COVIRE se déchire: A qui profite le crime?



COVIRE se déchire: A qui profite le crime?
LeCalame: La guéguerre de tranchées que se livrent les désormais deux COVIRE, dirigés par Kane Mamadou Al Housseinou, élu président le 18 février 2012, et Sy Abou, le précédent, dont le mandat était arrivé à terme en mai 2011, démontre une chose : le collectif des victimes de la répression d’Ould Taya, qui courent, depuis des années, derrière le rétablissement dans leurs droits légitimes, est, selon toute vraisemblance, instrumentalisé par des forces occultes. Sinon, comment comprendre que ces frères d’armes, après avoir tant souffert des exactions de leurs homologues maures, continuent à se tirer dessus, des mois et des mois, bloquant, ainsi, tout progrès dans le règlement du douloureux dossier du passif humanitaire qui pollue la cohabitation en Mauritanie ? Comment ceux qui se sont battus pour recouvrer leur dignité et qui incarnaient l’espoir, non seulement de la composante négro-mauritanienne mais, aussi, de tous les épris de paix et de justice, en sont-ils arrivés là ?

Parfum d’instrumentalisation


La décision de Mohamed Ould Abdel Aziz de régler le passif humanitaire, du moins en ce qu’il a qualifié de devoir de mémoire, à travers la prière de Kaédi, le 25 mars 2009, suivi de quelques réparations octroyées aux ayant-droits (orphelins et veuves), a aiguisé les appétits de nombreux rescapés rassemblés en différents collectifs. Certains y ont vu une bonne planque pour assouvir leurs désirs. COVIRE, seul interlocuteur agréé – on se rappelle que Mohamed Ould Abdel Aziz a servi sous la même bannière qu’Abou Sy – engagea, dans la plus grande précipitation, l’identification des victimes censées recevoir les subsides distribuées par la présidence, via son « Monsieur Passif Humanitaire », le général Dia Adama, à l’époque colonel. Beaucoup de larmes cessèrent de couler, le temps de la campagne présidentielle de 2009. Puis les contestations s’élevèrent et ceux qui ont insisté pour le renouvellement du bureau de l’époque, accusent ses représentants d’avoir géré le dossier dans la plus grande « opacité » : doublons dans les listes, omissions et détournements de fonds. La guerre va couver longtemps.
Arrive, alors, le dossier des rescapés, essentiellement ceux du COREMI, l’ossature du COVIRE. La liste, incomplète, publiée par le bureau du ministère de la Défense et la décision de la présidence d’étendre les réparations jusqu’aux auteurs du coup de force de mars 1981 accentuent le doute des rescapés, quant à la volonté de Mohamed Ould Abdel Aziz à mener à bon port le règlement de leur dossier. Face aux contestations de plusieurs victimes, le dossier géré par le général Dia va échoir à une commission logée au ministère de la Défense. Se sentant totalement marginalisé, le COREMI se bat pour être impliqué, surtout pour l’identification des bénéficiaires et la fixation du montant des réparations. Et finit par accuser la direction du COVIRE de «compromission » avec ladite commission. Les amis de Sy Abou clament leur innocence ; ils disent, même, avoir été mis à l’écart des travaux de ladite commission. Une assemblée générale des présidents des différents collectifs, censée apaiser la tension, n’aura pas réussi à enterrer la hache de guerre. Pire, la guéguerre s’amplifie.

L’ancien bureau conteste sa mise à l’écart

Après moult reports, le renouvellement du bureau du COVIRE a lieu neuf fois après l’expiration de son mandat. Un retard dû, selon le secrétaire général, Abou Sidibé, aux difficultés de finaliser le rapport d’exercice, les deux parties n’étant pas parvenues à s’accorder sur son contenu. Pour le COREMI, c’est à cause du refus, pur et simple, du bureau sortant, mis en « minorité », de céder sa place, parce que, explique-t-on, « ils ont transformé le bureau en une affaire de clan et ne veulent pas qu’on découvre le pot aux roses, c'est-à-dire les manœuvres frauduleuses » auxquelles ils se seraient livrés. Ce que les intéressés rejettent en bloc, naturellement, arguant que certains membres du COREMI étaient animés de mauvaises intentions, cherchant, coûte que coûte, à « nous renvoyer de la structure», ce qu’ils ont fait, en organisant une « mascarade », pour imposer « leur » bureau, lors de l’assemblée générale du 18 février, au terme de laquelle l’ancien a été écarté. « Nous sommes surpris de l’attitude de nos camarades qui n’ont pas voulu discuter avec nous, pour arriver à un bureau consensuel », déclare un membre dudit bureau sortant.
Le nouveau bureau élu était ainsi composé : Mamadou Al Housseinou Kane, du COREMI (président) ; Sy Mamadou Youssouf, de CRADPOCIT (secrétaire général) ; Sy Yaya Ousmane, de COVICIM (Relations Extérieures) ; Diallo Hamady du Collectif des Fonctionnaires de Police (chargé de Communication). Les postes de coordinateur et de trésorier, réservés au COVIRE, ont été attribués au REVE et au collectif des veuves. Depuis cette date, il existe deux COVIRE. Le bureau sortant, présidé par l’ex-lieutenant Sy Abou, et le nouveau bureau, dirigé par un autre ancien lieutenant, Kane Mamadou Alhousseinou. Chacun revendique la majorité et, donc, la légitimité. Dans cette guerre de tranchées, le Président a choisi son interlocuteur, en la personne du bureau sortant qu’il vient de recevoir, il y a quelques jours, au Palais. Une audience qui surprend les amis de Kane, dans la mesure où son collectif avait organisé, le mercredi 20 juin, une marche vers le Palais, pour exposer ses doléances.
De fait, leur tentative de rencontrer le président de la République est restée vaine, malgré les promesses d’Ould Ahmed Damou de remettre leur requête à son patron. Le nouveau bureau s’est dit « surpris », par le geste de la Présidence, dans la mesure où leurs collègues les ont accusés d’avoir trahi Ould Mohamed Ould Abdel Aziz. Un argument qui aurait, semble-t-il, pesé, sous les arcades de la Présidence où l’ancien bureau disposerait, dit-on, d’une « influente entrée » La marche de COVIRE « ère nouvelle » n’aurait, donc, pas plu au pouvoir qui se heurte, depuis la reconnaissance des exactions commises contre les Négro-mauritaniens, aux résistances de certains milieux extrémistes maures, estimant que le Président en fait trop pour les « Kori». C’est, apparemment, pour calmer cette aile qu’Ould Abdel Aziz avait décidé d’élargir les réparations aux auteurs du coup de force de mars 1981.
Au cours de leur marche, les victimes de la répression ont exigé l’abrogation de la loi d’amnistie de juin 1993, protégeant, de toute poursuite judiciaire, les auteurs des exécutions extra-judicaires perpétrées, en 1990/91, contre des militaires négro-mauritaniens. Suffisant pour être traité de « traîtres », vis-à-vis d’un président qui a « beaucoup fait » pour les victimes ? Le pas pourrait être vite franchi, si l’on en juge par la promptitude de la réponse à la demande d’audience formulée par le bureau sortant, alors que les amis de Kane attendent, depuis plus deux semaines, une audience avec le Raïs. A en croire un des membres de la délégation reçue au Palais, le Président a promis de satisfaire, très vite, les doléances du COVIRE « originel » Est-ce parce que les élections municipales pointent à l’horizon ? L’avenir proche nous édifiera.

De petits acquis

En demandant l’abrogation de « l’inique loi d’amnistie » et la destitution du Monsieur Passif, Dia Adama, COVIRE/ère-nouvelle aurait suscité l’ire du Palais, parce que le devoir de justice ne ferait partie des engagements entre COVIRE et Mohamed Ould Abdel Aziz, alors président du HCE. Outre l’abrogation de la loi d’amnistie de juin 93, COVIRE/ère-nouvelle a présenté plusieurs revendications : la suite à réserver à la liste des « omis » de la mesure du 2 juin 2011, relative à l’indemnisation du personnel des forces armées et de sécurité ; le règlement des cas des martyrs civils, conformément à celle des martyrs des différents corps de sécurité ; la liquidation du recensement, effectué en janvier 2010, des fonctionnaires et agents de l’Etat victimes des évènements de 1989, et des fonctionnaires victimes des évènements de 1986, recensés à partir de septembre 2011 ; l’effectivité de la décision du Ministère des Affaires islamiques, en avril 2011, de cartographier les sépultures des martyrs des différents évènements survenus en Mauritanie ; la prise en charge appropriée des rapatriés volontaires, dans le cadre du Programme Spécial d’Insertion Rapide (PSIR) de 1992 à 2000 ; l’octroi de l’état-civil sénégalais, aux enfants nés en déportation ; la prise en charge des études, de la formation et de l’insertion des orphelins des victimes civiles et militaires et des jeunes victimes de la déportation ; la signature d’un accord-cadre pour le retour des réfugiés au Mali ; le, règlement des problèmes d’expropriation foncière dans la vallée du fleuve… Des revendications qui embarrassent le pouvoir qui n’est pas prêt à satisfaire, du moins pour le moment.
Parmi les doléances du COVIRE, le général avait retenu, pour commencer, les réparations aux ayant-droits : terrain à usage d’habitation, deux millions pour les officiers, 1,8 pour les sous-officiers et un million pour les soldats. Des montants qui ont suscité de nombreux remous, avant de conduire à une scission, au sein des ayant-droits dont certains se sentaient floués. En dépit du blocage du processus – certains ayant-droits, 22 familles selon nos sources, attendent toujours d’être indemnisés – l’anniversaire de la Prière aux morts de Kaédi a été fêté, le 25 mars 2012, avec une satisfaction mitigée. Les deux camps n’ont pas la même appréciation du bilan. Le « COVIRE-originel » est satisfait du déroulement de ce dossier, depuis son entame en 2009, tandis que « COVIRE/ère-nouvelle », tout en prenant acte des pas franchis et réitérant son soutien à Mohamed Ould Abdel Aziz, souhaite l’accélération du processus et l’apurement des dossiers en instance, notamment ceux consignés dans la plateforme revendicative, publiée lors de la marche du 20 juin.

Dalay Lam

Mercredi 11 Juillet 2012
Boolumbal Boolumbal
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