont cette question dans leur ordre du jour dès leur retour.
Mais je crois aussi que ces débats sont souvent inadéquats. Il faut attendre que nous réglions les problèmes de places au marché de Kaëdi pour en discuter. C’est trop compliqué l’Histoire, donc il faut y aller avec des pincettes sinon on risque bien d’être pincé par les hypothèses étroitement nationalistes des écoles de chez nous. Donc chemin étroit à éviter quand on négocie une nouvelle insertion.
De toutes les façons moi, je suis superstitieux et je n’aime pas beaucoup les signes qui perturbent ma tranquillité. Je préfère donc me concentrer sur les événements heureux pour mieux comprendre leur message et la démarche de ceux qui les portent. C’est cela mon problème moi. Je dois veiller sur quelque chose qui semble ne pas me concerner alors que j’ai envie de crier si, cela me concerne oui. Sinon je n’allais jamais arborer l’habit du superstitieux concret donc pragmatique et chercher à vous persuader, vous lecteurs, que ces deux événements sont importants et sont des signes de changements après l’amorce de retour des FLAM.
Je crois que ces deux événements sont importants même si l’un d’entre eux a failli prendre le chemin du deuil. Finalement, j’ai, entre les mains, une médaille avec ces deux faces et je peux la retourner sur la figure de la qualification de l’équipe nationale. Et si elle ramenait la coupe ? Le résultat final sera vitalement important : la naissance d’une émotion partagée.
Bon pour ne pas reprendre la même khoutba d’il y a quelques jours, je m’en arrête là, pour que la superstition puisse jouer pleinement son rôle. Mais pour que les deux éléments qui structurent ma superstition aient leur véritable poids, il faut que la dernière phrase de ce paragraphe, que je cite, puisse se transformer en réalité : « Même si la mission de prospection des FLAM n’a pas dressé de bilan, force est de constater qu’elle a réussi, à tout le moins, à briser la glace. Le mouvement, considéré, jusqu’ici, comme « peste », a réussi à se faire écouter. Le message est passé, il reste à transformer l’essai, en réservant un bon accueil à la délégation présidentielle du mouvement. » (lire : « Retour des FLAM : La glace est brisée », http://www.cridem.org/imprimable.php?article=645725, visité le 25/07/2013).
Pour devenir un superstitieux pragmatique il faut bien que la foule vienne, le jour de l’effectivité du retour, valider cette prophétie qui s’y cache.
Abdarahmane NGAIDE (BASSEL), Dakar, 26/07/2013
Source : Abdarahmane NGAIDE
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