Ce que je pense.



Ce que je pense.
Sans revenir sur les soubresauts de la vie politique nationale depuis août 2005, et surtout celui subséquent à la chute de Monsieur Sidi Ould Cheikh Abdallahi en août 2008, j'estime que ceux-ci sont connus de tous. A leur issue Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz avait été élu comme Président de la République.

S'ensuivit la reconnaissance de son pouvoir, à des degrés divers et de façon progressive, de la part de tous ses adversaires politiques.

Jusqu'à une date récente, le pouvoir et sa majorité défendaient leurs acquis politiques, et à contrario l'opposition assumait son rôle. Les uns et l'autre usaient de la rhétorique solennelle qui s'imposait à cet effet. Et de bonne guerre. Ce dualisme majorité/opposition offrait un tableau de confrontation politique apaisé et normal.

Ce constat, qui prend en compte, en tout cas, une configuration de jure de la configuration politique nationale, fait abstraction du long débat inhérent à la question que soulève, chez une certaine doctrine, l'adaptabilité des principes du miracle grec dans les pays en développement ou du Sud. Et donc de la différence structurelle et historique de l'épanouissement de ce miracle dans les pays du Nord. C'est un autre débat qui éclaire, de façon fort utile, sur les spécificités des pays, notamment de leurs conditions sociopolitiques objectives, tout en relevant du domaine de la recherche scientifique et politique.

Quoi qu'il en soit, et par ailleurs, j'essaie de porter un jugement, en toute modestie, sur les remous que génère la scène politique effective, c'est à dire telle qu'elle se présente de nos jours. Car, j'estime, quelque part, qu'il est de mon devoir de le faire. Tout en prêtant le flanc dur à tous les quolibets et à toutes les attaques qu'il pourrait engendrer.

Cela dit, j'estime qu'en passant en revue les thèmes d'actualité suivants, on aura vu l'essentiel. Il s'agit d'abord des questions de l'esclavage, ou des esclaves, et du dialogue national. En terminant avec des considérations sur les relations extérieures du pays.

I. La question des esclaves

A cet égard, je pense que cette question à un caractère historique irréfutable. C'est-à-dire qu'à un certain moment de l'évolution historique de l'ensemble que j'appellerais négro-maure, et de ce qui allait devenir, plus tard, la Nation mauritanienne, il y eut une compartimentation sociale générée par des mutations sociales au sein de cet ensemble. Lesquelles mutations ne sont que le résultat de confrontations violentes et de luttes de classement politique bien datées et connues, et dont les conséquences évidentes étaient la suprématie du vainqueur sur le vaincu, tant sur le plan politique et économique, et de là découla toute cette compartimentation dont nous vivons actuellement les derniers restes. Et qu'un certain auteur colonial avait comparé à ceux en vigueur en Inde.

Donc, la classe des esclaves pour être précis – dans la mesure où le terme esclavage est un terme qui exprimerait plus la pratique au sens dégradant du terme et privatif de liberté, entendue comme la traite négrière des flottes coloniales européennes – avait à l'instar des autres (guerriers, marabouts, forgerons, etc.), un rôle précis à jouer au sein de cet ensemble. A savoir la mise en œuvre de travaux domestiques, comme les uns s'occupaient du pouvoir politique et militaire, les autres du savoir et du commerce, ainsi de suite.

L'émergence historique d'une classe d'esclaves en milieu négro maure n'est pas exclusive. Cette émergence eut lieu en Egypte pharaonique, plus tard en Arabie, en Asie mineure.

La disparition de cette classe avec le temps est intervenue, dans chaque continent et dans chaque pays, en fonction de son évolution historique intrinsèque. Plus un pays eut à connaître cette classe, plus la disparition de celle-ci est sujette à son ancienneté. Donc, parler des esclaves en Mauritanie, après une cinquantaine de vie politique étatique ne doit pas être vu sous l'angle de la surprise. C'est un phénomène clinique qui doit être accepté comme des restes d'un fait social. Lequel est appelé obligatoirement un jour à disparaître. S'il faudrait bien un coupable, c'est peut être l'histoire qu'il faudrait juger.

Pourquoi les forgerons, de nos jours, ne se plaignent-ils pas d'être classés comme tels? Pourquoi les griots ne le font-ils pas?

Personnellement, je suis témoin, depuis le dernier quart du siècle dernier, du respect et de la liberté d'action, d'autorité dont jouissaient les restes de ce qu'on appelait autrefois les esclaves, devenus plus tard affranchis d'où l'aspect évolutif de leur statut, dans la gestion du patrimoine familial. Leur progéniture bénéficiaient du droit à l'éducation, et vaquaient à l'école au même titre que leurs frères négro-maures.

Avec la naissance du mouvement politique El Hor, au début des années 1980, certains descendants d'anciens esclaves avaient choisi de voler de leurs propres ailes. Sans que cela ait été pris comme une rébellion, ni comme une attitude délictueuse. Et paradoxalement, cet exutoire avait servi à certains à raffermir leurs liens, je ne dirais pas avec leurs anciens maîtres, mais plutôt avec leurs frères d'adoption et de sang d'une part, mais avait contribué, également, au retour de certains auprès de leurs familles d'adoption. C'est dire la démystification qui doit prévaloir.

Tout ceci pour arriver au combat que mène actuellement Monsieur Biram Abeid. Lequel devait se focaliser sur une activité, dans un cadre bien entendu légal, à caractère éducatif et de conscientisation. D'épouser ainsi l'arsenal juridique établi à des fins de lutte contre cette pratique qui existerait en Mauritanie. Le plus significatif c'est l'incrimination récente de la personne qui traiterait une autre de Abd ou d'esclave. Ce qui donne à cette question un caractère subjectif, car c'est plus dans les esprits qu'il faudrait combattre cette séquelle que d'être une réalité concrète. D'où le rôle que pourra jouer toute association qui fera de cette question, entendue encore comme résidu historique, son cheval de bataille.

Le danger, à cet égard, qui guette Mr Biram, c'est la politisation de la question dont la limite avait été l'idée d'un Conseil transitoire dont la mission serait parallèle à celle gouvernement. Ce qui ne fera que créer gratuitement des relents identitaires graves, et dont les répercussions négatives dépasse de loin les acquis positifs. Encore que le soubassement, censé appuyer ce combat, comme nous l'avions souligné plus haut, est absent.

Empêcher des bonnes de subvenir aux besoins de leurs familles consentantes est une attitude qui est, à mon avis, incompréhensible. On aurait compris la dénonciation si elles avaient été forcées au travail, ou séquestrées pour l'accomplir.

Cette question relative à des esclaves ayant existé à une certaine époque et les séquelles actuelles qui s'y rapportent est la qualification qui s'impose. Elle peut bien être débattue, entre autres questions, en vue d'institutionnaliser davantage sa condamnation de façon rétroactive, dans le cadre d'un dialogue national.

II. La question du dialogue national

Le pouvoir politique actuel s'est trouvé, depuis sa consécration élective, en possession d'atouts qui lui permettent d'engager le dialogue politique national. D'emblée, un certain nombre de questions ne doivent être ignorées cependant: l'opposition se bat généralement pour améliorer le cadre institutionnel et juridique au sein duquel se déploie son action.

Tout comme elle est regardante sur le respect par le pouvoir en place de la mise en œuvre de cet arsenal juridique. Donc, somme toute, une relation normale qui se traduit par " Une cote mal taillée qui préside aux relations quotidiennes entre le pouvoir et l'opposition (au plan national et local), à leur remise en cause périodique dans leur rôle respectif; au même titre que la conciliation entre la souveraineté de l'Etat et celle des individus. "(In Jean Gicquel, Droit constitutionnel et institutions politiques, Monchrestien, 1987, p. 227.)

Cette opposition ne doit outrepasser son rôle de contre pouvoir, en ce sens qu'elle ne peut demander que le respect de ses droits. Et, justement, le dialogue doit se limiter à la discussion de ceux-ci. Lesquels peuvent être améliorés, tout comme on peut s'en tenir aux dispositions constitutionnelles existantes. Tout dépend de l'ordre du jour mutuellement accepté, et qui donne lieu à d'âpres négociations et de discussions marquées de compromis de par et d'autre.

Cependant, la revendication pour la revendication et sans objet n'est pas du rôle de l'opposition. Mais plutôt la préparation de la conquête du pouvoir, mais dans le respect des institutions. Ce pouvoir qu'elle espère conquérir demande du chemin à faire, et tous les moyens ne sont pas autorisés pour le conquérir.

En effet, le dialogue national qui vient de s'effectuer, en dépit de ces acquis évidents (amendements constitutionnels, réduction des pouvoirs présidentiels, interdiction des coups d'états, commission électorale indépendante, etc.), pourrait pâtir du boycott d'une partie de l'opposition. Mais cette partie ne peut rester indéfiniment dans cette attitude de rejet du dialogue. Auquel cas, ses demandes ne relèvent plus de l'institutionnellement permis.

Toutes les opportunités qui peuvent profiter à l'opposition, ou que l'on croit comme telles, notamment la contagion protestataire actuelle dans quelques pays arabes, ne doivent être saisies que dans l'espoir de l'amélioration de l'avenir politique. Une sorte d'atout qui peut satisfaire des attentes, surtout sur le plan des réformes politiques, comme il peut engendrer l'effet contraire.

Les différences entre les tissus sociopolitiques et économiques des pays sont des facteurs qui font que ce qui peut avoir lieu chez l'un n'est pas obligatoirement réalisable chez l'autre. Et à cet égard, l'effervescence politique actuelle, et sans prise en compte de la faiblesse structurelle de la nation mauritanienne, ne doit pas perdre la raison. Affolée qu'elle est par le mimétisme de conquêtes du pouvoir politique sous d'autres cieux, elle oublie qu'elle doit préparer son action dans un cadre légal, et bien entendu dans la transparence, et suivant les opportunités électorales mutuellement acceptées.

Toutes proportions gardées, durant les événements de mai 1968 en France, le Premier ministre Pompidou confia à son collègue Michel Jobert:"L'opinion publique est contre nous, il faut lui donner le temps de réaliser ce qu'est mai 68, et où ça va la mener." Sans préjuger du sentiment de l'opinion publique nationale, il est salutaire à ce que les partis politiques de l'opposition radicale prennent le temps de comprendre ce qui se passe autour d'eux, de ne pas aller vite en besogne pour arriver, à la fin, à des résultats regrettables. Encore que ces révolutions arabes n'avaient pris comme cibles que des régimes qui sont restés plus de trois à quatre décennies au pouvoir. De ce fait, l'actuel pouvoir politique n'est, objectivement, pas concerné. Et par conséquent, il considérera que sa remise en cause extra légale relève plus de la subversion que du légitime.

En plus du fait que la rue mauritanienne est plus préoccupée par sa survie, d'autant plus que cette année n'est généreuse en termes de bienfaits naturels, que par la défense d'une idéologie politique encore inexistante et pour laquelle elle n'est pas prête à se sacrifier.

Par ailleurs, le pouvoir à le plein droit de préserver et de défendre ses acquis politiques. Tout en faisant preuve de bonne volonté, et tout en manifestant son attention à l'appréciation populaire qui est le gage de sa continuité. Tout comme l'opposition doit chercher son affaiblissement, mais pas à n'importe quel prix.

Le pouvoir et l'opposition doivent s'entendre sur le plus pressant: comment reformuler l'administration, l'éducation, la santé, l'hygiène, l'emploi. Autant de questions plus préoccupantes, les unes que les autres, et qui peuvent faire l'objet de discussions quel que soit le pouvoir en place. Lequel doit être accepté comme tel.

Une citation du Général De Gaulle doit inspirer l'un dans sa quête d'ouverture politique, et l'autre dans le rejet de son attitude négativiste : " La route est dure mais qu'elle est belle, le but est difficile mais qu'il est grand. Allons.. le départ est donné."

III. Les relations extérieures du pays

A ce titre, on ne s'intéresse qu'aux rapports avec les pays voisins. Du fait du contexte politique difficile que vivent certains, notamment le Mali et le Sénégal. Mais aussi de la nécessité de s'engager dans une politique mieux intégrée avec les autres pays membres de l'Union du maghreb arabe.

Le Mali, n'eût été sa négligence de la sécurité dans ses frontières septentrionales, les combattants de l'Aqmi n'aurait pas eu le temps de s'implanter dans cette zone et procéder aux incursions fâcheuses, que nous connaissons, en territoire national. Ce n'est que ces dernières années, avec bien sûr le concours de ce pays voisin, que la confrontation arrivât à prendre une autre dimension offensive. Mais avec tout de même sa passivité à l'égard de ses combattants qui continuent à mener leurs activités en prenant une partie de son territoire comme base arrière. La confusion de genres actuelle, Touaregs-Azawadis et combattants Aqmi, laisse un climat d'insécurité aux frontières orientales. Malgré l'afflux de réfugiés de l'Azawad, une politique sécuritaire à la lumière de cette nouvelle donne reste à définir.

Quant au Sénégal, la crise récurrente des pêcheurs de Guet N'Dar peine à trouver une solution. A cet égard, il y a lieu de penser à prévenir les problèmes qu'elle pourrait poser, à court terme, sur le cours des relations avec ce pays. Son pendant est la transhumance du bétail national en terre sénégalaise, surtout en ce début de sécheresse, qui espérons le n'est qu'épisodique.

De façon générale, la Mauritanie doit éviter d'entretenir des relations belliqueuses avec ses voisins, car on connaît la faiblesse structurelle qui la menace en pareilles circonstances, notamment ceux du Maroc et de l'Algérie. Le faux problème, qui perturbe les relations avec le premier, est certainement passager, et ne contredit des rapports normaux avec la seconde. L'embellie actuelle que connaissent les relations entre l'un et l'autre, en plus de l'engouement pour une renaissance du Grand maghreb facilitera certainement cette tâche relationnelle et diplomatique au pays.

Me Sidi Mohamed Ould Sidi
Docteur en Science politique
Avocat à la cour

Lundi 27 Février 2012
Boolumbal Boolumbal
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