Quotidien de Nouakchott : L’opposition vient d’organiser un méga-meeting à côté de la mosquée Ibn Abbas. De l’avis des observateurs le rassemblement a mobilisé du monde. Croyez-vous que de tels rassemblements puissent déranger le pouvoir?
Bâ Mamadou Alassane : Il parait que c'est le plus grand meeting que l'opposition ait tenue depuis des décennies. Si un tel meeting ne le dérange pas quel est alors le meeting qui va le déranger ? Le pouvoir a tout fait pour mettre en échec le meeting mais en vain : ce qui en dit long sur le mécontentement actuel du peuple mauritanien. Pour sûr, c'est que la COD ne va pas en rester là ! Elle va accentuer la pression sur le pouvoir par bien d'autres activités sur le terrain. Ensuite ce méga meeting doit faire réfléchir le pouvoir, l'aider à sortir de ses illusions. Il doit lui prouver que sa politique est désapprouvée par les Mauritaniens. C'est la principale leçon qu'il doit en retenir. La deuxième leçon de ce méga meeting est que le peuple en a ras-le-bol, que ce n'est pas le goudron ou le béton armé qui l'intéresse. Plutôt ce qui l'intéresse, c'est l'amélioration de ses conditions matérielles et morales d'existence. Or de telles conditions ne font qu'empirer. La troisième leçon à tirer de ce méga meeting est que les masses populaires sont conscientes de la démagogie du pouvoir et laquelle ne paie plus. La politique de désinformation du pouvoir ne paie plus. A bon entendeur salut ! Ce meeting est bien une mise en garde, un avertissement à l'adresse du pouvoir actuel. Il est un grave acte de désaveu, de rejet de la politique du pouvoir incarné par Aziz.
L’état de santé actuel d la COD est sujet d’intrrogations. D’aucuns disent que la coalition est plongée dans un coma profond encore. D’autres pensentu’elle manque de stratégie claire et comprise des masses ou des militants et sympathisants de l’opposition. Qu’en pensez-vous?Bâ Mamadou Alassane:Le méga meeting qui vient de se produire prouve que s'il y avait coma, à supposer d'ailleurs qu'il y'en ait eu, la COD s'est réveillée avec force de ce coma, de telle sorte que le médecin qui voyait le malade en coma en était agréablement surpris. Ce malade en coma a repris toutes ses forces, à tel point que le pouvoir est désagréablement surpris d'un tel réveil en forme du malade, si toutefois il l'était. En vérité cette maladie n'était qu'apparente et non réelle. Il s'agissait d'un semblant de coma et non d'un coma profond. En vérité c'est dans les préparatifs du dialogue que la COD a connu quelques difficultés qui avaient paralysé ses activités : voilà pourquoi vous aviez pensé à un coma qui n'est en fait qu'un coma apparent. Faut-il aller ou non au dialogue ? C'est la réponse à une telle question qui nous a fait perdre beaucoup de temps, parce que nos positions n'étaient pas toutes les mêmes, et toutes nos décisions devaient être prises par consensus. Comme on n'arrivait pas à trouver ce consensus, cela nous a quelque peu paralysé au niveau de nos activités sur le terrain. Maintenant que la situation est clarifiée, nous allons reprendre nos activités parce que pour nous les 12, le débat autour du dialogue ne nous paralyse plus. A quelque chose malheur est bon, dès lors que l'attitude à prendre vis-à-vis du dialogue avec le pouvoir nous a permis de sortir de ce bourbier. C'est un obstacle que nous avons franchi et nous nous en réjouissons. Et il ne faut pas reprocher à la COD de rencontrer des obstacles de ce genre. Le plus important est de savoir les surmonter. L'unité des 12 partis et mouvements en est sortie renforcée. Et heureusement !
Pourquoi jusqu’ici elle ne semble pas privilégier un contact direct avec la proximité et surtout l’intérieur du pays où les problèmes sont nombreux et complexes comme par exemple l’enrôlement et les problèmes de terre?
Bâ Mamadou Alassane: Ce n'est pas qu'elle ne privilégie pas le contact direct avec notre peuple en allant à l'intérieur du pays. C'est que, comme je viens de vous le dire, ses activités étaient provisoirement suspendues à cause de notre débat sur le dialogue. Nous étions au sein de la COD, entrain de discuter sur l'opportunité de participer ou non au dialogue avec le pouvoir. Un tel dialogue sur le dialogue étant terminé, je vous confirme que notre option est bien de pratiquer une politique de proximité avec notre peuple, pour détruire les mensonges du pouvoir dont il a été abreuvé ; pour lui parler de la vraie situation que vit notre pays ; pour dénoncer la politique du pouvoir et lui dire ce que nous comptons faire si nous étions aux commandes. Il s'agit là de notre nouvelle stratégie qui n'est pas un secret. S'il y a quelque part un secret, nous ne vous le dirons pas : parce que le pouvoir en place a ses mauvais secrets qu'il ne dira jamais.
La COD veut avoir le pouvoir par des moyens légaux. C'est sur ce terrain qu'il se bat. Le pouvoir de Mohamed Oul Abdel Aziz a déjà fait preuve de violence contre le peuple mauritanien puisqu'il a gaspillé et mal partagé ses richesses ; il a largement détruit l'unité et la cohésion sociales. Voyez-vous, il y a plusieurs formes de violence contre un peuple. Et même sur le plan physique, il a été violent sur la jeunesse de notre peuple, une jeunesse qui a été et continue d'être blessée physiquement et moralement lors de ses manifestations pacifiques sur l'enrôlement. Vous avez parlé du problème des terres et de l'enrôlement. Ces problèmes existent effectivement et ne sont pas résolus. Et il y'en a bien d'autres qui ne sont pas encore réglés. Une fois sur le terrain, la COD ne tardera pas à dénoncer toute forme d'injustice qu'aura subie le peuple mauritanien. Le pouvoir actuel a démontré qu'il est incapable de résoudre de tels problèmes. Pouvoir qui a démontré aussi depuis l'accord de Dakar, qu'il est incapable de respecter ses engagements.
La COD montre un visage de désunion de ses membres qui plus estsont pour la plupart des partis peu organisés et ne disposent pas de structures viables. Croyez-vous qu’avec une telle situation que l’alternance au pouvoir pour un changement soit possible pour la COD?
Bâ Mamadou Alassane: Je rappelle d'abord, qu'après avoir traversé une crise relative à son unité à propos du dialogue, aujourd'hui la situation de la COD s'est clarifiée. La COD formée de 12 partis et mouvements est bien unie : Unie autour du refus du dialogue (voir notre document sur le dialogue) ; Unie autour d'un même refus de la politique suivie par Aziz ; Unie autour d'une même organisation (voir ses 5 commissions et son organigramme) ; Unie autour d'une même stratégie. Donc la COD a fait un grand pas sur son unité. C'est du reste grâce à ce bond qu'elle a pu organiser son méga-meeting. C'est grâce aussi à cette unité qu'elle va entreprendre d'autres actions sur le terrain.
Cela dit, la COD continuera toujours à renforcer son unité. Et c'est pour cette raison qu'elle est à pied d'œuvre pour chercher en son sein, un consensus autour d'un même projet de société et d'Etat, autour d'une même forme de démocratie pour construire ce projet. A terme, elle se souciera le moment venu et en temps qu'elle jugera opportun, de s'entendre autour d'un même programme de gouvernement. Vous avez porté un jugement sur l'état de certains partis de la COD. Je vous laisse la responsabilité de ce jugement. Ce n'est pas le mien en tout cas. Je peux dire que les partis de la COD sont des formations politiques de qualité, dans la mesure où il s'agit de partis de conviction dont certains, 20 ans durant, ont combattu des pouvoirs au nom des principes auxquels ils sont attachés et ont consenti à beaucoup de sacrifices.
Ensuite quel jugement portez-vous sur les partis qui sont dans la majorité présidentielle ? Cela dit, même si nos partis de la COD remplissent toutes les conditions, jamais dans la situation actuelle ils ne pourront prendre le pouvoir par le moyen des urnes pour de nombreuses raisons parmi lesquelles, les suivantes : Il n'y a pas encore de CENI vraiment libre, indépendante, et surtout souveraine. Le président de le république a trop de pouvoir dont il use et abuse. Il a la haute mainmise sur tous les rouages de l'Etat (administration, fonctionnaires, presse, armée, magistrature et sur toutes les richesses nationales). Une telle mainmise fait qu'il peut avoir beaucoup de monde sous son emprise par peur ou par intérêt. Voilà qui explique que pour toutes ces raisons, l'alternance au pouvoir par les urnes est quasi impossible.
Le multipartisme a échoué : il est redevenu un Parti-Etat. Les élections ne peuvent plus se dérouler normalement. Le parti-Etat du Président est quasiment imbattable par les urnes. Aujourd'hui la démocratie est bloquée : ce qui fait que le pays est en danger. Ce qu'on appelle le grand parti du président n'est en vérité qu'un leurre. C'est plutôt un grand parti fantôme qui n'est debout que parce que le président est en place. Dès qu'il quitte le pouvoir, le prétendu " grand parti " s'écroule comme un château de cartes ou de sable. Ce qui fait qu' il n y a pas de vraie démocratie dans notre pays. Voilà pourquoi l'alternance au pouvoir par les urnes est impossible.
Propos recueillis par Moussa Diop
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