Pour la majorité du peuple mauritanien, les élections consistent en une liste nationale électorale, des candidates de partis politiques, des campagnes électorales, des bulletins de vote, des isoloirs et des caisses scellées où on y dépose des bulletins le jour du scrutin.
Une liste électorale nationale consensuelle, une autorité indépendante en charge d’organiser les élections, des observateurs nationaux (observatoire) et des observateurs internationaux, font la fierté des pays ayant atteint ce stade sur la voie de la démocratisation de leur vie politique, économique et sociale.
Concernant les municipales et législatives qui viennent d’être organisées le 23 novembre courant, notre pays a réuni l’essentiel des conditions requises pour organiser des élections justes et transparentes.
L’idéal aurait pu être atteint dans les présentes échéances électorales et le cauchemar d’un probable printemps arabe, éloigné à jamais de nous, si tous les acteurs politiques avaient cautionné de telles conditions et participé, en conséquence, à la compétition.
Quant aux résultats partiels de ces élections, ils reflètent pour certains une régression de notre démocratie alors que pour d’autres, ils font émerger les contours ‘’d’une démocratie à la mauritanienne’’. Celle-ci se caractérise par la prééminence de l’intérêt personnel sur l’intérêt général et un retour et/ou une radicalisation de l’appartenance tribale, régionale, communautaire et même familiale au sens le plus strict du terme.
D’autre part, la tendance des résultats qui parviennent lentement et de manière parcellaire à la CENI, conduira à la disparition de l’opposition dialoguiste (El Wiam, APP et Sawab) et la contraindra avec Tewassoul à se répartir entre la Majorité présidentielle et l’opposition radicale (le parti qui aura gagné plus de sièges à l’Assemblée nationale s’arrangera malgré lui du côté de l’opposition).
Tout analyste intéressé par la compréhension et l’explication des résultats de cette échéance électorale, devra s’intéresser d’une part, à l’inconvénient de la multiplicité des partis politiques et aux anomalies de leur fonctionnement, à la mentalité des mauritaniens, à leurs motivations pour le vote et à leurs attentes des élus.
L’analyse de la répartition tribalo-ethnique par rapport au découpage administratif actuel, du rôle de l’administration et de l’argent, aidera davantage nos académiciens et hommes politiques à caractériser, dans ses formes et son contenu, notre propre démocratie en émergence.
La suppression de la candidature indépendante et d’une ancienne forme répandue du nomadisme politique, est à l’origine de l’encouragement de la prolifération des partis politiques et aux facilités qui leur sont accordées en matière de conditions de création; l’un des buts supposé étant d’avoir un nombre suffisant de partis proches du parti-Etat, destinés à contenir ses mécontents et à contribuer, probablement, à l’apprentissage d’une nouvelle classe politique.
Mais, le revers de la médaille ne semble pas préoccuper l’initiateur de cette idée de créer des partis satellites car le rôle de ceux-ci pourrait facilement passer d’une soupape de sécurité à une véritable source de mal.
Les querelles intestines, le nomadisme des mécontents à travers les partis et des électeurs dans l’espace sous pressions des candidats, représentent les principales caractéristiques des hommes politiques mauritaniens et du fonctionnement des partis.
Au sein de l’ensemble des partis politiques, personne ne peut en effet nier l’existence de conflits discrets qui opposent la première génération des militants des partis aux nouveaux venus, y compris ceux qui sont récupérés lors d’une échéance électorale.
Dans la confection de leurs listes pour les dernières municipales et législatives, les partis ont commis des erreurs parfois suicidaires, mais ils ont tous fait des efforts sensibles envers surtout nos frères haratines et négros africains. Ce dernier geste, louable de tous les points de vue, aurait pu être payable tant pour les candidats que pour les partis, si les choix étaient pertinents par rapport aux spécificités des localités et des groupes tribalo-ethniques qui y sont ciblés.
S’agissant du déplacement des électeurs et du recours aux divers partis par les mécontents-candidats, ils sont des phénomènes qui entachent davantage un jeu faussé au départ par le nombre exagéré de députés par rapport à la population totale et par l’absence de conditions contraignantes au niveau de l’éligibilité des candidats ou de leur représentativité. Ces pratiques sont pour le moins ridicules et contraires à la réglementation, dans des cas et à la morale et la discipline des partis, dans d’autres.
De par leur nature et sous l’effet double de l’ignorance et de la pauvreté, les mauritaniens sont généralement acquis pour l’Etat et ses choix de tous genres. Ceci est plus évident dans l’est et le centre du pays où les habitants sont majoritairement favorables à l’Etat et à son parti (parti-Etat) car ils sont profondément attachés à d’anciennes visions et alliances fondées sur des critères trop traditionnels.
Ces mêmes vertus font aussi que l’enjeu des élections, répond localement à une logique plus rétrograde qu’objective où la motivation des électeurs pour le vote n’a rien à voir ni avec leurs attentes des élus ou la qualité des programmes de ces derniers, ni avec le statut du parti et de son leader. A propos, seuls les partis (ou les individus) qui concurrencent l’Etat dans son rôle relatif particulièrement au développent local, peuvent espérer influencer cette tendance et conquérir un certain espace dans cette partie de la Mauritanie.
Sur le plan technique, le transfert des compétences du Ministère de l’Intérieur en matière d’organisation des élections vers la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), rappelle, pour les mauritaniens, la substitution du corps de la police par le Groupement Général pour la Sécurité Routière (GGSR).
Le nombre et la répartition géographique des bureaux sur l’étendue du territoire national, le nombre de partis candidats et des bulletins de vote, le retard dans le dépouillement et la qualité des résultats de celui-ci, ont dévoilé l’incapacité de cette institution en expérimentation et confirmé la complexité du vote cette année et la difficulté pour la majorité des électeurs d’accomplir correctement son droit civique.
Par ailleurs, le cliché résultant de ce scrutin laisse encourager le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz à démarrer, après les prochaines élections présidentielles, une dynamique d’union qui consisterait à organiser, à l’issue d’un dialogue regroupant l’ensemble des acteurs politiques, des élections municipales et législatives anticipées.
Partant donc du principe que le mandat des Conseils municipaux et de l’Assemblée nationale qui sortiront des présentes élections ne durera pas plus de deux ans, les partis politiques sont alors invités à procéder à une évaluation claire et objective du déroulement de tout le processus électoral y compris la CENI qui en est le principal organe responsable.
Ainsi, on découvrira le besoin pour chaque parti de mettre en place une stratégie fondée sur les leçons tirées de cette expérience, notamment en ce qui concerne la nécessité de prendre en compte les particularités de notre société et de procéder à la révision de la composition actuelle de la CENI.
Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb
Source : Sidi El Moctar Ahmed Taleb
Une liste électorale nationale consensuelle, une autorité indépendante en charge d’organiser les élections, des observateurs nationaux (observatoire) et des observateurs internationaux, font la fierté des pays ayant atteint ce stade sur la voie de la démocratisation de leur vie politique, économique et sociale.
Concernant les municipales et législatives qui viennent d’être organisées le 23 novembre courant, notre pays a réuni l’essentiel des conditions requises pour organiser des élections justes et transparentes.
L’idéal aurait pu être atteint dans les présentes échéances électorales et le cauchemar d’un probable printemps arabe, éloigné à jamais de nous, si tous les acteurs politiques avaient cautionné de telles conditions et participé, en conséquence, à la compétition.
Quant aux résultats partiels de ces élections, ils reflètent pour certains une régression de notre démocratie alors que pour d’autres, ils font émerger les contours ‘’d’une démocratie à la mauritanienne’’. Celle-ci se caractérise par la prééminence de l’intérêt personnel sur l’intérêt général et un retour et/ou une radicalisation de l’appartenance tribale, régionale, communautaire et même familiale au sens le plus strict du terme.
D’autre part, la tendance des résultats qui parviennent lentement et de manière parcellaire à la CENI, conduira à la disparition de l’opposition dialoguiste (El Wiam, APP et Sawab) et la contraindra avec Tewassoul à se répartir entre la Majorité présidentielle et l’opposition radicale (le parti qui aura gagné plus de sièges à l’Assemblée nationale s’arrangera malgré lui du côté de l’opposition).
Tout analyste intéressé par la compréhension et l’explication des résultats de cette échéance électorale, devra s’intéresser d’une part, à l’inconvénient de la multiplicité des partis politiques et aux anomalies de leur fonctionnement, à la mentalité des mauritaniens, à leurs motivations pour le vote et à leurs attentes des élus.
L’analyse de la répartition tribalo-ethnique par rapport au découpage administratif actuel, du rôle de l’administration et de l’argent, aidera davantage nos académiciens et hommes politiques à caractériser, dans ses formes et son contenu, notre propre démocratie en émergence.
La suppression de la candidature indépendante et d’une ancienne forme répandue du nomadisme politique, est à l’origine de l’encouragement de la prolifération des partis politiques et aux facilités qui leur sont accordées en matière de conditions de création; l’un des buts supposé étant d’avoir un nombre suffisant de partis proches du parti-Etat, destinés à contenir ses mécontents et à contribuer, probablement, à l’apprentissage d’une nouvelle classe politique.
Mais, le revers de la médaille ne semble pas préoccuper l’initiateur de cette idée de créer des partis satellites car le rôle de ceux-ci pourrait facilement passer d’une soupape de sécurité à une véritable source de mal.
Les querelles intestines, le nomadisme des mécontents à travers les partis et des électeurs dans l’espace sous pressions des candidats, représentent les principales caractéristiques des hommes politiques mauritaniens et du fonctionnement des partis.
Au sein de l’ensemble des partis politiques, personne ne peut en effet nier l’existence de conflits discrets qui opposent la première génération des militants des partis aux nouveaux venus, y compris ceux qui sont récupérés lors d’une échéance électorale.
Dans la confection de leurs listes pour les dernières municipales et législatives, les partis ont commis des erreurs parfois suicidaires, mais ils ont tous fait des efforts sensibles envers surtout nos frères haratines et négros africains. Ce dernier geste, louable de tous les points de vue, aurait pu être payable tant pour les candidats que pour les partis, si les choix étaient pertinents par rapport aux spécificités des localités et des groupes tribalo-ethniques qui y sont ciblés.
S’agissant du déplacement des électeurs et du recours aux divers partis par les mécontents-candidats, ils sont des phénomènes qui entachent davantage un jeu faussé au départ par le nombre exagéré de députés par rapport à la population totale et par l’absence de conditions contraignantes au niveau de l’éligibilité des candidats ou de leur représentativité. Ces pratiques sont pour le moins ridicules et contraires à la réglementation, dans des cas et à la morale et la discipline des partis, dans d’autres.
De par leur nature et sous l’effet double de l’ignorance et de la pauvreté, les mauritaniens sont généralement acquis pour l’Etat et ses choix de tous genres. Ceci est plus évident dans l’est et le centre du pays où les habitants sont majoritairement favorables à l’Etat et à son parti (parti-Etat) car ils sont profondément attachés à d’anciennes visions et alliances fondées sur des critères trop traditionnels.
Ces mêmes vertus font aussi que l’enjeu des élections, répond localement à une logique plus rétrograde qu’objective où la motivation des électeurs pour le vote n’a rien à voir ni avec leurs attentes des élus ou la qualité des programmes de ces derniers, ni avec le statut du parti et de son leader. A propos, seuls les partis (ou les individus) qui concurrencent l’Etat dans son rôle relatif particulièrement au développent local, peuvent espérer influencer cette tendance et conquérir un certain espace dans cette partie de la Mauritanie.
Sur le plan technique, le transfert des compétences du Ministère de l’Intérieur en matière d’organisation des élections vers la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), rappelle, pour les mauritaniens, la substitution du corps de la police par le Groupement Général pour la Sécurité Routière (GGSR).
Le nombre et la répartition géographique des bureaux sur l’étendue du territoire national, le nombre de partis candidats et des bulletins de vote, le retard dans le dépouillement et la qualité des résultats de celui-ci, ont dévoilé l’incapacité de cette institution en expérimentation et confirmé la complexité du vote cette année et la difficulté pour la majorité des électeurs d’accomplir correctement son droit civique.
Par ailleurs, le cliché résultant de ce scrutin laisse encourager le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz à démarrer, après les prochaines élections présidentielles, une dynamique d’union qui consisterait à organiser, à l’issue d’un dialogue regroupant l’ensemble des acteurs politiques, des élections municipales et législatives anticipées.
Partant donc du principe que le mandat des Conseils municipaux et de l’Assemblée nationale qui sortiront des présentes élections ne durera pas plus de deux ans, les partis politiques sont alors invités à procéder à une évaluation claire et objective du déroulement de tout le processus électoral y compris la CENI qui en est le principal organe responsable.
Ainsi, on découvrira le besoin pour chaque parti de mettre en place une stratégie fondée sur les leçons tirées de cette expérience, notamment en ce qui concerne la nécessité de prendre en compte les particularités de notre société et de procéder à la révision de la composition actuelle de la CENI.
Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb
Source : Sidi El Moctar Ahmed Taleb

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