Interview de Kane Hamidou Baba président du Mouvement Pour la Refondation (MPR).



Interview de Kane Hamidou Baba président du Mouvement Pour la Refondation (MPR).
‘’A partir du moment où le RFD a décidé de soutenir ce qu’on a appelé «rectification ou changement», il fallait maintenir une certaine cohérence dans la démarche, et ne pas subordonner toute la vie du parti à une ambition personnelle’’

Longtemps député du RFD et, à ce titre, vice-président de l’Assemblée nationale, Kane Hamidou Baba rompt les amarres avec sa formation politique, lors de la séparation de celle-ci d’avec le mouvement de la rectification, et se lance même à la conquête du fauteuil présidentiel, avec l’appui déterminant de son épouse, avant de fonder son propre parti, le MPR. Lors de sa campagne, il s’approprie, non sans grande illusion, le slogan de Barack Obama: «Yes, we can». Mais, contrairement au sénateur de l’Illinois, KHB ne gagne pas la présidentielle. La Mauritanie n’est pas l’Amérique et l’homme de Tékane n’est pas Obama. Mais, à défaut de gagner, il aura, au moins, acquis l’expérience et suscité l’espoir d’une partie de la jeunesse qui a cru en lui. L’homme est connu pour sa grande courtoisie et sa perspicacité. Dans cette interview, il revient sur la mise en place du MPR, son désaccord avec le RFD, la présidentielle de juillet dernier, les accords de Dakar et le dialogue avec l’opposition.

Le Calame : Votre parti, le MPR, benjamin des formations politiques nationales, est en pleine préparation de sa première campagne d’implantation. Quelle évaluation faites-vous du début du processus?

Kane Hamidou Baba : Merci de me poser cette question, mais permettez-moi d’abord de remercier votre journal pour m’avoir donné l’occasion de m’exprimer à travers un support tout à fait respectable. C’est vrai que notre parti peut être considéré comme le benjamin des partis politiques mais, bon, Racine n’a-t-il pas fait dire au Cid: «aux âmes bien nés, la valeur n’attend point le nombre d’années »? Cela dit, il y a un apparent paradoxe. Nous avons fondé le MPR, qui est, je crois, le 75ème parti du pays, et nous militons, pourtant, pour la réduction et la rationalisation des partis politiques, sur l’échiquier national. Mais, en réalité, le MPR ne part pas de rien, il a une histoire, 18 années de luttes, au sein de l’opposition, pour la majeure partie de ses cadres qui se sont retrouvés autour du candidat que j’étais. Ils sont sortis du RFD parce que nous prônions une ligne participationniste à l’élection présidentielle. On reviendra sur les péripéties. Ce que je peux vous dire, en termes de bilan, c’est que le MPR a participé, déjà, à deux campagnes. Une sénatoriale, en appuyant un certain nombre de candidats UPR, en particulier à Nouakchott et à Kaédi, et je pense que l’UPR a apprécié notre apport. Nous avons, également, participé à l’élection municipale partielle de M’Bagne où nous avons obtenu un score plus qu’honorable pour un parti qui venait à peine de se constituer, qui était encore un mouvement, avant d’évoluer en parti politique.
Pour le reste, nous avons, au niveau de nos instances, une cinquantaine de membres du bureau exécutif et nous avons décidé de ralentir le rythme de mise en place de nos structures, pour deux raisons. La première, c’est que nous avons reçu beaucoup d’appels, de contacts de gens qui souhaitent rejoindre le parti et nous ne voulons pas donner le sentiment que tout est achevé, que toutes les places sont occupées. La deuxième raison, c’est que, dans la mesure où un parti n’a de réalité qu’au terme de son implantation, les structures mises en place ne sont que des structures provisoires. Nous sommes confiants pour cette phase à venir. Nous ne cherchons pas à faire du remplissage, comme on l’a, malheureusement, déjà observé par le passé, dans certains partis; nous voulons réellement compter nos militants. Aussi nous préparons-nous, activement, dans cette perspective et, probablement courant-février, début-mars, nous allons démarrer, effectivement, notre implantation.

Politiquement, où se situe le MPR? A gauche, à droite, au centre, même si ces dénominations ne veulent pas dire grand-chose, en Mauritanie?

Bon, écoutez, moi, je serais tenté de vous dire que le MPR est ailleurs. Que signifie être de gauche ou de droite? Est-ce que vous voulez dire qu’être à gauche, c’est être dans l’opposition, qu’être à droite, on est avec le pouvoir? C’est difficile de répondre à votre question, parce que notre géographie politique a été particulièrement brouillée par l’évolution politique, par l’évolution du paysage politique, disons par la décomposition politique. Ce que je peux vous dire, en tout cas, c’est que, si l’engagement pour la refondation a un sens, nous parlons bien de refondation, on dirait, ailleurs, que nous sommes de gauche. Mais, bon, je ne sais pas, cela dépendant de celui qui parle.

Vous vous êtes présenté à la dernière présidentielle et vous avez obtenu moins de 2% des suffrages exprimés. Pour un parti naissant, s’agit-il d’un résultat satisfaisant? Quelles leçons en avez-vous tirés?

D’abord, je n’établis pas de lien entre mon résultat à l’élection présidentielle, mon parti et son avenir. Ensuite, quand on regarde le parcours de combattant qui se dressait devant moi lors de la présidentielle, je dirai que mon score est plus important par sa qualité que par sa quantité. Et j’ajoute: les quelques 12.000 voix que j’ai glanées, à travers le pays, sont très représentatives, au plan national, ce ne sont pas des voix d’électeurs, mais des voix de militants. Parce que ce sont des gens qui, contre vents et marées, ont décidé de soutenir et de voter pour ce candidat, qui l’ont fait alors que le scrutin était dominé par, au moins, deux grands enjeux, comme chacun sait: nous étions en situation de crise et, en situation de crise, le vote utile l’emporte, parce que les positions sont relativement figées, ça laisse peu de place à des positions plus ou moins centristes ou centrales, disons modérées. Deuxièmement, l’argent. Vous savez que nous avons dû battre deux campagnes. C’est beaucoup, en moins d’un trimestre. Voilà ce que je peux vous dire, cela n’affectera pas le parti en tant que tel, c’était une situation tout à fait exceptionnelle qui s’était imposée à nous, on sortait d’un parti également en crise et on est rentré dans une élection présidentielle avec les péripéties qu’on connaît. Donc, de ce point de vue, je dirais que le résultat est plus qu’honorable.

Votre parti vient de rejoindre la majorité présidentielle. Que faut-il entendre par majorité présidentielle?

Je pense que nous avons soldé, d’abord, la crise institutionnelle que le pays a vécue, du 6 août 2008 au 18 juillet 2009. L’élection présidentielle, dont les résultats ont été reconnus par la communauté internationale, a été transparente et nous a permis de nous doter d’un président de la République démocratiquement élu. Voilà les faits. Evidemment, un président a besoin d’une majorité, pour gouverner, pour mettre en œuvre un programme pour lequel il est élu. Cette majorité n’existait pas, avant l’élection présidentielle, elle n’existe que depuis 7 mois, mais elle a besoin, également, d’un temps pour se former, pour se structurer. C’est le cas, aujourd’hui. Avec les journées de réflexion que nous avons organisées, on a mis sur pied la coalition des partis de la majorité et cette coalition a besoin de temps pour se structurer, se positionner sur toutes les questions d’intérêt national et organiser son offre de dialogue avec les forces politiques qui le souhaitent. Le rôle de la majorité est de mettre en œuvre le programme pour lequel le président de la République a été élu, de marquer sa personnalité sur l’échiquier national, en se prononçant sur toutes les questions majeures. Voila ce que recouvre, pour moi, cette notion de majorité.

En mettant en place une telle coalition, ne craignez-vous pas de contribuer à l’émergence d’un nouveau PRDS. Selon certains membres de cette majorité, l’UPR ne prendrait guère l’avis de ses partenaires mais œuvrerait, plutôt, à ce que tous les autres se fondent en son sein?


Je n’ai, pas du tout, ce sentiment. Je puis vous dire qu’avant-hier, l’UPR était au siège de notre parti, avec les autres partis de la majorité, pour étudier, justement, la mise en œuvre des recommandations des journées de concertation. Bien évidemment, chaque parti cherche, quelque part, à tirer la couverture de son côté. C’est de bonne guerre. Il appartient à chaque parti de développer sa personnalité mais, en tout cas, nous, nous ne sommes pas du tout gênés par ce que fait l’UPR et nous entendons, surtout, nous focaliser sur les questions qui nous paraissent majeures pour le pays.
Par ailleurs, je pense, franchement, que le PRDS a fait son temps et, même, si l’on tentait de lui ressembler ou de faire ce qu’il faisait, on risquerait d’échouer. D’abord, les résultats de ce parti ne sont guère brillants et, en plus, les conditions d’un tel développement ne sont plus là, en réalité. La demande sociale est, aujourd’hui, très forte aujourd’hui, il faut en être bien conscient, il y a de puissantes aspirations au changement, de la jeunesse et de beaucoup d’autres couches qui n’accepteront pas qu’on revienne en arrière. Nous sommes dans une phase de recomposition politique, après une longue décomposition qui a débuté, en fait, avec le changement du 3 août 2005. Le système était encore là, sous la transition du CMJD, il commence, aujourd’hui, à se décomposer. Toute tentative de régression est, désormais, perdue d’avance.

Votre soutien au mouvement de la rectification vous a valu de nombreuses critiques, voire des médisances: «vous êtes acheté», votre retrait du RFD puis votre candidature à la présidentielle auraient visé, entre autres, à «affaiblir et le RFD et l’AJD d’Ibrahima Sarr». Quelles explications pouvez-vous donner à ceux qui n’ont pas compris votre positionnement?

Mais je pense que l’histoire a jugée toutes ces péripéties. Si Kane Hamidou Baba avait été acheté, il n’aurait, probablement pas, connu un tel parcours, ni, non plus, l’envie de faire de la politique. S’il avait été acheté, il n’aura pas gagné la considération qu’il connaît, aujourd’hui, aux yeux, en tout cas, de tous ceux qui se sont investis et qui croient en lui. Il y a eu une crise qui a commencé au lendemain du 6 août 2008. Le RFD, à qui j’appartenais, avait pris, à l’époque, une position. D’ailleurs, tout le monde sait qu’au RFD, j’étais le moins enthousiaste pour soutenir le changement du 6 août mais j’ai dit, simplement, qu’il fallait une certaine logique aux choses. A partir du moment où le RFD a décidé de soutenir ce qu’on a appelé «rectification ou changement», il fallait soutenir une certaine cohérence, dans la démarche, et ne pas subordonner toute la vie du parti à une ambition personnelle. Ce n’est pas autre chose que cela. Et j’ai l’expérience en tant que militant de l’opposition ayant boycotté plusieurs élections, je connais les avantages et les inconvénients du boycott. Le boycott, nous en avons fait les frais, le boycott, nous l’avons pratiqué, le boycott, nous en avons tiré les leçons, dès 1993. A l’époque, nous étions à l’UFD et nous avons dit que, désormais, le parti exploiterait toutes les espaces de liberté qui s’offriraient à lui. On nous avait critiqués, en 1992 et nous en avons tiré les leçons. Le contexte a beaucoup changé, entre 1992 et 2009, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. En 1992, on n’avait pas de carte d’identité infalsifiable, on n’avait pas de CENI, on n’avait pas, non plus, de cadre juridique clair dans lequel on pouvait organiser des élections transparentes, libres et démocratiques. Mais, en 2009, tout cela était en place, c’est pourquoi j’ai dit qu’il fallait participer à l’élection présidentielle et je l’ai fait. Maintenant, le demi-soutien qu’on a apporté au HCE, on peut l’interpréter comme on voudra, mais qu’on ne s’empresse pas trop de nous dire que l’ancien président avait été démocratiquement élu. Là aussi, si l’on veut être objectif, il faut revoir les conditions de son élection. Je pense que, quoiqu’on dise, on ne peut pas faire l’économie de cette analyse. Je ne veux pas, bien sûr, déterrer les morts et rouvrir les plaies mais il faut relativiser ce concept, trop facile, qu’on nous a jeté à la figure, à savoir que Sidi Ould Cheikh Abdallahi avait été démocratiquement élu.

Le MPR et le l’A.J.D/MR recrutent, essentiellement, dans le vivier négro-mauritanien. Peut-on envisager un jour un rapprochement, voire une fusion, puisque vous partagez, si je ne me trompe, les mêmes fondamentaux?

Je rectifie, d’abord: le MPR ne recrute pas que dans le vivier négro-mauritanien, il recrute dans le vivier mauritanien, d’une façon générale, et je pense que c’est, aussi, l’ambition de l’AJD/MR. Nous sommes des partis mauritaniens, nous avons une vocation nationale et souhaitons nous implanter partout, en Mauritanie. C’est vrai, il est probable qu’il y ait une compétition, au niveau d’un certain électorat ou de militants, mais je pense que c’est dans l’ordre naturel des choses. La vocation des partis politiques, c’est de rivaliser. Alors, se retrouver? Je pense qu’il y a plusieurs manières de se retrouver. On peut se retrouver, bien évidemment, autour d’un enjeu électoral, on peut se retrouver, également, autour d’un enjeu programmatique, mais ça, c’est beaucoup plus compliqué, ça demande, également, du temps. Du temps pour se convaincre. Ce qui est vrai, maintenant, c’est que nous entretenons des relations cordiales avec l’AJD/MR et son président, et cela peut permettre des actions communes.

Quel rapport entretenez-vous aujourd’hui avec votre ancien parti, le RFD, et son président, Ahmed Ould Daddah? Vous vous êtes parlé, depuis la séparation? Le cas échant, sur quoi a porté votre discussion?

Il y a, en fait, deux questions. Vous avez dit Ahmed Ould Daddah et le RFD. Je dois vous dire que je n’ai aucun problème personnel avec Ahmed. Il y a eu des divergences politiques entre nous, parce qu’il prônait le boycott et moi, la participation. Je pense que c’est un problème qui a été également réglé, parce que l’un et l’autre, nous sommes revenus à la participation. S’agissant du RFD, je continue naturellement, à entretenir des rapports les plus cordiaux avec beaucoup de ses cadres et militants, il n’y a pas de rupture avec eux, même si certains ont fait un choix différent du mien, à un certain moment, tandis que d’autres m’ont accompagné. Quant à la rencontre avec Ahmed, nous vivons dans un monde moderne et il existe plusieurs manières de communiquer et nous communiquons.

Quelle appréciation faites-vous des sept mois de règne du président Ould Abdel Aziz?

D’abord, je suis parti du discours, de son discours de campagne. Il est habituel que les politiciens disent une chose, pendant une campagne électorale, et fassent, ensuite, le contraire. Or, la première chose qu’il m’a été donné de constater et je pense que je ne suis pas le seul à faire ce constat, c’est qu’il est en train de faire ce qu’il avait dit. Quelque part, pendant ces sept mois, Ould Abdel Aziz n’a trompé personne. Il avait dit qu’il allait combattre la gabegie et la corruption, il le fait, et, quoiqu’en disent ses détracteurs, le président ne s’est pas, seulement, attaqué à ceux qui n’ont pas voté pour lui; il s’est plus attaqué à ceux qui l’ont soutenu qu’à ceux qui ne l’ont pas soutenu. Regardez par vous-même. Vous êtes journaliste. Combien de mises en demeure ont été adressées, çà et là, à des fonctionnaires? Vous allez en dénombre plus d’une centaine. Faites le rapport: vous allez vous rendre compte que la majorité d’entre eux avait, en fait, soutenu le candidat Ould Abdel Aziz. Je pense vraiment, de ce point de vue, qu’il a fait, comme je l’ai dit tantôt, ce qu’il avait promis. Maintenant, son bilan ne se limite pas à la lutte contre la gabegie. Il y a, aujourd’hui, un certain nombre de programmes et de projets, très importants, qui se développent et le dernier en date, de 200 millions de dollars, vise l’assainissement de la ville de Nouakchott. Vous savez qu’il y a Afout Sahli. Amener de l’eau pour Nouakchott est, certes, une bonne chose mais on ne s’est pas soucié du comment gérer cette eau qui risque de submerger une ville, située quasiment au niveau de la mer. Il y a, bien sûr, d’autres projets, aujourd’hui lancés dans différents domaines. Là aussi, on n’a pas besoin de les citer tous, mais l’important programme routier émerge, manifestement, de leur masse. Tenez, le budget d’investissement a connu un bond énorme, tandis que le budget de fonctionnement 2010 a baissé, lui, de 5%, sur l’ensemble des dépenses de fonctionnement, par rapport à 2009 qui était, déjà, sur une dynamique de baisse. Je pense à la partie «bonne gouvernance». Vous savez que l’ensemble des bailleurs de fonds a annoncé la reprise totale de leur coopération avec la Mauritanie. C’est le cas du FMI et la Banque mondiale qui vont signer, d’ailleurs, un nouveau programme avec la Mauritanie, dans les semaines à venir. Bien évidemment, nous sommes un pays pauvre et tous les problèmes ne sont pas réglés. Il y a la question des réfugiés, la question du passif humanitaire qui a connu un début de solution, je dirais, même, que celle-ci est très avancée. Mais, je le répète, tout n’est pas encore réglé, il y a le problème des terres, qui mérite un examen sérieux, parce que le développement économique du pays dépend de ce que nous ferons du développement agricole. Il y a, bien évidemment, d’autres problèmes mais, comme on dit, «à chaque jour suffit sa peine». 6, 7 mois, ce n’est pas beaucoup, on n’a pas de recul suffisant pour pouvoir évaluer, mais ce qui se fait va dans le même sens, il y a une dynamique, en tout cas, de réformes, qui s’est enclenchée, dans tous les domaines.

… mais les prix n’arrêtent pas de grimper?

Vous avez raison, il y a ce problème des prix. Le gouvernement devra exercer un contrôle et un suivi plus rigoureux, parce que, si les prix dérapent, bien sûr, ça peut annihiler tous les efforts; en tout cas, l’essentiel des efforts entrepris. Evidement, le gouvernement doit communiquer là-dessus. S’il s’agit des répercussions de la flambée des cours mondiaux des produits agricoles et alimentaires, la Mauritanie en ressentira les contrecoups, parce que notre pays importe pratiquement 70% de ce qu’il mange. S’il s’agit, maintenant, d’augmentations spéculatives, on doit prendre des mesures pour endiguer le phénomène car la question des prix est une question très sensible, surtout en contexte de pauvreté.

Depuis son arrivée au pouvoir, Ould Abdel Aziz a entrepris un combat contre la gabegie. La méthode employée jusqu’ici vous parait-elle la mieux indiquée pour éradiquer ce fléau? Ne pensez-vous pas que le pouvoir, depuis l’épisode des hommes d’affaires, observe une pause, dans ce combat pourtant salvateur?

Vous savez, l’épisode des hommes d’affaires a été monté un peu en épingle, par une opposition à la recherche d’occasions de rebondir. Je me rappellerai, toujours, de cette fameuse marche dont on ne savait pas très bien, d’ailleurs, si c’était une marche des parents des hommes d’affaires ou une marche de l’opposition. En tout cas, ça marque un certain recul, du moins dans les principes de bonne gouvernance qui étaient défendus. La levée de boucliers de l’opposition a entretenu l’amalgame. Au lieu de se féliciter de ce qui se faisait de bien, à savoir le principe de lutter, d’abord, contre la gabegie et la corruption, on s’est mis à défendre une catégorie d’acteurs. Evidemment, la lutte contre la gabegie ne doit pas viser des individus en tant que tels mais des forfaits qui ont été commis et, surtout, prévenir leur répétition. Je pense qu’il faut donner une vertu à ce qui se fait, il faut mettre en place des institutions et renforcer celles qui existent. C’est ce qui se fait, aujourd’hui. Vous savez que dans sa déclaration de politique générale, le Premier ministre a parlé de la stratégie de lutte contre la corruption. Ça, ça va dans le même sens, il faut l’adopter formellement, cette stratégie, il faut la mettre en œuvre, il faut faire en sorte, également, qu’il y ait suffisamment de soutien pour que la lutte contre la gabegie ne retombe pas, parce que nous sommes héritiers d’un système qui, pendant longtemps, a désagrégé des rouages de l’Etat, qui a perverti nos valeurs. Le plus difficile, ce n’est pas d’adopter des lois, c’est de se débarrasser des habitudes anciennes. Un certain nombre d’éléments structurels sont encore là et tirent vers le bas. Les hommes de bonne volonté doivent bien comprendre le sens de la lutte contre la gabegie et la corruption, soutenir l’action en cours, faire en sorte qu’elle soit durable et l’inscrire dans une vision globale qui permettra, à la Mauritanie, de rendre irréversible, dans les faits, cette option de bonne gouvernance.

Les accords de Dakar avaient préconisé un dialogue inclusif entre le pouvoir et la majorité présidentielle mais, jusqu’ici, les deux camps s’observent en chiens de faïence. Récemment d’ailleurs, la majorité a organisé des journées de concertation auxquelles l’opposition a refusé de participer. A votre avis, quels efforts les uns et les autres doivent-ils faire pour décrisper la scène politique nationale, en vue de passer à l’essentiel?

Les accords de Dakar avaient, avant tout, vocation de solder la crise. Cela a été fait, avec l’élection présidentielle, ouvrant des opportunités de dialogue entre les forces politiques. Le dialogue inclusif dont il est question ne concerne pas les pôles présents à Dakar. Relisez les termes de l’accord, on parle des forces politiques. Or, le paysage politique a évolué, depuis. Deux remarques, ici, qui me paraissent essentielles. Ceux qui revendiquent le dialogue post-électoral ont-ils fait, eux-mêmes, ce qu’ils devaient faire? Parce qu’en refusant de reconnaître les résultats que tous ont jugé transparents, démocratiques et libres, ils se sont interdits, au fond, de franchir le Rubicon. Ils n’ont, pas encore formellement, reconnu le président de la République, en tant que président élu. La deuxième chose, je le répète, c’est que les pôles présents à Dakar sont dépassés. On parlera, certes, d’un dialogue inclusif, mais entre les forces politiques qui le souhaitent. Pour dialoguer, il faut être deux. Effectivement, les partis de la majorité ont organisé des journées de réflexion et invité les partis de l’opposition. Quand on invite quelqu’un, c’est qu’on veut lui parler, on veut l’entendre; certains partis de l’opposition ont répondu à l’invitation, d’autres, non. On ne peut, tout de même pas, obliger quiconque à s’asseoir autour d’une table. Nous attendons qu’ils fassent quelque chose et qu’ils nous invitent.

On a observé que Kane Hamidou Baba était plus loquace par le passé que lors de la dernière session de l’Assemblée nationale. Que s’est-il passé ?

Mais absolument rien. Si ce n’est que Kane Hamidou Baba était en train de mettre sur pied un parti politique. Il est bien vrai qu’un homme moderne est un homme multidimensionnel mais il n’est pas facile d’être, toujours, au four et au moulin. Et, bien évidemment, j’ai démarré, tard, la session de novembre, parce que j’avais des engagements internationaux à honorer. Mais je pense que si vous avez suivi mes activités, en janvier, vous n’avez plus la même impression. Je me trompe, peut-être. Mais, en tout cas, je suis intervenu sur plusieurs questions, notamment sur l’aménagement du territoire, sur les projets de lois soumis à l’Assemblée nationale, sur la décentralisation, sur la déclaration de politique générale du Premier ministre et j’en passe. Bon, mais nous sommes 95 députés. Peut-être ne m’avez-vous pas suffisamment entendu?

La déclaration du PM, justement, ne laisse-t-elle pas entrevoir un recul de la décentralisation?

Je ne pense pas qu’on puisse parler de recul. Des priorités ont été fixées et, quand on fixe des priorités, on fait ceci avant cela. A la session du mois de mai, il va y avoir un grand débat sur la décentralisation et le développement local. Je vous rappelle que, lors des journées de réflexion organisées par les partis de la majorité, un thème portait, justement, sur la décentralisation et le développement local. Il a été débattu et le président de la République a promis de prendre en considération les résolutions de ces journées. Je pense que les choses se mettent en place et la décentralisation reste encore un élément central de la politique du gouvernement.
Propos recueillis par Dalay Lam


Source: Calame

Jeudi 18 Février 2010
Boolumbal Boolumbal
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