Crise multiforme : Le pouvoir perd du terrain



Crise multiforme : Le pouvoir perd du terrain
La crise est bien là. Non, il ne s’agit nullement de revenir, encore et encore sur ce qui oppose le pouvoir du président Mohamed Ould Abdel Aziz au conglomérat politique qu’on appelle aujourd’hui COD mais de voir que le pays est empêtré dans une crise multiforme : économique, sociétale, politique…

La moindre des manifestations de cette crise est sans doute cette impression de vague, de vide et de morosité qui anime les rues de Nouakchott, capitale du pays qui permet, à chaque fois, qu’il y a un malaise politique, économique ou social, d’en saisir le pouls. Seuls les échos provenant de l’Assemblée nationale permettent encore aux mauritaniens de dire qu’il y a un semblant de vie politique et que, quelque part, l’on discute encore de leurs problèmes. Mais cela n’est qu’une impression diffuse, une mise en scène savamment orchestrée par un pouvoir qui ne sait plus où donner de la tête. Aziz a peut-être placé la barre très haut pour qu’un gouvernement comme celui que dirige le Premier ministre Moulay Ould Mohamed Laghdaf puisse faire quelque chose. Ou, peut-être, que les bases mêmes de l’édifice " azizéen " (ce que les partisans du Raïs appellent " Rectification ") n’étaient pas solides pour supporter tant de promesses à la fois. Comment, en cinq ans, construire des villes (Ribat el Bahr, Termessa, Nbeïket Lahwach, Chami, la nouvelle ville de Rosso, Tintane), réaliser des centaines, voire des milliers de bitume, construire des hôpitaux, des usines de pêche et un aéroport pouvant accueillir deux millions de passagers par an ? Comment maintenir le cap d’un développement tous azimuts, sans penser, un instant, à ce qu’une crise de dimensions internationale peut apporter comme impondérables économiques et financiers ? Comment vouloir réaliser un tel agenda en s’engageant, tête baissée, dans un conflit ouvert avec Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI), choix stratégique qui oblige Ould Abdel Aziz et ses généraux à mobiliser des hommes et des ressources financières importantes pour continuer une " guerre " qui a tout l’air de s’inscrire dans la durée ? Ce sont là les grandes questions auxquelles le pouvoir doit d’abord apporter des réponses. Celles qui liées à l’apaisement de la scène politique nationale, et dont le rapprochement avec le camp du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, constitue une étape importante, viennent en appoint à une approche plus globale de dénouement de la crise.

Ce qui compte aujourd’hui, c’est de pouvoir tous se mettre d’accord que la Mauritanie est actuellement dans une impasse, et surtout, essayer de trouver une solution à la crise actuelle. Cela passe, peut-être, par ce premier pas franchi sur la recherche d’un compromis politique pour que les institutions actuelles puissent continuer à fonctionner normalement. En attendant que les élections municipales et législatives (qui ont déjà pris trop de retard, soit dit en passant) soient organisées. Cela passe aussi par une meilleure gestion des ressources nationales. Une gestion qui ressort le pays de la politique de l’à-peu-près qui quoiqu’on dise, est actuellement le maître mot de tout ce qui se fait depuis trois ans. Ce n’est pas parce que le gouvernement fait des efforts pour maîtriser certaines dépenses (de (p)fonctionnement ou autres), qu’il privilégie les investissements de prestige, susceptibles d’être admirés par les populations (goudrons, électricité, bâtiments administratifs) que l’on est en mesure de parler d’un développement réel du pays. Le côté sombre de cette action est sans doute la détérioration visible du pouvoir d’achat des citoyens. Mais aussi (et ça Aziz ne le sait peut-être pas encore), de l’inversion de la tendance en sa défaveur ! A son arrivée au pouvoir, une nette majorité de mauritaniens l’admirait et l’on peut être sûr que son élection à la présidence de la République, le 18 juillet 2009, n’est pas le fait d’un hasard. Même le coup d’Etat contre Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi n’a pas entamé le préjudice favorable dont jouissait Aziz parce que les mauritaniens étaient encore sur la lancée du changement intervenu le 03 août 2005 et pensaient, comme le laissaient croire les généraux, que la " Rectification " du 06 août 2008 était nécessaire.

Il suffit maintenant d’écouter ce qui se raconte dans les taxis de Nouakchott, ou sur ces importantes " agoras " que sont les abords de ministères des banques et des marchés, pour se rendre compte que le pouvoir est déjà gagné par l’usure. Deux mauritaniens sur trois ne sont pas loin de penser et de dire : " Aziz nous a trompé " ! Alors que s’en prendre au Raïs risquait, sérieusement, de se faire lyncher dans un taxi ou sur une place publique, les critiques adressées au pouvoir aujourd’hui ne suscitent que réaction allant dans le même sens ou silence qui, comme le dit le dicton, est " une sorte de consentement ".

Marche à rebours

C’est affligeant, mais c’est la dure réalité : il y a un retour insidieux vers les pratiques du passé. Personne ne peut nier certes que la vie du Mauritanien ordinaire, non politisé, n’était faite, bien avant le changement du 3 août 2005, que de problèmes en série. Mais si l’on convient que Maaouiya menait le pays droit contre le mur, on ne peut pas dire pour autant que les régimes qui lui ont succédé avaient vraiment la bonne recette pour le sauver. Depuis " la chute du dictateur ", la noria du désespoir continue. La transition militaire 2005-2009 qui devait être une rupture définitive avec le cycle des coups d’Etat s’est avérée n’être qu’une pause, une sorte de "repos du guerrier", pas plus. Le début de l’Histoire, l’éternel recommencement, a pris le visage de cette "Rectification" qui a remis la Mauritanie dans l’ordre normal des choses, alors qu’on commençait à la citer en exemple de "bonne démocratie", comme on parlait de bonne gouvernance !

On se surprend à penser que tout ce que nous avons entrepris, pour oublier le Système Taya, n’était qu’un jeu. Un " masrah " (théâtre) dans lequel chacun avait son rôle bien défini à jouer. En fait, un contrat de dupes qui donnait à l’opposition démocratique à l’Ancien Régime le mauvais rôle, celui de " pacifier " les rapports avec les rescapés du Système, de prêcher la bonne parole à l’extérieur, pour amener la communauté internationale à croire en le processus mis en branle par les militaires du CMJD (Conseil militaire pour la justice et la démocratie) mais surtout, à servir de caution à la bonne transparence des élections, en participant à la course présidentielle précédée par celles des municipales et des législatives. Tous les malheurs de l’opposition viennent de là. La COD n’a pas à s’en prendre, à intervalles réguliers, à un pouvoir qu’elle a contribué pourtant à installer ! Involontairement. Son erreur fatale est de n’avoir pas su discerner, à temps, le jeu qui a permis au Système de reprendre la main. Même les militaires qui donnaient l’impression d’être les maîtres du jeu, étaient en réalité - déjà - les otages et (les victimes) de la machine mise en branle par les forces qui refusent le changement. C’est là aussi qu’il faut voir les erreurs commises par Aziz : Avoir accepté que ceux qui ont fait - puis défait - Taya reviennent par les portes " dérobées " du pouvoir.

Sneiba Mohamed.



Vendredi 13 Janvier 2012
Boolumbal Boolumbal
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