Raky Sy est considérée comme l’une des plus grandes personnalités du journalisme en Mauritanie. Cette vedette de la Télévision nationale est décrite comme une personne sensible et modeste qui a un grand sens du partage. Nous lui avons arraché une interview dans son bureau à "Mauritanide", une des radios privées du pays.
L’Authentique : parlez-nous un peu de vous, Raky.
Racky Sy : qu’est-ce à dire sinon que je suis journaliste à la télévision de Mauritanie, une boîte que j’ai intégré tout à ses débuts en 1984. Aujourd’hui, je collabore en plus, depuis quelques mois, avec la nouvelle radio "Mauritanide FM ". Je suis également membre du bureau exécutif chargé justement des questions de genre au sein du Syndicat des journalistes de Mauritanie (SJM) et membre du bureau exécutif du Réseau africain des journalistes engagés dans la lutte contre la tuberculose et le paludisme.
L’Authentique : comment êtes-vous venue dans le métier ?
Raky Sy : le journalisme, pour être honnête, je l’ai embrassé par pur hasard. Il faut dire que du temps où la Télévision de Mauritanie n’était encore qu’un simple projet, les responsables avaient du mal à trouver une femme qui accepterait de faire de la télé. Et c’est par pur hasard que je fus choisi. J’ai ainsi débuté par un petit stage à Radio Mauritanie en attendant d’en trouver dans le domaine de la télévision avant le démarrage effectif de TVM. Aujourd’hui, après 26 ans d’expériences, je crois m’être entièrement accomplie.
L’Authentique : selon vous, aujourd’hui quel rôle et quelle présence occupe la femme journaliste en Mauritanie ?
Raky Sy : ce sujet me porte beaucoup à cœur. Comme je l’ai dit, je suis chargée des questions de genres, c’est-à-dire de tout ce qui concerne les femmes journalistes au sein du SJM. Je me rends compte que dans le domaine de la presse, les femmes journalistes ont peu de place. Certes, je me réjouis maintenant de constater qu’il y a autant de femmes journalistes en Mauritanie qu’il y en avait il y a vingt ans. A l’époque, j’étais l’unique femme journaliste à la télévision de Mauritanie.
Bien entendu, plusieurs autres sont venues quelques années plus tard, mais au tout début j’étais toute seule. Et là, je n’ai pas besoin de vous décrire l’atmosphère dans lequel je travaillais, entourée seulement d’hommes.
Je suis très heureuse aujourd’hui de constater que nous sommes devenues plus nombreuses, surtout avec la libéralisation de l’audiovisuel, le développement de la presse publique et de la presse privée.
L’Authentique : pourquoi pas carrément un syndicat de femmes journalistes en Mauritanie ?
Raky Sy : écoutez, autant que je me charge de toutes ces questions de femmes journalistes en Mauritanie, autant je me réjouis qu’il existe déjà deux réseaux de femmes journalistes. Il s’agit de l’Union des Femmes Journalistes ( UFJ) et du Réseau des Femmes Journalistes (RFJ). Il se trouve que toutes ces femmes qui appartiennent à ses deux réseaux, sont également membres du SJM (Syndicat des journalistes en Mauritanie). Nous représentons pas moins de 30% des journalistes en Mauritanie. Après tout, je trouve que c’est déjà un bon quota.
L’Authentique : les medias locaux prennent-ils en compte la question genre ou continuent-ils à entretenir l’image iconoclaste de la femme mauritanienne ?
Raky Sy : justement, les médias ne respectent pas l’option genre, une stratégie devenue nationale, dans la mesure où les femmes qui représentent 51% de la population sont sous représentées dans le monde des médias. Il y a beaucoup de femmes journalistes et beaucoup de femmes compétentes dans les médias qui n’ont aucune visibilité à cause des mentalités rétrogrades de la société. C’est d’autant plus surprenant que la femme a littéralement percé dans d’autres domaines, comme la politique, où l’on compte beaucoup de femmes maires, conseillères municipales, députés, sénatrices et même ministres. Nous sommes allées jusqu’à nous distinguer sur le plan africain et arabe avec une femme ministre des Affaires étrangères. Dans le domaine politique toujours, les femmes sont parvenues à obtenir un quota de 22% de représentativité et se dirigent vers la parité avec les hommes au sein du Parlement. La campagne qu’elles mènent aujourd’hui, c’est pour atteindre un quota de 30%.
Paradoxalement, au niveau des médias, les femmes demeurent invisibles. Notre objectif au SJM est de parvenir à une plus grande présence dans les centres de décision, car je me rends compte qu’il y a une énorme injustice contre les femmes au niveau des médias. C’est le rôle qui m’est assignée au sein du syndicats, car nous pensons que le peu d’accès des femmes au sein des centres de décision expliquent leur manque de visibilité dans ce domaine. La même préoccupation m’a été notifiée, même au niveau de la FIJ (fédération internationale
Encadré
“Les femmes ne représentent même pas 5% des postes de décisions dans les médias en Mauritanie”
des journalistes) qui m’avait chargé l’année dernière de faire une étude comme celle effectuée en Algérie et dans d’autres pays africain sur l’égalité des genres dans les medias.
L’étude que j’ai faite est disponible dans le site de la FIJ et celui du SJM. Cette étude montre que les femmes ne représentent même pas 5% des postes de décisions dans les médias en Mauritanie. Elles n’ont jamais dépassé le poste de chef de service, et même ces rares privilégiées ne coiffent jamais des services où les décisions importantes sont prises. Elles sont souvent remisées aux archives. Cela démontre la grande discrimination dont sont victimes les femmes journalistes en Mauritanie. Nous nous félicitons cependant, car depuis que l’étude a été publiée, on a constaté de légères améliorations. C’est trop peu encore, même si pour la première fois à Radio Mauritanie, il y a une professionnelle du journalisme, qui a été nommée directrice adjointe de la radio. Il y a une autre professionnelle, qui est par exemple Conseillère chargée de la presse à la Primature. Nous nous réjouissons de ces avancées même si nous estimons qu’elles ne sont pas à la hauteur souhaitée. Il faudrait que les femmes renforcent davantage leur présence dans les sphères de décisions au niveau des medias en Mauritanie pour qu’elles puissent prouver d’abord leurs talents et faire porter leurs messages. Elles ont un rôle à jouer dans la famille et elles jouent un rôle déjà en politique et pourquoi pas dans les medias.
L’Authentique : dans quelles mesures les medias peuvent ils rendre justice à la femme journaliste en Mauritanie ?
Raky Sall : c’est très simple ; il suffit juste de réviser les prétextes avancés, selon lesquels les femmes ne sont pas aux postes de décisions, parce quelles ne sont pas formées, même si rien n’a été fait pour y remédier, et qu’on nous sorte de ce cercle vicieux. En fait, quand une formation s’offre, les responsables choisissent toujours les hommes, sous prétexte que i les femmes ne peuvent pas voyager à cause de leurs charges familiales. Pourtant, de telles considérations tombent quand il s’agit d’une politicienne. Les femmes ministres ne sont-elles pas mères de famille. Dans les medias, on continue d’entretenir de faux prétextes pour empêcher aux femmes de se former. On parle encore de temps, alors que les monteurs sont connus pour leur surplus de travail ; et pourtant le montage est uniquement réservé aux femmes. A la télévision, elles travaillent jusqu’à minuit. Donc ce n’est plus un prétexte de dire que c’est parce qu’elles sont mères de familles ou qu’elles sont ceci ou cela qu’elles ne peuvent pas accéder aux postes de décisions.
Mohamed Abdellahi Dahhy (Stagiaire).
Source: http://lauthentic.info
L’Authentique : parlez-nous un peu de vous, Raky.
Racky Sy : qu’est-ce à dire sinon que je suis journaliste à la télévision de Mauritanie, une boîte que j’ai intégré tout à ses débuts en 1984. Aujourd’hui, je collabore en plus, depuis quelques mois, avec la nouvelle radio "Mauritanide FM ". Je suis également membre du bureau exécutif chargé justement des questions de genre au sein du Syndicat des journalistes de Mauritanie (SJM) et membre du bureau exécutif du Réseau africain des journalistes engagés dans la lutte contre la tuberculose et le paludisme.
L’Authentique : comment êtes-vous venue dans le métier ?
Raky Sy : le journalisme, pour être honnête, je l’ai embrassé par pur hasard. Il faut dire que du temps où la Télévision de Mauritanie n’était encore qu’un simple projet, les responsables avaient du mal à trouver une femme qui accepterait de faire de la télé. Et c’est par pur hasard que je fus choisi. J’ai ainsi débuté par un petit stage à Radio Mauritanie en attendant d’en trouver dans le domaine de la télévision avant le démarrage effectif de TVM. Aujourd’hui, après 26 ans d’expériences, je crois m’être entièrement accomplie.
L’Authentique : selon vous, aujourd’hui quel rôle et quelle présence occupe la femme journaliste en Mauritanie ?
Raky Sy : ce sujet me porte beaucoup à cœur. Comme je l’ai dit, je suis chargée des questions de genres, c’est-à-dire de tout ce qui concerne les femmes journalistes au sein du SJM. Je me rends compte que dans le domaine de la presse, les femmes journalistes ont peu de place. Certes, je me réjouis maintenant de constater qu’il y a autant de femmes journalistes en Mauritanie qu’il y en avait il y a vingt ans. A l’époque, j’étais l’unique femme journaliste à la télévision de Mauritanie.
Bien entendu, plusieurs autres sont venues quelques années plus tard, mais au tout début j’étais toute seule. Et là, je n’ai pas besoin de vous décrire l’atmosphère dans lequel je travaillais, entourée seulement d’hommes.
Je suis très heureuse aujourd’hui de constater que nous sommes devenues plus nombreuses, surtout avec la libéralisation de l’audiovisuel, le développement de la presse publique et de la presse privée.
L’Authentique : pourquoi pas carrément un syndicat de femmes journalistes en Mauritanie ?
Raky Sy : écoutez, autant que je me charge de toutes ces questions de femmes journalistes en Mauritanie, autant je me réjouis qu’il existe déjà deux réseaux de femmes journalistes. Il s’agit de l’Union des Femmes Journalistes ( UFJ) et du Réseau des Femmes Journalistes (RFJ). Il se trouve que toutes ces femmes qui appartiennent à ses deux réseaux, sont également membres du SJM (Syndicat des journalistes en Mauritanie). Nous représentons pas moins de 30% des journalistes en Mauritanie. Après tout, je trouve que c’est déjà un bon quota.
L’Authentique : les medias locaux prennent-ils en compte la question genre ou continuent-ils à entretenir l’image iconoclaste de la femme mauritanienne ?
Raky Sy : justement, les médias ne respectent pas l’option genre, une stratégie devenue nationale, dans la mesure où les femmes qui représentent 51% de la population sont sous représentées dans le monde des médias. Il y a beaucoup de femmes journalistes et beaucoup de femmes compétentes dans les médias qui n’ont aucune visibilité à cause des mentalités rétrogrades de la société. C’est d’autant plus surprenant que la femme a littéralement percé dans d’autres domaines, comme la politique, où l’on compte beaucoup de femmes maires, conseillères municipales, députés, sénatrices et même ministres. Nous sommes allées jusqu’à nous distinguer sur le plan africain et arabe avec une femme ministre des Affaires étrangères. Dans le domaine politique toujours, les femmes sont parvenues à obtenir un quota de 22% de représentativité et se dirigent vers la parité avec les hommes au sein du Parlement. La campagne qu’elles mènent aujourd’hui, c’est pour atteindre un quota de 30%.
Paradoxalement, au niveau des médias, les femmes demeurent invisibles. Notre objectif au SJM est de parvenir à une plus grande présence dans les centres de décision, car je me rends compte qu’il y a une énorme injustice contre les femmes au niveau des médias. C’est le rôle qui m’est assignée au sein du syndicats, car nous pensons que le peu d’accès des femmes au sein des centres de décision expliquent leur manque de visibilité dans ce domaine. La même préoccupation m’a été notifiée, même au niveau de la FIJ (fédération internationale
Encadré
“Les femmes ne représentent même pas 5% des postes de décisions dans les médias en Mauritanie”
des journalistes) qui m’avait chargé l’année dernière de faire une étude comme celle effectuée en Algérie et dans d’autres pays africain sur l’égalité des genres dans les medias.
L’étude que j’ai faite est disponible dans le site de la FIJ et celui du SJM. Cette étude montre que les femmes ne représentent même pas 5% des postes de décisions dans les médias en Mauritanie. Elles n’ont jamais dépassé le poste de chef de service, et même ces rares privilégiées ne coiffent jamais des services où les décisions importantes sont prises. Elles sont souvent remisées aux archives. Cela démontre la grande discrimination dont sont victimes les femmes journalistes en Mauritanie. Nous nous félicitons cependant, car depuis que l’étude a été publiée, on a constaté de légères améliorations. C’est trop peu encore, même si pour la première fois à Radio Mauritanie, il y a une professionnelle du journalisme, qui a été nommée directrice adjointe de la radio. Il y a une autre professionnelle, qui est par exemple Conseillère chargée de la presse à la Primature. Nous nous réjouissons de ces avancées même si nous estimons qu’elles ne sont pas à la hauteur souhaitée. Il faudrait que les femmes renforcent davantage leur présence dans les sphères de décisions au niveau des medias en Mauritanie pour qu’elles puissent prouver d’abord leurs talents et faire porter leurs messages. Elles ont un rôle à jouer dans la famille et elles jouent un rôle déjà en politique et pourquoi pas dans les medias.
L’Authentique : dans quelles mesures les medias peuvent ils rendre justice à la femme journaliste en Mauritanie ?
Raky Sall : c’est très simple ; il suffit juste de réviser les prétextes avancés, selon lesquels les femmes ne sont pas aux postes de décisions, parce quelles ne sont pas formées, même si rien n’a été fait pour y remédier, et qu’on nous sorte de ce cercle vicieux. En fait, quand une formation s’offre, les responsables choisissent toujours les hommes, sous prétexte que i les femmes ne peuvent pas voyager à cause de leurs charges familiales. Pourtant, de telles considérations tombent quand il s’agit d’une politicienne. Les femmes ministres ne sont-elles pas mères de famille. Dans les medias, on continue d’entretenir de faux prétextes pour empêcher aux femmes de se former. On parle encore de temps, alors que les monteurs sont connus pour leur surplus de travail ; et pourtant le montage est uniquement réservé aux femmes. A la télévision, elles travaillent jusqu’à minuit. Donc ce n’est plus un prétexte de dire que c’est parce qu’elles sont mères de familles ou qu’elles sont ceci ou cela qu’elles ne peuvent pas accéder aux postes de décisions.
Mohamed Abdellahi Dahhy (Stagiaire).
Source: http://lauthentic.info
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