Il y a un peu plus de trois mois que Biram 0/Dah 0/ Abeid est en prison. Le président de IRA est incarcéré suite à l’autodafé des livres malékites que, lui et son mouvement considèrent comme faisant l’apologie de l’esclavage. Son jugement, ouvert une première fois le 27 juin est suspendu depuis, pour raisons inexpliquées. Le dossier étant sensible, il devrait être manié avec précaution tant il engage l’avenir du pays dans ses équilibres socio politiques. L’acte posé par Biram a suscité une grande controverse. Beaucoup l’ont décrié .Certains l’ont approuvé .D’autres l’ont juste compris .Mais que ce cache –t-il derrière ce geste à tout point de vue désespéré ? Est ce l’expression maladroite d’un ressentiment mal digéré, d’une colère non contenue ? Est- ce au contraire la manifestation d’un acte réfléchi, mûri et découlant d’une analyse approfondie ?
Quelque soit l’interprétation qu’on peut se faire de cet acte, l’honnêteté intellectuelle et la probité morale recommandent de reconnaître sa haute portée symbolique. C’est un courage inouï que de s’attaquer en terre d’Islam à une des nombreuses expressions de ce patrimoine .Il faut être assez fou ou suffisamment téméraire et convaincu du résultat pour taper aussi fort !
Par ce geste Biram entrevoit une possibilité, explore une voie, inaugure une nouvelle méthode.
Il semble que ce geste repose sur une connaissance fouillée des dimensions psychologiques de l’homme mauritanien et une parfaite analyse de l’histoire des luttes anti -esclavagistes dans le pays. Le mauritanien se caractérise de prime abord par une aversion tenace à l’immobilisme. C’est un être figé dans l’espace et dans le temps .En dépit de son caractère nomade, il est resté empêtré dans son univers où le quotidien est un éternel recommencement, un inamovible rituel du « déjà vu ».Tout est à l’identique ou presque. Un confort idéel où rien ne vient perturber la quiétude des lieux et des convictions et où seul l’œil tient lieu de baromètre de l’existence.
Une telle disposition psychologique imprime au mental des hommes une marque forte où le changement est entrevue sous le prisme d’une possibilité infime, d’une probabilité nulle.
Les attitudes, les aptitudes, les croyances et les idées restent ancrées dans un vécu figé où toute nouveauté génère froide répulsion.
Les hommes politiques, depuis toujours ont conjugué avec ce confortable « sommeil dogmatique » pour s’octroyer la plus déconcertante facilité de gouverner un pays : point d’innovation, que du réchauffé !
Jamais l’idée de république, de Nation ,d’Etat n’ont germé dans l’esprit du mauritanien qui s’accommode de quelques expressions furtives sans réel contenant .La démocratie se résume à quelques chantiers saisonniers arrosés de déclamations appuyées mais sans grande conviction .
Rien de plus !Le reste est affaire de tribus, d’alliances et de pouvoir .Les forts gèrent l’Etat et les faibles sont protégés par….les forts en contrepartie d’une soumission aveugle, d’un asservissement sénile : compromis social où chacun, dans une parfaite immobilité physique reste à sa place ,garde son statut et son rôle .Pas de place pour les invectives ,les remises en cause !laissez dormir !Si vous avez quelque chose à dire, dites le gentiment,calmement et on ira somnolents et trébuchants à l’Assemblée pour voter une loi criminalisant l’esclavage et une autre pour absoudre les crimes de sang .On priera même s’il le faut,la prière des « absents » et on reprendra place dans notre canapé et on continuera à ronfler de ces sommeils lourds d’après « Thajin » dans une prairie verdoyante d’une fin d’hivernage au Hodh !
C’est comme cela, c’était comme cela jusqu’à cette soirée du mois de mai. Sursaut général, réveil brutal. D’où vient l’attaque ? De l’intérieur ? Biram ! Encore lui !
Il venait à grands coups de marteau de malmener notre douteuse quiétude ! Que reproche –t-il à cette douce et collective hypnose nationale ? Les questions fusent .L’indignation feinte et réelle battent le pavé !les vieux réflexes sortent des placards. Le théâtre national s’emballe. Mais le traumatisme est tel que tout s’estompe vite .On est assommé !
Pour la première fois nous sommes amenés à nous interroger sur nous-mêmes, à fouiller dans les profondeurs de nos « aisances douillettes » à scruter à l’intérieur de nos « trésors historiques » pour retrouver le nid d’une vulgaire injustice faite à des hommes et des femmes au nom d’une traître histoire dont ils n’auront pas été les acteurs ! Nos trésors nous trahissent .Le sommeil a été trop long, trop lourd .Le débat doit se faire ! Et il se fit !
Des sonorités différentes dans notre longue chanson -berceuse qui prend désormais un goût fétide. L’esclavage se pare de ses nouveaux habits, idéologiques, immondes. La critique et l’autocritique sont inévitables .Elles deviennent les remparts contre une risée nationale et même internationale.
Biram avait voulu explorer une nouvelle voie .Il y est arrivé : L’esclavage dans nos consciences meurtries, nos âmes révoltées .Déconstruction !c’est par là qu’il fallait commencer ! Il voulait faire différemment que Messaoud, que Boubacar qui ont gagné en notoriété personnelle mais sans vraiment faire avancer la cause. Lui, a réussi à faire quitter la question de l’esclavage du champ politique pour l’amener en terrain social, dans le vécu des gens, dans leur intimité. Il n’est plus un paragraphe apposé au bas d’une constitution, d’un projet de loi présenté à l’assemblée nationale. Désormais il hante nos sommeils perturbés et nos consciences meurtries .Dans toutes les familles on s’ajuste, on s’amende : des contrats de travail en bonne et due forme… pour tous ! Sa méthode a eu le mérite d’être innovante et efficiente. Cela mérite respect.
Il a compris qu’ici, dans ce pays le niveau d’éveil (au propre comme au figuré) étant assez faible, n’est audible que ce qui sort de l’ordinaire, ce qui relève de l’extraordinaire.
Seuls les « grands coups » trouvent les retentissements espérés, les échos attendus.
Son autodafé a blessé, heurté des sensibilités mais a eu le mérite de poser un problème différemment et d’instaurer un débat en notre sein .C’est ce qu’il recherchait. C’est sa première victoire .La notre aussi ; celle de la Mauritanie progressiste qui affronte son passé sans faux fuyants, avec lucidité et courage.
La question, pour nous n’est pas d’approuver ou de désapprouver ce qu’il a fait .La question n’est même pas de l’aimer ou de le détester lui Biram, la question pour nous, mauritaniens est, loin des susceptibilités à fleur de peau, de savoir si ce qu’il a fait a permis de nous mener vers le débat, à l’introspection et à l’autocritique ! Si NON, on peut envisager de le juger pour l’acte mais si OUI alors c’est une hérésie que de le garder encore en prison .Car « rien de grand ne se fait sans passion. » Et plus que beaucoup d’entre nous plus prompts à verser dans la facilité et l’immobilisme, il aura été un précurseur, de la trempe de ceux qui, par la magie de l’Idée et de l’innovation font avancer les peuples et les sociétés en leur épargnant les soubresauts des faux compromis…
Qu’on ne se trompe pas d’adversaire !
Source: http://www.fr.alakhbar.info
Quelque soit l’interprétation qu’on peut se faire de cet acte, l’honnêteté intellectuelle et la probité morale recommandent de reconnaître sa haute portée symbolique. C’est un courage inouï que de s’attaquer en terre d’Islam à une des nombreuses expressions de ce patrimoine .Il faut être assez fou ou suffisamment téméraire et convaincu du résultat pour taper aussi fort !
Par ce geste Biram entrevoit une possibilité, explore une voie, inaugure une nouvelle méthode.
Il semble que ce geste repose sur une connaissance fouillée des dimensions psychologiques de l’homme mauritanien et une parfaite analyse de l’histoire des luttes anti -esclavagistes dans le pays. Le mauritanien se caractérise de prime abord par une aversion tenace à l’immobilisme. C’est un être figé dans l’espace et dans le temps .En dépit de son caractère nomade, il est resté empêtré dans son univers où le quotidien est un éternel recommencement, un inamovible rituel du « déjà vu ».Tout est à l’identique ou presque. Un confort idéel où rien ne vient perturber la quiétude des lieux et des convictions et où seul l’œil tient lieu de baromètre de l’existence.
Une telle disposition psychologique imprime au mental des hommes une marque forte où le changement est entrevue sous le prisme d’une possibilité infime, d’une probabilité nulle.
Les attitudes, les aptitudes, les croyances et les idées restent ancrées dans un vécu figé où toute nouveauté génère froide répulsion.
Les hommes politiques, depuis toujours ont conjugué avec ce confortable « sommeil dogmatique » pour s’octroyer la plus déconcertante facilité de gouverner un pays : point d’innovation, que du réchauffé !
Jamais l’idée de république, de Nation ,d’Etat n’ont germé dans l’esprit du mauritanien qui s’accommode de quelques expressions furtives sans réel contenant .La démocratie se résume à quelques chantiers saisonniers arrosés de déclamations appuyées mais sans grande conviction .
Rien de plus !Le reste est affaire de tribus, d’alliances et de pouvoir .Les forts gèrent l’Etat et les faibles sont protégés par….les forts en contrepartie d’une soumission aveugle, d’un asservissement sénile : compromis social où chacun, dans une parfaite immobilité physique reste à sa place ,garde son statut et son rôle .Pas de place pour les invectives ,les remises en cause !laissez dormir !Si vous avez quelque chose à dire, dites le gentiment,calmement et on ira somnolents et trébuchants à l’Assemblée pour voter une loi criminalisant l’esclavage et une autre pour absoudre les crimes de sang .On priera même s’il le faut,la prière des « absents » et on reprendra place dans notre canapé et on continuera à ronfler de ces sommeils lourds d’après « Thajin » dans une prairie verdoyante d’une fin d’hivernage au Hodh !
C’est comme cela, c’était comme cela jusqu’à cette soirée du mois de mai. Sursaut général, réveil brutal. D’où vient l’attaque ? De l’intérieur ? Biram ! Encore lui !
Il venait à grands coups de marteau de malmener notre douteuse quiétude ! Que reproche –t-il à cette douce et collective hypnose nationale ? Les questions fusent .L’indignation feinte et réelle battent le pavé !les vieux réflexes sortent des placards. Le théâtre national s’emballe. Mais le traumatisme est tel que tout s’estompe vite .On est assommé !
Pour la première fois nous sommes amenés à nous interroger sur nous-mêmes, à fouiller dans les profondeurs de nos « aisances douillettes » à scruter à l’intérieur de nos « trésors historiques » pour retrouver le nid d’une vulgaire injustice faite à des hommes et des femmes au nom d’une traître histoire dont ils n’auront pas été les acteurs ! Nos trésors nous trahissent .Le sommeil a été trop long, trop lourd .Le débat doit se faire ! Et il se fit !
Des sonorités différentes dans notre longue chanson -berceuse qui prend désormais un goût fétide. L’esclavage se pare de ses nouveaux habits, idéologiques, immondes. La critique et l’autocritique sont inévitables .Elles deviennent les remparts contre une risée nationale et même internationale.
Biram avait voulu explorer une nouvelle voie .Il y est arrivé : L’esclavage dans nos consciences meurtries, nos âmes révoltées .Déconstruction !c’est par là qu’il fallait commencer ! Il voulait faire différemment que Messaoud, que Boubacar qui ont gagné en notoriété personnelle mais sans vraiment faire avancer la cause. Lui, a réussi à faire quitter la question de l’esclavage du champ politique pour l’amener en terrain social, dans le vécu des gens, dans leur intimité. Il n’est plus un paragraphe apposé au bas d’une constitution, d’un projet de loi présenté à l’assemblée nationale. Désormais il hante nos sommeils perturbés et nos consciences meurtries .Dans toutes les familles on s’ajuste, on s’amende : des contrats de travail en bonne et due forme… pour tous ! Sa méthode a eu le mérite d’être innovante et efficiente. Cela mérite respect.
Il a compris qu’ici, dans ce pays le niveau d’éveil (au propre comme au figuré) étant assez faible, n’est audible que ce qui sort de l’ordinaire, ce qui relève de l’extraordinaire.
Seuls les « grands coups » trouvent les retentissements espérés, les échos attendus.
Son autodafé a blessé, heurté des sensibilités mais a eu le mérite de poser un problème différemment et d’instaurer un débat en notre sein .C’est ce qu’il recherchait. C’est sa première victoire .La notre aussi ; celle de la Mauritanie progressiste qui affronte son passé sans faux fuyants, avec lucidité et courage.
La question, pour nous n’est pas d’approuver ou de désapprouver ce qu’il a fait .La question n’est même pas de l’aimer ou de le détester lui Biram, la question pour nous, mauritaniens est, loin des susceptibilités à fleur de peau, de savoir si ce qu’il a fait a permis de nous mener vers le débat, à l’introspection et à l’autocritique ! Si NON, on peut envisager de le juger pour l’acte mais si OUI alors c’est une hérésie que de le garder encore en prison .Car « rien de grand ne se fait sans passion. » Et plus que beaucoup d’entre nous plus prompts à verser dans la facilité et l’immobilisme, il aura été un précurseur, de la trempe de ceux qui, par la magie de l’Idée et de l’innovation font avancer les peuples et les sociétés en leur épargnant les soubresauts des faux compromis…
Qu’on ne se trompe pas d’adversaire !
Source: http://www.fr.alakhbar.info
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