Privations des libertés, corruption, esclavage : rien ne va plus en Mauritanie



Plus le temps passe et plus la Mauritanie inquiète. Ce vaste pays désertique, grand comme deux fois la France, vit — et ce depuis plusieurs années maintenant — une véritable descente aux enfers sur le plan économique, politique et social. Le gouvernement mauritanien manque à tous ses engagements et maintient le pays dans un cercle vicieux dont personne ne saurait prédire la fin.

Dernier exemple en date, la visite à Nouakchott, le 19 octobre dernier, de diplomates et ambassadeurs du Conseil de sécurité, venus examiner l’état d’avancement du G5 Sahel.

Cette nouvelle force conjointe des cinq pays du Sahel doit renforcer l’action des armées nationales contre les groupes terroristes et soulager l’opération française Barkhane ainsi que la Minusma, la mission de l’ONU au Mali.

Or, d’après Radio France Internationale (RFI), il n’a fallu que quelques heures aux inspecteurs pour constater le retard pris par le pays dans le déploiement du dispositif. Les travaux d’aménagement du poste de commandement de l’ouest de la zone, qui échoient à la Mauritanie, n’ont pas commencé. Pire, selon un rapport de l’ONU, Nouakchott n’aurait toujours pas affecté le moindre bataillon à la force internationale ni désigné l’officier de liaison chargé de représenter le pays au quartier général du G5, situé à Mopti, au Mali.

« La corruption en Mauritanie, un gigantesque système d’évaporation »

Cette lenteur d’exécution interroge sur l’état des forces armées mauritaniennes. Des interrogations renforcées par la sortie — au même moment — d’un rapport de l’ONG spécialisée dans la lutte contre les crimes économiques, Sherpa, qui épingle la corruption endémique du pays. Intitulée « La corruption en Mauritanie, un gigantesque système d’évaporation », cette étude dresse un terrible bilan de la situation du pays : « il y a aujourd’hui suffisamment de raisons de penser que les financements massifs des bailleurs institutionnels vers la Mauritanie alimentent un vaste système de corruption et de prédation et participent ainsi à un gigantesque gaspillage des ressources publiques », affirme le président de Sherpa, William Bourdon.

Sherpa soupçonne ainsi différents contrats passés entre des entreprises étrangères et des sociétés mauritaniennes détenues par des personnes politiquement exposées d’être « entachées de fait de corruption ». Parmi eux : « des contrats passés avec la société Maurilog, dirigée par Mohamed Abdellahi Ould Yaha, ancien secrétaire d’Etat à l’investissement et proche du président Mohamed Ould Abdel Aziz. Inexistante en 2013, elle est depuis devenue la partenaire logistique privilégiée de Kinross, Total, Kosmos Energy, etc. ».

Le constat du rapport est sans appel : mauvaise gouvernance, prévarications et scandales politico-financiers plombent l’économie d’un pays, riche en matières premières, mais dont les quatre millions d’habitants s’enfoncent progressivement dans la pauvreté. Tous les signaux sont au rouge, s’alarme l’ONG qui pointe du doigt le président Mohamed Ould Abdel Aziz arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat en 2008, avant d’être élu en 2009, puis réélu en 2014 dans des circonstances controversées.

Mohamed Ould Abdel Aziz mis en cause

Accusé de mettre le pays sous coupe réglée, Abdel Aziz multiplie les décisions douteuses. La dernière en date : la suppression du Sénat via un référendum qualifié de « mascarade » par l’opposition. Celle-ci dénonce en effet une manœuvre du président pour se présenter à un troisième mandat en 2019, possibilité que lui interdit la constitution actuelle.

Certains opposants à cette réforme ont été brutalement emprisonnés. Des méthodes « anti-démocratiques » dénoncées par les associations de défense des droits de l’homme qui s’alarment également de l’inaction du régime contre l’esclavage, un fléau qui persiste en Mauritanie en dépit des dénégations répétées du gouvernement. Au mois d’avril, une juriste et une journaliste françaises, qui enquêtaient sur le sujet, ont d’ailleurs été expulsées manu militari du pays.

Où cette dérive autoritaire s’arrêtera-t-elle ? En un an, trois vagues d’arrestations de journalistes de la presse d’opposition se sont succédé sans autres formes de procès. Courant octobre, c’est l’Autorité mauritanienne de la radio et de la télévision qui a ordonné aux cinq chaînes d’information privées mauritaniennes de fermer pour « défaut de respect des accords financiers » passés avec le régulateur de la radiodiffusion du pays… En attendant, à Nouakchott, la rue gronde et les menaces de violences assombrissent l’horizon d’un pays dont tous les voyants indiquent qu’il est devenu au fil des ans l’un des plus corrompus de la planète.

Idriss Aya


Source: http://www.afrikipresse.fr

Mardi 7 Novembre 2017
Boolumbal Boolumbal
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