En Guinée, le pouvoir de transition se fait de plus en plus répressif



Le quotidien burkinabè “Le Pays” s’inquiète de la situation en Guinée : les dernières manifestations ont été réprimées et la société civile semble subir une mise au pas alarmante. L’état de grâce relatif de Mamadi Doumbouya, qui a succédé à Alpha Condé après le coup d’État, semble désormais terminé.

Après la marche du 28 juillet dernier qui, selon les organisateurs, a laissé quatre cadavres [5 morts, selon le ministre de la Justice] sur le carreau, le climat sociopolitique reste très tendu en Guinée.

En effet, alors même que le Front national pour la défense de la Constitution [FNDC, regroupement civique qui, de 2019 à 2021, avait orchestré la mobilisation contre le président Condé, finalement renversé par les militaires] a, à la demande de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), suspendu les manifestations de rue qu’il projetait durant la semaine en cours, plusieurs de ses responsables ont été arrêtés et embastillés.

Il s’agit, pour ne pas les nommer, d’Ibrahim Diallo et de Foniké Mengué, respectivement responsable des opérations et coordonnateur national du FNDC. [Ces deux leaders ont été inculpés et écroués après être passés devant un juge d’instruction, ce 1er août].

Le dernier cité, faut-il le rappeler, a été arrêté aux environs de 1h du matin [dans la nuit du 28 au 29 juillet], cueilli dans son lit par des hommes cagoulés. Des méthodes dignes d’une autre époque, qui traduisent la volonté de la junte de réduire à quia toutes les voix dissonantes en Guinée.

“Pire qu’Alpha Condé”

Mais en érigeant la terreur comme mode de gouvernance, le colonel Mamady Doumbouya oublie volontiers que nul n’est assez fort pour l’être éternellement.

Pire, il file du mauvais coton. En effet, voilà un officier supérieur dont le coup d’État a été salué par bien de ses compatriotes et ce, au regard du contexte sociopolitique dans lequel il a été perpétré, mais qui, en si peu de temps, s’est mué en un tyran hors pair au point qu’il n’hésite pas à réprimer dans le sang les manifestations de rue pacifiques.

Présenté au départ comme un libérateur pour ne pas dire un sauveur, Doumbouya s’est révélé pire qu’Alpha Condé qu’il a renversé en septembre 2021, et qu’il n’a de cesse de vouer aux gémonies.

Tant et si bien que l’espoir qu’il avait suscité a vite laissé la place au désenchantement. Cela dit, sur quelles eaux Mamady Doumbouya compte-t-il conduire le navire battant pavillon Guinée ? C’est la question que plus d’un se pose d’autant que le locataire du palais Sékoutoureya [résidence officielle et bureau du président], en plus de bander les muscles contre ses compatriotes, ne donne aucun gage de sa bonne volonté de rendre le pouvoir aux civils dans un délai raisonnable.

Doumbouya gagnerait à changer son fusil d’épaule

À preuve, alors que le président en exercice de la Cédéao, Umaro Cissoco Embalo, parle d’un compromis trouvé avec la junte au pouvoir, fixant la durée de la transition à deux ans, Conakry dément, estimant que rien n’a été arrêté jusque-là, de commun accord.

C’est dire qu’à l’allure ou vont les choses, la Guinée ne pourra pas éviter les sanctions de la Cédéao qui aura tout de même fait montre de mansuétude. Et si cela arrivait, ce serait par la faute de Doumbouya qui, en plus de raidir la nuque, donne l’impression de ruser avec l’opinion nationale et internationale.

En tout cas, pour autant qu’il veuille d’une transition apaisée, le colonel Doumbouya gagnerait à changer son fusil d’épaule, en initiant un dialogue constructif, fécond et inclusif avec les forces vives à l’effet de discuter des questions qui préoccupent la Guinée.

Le faire serait loin d’être perçu comme un signe de faiblesse mais plutôt un acte de grandeur de la part d’un dirigeant qui sait prendre de la hauteur pour aller à l’écoute de son peuple. Malheureusement, le pouvoir est ainsi fait qu’il rend parfois aveugles ceux qui le détiennent.

Boundi Ouoba

Source : Courrier International - France

Mardi 2 Août 2022
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