Dar el Barka : Gros risque de confrontation sur les terres de la discorde



Dar el Barka : Gros risque de confrontation sur les terres de la discorde
Les populations de Dar El Barka, Ould Birom et Dar El Avia (Boghé) dénoncent la « persistance du gouvernement mauritanien à vouloir céder, à leurs dépens, 3.200 ha de leurs terres à l'Autorité Arabe pour l'Investissement et le Développement agricole (AAAID), une multinationale saoudienne de l’agrobusiness. » Lesdites communautés appellent à la mobilisation de tous : populations, organisations de défense des droits humains, Organisations de la Société Civile (OSC) ; pour soutenir leur« combat commandé par le refus de la confiscation de terres cruciales à la survie de pauvres gens car elles servent à l’agriculture sous différentes formes et au pâturage du bétail ». Les paysans de la commune de Dar El Barka exploitent en effet les terres de la cuvette de Karawlatt-Woullou Ndiaye après les retraits des eaux de crue. Ces 3.200 ha constituent la sève nourricière de centaines de familles, toutes couches sociales confondues, et leur cession à une société étrangère les plonge dans la pauvreté.



Retrait stratégique ou définitif ?

Après quelques jours de vaste mobilisation ponctuée de vives protestations, les populations de Dar El Barka ont réussi, le vendredi 21 Août 2020, à faire plier (provisoirement ?) les ingénieurs et autres employés de l' AAAID qui auraient donc à nouveau renoncé à mettre en œuvre la convention signée avec le gouvernement mauritanien en Avril 2015, objet de la polémique. À nouveau car ce n’est pas une première : en Septembre 2015, l’AAAID s’y était déjà engagée, suite à un conflit né de la ferme opposition des populations des trois communes rurales contestant l’attribution opérée par les autorités sans leur consultation préalable. Avant donc de revenir de nouveau à la charge cette année.

Le 13 Août 2020, la tension montait d’un cran à Dar El Barka : lors de la tentative d’arrêt des travaux, un des protestataires subissait un malaise, avant de succomber à un arrêt cardiaque, suite à son évacuation à l’hôpital de Boghé. Le dimanche suivant, le hakem convoque les leaders de l’arrondissement de Dar El Barka pour discuter de la situation foncière. Le lendemain, les villageois constatent, à leur grand dam, l’arrivée d’engins pour mettre en valeur les terres litigieuses et se mobilisent dans un vaste élan de protestation, poussant l’investisseur à se retirer. Convoquée d’urgence, une réunion de crise permet d’apaiser les positions. Les populations et le prétendu propriétaire parviennent à un accord sursoyant à la mise en valeur des terres en litige.

Le surlendemain (19 Août), le même hakem convoque le maire de Dar El Barka, le commissaire de police et le commandant de la brigade de gendarmerie pour leur signifier la reprise des travaux, en leur déclarant que « nous ne pouvons pas contraindre sans aucune preuve un propriétaire ».Avant de couper court aux interrogations de ses interlocuteurs: « ce sont des instructions que m’adonnées le gouverneur du Brakna ».



Procédure biaisée

En conférence de presse le vendredi 21 Août, Sarr Mamadou, le secrétaire général du Forum des Organisations Nationales des Droits de l’Homme (FONADH), un collectif d’ONG fortement impliquées dans la lutte contre l’accaparement des terres au détriment des communautés, affiche son « étonnement » face à la persistance de ce problème et à l’attitude des autorités. « La procédure d’attribution », rappelle-t-il, « a été biaisée. Il n’y a pas eu d’affichage de rigueur de 60 jours sur l’ensemble de la commune invitant tout éventuel opposant à se manifester. Il n’y a pas eu non plus d’étude d’impact environnemental. Enfin,il n’a pas été constitué un comité départemental pour dresser procès-verbal et envoyer plus tard le dossier aux autorités. Face à ces violations gravissimes et à la volonté d’arracher des terres à des populations qui en sont détentrices légales depuis des siècles, nous nous sommes rendus, dès 2015, auprès du hakem de l’époque. « Je ne suis qu’un pompier », nous répondait-il.

Sarr Mamadou appellent aujourd’hui les autorités à ne pas franchir la ligne du jusqu’au-boutisme et à privilégier plutôt la voie de la concertation. « Les gens sont toujours prêts au dialogue », assure Ly Ibrahima, ancien haut fonctionnaire au ministère du Développement rural. « Ils demandent des consultations et des concertations et ne sont pas contre les investissements susceptibles d’améliorer leurs conditions de vie. Une commission tripartite regroupant les populations, l’État et l’investisseur devrait être mise sur pied pour discuter du problème afin de parvenir à un consensus. Les gens sont pacifiques et ne souhaitent que le développement de leur zone. Ils accueillent à bras ouvert tout investisseur mais veulent être associées, dans le cadre d’un dialogue fructueux, à toute action que l’État entreprend. On ne peut pas, du jour au lendemain, arracher aux gens des terres qui les font vivre depuis des millénaires ».

Intervenant lors de la conférence de presse au siège du FONADH, monsieur Sidi ould Yeli, président du Comité foncier, et madame Diarra Amadou Tidjane, membre de la plateforme de défense des terres de Dar El Barka, ont exprimé « la détermination des habitants des trois communes rurales à défendre ce qu’elles considèrent comme leur propriété traditionnelle séculaire qui ne peut être aliénée qu’après consultation préalable et avec leur accord ».

Madame Diarra alerte sur les répercussions négatives des travaux déjà engagés : « Toutes les mares se sont taries. Nous n’abreuvons maintenant notre cheptel que par le biais des puits ». « D’où la nécessité pour l’État de prendre des mesures urgentes afin de régler ce différend avant que ça ne dégénère », avertit un des ressortissants de Dar El Barka.



Convention de la discorde

C’est le 9 Mars 2015, précisons-le, que, le gouvernement mauritanien et l’AAAID signaient une convention relative à un bail portant sur 3.200 hectares. Les terres attribuées devaient « servir à la diversification de la production agricole, avec notamment l’oignon et la pomme de terre». La décision de la société saoudienne fut notifiée le mardi 8 Septembre 2015 aux représentants des populations concernées par le Premier ministre Yahya ould Hademine, au cours d’une audience. La délégation était conduite par monsieur Kane Tidjane, haut cadre à la retraite, ex-DG de la défunte Banque Mauritanienne pour le Développement et le Commerce (BMDC).Le maire de la commune de Dar El Barka, étalait alors à la presse : « Il s’agit d’un projet englobant théoriquement une superficie de 3.200 hectares. Mais au vu du schéma sur la carte et des nombreuses localités citées, la superficie réelle visée est de 9.200 hectares ».

Immédiate et spontanée, l’opposition active des populations des trois communes fut à l’origine d’incidents qui entraînèrent l’arrestation de vingt-trois personnes, dont trois femmes, placés en détention avant de retrouver la liberté à la faveur du climat de détente née de la décision de l’AAAID de surseoir à son projet. Mais la question, on s’en rend compte aujourd’hui, reste en suspens. L’accaparement de terres au profit des multinationales de l’agrobusiness et au détriment des communautés est devenu une véritable équation en nombre de pays, ces dernières années. La Mauritanie n’y échappe malheureusement pas et les populations de la vallée du Fleuve dénoncent régulièrement cette pratique violant les lois foncières, avec de graves risques d’insécurité alimentaire pour les communautés.

THIAM Mamadou

Source: http://www.lecalame.info:

Jeudi 27 Août 2020
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