FORCE ET FAIBLESSE DE GHAZOUANI FACE À AZIZ…



Sa force psychologique est largement prouvée par sa capacité à inspirer confiance à des forces contraires qui n’ont parfois rien en commun sinon une détestation partagée et une rancune tenace. Cette force est un atout inestimable quand on hérite d’un pays divisé avec des tensions à tous les niveaux dont les plus explosives sont de trois natures :

Tensions économiques dues à l’écart de train de vie entre les grands patrons, les hauts fonctionnaires et la population avec entre eux une classe moyenne appauvrie alors que ce sont sur ses épaules que respire le peuple.

Tensions au coeur de la société maure entre hratine et beidhânes cruellement cultivées par le régime Azizien pour faire le jeu d’un Birame.

Et tensions au coeur de l’armée au sujet du sort à réserver à Aziz sinon il se ferait plus discret et n’oserait jamais devenir opposant déclaré à celui qui a la confiance de l’armée et à qui il doit d’avoir passé deux mandats à ne penser qu’à s’enrichir et diviser le pays pour assurer ses arrières.

La force psychologique de Ghazaouni et sa parfaite connaissance du millefeuille social en Mauritanie lui ont permis d’avoir le soutien de l’armée, du parti au pouvoir et même une certaine sympathie de l’opposition radicale à Aziz. Ghazouani sait très bien comment éteindre la rage des uns et satisfaire les forces en présence en les faisant participer au pouvoir directement ou indirectement suivant de complexes ressorts.

Sa faiblesse réside dans la nature de son arrivée au pouvoir à savoir par les urnes sans coup d’état. Si Aziz était resté tranquille et avait continué dans son coin à soutenir celui que l’armée et les partis de la majorité ont choisi comme président, Ghazouani aurait pu tranquillement continuer sa cuisine politique sans vagues mais depuis qu’Aziz a osé ouvertement s’en prendre au régime Ghazouanien, les choses se compliquent car Aziz n’est pas n’importe qui : il a les secrets d’Etat, la fortune, une soif de pouvoir inextinguible, il est jusqueboutiste quel que soit le prix pour le pays et il a tout le temps devant lui…

Il importe aux mauritaniens de savoir qui le chef aujourd’hui sachant que le peuple ne pardonne pas la faiblesse. Aziz a été un dictateur pendant plus de 10 ans, il a fait ce qu’il a voulu de ce pays, il n’y avait que 4 issues pour lui :
continuer à vie jusqu’à ce qu’un coup d’état ne l’emporte violemment ou à la mauritanienne en l’envoyant en exil, mourir tranquillement de vieillesse dans le palais car cela arrive aussi ou partir tranquillement avec le soutien de l’armée pour une transition sans vague.

Il a choisi la quatrième voie, la plus périlleuse pour tout le monde à savoir l’affrontement avec le pouvoir qui l’a protégé pendant 10 ans et qui était prêt à le faire après son départ. Il a choisi l’affrontement pour prouver qu’il est intouchable car il tient des dossiers sur ceux qui oseraient s’en prendre à lui ou parce qu’il est persuadé que l’armée exploserait si certains généraux décidaient de lui faire la peau sérieusement c’est-à-dire la prison et les biens confisqués sans épargner la famille impliquée dans les affaires douteuses jusqu’à ce que tous coopèrent en remboursant les milliards dont il est question.

Ce n’est un secret pour personne qu’il se murmure à Nouakchott que Ghazouani pacifiste par nature serait sous l’influence de certains généraux qui veulent régler son compte à Aziz alors que c’est plus difficile que cela ne paraît car Aziz a beaucoup de sympathisants fruits de l’héritage culturel qu’Aziz a réactivé pendant dix ans : ils pensent impossible de laisser un marabout issu d’une tribu parmi les plus riches du pays faire la peau à un guerrier, ce serait leur donner les pleins pouvoirs. Telle est la carte maîtresse d’Aziz.

Aziz sait aussi que Ghazouani n’ira pas le maltraiter sans savoir ce qui lui arriverait le jour où il quittera le pouvoir.

On comprend facilement qu’après un Aziz qui a imposé sa loi par la force à tous les niveaux : humiliant les anciens grands patrons pour imposer les siens sortis de nulle part, décidant de tout, vendant tout, achetant n’importe quoi, décidant de changer drapeau, hymne et même la monnaie, les mauritaniens peuvent trouver faible un régime qui le laisserait jouer sa carte subversive en toute impunité jusqu’à réussir à se faire passer pour une victime d’un régime plus corrompu que lui. Argument qui fait son chemin chez ceux qui oublient que celui qui a dirigé le pays d’une main de fer, décidant de tout ne peut pas se plaindre d’être tenu pour premier coupable. Pas le courage d’assumer, gonflé hier, lâche aujourd’hui…

On raconte qu’il dit partout que le pays est tenu « par le mrabet et le hartani » sachant l’impact dans l’imaginaire d’une société paumée qu’il a enfumée au nom de la grandeur des guerriers, la corruption des marabouts et le mépris des hratine qu’il a marginalisés comme personne avant lui contrairement à l’histoire de toutes les tribus dans ce pays où les liens entre hratine, beidhanes et même négro-mauritaniens étaient bien plus nobles à tous les niveaux comme les deux gouvernements sous Ghazouani l’incarnent de nouveau jusqu’à la présidence.

La faiblesse de Ghazouani est au niveau de l’image dans la société car il s’occupe de l’articulation du pouvoir qui peut atteindre son fauteuil en négligeant son image dans le monde médiatique où, à tort ou à raison, se fait toute réputation. Il pourra continuer ainsi tranquillement un mandat ou même deux en faisant traîner le sort d’Aziz, c’est jouable pourvu qu’ensuite un Hanana Ould Sidi prenne la relève ou un Bouamatou mais il risque de ne pas laisser l’image d’un président fort car il aura supporté les bâtons dans les roues d’un ex président qui a mis le pays à genoux.

Cela dit, Ghazouani sait mieux ce qu’il fait. La suite appartiendra soit à Hanana Ould Sidi ou Bouamatou. Bouamatou va-t-il encore attendre 9 ans avec Ghazouani suivis de 10 ans avec Hanana Ould Sidi ? Certainement pas car l’argent il en a assez et ce qui l’intéresse c’est autre chose considérant les moyens avec lesquels il a soutenu quasiment tous les acteurs de la vie politique et médiatique, sa candidature serait largement soutenue par la majorité des faiseurs d’opinion et la majorité suivrait car contrairement à Aziz, Bouamatou est généreux.

Ce serait alors le retour du pouvoir aux civils depuis 1978 même si tout cela ne veut plus rien dire vu les liens entre les uns et les autres mais ça c’est une autre histoire…

Ahmed Ould Soueid Ahmed


Source: http://adrar-info.net

Dimanche 6 Septembre 2020
Boolumbal Boolumbal
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