Ibrahima Diawadoh N’Jim Plaide pour une refondation de l’islam en France ( LOPINION)



Ibrahima Diawadoh N’Jim Plaide pour une refondation de l’islam en France ( LOPINION)
La société française semble de plus en plus marquée par la crainte de l’émergence d’un islam militant qui nourrit le sentiment d’une identité nationale agressée…

Ce sentiment d’insécurité identitaire s’est accru depuis les attaques terroristes qui ont frappé notre pays. Ce climat génère des crispations, pour les uns, marqués par une stigmatisation des citoyens de confession musulmane, pour les autres, ayant l’impression d’être soumis à un prosélytisme violent, l’ensemble de nature à rompre le pacte républicain.

La polémique sur le voile est récemment revenue sur le devant de la scène. Comment l’analysez-vous ?

Le Coran n’a jamais donné de description explicite sur la manière de s’habiller, si ce n’est de couvrir des parties sensibles. Le port de la burqa, par exemple, est une tradition orientale très peu appliquée dans les autres régions du monde. Le texte sacré insiste par contre sur la foi, le comportement personnel et la conduite à tenir vis-à-vis des autres. Cette polémique, instrumentalisée politiquement, est bien secondaire par rapport aux vrais problèmes des Français de confession musulmane et au regard que portent leurs concitoyens vis-à-vis de l’islam. Tous les partis l’utilisent. La droite et l’extrême droite surfent sur les valeurs chrétiennes et sur la peur de musulmans pour capter un électorat. Les gauchistes parlent de stigmatisation pour s’attirer leur faveur, et la gauche laïque évite de parler des difficultés d’intégration et du vivre ensemble…

Le voile n’est-il pas un handicap à l’insertion professionnelle ?


Le port du voile ne vaut pas que l’on perde un emploi ou que l’on éprouve des difficultés à en trouver. C’est de la responsabilité de la communauté musulmane d’informer et d’expliquer à ses enfants que l’éducation et le travail sont les premières valeurs de l’islam. Les musulmans de France ont parfois du mal à comprendre qu’ils ne vivent pas en terre d’islam mais dans un pays de tradition chrétienne. Ils ne doivent pas susciter de méfiance chez leurs compatriotes.

« La polémique sur le voile ne concerne que les femmes dans une forme d’image idéalisée de celles-ci. Les hommes ne sont pas critiqués quand ils portent leur gandoura »

Comment les opinions publiques vivent-elles ces polémiques au sud de la Méditerranée ?


Cela les étonne, les amuse parfois, entraîne aussi beaucoup d’incompréhension alors que les différentes modes vestimentaires cohabitent assez bien chez eux. En Occident, il n’y a que la France qui ait une approche aussi radicale de laïcité. En Angleterre et en Belgique, les gens s’habillent comme bon leur semble. De plus, cette polémique ne concerne que les femmes dans une forme d’image idéalisée de celles-ci. Les hommes ne sont pas critiqués quand ils portent leur gandoura.

Mickaël Harpon, l’agent de la préfecture de police qui a tué quatre personnes en octobre, est passé entre les mailles du filet. Quels sont les itinéraires de la radicalisation en France ?

Les itinéraires sont multiples même si l’on a souvent affaire à des personnes qui ne se retrouvent plus dans l’islam pratiqué par leurs parents. Nombreux sont ceux qui traînent une souffrance non soignée par la société. Ils ont pu notamment connaître un échec scolaire, grandir dans une famille monoparentale… Il y a ceux qui cherchent une revanche et une identité qu’ils peuvent d’abord aller chercher dans des différents courants (Frères musulmans, tablighs, salafistes), une étape avant de rejoindre des groupes extrémistes terroristes. Ils pourront ainsi exprimer la haine de la société dans laquelle ils vivent. Il y a aussi des jeunes qui cherchent un sens à leur vie et une quête de spiritualité qui, elle aussi, peut trouver un premier terrain d’expression dans ces courants. Enfin, il y a les convertis. Il s’agit de personnes éprouvant de la rancœur à l’égard de la société ou bien cherchant une spiritualité apaisante. Ils suivent souvent le même parcours que les précédents profils et basculent vers les groupes jihadistes car leur soif n’est pas satisfaite. Certains convertis, très haineux, ont un basculement plus rapide via les prêches d’extrémistes sur les réseaux sociaux et internet. On les appelle les « convertis par Google ».

Que peuvent faire les pouvoirs publics ?


On ne pourra régler le problème de tous les radicalisés. Mais la société doit essayer de sauver les enfants de la République. Pour cela, il faut réaliser un diagnostic de la souffrance originelle des radicalisés, de leurs échecs de vie, des raisons de la mésestime de soi, du rejet de la société qu’ils ont pu nourrir. Il faut aussi analyser les motivations du passage à l’acte. Et ensuite trouver les moyens de les ramener dans une vie sereine au sein de la société. Cela passe par une thérapie psychologique, un réapprentissage de l’islam « éclairé », un travail sur l’insertion professionnelle. Cela demande des moyens et une approche multidisciplinaire.

En l’absence de statistiques ethniques et confessionnelles, à combien estimez-vous le nombre de musulmans français ?

Depuis trente ans, les politiques et les médias parlent d’une communauté musulmane comprise entre 5 et 6 millions de personnes, occultant les vrais chiffres dans une volonté délibérée de la sous-estimer. Elle est, en fait, de l’ordre de 8 à 10 millions, soit plus de 10 % des Français. Et elle sera encore plus nombreuse en 2050. Pour s’en rendre compte, il n’y a qu’à compulser le registre des naissances dans les mairies.

Quels sont les obstacles qui empêchent l’émergence d’un islam de France reconnu et fédérateur ?


Composé de plusieurs communautés d’origine, l’islam en France se confronte à plusieurs défis : absence de clergé à l’exception des obédiences chiites et soufies qui offrent un espace « militant » à des représentations radicales, confrontation générationnelle entre jeunes nés en France et citoyens ou résidents étrangers issus des vagues d’immigration passées, influences d’États étrangers (Maroc, Algérie, Turquie, Tunisie) voient encore leur communauté d’immigration un vecteur d’influence – alors que la nouvelle génération tend à s’en éloigner, se tournant vers l’islam militant et rigoriste qui conduit vers le repli identitaire et le communautarisme.

Faut-il refonder l’islam de France ?

L’émergence d’un islam de France est à même de promouvoir un rayonnement et une identité positive des musulmans. Or jusqu’à présent, aucun signal fort en direction d’une citoyenneté plus « visible » n’a été engagé par les majorités successives.​ Une requalification de la Fondation pour l’islam de France, en lui attribuant des objectifs à caractère culturel et aussi cultuel, devrait permettre d’apporter une première réponse. La FIF doit être la plateforme pour aider à la construction de lieux de culte, le « centre ressources » pour former imams et aumôniers, un pôle référencé pour s’assurer de la sécurisation des départs et retours des pèlerins à La Mecque. Elle devra être décentralisée, s’investir pour contrecarrer le discours fondamentaliste et favoriser davantage l’intégration des musulmans français d’origine subsaharienne. La FIF remédiera ainsi aux insuffisances de représentativité et d’encadrement du Conseil français du culte musulman (CFCM), à qui elle apportera un appui technique pour le financement, la construction et la gestion des mosquées. De son côté, le CFCM doit se réorganiser pour intégrer les musulmans originaires des anciennes colonies d’Afrique occidentale, la nouvelle génération et les femmes.

Comment financer la FIF qui a peu de moyens ?

Des financements pérennes sont le seul moyen de lui conférer une légitimité et un centre de gravité politique. Elles pourraient provenir d’une taxe sur le halal généralisée, alors que seules les mosquées d’Évry, Lyon et Paris sont aujourd’hui autorisées à certifier les produits ; de la sécurisation de l’aumône (zakat individuel ou collectif) avec un dispositif fiscal de déductibilité (dans le mode des carnets des bâtisseurs) qui permettrait une meilleure transparence et efficience du dispositif. L’Etat doit aussi négocier avec l’Arabie saoudite une taxe sur les visas de pèlerins se rendant à La Mecque. Enfin, il faut faire appel aux grands industriels qui ont été les principaux employeurs des travailleurs immigrés ces 50 dernières années (automobile, BTP).

Pascal Airault

Source: http://afriquemidi.com

Lundi 25 Novembre 2019
Boolumbal Boolumbal
Lu 748 fois

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Vous pouvez vous exprimer sur tous les articles publiés ici, mais veuillez vous abstenir d'insulter ou de vous attaquer à des personnes.

Merci de votre compréhension.
La rédaction


Recherche


Inscription à la newsletter