Ces gens-là : Kaedi : « De charybde en Maouwiya, de scylla en Aziz »



Ces gens-là : Kaedi : « De charybde en Maouwiya, de scylla en Aziz »

Maintenant que les fourbes ont versé des larmes de croco, que nos grands penseurs et analystes ont qualifié « d’incident banal » cet acte indigne, que nos leaders politiques ont sangloté bruyamment sur la place publique, que les flics ont été fustigés, que l’Etat a été vilipendé, que les jeunes de Kaédi ont rentré leur colère, bref, maintenant que le silence est revenu, attelons à débusquer le coupable, le vrai, le seul vrai coupable.

Mais avant de m’avancer plus loin, comme d’usage, je demande une parenthèse sous forme d’éclairage. En effet, les mots sur lesquels, telles béquilles, s’appuie de tout son poids le titre de cet article ne sont pas les mots de tous les jours. Aussi voudrait-on, pour les jeunes lecteurs, me permettre d’éclairer leur loupiote.

J’ouvre : « De charybde en scylla » : de mal en pis, se sortir d’un piège monstrueux pour aussitôt retomber dans un autre, plus mortel, enfin ! quelque chose comme ça !...

Et à propos « de banal incident », toujours au sein de la parenthèse. Le seul fait de lever la main contre un individu plus âgé que soi (sauf lorsqu’il s’agit d’une « gifle d’amour » entre deux tourtereaux) est mépris, arrogance, indécence. Conseils à ceux qui, pour une raison ou une autre, n’ont pas pu aller jusqu’au bout de leur éducation : peu importe son poids, sa taille, son statut ou sa couleur, voyez d’abord en toute femme un ventre, le ventre qui vous a porté. Je referme.

De charybde en scylla… Tel semble être mon destin sur ce terrain vague, mais abusivement nommé « république ». Mon destin, d’un leader à un autre, d’un régime à un autre. Mon destin au sein d’un système. Mon but ici n’est pas de blâmer qui que ce soit, sinon ma pomme !

En somme, j’aimerais, pour une fois, avoir le courage de me faire porter publiquement le chapeau ! Et, croyez-moi, il sied parfaitement à ma tronche ! C’est moi, et moi seul, le responsable ! N’en cherchez pas d’autres ! Et détrompez-vous ! Ce n’est ni la couleur de ma peau, ni mes origines, encore moins mon appartenance religieuse qui est à l’origine des déboires et affres, humiliations et brutalités qui n’ont jamais cessé de me pleuvoir dessus !

Et si, sans sourciller, je vous avouais que j’ai oublié Jreida ? Que, sans vergogne, je n’ai aucun souvenir d’Inal ou d’Azlat ? Les événements de 89 ? Allons, c’est le passé, ça ! Et moi, je ne suis pas du genre nostalgique ! D’ailleurs, à titre d’illustration de la force de mon caractère : chopée par les flics pour être expulsée, ma pauvre épouse, encore sanglotante, n’avait pas atteint le milieu du fleuve à bord de sa pirogue que j’en recrutais déjà une autre !

« The show must go on ! » : ce n’est pas moi qui vais vous l’apprendre, non ? Ainsi, étais-je sur le point d’ajouter, il aura suffit à Maouwiya de s’écrier « Vive la démocratie ! » pour que je me sente aux anges et ressorte mon tam-tam ! Passons sous silence de deuil une certaine prière censée remettre en selle le médiocre cavalier que j’ai toujours été.

Dans un cas comme dans l’autre, aucun recul, aucune méfiance, même pas, comme dit l’autre, un simple froncement de sourcils ! Dans un cas comme dans l’autre, je suis grotesquement tombé dans le panneau, les yeux fermés, les bras le long du corps et les pieds joints, dans le total abandon de soi !...

Maintenant, dites-moi, en quoi le flic, sa grenade, sa brutalité, en quoi, je vous le demande, l’Etat, la vieille femme qui a subit l’affront ou le jeune effronté est-il vraiment responsable de ce qui s’est passé à Kaédi ?

Que vous dire en guise de moralité, car quand les adultes causent ou agissent, il faut que les jeunes générations apprennent quelque chose ! Vous savez, tous ceux qui affirment mordicus que ce sont les souffrances que nous endurons qui nous fortifient, tous ceux-là, piètres psychologues, se trompent lourdement.Ce ne sont pas les souffrances qui nous fortifient et nous mûrissent, mais les leçons qu’on en tire !

Et quelle leçon ai-je tirée de ma tortueuse trajectoire, celle qui vous a été peinte quelques lignes plus haut, celle-là même qui a largement contribué à me façonner, à me conditionner psychologiquement au point d’avoir fait de moi, aujourd’hui, un être craintif, évoluant sur la pointe des pieds, rasant les murs, se contentant de peu, un être qui en est venu à regarder sa propre vie comme un spectateur qui suivrait un mauvais film sans être capable d’en changer le cours…

Subir. Hormis bouder, grincer des dents ou broyer du noir (le cas de le dire) comment pouvez-vous concrètement réagir contre un gros navet, entendez en cela, un mauvais film qui vous défile sous le nez? Ah non, surtout pas ! Il est hors de question que je « quitte » la salle ! Et puis, la religion n’apprécierait pas ! Et puis, en aurais-je seulement le courage ? Et puis, et puis rien !



Source : Cheikh-TijaneBathily via cridem.org

Mardi 16 Juillet 2013
Boolumbal Boolumbal
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