LeCalame: Alité en France depuis une quinzaine de jours, à la suite de blessures par balles, résultat d’un tir « ami » officiellement attribué une unité de l’armée, le président Mohamed Ould Abdel Aziz a reçu de nombres messages de vœux pour un prompt rétablissement, de la part de divers souverains, chefs d’Etat et personnalités étrangères. Saisissant l’occasion de la grande fête de Tabaski, il a tenu à remercier les Mauritaniens et à les « rassurer » sur son état de santé, à travers le traditionnel message à la Nation. Mais, au-delà de ses considérations sur « les valeurs humaines sublimes de partage, de solidarité et de persévérance », le convalescent de Paris dont la blessure reste encore entourée d’un épais mystère, faute à une thèse officielle ouverte à tous les courants d’air, s’est efforcé de minimiser les conséquences de sa mésaventure, sur la conduite des affaires de la Nation. Dans son adresse, le président « exprime [ses] sincères remerciements et [sa] profonde gratitude à l’ensemble du peuple mauritanien, pour les témoignages de sympathie et de solidarité, suite à l’incident [qu’il] a connu. […] Tout se déroule convenablement, Allah en soit loué ».
Qualifier « d’incident » ce qui lui est arrivé, au cours de la soirée du samedi 13 octobre, relève d’un euphémisme certain. Venant de la victime, le propos dénote un réel courage et sa ferme volonté de dissiper le malaise et l’inquiétude qui perturbent une large frange de l’opinion nationale, depuis près de trois semaines. Une inquiétude nourrie par des plus folles rumeurs, non démenties officiellement, à l’heure où nous mettons sous presse.
Le buzz putsch imaginaire
Privés de communications et d’informations officielles fiables, les Mauritaniens s’en sont, en effet, remis à leur imagination, cette « folle du logis » si prisée au pays de tous vents. « Savamment » (?) distillée au cours de la soirée du samedi 27 octobre, la rumeur annonçait une dégradation de la santé du président de la République, une vacance du pouvoir et la crainte d’un putsch instaurant un nouveau régime de transition. Une manière de « creuser » davantage dans une thèse officielle fortement contestée et d’aller au-delà du silence, décapant, du gouvernement inscrit au registre des abonnés absents.
Dans un pays dont le parcours historique est hanté, depuis 1978, par la culture des putschs militaires et autres révolutions de palais, ce genre des bruits ont, évidemment, un fort pouvoir de suggestion. Ils révèlent, à tout le moins, un rejet de la thèse officielle et une exigence d’information plus fiable. Est-il besoin de rappeler que, dans tout Etat démocratique « normal », ce qui s’est passé, le samedi 13 octobre, aurait ouvert une enquête approfondie ? Démarche basique, dans la conduite des affaires de la République. Et cette réaction eût été même incontournable, si les tirs avaient blessé le plus ordinaire des citoyens. S’agissant du premier des Mauritaniens, tout le monde a, forcément, envie de comprendre.
La fable du jeune officier commettant une faute « mineure », en engageant une course-poursuite derrière un véhicule suspecté d’équipée criminelle, dans des conditions ne répondant à aucune norme de service et de commandement, est trop légère pour que l’opinion l’ingurgite inconsidérément. C’est même, quelque part, une insulte à l’intelligence des Mauritaniens. D’autant plus que l’officier, présenté comme l’auteur des tirs « amis », n’a même pas subi la sanction minimale, c'est-à-dire les arrêts de rigueur.
Convalescence prolongée
Dans ce fracas de rumeurs, une seule certitude. Annoncé pour le vendredi 26 octobre, et repoussé au dimanche 28, le retour au pays du président Mohamed Ould Abdel Aziz va attendre encore une quinzaine de jours. Une option qui découlerait des conseils de l’équipe médicale chargée de son traitement. Ce qui explique le prolongement du repos présidentiel à Nice (Côte d’Azur, Sud-est de la France).
Dans un système hyper-centralisé, au sein duquel un seul être humain prétend tout contrôler, une trop longue absence de celui-ci présente de gros risques de voir se gripper la machine. Face à cette situation, la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD), annonce la reprise de ses manifestations, cette semaine. Le collectif va, à nouveau, battre le macadam, pour réclamer l’ouverture d’une enquête sur la fusillade du samedi 13 octobre ; exiger un bilan de santé du chef de l’Etat et des éclaircissements sur l’organe qui exerce le pouvoir, en l’absence de Mohamed Ould Abdel Aziz, dans une situation de « vide constitutionnel ». Soupçonnant des militaires, tapis dans l’ombre, de conduire les affaires de l’Etat, à côté d’un « gouvernement-fantôme », la COD veut constater leur retour dans les casernes.
Valeur pédagogique ?
Au-delà de ce malheur qui aurait pu entraîner un drame d’une intensité bien plus grave, l’entourage sécuritaire du président de la République est tenu de revoir certaines règles de base. Une révision qui devrait, logiquement, s’accompagner d’une ouverture politique plus large. Un nouveau dialogue inclusif ? Pourquoi pas. Une démarche impliquant toutes les composantes politiques et sociales du pays serait fort opportune. Cette orientation apaisée correspondrait à l’idée défendue, depuis quelques semaines, par le leader de l’Alliance Populaire Progressiste (APP), Messaoud Ould Boulkheir, président de l’Assemblée nationale, et particulièrement recommandable, dans la situation sécuritaire sous-régionale, avec un Nord-Mali occupé par des groupuscules narco-islamistes.
Quoiqu’il en advienne, la première échéance, dans le calendrier républicain, qui attend le chef de l’Etat, porte sur l’examen, en Conseil des ministres, de la loi de finances 2013, qui devrait être soumise, à l’approbation du Parlement, à partir du 8 novembre. Entre la « sous-culture de l’homme fort », issue de l’imagerie politique des juntes militaires depuis 1978, et la nécessité d’institutions fortes, conformément aux fondamentaux d’une démocratie, la Mauritanie cherche encore son chemin. Reste à souhaiter que la chaude alerte de la soirée du samedi 13 août puisse servir de référence et trouver valeur pédagogique, pour faire avancer le pays du million de poètes.
Amadou Seck
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Repères :
Le sens des rumeurs
Saleh Ould Hanena, président en exercice de la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD), a qualifié les rumeurs et les marches relatives à l’état de santé de Mohamed Ould Abdel Aziz, comme la manifestation d’une lutte interne, au sein des cercles du système, autour de l’héritage d’un « homme malade ». Dans une déclaration à Al Akhbar, Ould Hanena a déclaré que « la lutte est apparue très tôt, entre deux pôles de la majorité dont un ne semble pas très touché par la blessure du chef de l’Etat. La preuve, ce groupe a demandé l’organisation d’élections, sans opérer un quelconque changement à son agenda, tandis que l’autre est entré dans une sorte de deuil, avant que la lutte entre les deux groupes n’évolue vers les rumeurs et les marches qu’a connues Nouakchott ces dernières heures ». L’Union Pour la République (UPR) ayant accusé les partis de la COD d’être derrière toutes ces rumeurs qui entourent la santé du Président, son retour au pays et la gestion des affaires publiques, Ould Hanena a fermement nié que l’organisation qu’il dirige ait eu un quelconque lien avec les allégations propagées. Selon lui, la COD a un style honorable, des stratégies claires et ne fera jamais recours à des pratiques aussi basses, peu respectables et indignes. Par contre, le président en exercice de la COD a confirmé le retour, imminent, à l’application de leur feuille de route visant à débarrasser le pays de la dictature et la garantie d’une véritable démocratie qui permette au peuple de recouvrer sa liberté, afin de pouvoir choisir, enfin, ses dirigeants. .
Pas de communication entre le Président et son staff
De sources gouvernementales, les ponts, entre le Président et les fonctionnaires de la Présidence, auraient été coupés depuis plus d’une semaine, « à cause de sa maladie ». Selon les mêmes sources, le directeur du cabinet, les conseillers, le directeur du protocole, le chef d’état-major particulier et les chargés de mission n’ont pas pu entrer en contact avec le Président, depuis plusieurs jours, à cause des mesures que les médecins traitants français ont imposées. D’après des milieux de la Présidence, les téléphones du Président seraient entre les mains de son fils Ahmed qui répond à toutes les communications internes et externes. Selon les sources, l’argent mobilisé pour les soins du Président aurait été remis, par le directeur du cabinet, à la famille du Président et à l’ambassadeur de la Mauritanie à Paris, avant que le dircab, empêché de voir son patron, ne rentre à Nouakchott. De sources officielles, le Président a franchi le cap du danger mais devra encore passer deux à trois semaines de repos, avant de rentrer au pays. Sa situation sanitaire est encore stationnaire, à cause de la chute qu’il a faite, en arrivant en France.
L’opposition dans la rue
L’opposition a décidé de redescendre dans la rue à la fin de la semaine, pour exiger un rapport sur la santé du Président, appeler à l’application de la Constitution et connaître qui dirige le pays, après l’internement en France du Président, depuis maintenant plus de deux semaines. Selon un dirigeant de cette opposition, la manifestation populaire portera plusieurs messages dont le refus des forces civiles du pouvoir militaire, l’exigence de tout connaître sur la santé du Président, la concertation sur la prise des grandes décisions et la mise en œuvre de la Constitution, au cas où le Président ne serait plus capable d’exercer ses fonctions. L’opposition avait suspendu ses activités, à la suite de l’attaque du Président, dans les environs de Toueïla selon la version officielle, mais la longue absence de celui-ci, le flou sur le véritable détenteur du pouvoir et les rumeurs, persistantes, sur l’incapacité du Président à exercer ses fonctions constitutionnelles ont poussé de grandes franges de la classe politique à chercher des solutions rapides, pour parer aux dangers du vide constitutionnel ou du pouvoir militaire.
Qualifier « d’incident » ce qui lui est arrivé, au cours de la soirée du samedi 13 octobre, relève d’un euphémisme certain. Venant de la victime, le propos dénote un réel courage et sa ferme volonté de dissiper le malaise et l’inquiétude qui perturbent une large frange de l’opinion nationale, depuis près de trois semaines. Une inquiétude nourrie par des plus folles rumeurs, non démenties officiellement, à l’heure où nous mettons sous presse.
Le buzz putsch imaginaire
Privés de communications et d’informations officielles fiables, les Mauritaniens s’en sont, en effet, remis à leur imagination, cette « folle du logis » si prisée au pays de tous vents. « Savamment » (?) distillée au cours de la soirée du samedi 27 octobre, la rumeur annonçait une dégradation de la santé du président de la République, une vacance du pouvoir et la crainte d’un putsch instaurant un nouveau régime de transition. Une manière de « creuser » davantage dans une thèse officielle fortement contestée et d’aller au-delà du silence, décapant, du gouvernement inscrit au registre des abonnés absents.
Dans un pays dont le parcours historique est hanté, depuis 1978, par la culture des putschs militaires et autres révolutions de palais, ce genre des bruits ont, évidemment, un fort pouvoir de suggestion. Ils révèlent, à tout le moins, un rejet de la thèse officielle et une exigence d’information plus fiable. Est-il besoin de rappeler que, dans tout Etat démocratique « normal », ce qui s’est passé, le samedi 13 octobre, aurait ouvert une enquête approfondie ? Démarche basique, dans la conduite des affaires de la République. Et cette réaction eût été même incontournable, si les tirs avaient blessé le plus ordinaire des citoyens. S’agissant du premier des Mauritaniens, tout le monde a, forcément, envie de comprendre.
La fable du jeune officier commettant une faute « mineure », en engageant une course-poursuite derrière un véhicule suspecté d’équipée criminelle, dans des conditions ne répondant à aucune norme de service et de commandement, est trop légère pour que l’opinion l’ingurgite inconsidérément. C’est même, quelque part, une insulte à l’intelligence des Mauritaniens. D’autant plus que l’officier, présenté comme l’auteur des tirs « amis », n’a même pas subi la sanction minimale, c'est-à-dire les arrêts de rigueur.
Convalescence prolongée
Dans ce fracas de rumeurs, une seule certitude. Annoncé pour le vendredi 26 octobre, et repoussé au dimanche 28, le retour au pays du président Mohamed Ould Abdel Aziz va attendre encore une quinzaine de jours. Une option qui découlerait des conseils de l’équipe médicale chargée de son traitement. Ce qui explique le prolongement du repos présidentiel à Nice (Côte d’Azur, Sud-est de la France).
Dans un système hyper-centralisé, au sein duquel un seul être humain prétend tout contrôler, une trop longue absence de celui-ci présente de gros risques de voir se gripper la machine. Face à cette situation, la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD), annonce la reprise de ses manifestations, cette semaine. Le collectif va, à nouveau, battre le macadam, pour réclamer l’ouverture d’une enquête sur la fusillade du samedi 13 octobre ; exiger un bilan de santé du chef de l’Etat et des éclaircissements sur l’organe qui exerce le pouvoir, en l’absence de Mohamed Ould Abdel Aziz, dans une situation de « vide constitutionnel ». Soupçonnant des militaires, tapis dans l’ombre, de conduire les affaires de l’Etat, à côté d’un « gouvernement-fantôme », la COD veut constater leur retour dans les casernes.
Valeur pédagogique ?
Au-delà de ce malheur qui aurait pu entraîner un drame d’une intensité bien plus grave, l’entourage sécuritaire du président de la République est tenu de revoir certaines règles de base. Une révision qui devrait, logiquement, s’accompagner d’une ouverture politique plus large. Un nouveau dialogue inclusif ? Pourquoi pas. Une démarche impliquant toutes les composantes politiques et sociales du pays serait fort opportune. Cette orientation apaisée correspondrait à l’idée défendue, depuis quelques semaines, par le leader de l’Alliance Populaire Progressiste (APP), Messaoud Ould Boulkheir, président de l’Assemblée nationale, et particulièrement recommandable, dans la situation sécuritaire sous-régionale, avec un Nord-Mali occupé par des groupuscules narco-islamistes.
Quoiqu’il en advienne, la première échéance, dans le calendrier républicain, qui attend le chef de l’Etat, porte sur l’examen, en Conseil des ministres, de la loi de finances 2013, qui devrait être soumise, à l’approbation du Parlement, à partir du 8 novembre. Entre la « sous-culture de l’homme fort », issue de l’imagerie politique des juntes militaires depuis 1978, et la nécessité d’institutions fortes, conformément aux fondamentaux d’une démocratie, la Mauritanie cherche encore son chemin. Reste à souhaiter que la chaude alerte de la soirée du samedi 13 août puisse servir de référence et trouver valeur pédagogique, pour faire avancer le pays du million de poètes.
Amadou Seck
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Repères :
Le sens des rumeurs
Saleh Ould Hanena, président en exercice de la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD), a qualifié les rumeurs et les marches relatives à l’état de santé de Mohamed Ould Abdel Aziz, comme la manifestation d’une lutte interne, au sein des cercles du système, autour de l’héritage d’un « homme malade ». Dans une déclaration à Al Akhbar, Ould Hanena a déclaré que « la lutte est apparue très tôt, entre deux pôles de la majorité dont un ne semble pas très touché par la blessure du chef de l’Etat. La preuve, ce groupe a demandé l’organisation d’élections, sans opérer un quelconque changement à son agenda, tandis que l’autre est entré dans une sorte de deuil, avant que la lutte entre les deux groupes n’évolue vers les rumeurs et les marches qu’a connues Nouakchott ces dernières heures ». L’Union Pour la République (UPR) ayant accusé les partis de la COD d’être derrière toutes ces rumeurs qui entourent la santé du Président, son retour au pays et la gestion des affaires publiques, Ould Hanena a fermement nié que l’organisation qu’il dirige ait eu un quelconque lien avec les allégations propagées. Selon lui, la COD a un style honorable, des stratégies claires et ne fera jamais recours à des pratiques aussi basses, peu respectables et indignes. Par contre, le président en exercice de la COD a confirmé le retour, imminent, à l’application de leur feuille de route visant à débarrasser le pays de la dictature et la garantie d’une véritable démocratie qui permette au peuple de recouvrer sa liberté, afin de pouvoir choisir, enfin, ses dirigeants. .
Pas de communication entre le Président et son staff
De sources gouvernementales, les ponts, entre le Président et les fonctionnaires de la Présidence, auraient été coupés depuis plus d’une semaine, « à cause de sa maladie ». Selon les mêmes sources, le directeur du cabinet, les conseillers, le directeur du protocole, le chef d’état-major particulier et les chargés de mission n’ont pas pu entrer en contact avec le Président, depuis plusieurs jours, à cause des mesures que les médecins traitants français ont imposées. D’après des milieux de la Présidence, les téléphones du Président seraient entre les mains de son fils Ahmed qui répond à toutes les communications internes et externes. Selon les sources, l’argent mobilisé pour les soins du Président aurait été remis, par le directeur du cabinet, à la famille du Président et à l’ambassadeur de la Mauritanie à Paris, avant que le dircab, empêché de voir son patron, ne rentre à Nouakchott. De sources officielles, le Président a franchi le cap du danger mais devra encore passer deux à trois semaines de repos, avant de rentrer au pays. Sa situation sanitaire est encore stationnaire, à cause de la chute qu’il a faite, en arrivant en France.
L’opposition dans la rue
L’opposition a décidé de redescendre dans la rue à la fin de la semaine, pour exiger un rapport sur la santé du Président, appeler à l’application de la Constitution et connaître qui dirige le pays, après l’internement en France du Président, depuis maintenant plus de deux semaines. Selon un dirigeant de cette opposition, la manifestation populaire portera plusieurs messages dont le refus des forces civiles du pouvoir militaire, l’exigence de tout connaître sur la santé du Président, la concertation sur la prise des grandes décisions et la mise en œuvre de la Constitution, au cas où le Président ne serait plus capable d’exercer ses fonctions. L’opposition avait suspendu ses activités, à la suite de l’attaque du Président, dans les environs de Toueïla selon la version officielle, mais la longue absence de celui-ci, le flou sur le véritable détenteur du pouvoir et les rumeurs, persistantes, sur l’incapacité du Président à exercer ses fonctions constitutionnelles ont poussé de grandes franges de la classe politique à chercher des solutions rapides, pour parer aux dangers du vide constitutionnel ou du pouvoir militaire.
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